Lahr, Cours de Philosophie, t. II, p
n'entraîne pas toujours la volonté. Et d'ailleurs, Leibniz altère la notion de la liberté en disant qu'elle n'est que la spontanéité de l'être intelligent. Il compare la volonté à une balance qui incline nécessairement du côté du poids le plus lourd. Mais il ne faut pas oublier que peser les motifs, c'est l'œuvre de l'intelligence, et que la volonté reste toujours maîtresse des décisions malgré l'attrait du plaisir, les conseils de l'intérêt, voire le commandement du devoir. Et cette maîtrise des décisions est précisément la liberté.
270. Théodicée de Leibniz. — Dans la théodicée, Leibniz se propose de justifier la Providence. De toutes parts surgissent contre elle des objections tirées de l'existence du mal dans le monde, et il s'efforce de les résoudre.
Il commence par démontrer l'existence de Dieu. Il emploie pour cela les preuves a posteriori : le •principe de raison suffisante, l'harmonie préétablie, la possibilité de Dieu. Ce dernier argument est celui de saint Anselme. Ce Dieu existant possède toutes les perfections à un degré infini et il est tellement bon qu'il a dû faire ce qui était le meilleur. Or, créer est mieux que de ne pas créer : d'où la nécessité de l'acte créateur; ensuite, pour la même raison, parmi tous les mondes possibles, il a dû choisir le meilleur. Et alors comment expliquer le mal dans le monde? Leibniz l'attribue à la nature imparfaite des créatures. Et, ce mal est une perfection, si on le considère dans l'ensemble, relativement au reste de l'univers.
271. Appréciation. — On peut affirmer de la philosophie de Leibniz ce qu'il disait lui-même de la philosophie scolastique: il y a de l'or mêlé de scories. En effet, dans cette vaste synthèse qu'est le système leibnizien, à côté des erreurs, il y a d'importantes vérités. Ce qu'il y a de remarquable dans sa philosophie, c'est que tout se lie, tout s'enchaîne, tout concorde. Leibniz, avons-nous dit, est un esprit essentiellement conciliateur; toujours il s'est appliqué à mettre en harmonie le mécanisme et la finalité, l'expérience et l'innéité, la providence et le mal, la raison et la foi. Si quelquefois, chez lui, l'imagination l'a emporté sur le bon sens, on doit dire qu'il fut un métaphysicien doublé d'un savant, et on peut s'expliquer que Fontenelle lui ait décerné cet éloge : " Il y a plusieurs grands hommes chez Leibniz. "
Deuxième Période