‹ Histoire de la PhilosophieChapitre 4 sur 126 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

1. Définition. — On peut définir I'HistoirE de la philosophie : un exposé critique des doctrines émises par les philosophes, aux différentes époques, pour résoudre les grands problèmes qui intéressent l'humanité.

Cette histoire n'est donc pas un simple récit, une sèche nomenclature des doctrines philosophiques. Elle est, en plus, une critique de ces mêmes doctrines; elle nous en montre ou la vérité ou la fausseté. L'ensemble des doctrines philosophiques qui découlent d'un ou de quelques principes et sont liées entre elles de manière à former une synthèse, constitue un Système ; et, font Bcole les philosophes qui se réclament d'un même maître et enseignent à peu près les mêmes théories.

Les grands problèmes qui intéressent l'humanité et à la solution desquels se sont essayés les philo-

sophes de tous les âges, sont Dieu, Yhomme et le monde physique. La philosophie, en effet, traite de tout ce qui existe (objet matériel) ; elle s'occupe de tous les êtres à ce point de vue spécial qu'elle en cherche le dernier pourquoi, la cause ultime (objet formel) ; elle veut savoir d'où ils viennent et ce qu'ils sont. Le philosophe touche donc à tout. Mais, ce tout est ou le moi ou le non-moi. Le moi est l'individu, l'homme rationnel, l'homme intelligent, distinct essentiellement des brutes par une âme raisonnable. Le non-moi est la réalité extérieure, en dehors de lui. Cette réalité, c'est le monde. Et ce monde d'où vient-il ? C'est Dieu qui l'a créé. Donc, Dieu, Yhomme et le monde: voilà les trois grandes questions qui agitent l'humanité, les graves problèmes qui passionnent les philosophes.

2. Utilité de l'Histoire de la Philosophie. — L'Histoire de la Philosophie est utile à bien des titres. Elle est pour l'esprit humain : i° Un trésor précieux où il peut sans cesse puiser. Depuis plus de vingt siècles, les philosophes ont soulevé et discuté une foule de questions importantes. Ne pouvonsnous pas affirmer qu'ils ont fait d'admirables découvertes, amassé de grandes richesses intellectuelles ? 2° Un réconfort : que de fois n'a-t-on pas déclaré la raison humaine incapable d'arriver au vrai ! A tous les siècles elle a été taxée d'impuissance. En présence de ces nombreuses vérités définitivement acquises à la science, nous éprouvons plus de confiance en la raison et nous restons convaincus qu'elle n'est pas une faculté radicalement

stérile. 30 Un préservatif : l'esprit humain s'est souvent égaré — l'Histoire de la Philosophie nous en est témoin. Soit par présomption, soit par préjugé, ou à défaut d'une méthode sûre, il a maintes fois déclaré la guerre à la vérité. Au commencement, certains principes, sous l'étiquette du vrai, ont fait leur chemin. Les conséquences désastreuses, dans l'ordre intellectuel, moral et social, auxquelles ils ont donné lieu, nous en font bien voir toute la fausseté. Ce spectacle qu'offre à nos yeux l'histoire des doctrines philosophiques ne peut manquer de nous prémunir contre bien des dangers. 40 Un guide éclairé : les idées mènent le monde. Telles idées, telles mœurs. Ce sont là des axiomes courants. En d'autres termes, les actions sont les pensées mises en pratique, et selon que l'homme aura de bonnes ou de mauvaises idées, il agira bien ou mal. Cet adage, vrai pour les individus, s'applique à la lettre aux nations. Conséquemment, pour se rendre compte des événements d'une époque, pour bien apprécier le tournant de l'histoire d'un peuple, l'historien devra connaître les théories philosophiques de ce peuple. L'Histoire de la Philosophie est donc un guide éclairé qui nous conduit avec sûreté dans ce labyrinthe si obscur de l'histoire des nations. Et à ce titre, on l'a appelée le flambeau de l'histoire.

Descartes a certainement exagéré en prétendant qu'il n'y a rien à apprendre dans les livres et les récits des philosophes 1 ; et renoncer, avec lui, au

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