FRANÇOIS BACON
223. Vie et œuvres de Bacon. — Né à Londres, Bacon fut d'abord attaché d'ambassade en France, puis avocat dans sa ville natale. Par ses intrigues et par son ingrate conduite envers son bienfaiteur
le comte d'Essex qui, sur l'ordre d'Elizabeth, eut la tête tranchée, il arriva aux plus hautes charges de son pays. Nommé grand chancelier d'Angleterre par Jacques Ier avec les titres de baron de Verulam et de vicomte de St-Alban, il ne jouit pas longtemps de ces honneurs. On l'accusa devant le Parlement de malversation dans l'exercice de ses fonctions. Bacon avoua ingénuement qu'il avait fait comme ses prédécesseurs. 11 fut condamné à être dépouillé de ses dignités et à être enfermé dans la tour de Londres. Le roi l'exempta de la prison et de l'amende sans toutefois le rétablir dans ses hautes fonctions. Rendu à la vie privée, Bacon consacra ses loisirs à l'étude des sciences et de la philosophie. Son principal ouvrage est intitulé: Instauratio magna, grande restauration des sciences. Il comprend six parties dont les deux premières seules sont achevées. Voici les titres de ces six parties: i° De dignitate et augmentis scientiarum; 2° Novum Organum; 30 Historia naturalis; 40 Scala intellectus; 50 Prodromi, sive anticipationes philosophiœ secundœ ; 6° Philosophia seciinda vel activa. Il y a encore: Description du globe intellectuel ; Système du ciel; Essais de morale et de politique ; De la sagesse des anciens.
224. Caractères de la Philosophie de Bacon. — i° Dédaigneuse de l'antiquité : malgré quelques éloges décernés aux sages de la Grèce, Bacon ne ménage pas les anciens. Il trouve leur conception des choses, enfantine, leurs observations, incomplètes, et les appelle babillards. Il les accuse de n'avoir cherché dans la science qu'un vain plaisir de l'es-
prit, et qualifie Socrate, Platon et Aristote, de vulgaires sophistes. 2° Utilitaire : le but de la science n'est pas la recherche de la vérité pour la vérité, mais l'amélioration des conditions de la vie humaine. Il le dit lui-même dans son Novum Organum, I. 82 : " La fin véritable et légitime des sciences consiste uniquement à doter la vie humaine de nouvelles inventions et de nouvelles richesses. " 30 Expérimentale : il insiste beaucoup sur l'observation des faits sensibles. Aussi bien, ses préférences vont à l'induction. Les raisonnements déductifs des anciens n'ont, pour lui, aucune valeur. Ils ont été la cause de bien des erreurs. Le syllogisme, dit-il, est " un instrument trop faible et trop grossier pour pénétrer dans les profondeurs de la nature ".
225. Division de la Philosophie de Bacon. — Pour le philosophe anglais, le livre à commenter et à déchiffrer est celui de la nature. Donner à l'homme une méthode qui lui permette de se rendre maître de la nature, telle a été la tâche que s'est imposée Bacon. Laissant de côté les sentiers battus, il a voulu ouvrir à l'intelligence humaine une voie nouvelle. C'est donc un travail de réorganisation qu'il entreprend. Son œuvre peut se ramener à trois points principaux: classification des sciences, classification des erreurs et méthode.
226. Classification des sciences d'après Bacon. — C'est dans la première partie de son Instauratio magna, intitulée : De la dignité et de l'accroissement des sciences, que François Bacon donne cette classification. Il part de ce principe : l'âme humaine est
le siège propre de la science. Or, l'âme humaine a trois facultés : la mémoire, l'imagination et la raison. La classification générale des sciences sera donc tripartite. A la mémoire répond l'histoire, soit naturelle, soit civile ; à la raison, la philosophie ; à V imagination, la poésie. La philosophie a pour objet Dieu, la nature et l'homme. Elle se divise en philosophie première et philosophie de la nature. La philosophie première est la science des axiomes et des principes communs à toutes les sciences. La philosophie de la nature est spéculative et pratique. La philosophie spéculative s'appelle physique si elle étudie la cause matérielle et efficiente; métaphysique, lorsqu'elle s'occupe des causes formelles et finales. La philosophie pratique comprend la mécanique et la magie.