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L,A PHILOSOPHIE EN ANGLETERRE

336. Caractères de la Philosophie anglaise au XIXe siècle. • — i° Associationniste : elle explique tout — du moins chez certains auteurs — par la fameuse loi, appelée loi de V association des idées, pour quelques-uns, loi suprême, loi unique, qui, à l'égard des phénomènes mentaux, joue le même rôle que la gravitation universelle et l'attraction vis-à-vis du monde de la matière. 20 Utilitariste, surtout en morale. Le critère de la moralité, pour un bon nombre de philosophes de l'école anglaise, c'est l'utilité que peut procurer l'acte posé. 30 Empirique: elle ne reconnaît d'autre objet de la connaissance que les phénomènes d'expérience. 40 Bz'olutionniste, surtout avec Herbert Spencer qui, dans l'idée d'évo-

lution, empruntée à Lamarck, cherche l'explication de toutes choses.

337. Jérémie Bentham (1748- 1832) est appelé à bon droit un économiste utilitariste. Selon lui, le principe unique de nos actions est l'intérêt personnel. L'homme est essentiellement et fatalement égoïste ; aussi bien, toute la morale se ramène-t-elle à la régularisation de l'égoïsme, et le calcul du plus grand plaisir est le principe qui doit nous diriger lorsque nous voulons juger de la valeur morale d'une action. La vertu consiste à " maximiser les plaisirs et à minimiser les peines ". Il a imaginé une espèce d'arithmétique morale dont le rôle est d'évaluer les plaisirs et de déterminer quel est celui qui l'emporte en quantité. Pour cela, il les envisage sous les rapports suivants : " intensité, durée, fécondité en plaisirs nouveaux, pureté ou exemption de douleurs, proximité, certitude, étendue en conséquences sociales ". Chercher son plaisir ou son intérêt, c'est une obligation, et celle-ci constitue le devoir. Chacun est le seul juge compétent quand il s'agit de savoir où est le plaisir et la douleur, c'està-dire le bien et le mal.

De ces principes il semble découler tout naturellement qu'il y a opposition flagrante entre les intérêts du particulier et ceux de la société. Mais chose étrange, Bentham arrive à cette conclusion paradoxale: l'intérêt particulier et l'intérêt général ne sont pas contraires. L'identité entre les deux est basée sur la loi appelée l'harmonie spontanée des intérêts. Grâce à la sympathie naturelle qui unit tous

les hommes, le bonheur de nos semblables nous rend heureux et ainsi le bonheur du tout fait celui de la partie. Bentham a fait l'application de ces principes dans son Traite de la législation qui l'a rendu célèbre.

Pas n'est besoin de dire que Bentham expose sa morale utilitaire, sans preuves à l'appui. Ses avancés sont, pour la plupart, des affirmations gratuites. Le bon sens les condamne. Si la règle des utilitaristes mesurait la valeur de nos actes, alors la race des jouisseurs serait celle qui mériterait le plus de considération. Au reste, l'intérêt ne peut pas être appelé une loi morale, parce qu'il n'en a pas les caractères. Il n'est pas obligatoire. " L'intérêt conseille, dit Kant, la moralité seule ordonne. " Il n'est pas absolu, mais relatif aux personnes, aux circonstances, etc. Il n'est pas universel, les intérêts sont souvent opposés, contradictoires. Les principaux ouvrages de Bentham sont: Introduction aux principes de morale et de jurisprudence, Traité de législation civile et pénale, Théorie des peines et des récompenses, La Déontologie.

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