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Caractères de la Philosophie de Leibniz

i° Eclectique: Leibniz eut l'ambition de prendre, suivant sa propre expression, " le meilleur de tous

les côtés et d'aller plus loin encore ". 2° Synthétique : c'est une conséquence de l'éclectisme. Tous ces éléments épars, cueillis un peu partout, il les a unis ensemble, il en a fait une synthèse générale. Aussi Leibniz fut-il un esprit conciliant, plus enclin à rapprocher (synthèse) qu'à séparer (analyse). 3e Déductive: comme Descartes, il applique à la philosophie la méthode rigoureuse des mathématiques. Mais contrairement à Descartes qui fait reposer sa méthode sur le principe d'identité, Leibniz fait appel au principe de raison suffisante ; c'est-à-dire que, pour exister, il ne suffit pas qu'un être soit possible, mais en plus, il lui faut une raison suffisante à son existence. Les doctrines philosophiques de Leibniz peuvent se ramener à trois points principaux : M étaphysique, Psychologie, Théodicée.

288. Métaphysique de Leibniz. — Elle comprend la théorie de la substance et Vharmonie préétablie.

i° Théorie de la substance. Pour Descartes, la substance matérielle était res extenso, une seule étendue géométrique constituant l'essence des corps. A cette notion d'étendue, Leibniz substitue celle de force, et c'est dans celle-ci qu'il place l'essence de la substance matérielle. Autrement, selon lui, on ne pourrait expliquer l'activité qui se manifeste au moins dans tout phénomène de résistance. Mais les corps, étant composés, sont divisibles, non pas cependant à l'infini ; c'est pourquoi, il faut arriver à des éléments premiers, indivisibles, partant, simples, immatériels : ce sont les monades. En nombre infini, différentes les unes des autres,

inétendues et indivisibles, douées seulement d'une activité interne, les monades ne peuvent subir l'action d'aucune cause étrangère ni influer sur rien. Chaque monade a deux propriétés essentielles : la perception et l'appétition. La perception est cette faculté qu'a une monade de représenter toutes les autres. Sur chacune d'elles comme sur un miroir vient se réfléchir l'univers tout entier. L'appétion est cet effort que fait la monade pour changer de perception, c'est-à-dire pour passer d'un état moindre à un état supérieur. Les monades sont au nombre de quatre : i° les monades toutes nues, dont la réunion constitue les corps bruts. Ces monades n'ont que des perceptions inconscientes; 2° les monades des animaux, dont les perceptions vont jusqu'à l'imagination et la mémoire ; 30 les monades raisonnables ou âmes humaines, dont les perceptions atteignent les vérités éternelles et nécessaires; 40 la monade parfaite qui est Dieu.

2° L'harmonie préétablie. Les monades ont entre elles des rapports de coexistence qui, dans les corps, donnent la notion d'étendue. Mais cette étendue n'est qu'apparente, puisque les monades, en ellesmêmes, sont des forces inétendues. En plus, une monade ne peut agir sur une autre : seule, la monade suprême et parfaite. Dieu, peut directement influer sur les autres monades. Et pourtant, il y a correspondance entre leurs mouvements. Comment expliquer ce phénomène? Leibniz répond en disant que, bien que les choses se passent comme si les monades agissaient réellement les unes sur les autres, il n'en

est pas ainsi. Donc, là n'est pas la cause de leur correspondance mutuelle. Mais cette correspondance a pour raison l'intervention de Dieu lui-même. En effet, lorsqu'il a créé une monade, par égard aux autres, il a réglé tous ses mouvements, tous ses changements d'après l'état de celles avec lesquelles elle devait se trouver en rapport. C'est l'harmonie préétablie.

269. Psychologie de Leibniz. — Elle se ramène à la théorie de la connaissance et à la théorie du d éterm inism e psycholog iq u e .

i° Théorie de la connaisance. Disons tout d'abord qu'entre Yâmc et le corps, Leibniz n'admet pas d'union substantielle. Il explique leur mode de vivre, leurs relations mutuelles par l'harmonie préétablie, décrite plus haut. C'est dire que, sur ce point, il est plutôt idéaliste qu'empiriste. De même, dans la question de l'origine de nos idées, il combat le sensualisme de Locke et se range du côté de Descartes. Faisant la distinction entre les vérités nécessaires et les vérités contingentes, il conclut que les premières, à cause de leur nécessité, ne peuvent pas venir des secondes, et partant, sont innées à notre esprit. Tout de même, il ne prétend pas que nous naissons avec les vérités nécessaires gravées en nos âmes " comme l'édit du préteur sur son album " ; mais ce qu'il soutient, c'est que ces vérités sont en nous virtuellement et en puisance, et pour devenir en acte, il leur faut le concours des objets externes. Et donc, pour Leibniz, ce qui est proprement inné, ce n'est pas l'idée, mais les facultés intellectuelles avec la tendance à la former.

Pour Leibniz, " notre âme n'est pas un table rase in qua nihil scriptum, ni une cire molle qui se prête à tous les hasards de l'expérience; elle est plutôt comme un marbre sillonné de veines naturelles qui y dessinent une statue, laquelle apparaîtra au moindre choc de la réalité 1

Deux grands principes sont à la base de l'opération de l'intelligence : le principe de contradiction et le principe de raison suffisante, bu principe de raison suffisante découlent: i° le principe de causalité: il n'y a pas d'effet sans cause; 2° le principe de finalité: tout ce qui se fait a une fin; 30 le principe de continuité: tout se tient dans l'espace et le temps; 40 le principe du meilleur: de toutes les raisons suffisantes possibles, la meilleure est celle qui nous permet d'obtenir les plus grands effets avec les moyens les plus simples et les plus faciles ; 50 le principe des indiscernables: il n'y a pas deux êtres semblables.

2° Théorie du déterminisme psychologique. D'après le principe de raison suffisante, rien n'arrive sans une cause qui fasse que la chose soit de telle manière plutôt que de telle autre. Et il serait contraire à ce principe que la volonté puisse jamais se déterminer sans aucun motif, c'est-à-dire, sans raison suffisante. Et il conclut en exposant le déterminisme psychologique ou rationnel, suivant lequel la volonté subit nécesairement l'influence du motif le plus fort. Nous savons que ce motif le plus fort

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