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Maine de Biran (1766-1824), au dire de

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Consin, " est le plus grand métaphysicien qui ait honoré la France depuis Malebranche ". Le développement de sa pensée a passé par trois phases successives que nous allons résumer brièvement.

Dans une première phase, Maine de Biran prétend appartenir à l'Ecole de Condillac, bien que réellement, il s'en sépare. Avec Destutt de Tracy, il croit " que c'est à la faculté de nous mouvoir que nous devons la connaissance des corps ", et, sur ce principe, il fonde la distinction entre la sensation et la perception : celle-là est l'affection produite sur nos sens par les choses extérieures, celleci résulte de notre activité volontaire. Plus la volonté meut nos organes, plus grande est la perception. Et il en conclut que la perception n'est pas une sensation transformée. Il expose cette théorie dans son ouvrage intitulé: Mémoire sur l'habitude. Selon lui, les habitudes sont actives et passives, et elles affaiblissent la sensation et fortifient la perception.

On trouve dans la seconde phase de la vie intellectuelle de Maine de Biran, toute sa philosophie. Le point de départ de cette doctrine est ce qu'on est convenu d'appeler, le sentiment de l'effort. Le premier fait de conscience dont tout dérive, c'est Yeffort volontaire, la volonté agissant sur l'organisme. Cet effort révèle deux choses : Yactivité propre du moi et Y existence nécessaire du non-moi. En effet, par la conscience, nous sentons que nous agissons, que nous faisons des efforts, que la volonté met l'organisme en mouvement. Par la con-

science aussi nous sentons que l'organisme oppose de la résistance à la volonté qui le meut, et par cette résistance, le moi se reconnaît limité, il acquiert avec la conscience de soi-même, la connaissance du nonmoi, comme d'un terme nécessaire qui s'oppose au moi, c'est-à-dire de la réalité extérieure. Grâce à cette activité volontaire, le moi et le non-moi sont mis en présence, et par une seule et même intuition de conscience, on les connaît tous les deux. En résumé, pour Maine de Biran, le fond même de notre être est dans l'activité consciente, dans le sentiment de l'effort qui nous donne à la fois l'intuition du moi et du non-moi. Comme on le voit, c'est le stoïcisme qui prédomine dans cette seconde période. Les principaux ouvrages où Maine de Biran décrit l'évolution de sa pensée sont les Rapports du physique et du moral et l'Essai sur les fondements de la psychologie, publiés par Ernest Naville, en [859.

La pJiase troisième et dernière s'appelle la période mystique et chrétienne. On y trouve une philosophie ébauchée, incomplète, que Maine de Biran expose dans son Anthropologie, ouvrage inachevé. L'auteur distingue trois vies dans l'homme: la vie animale, celle de la sensation; la vie humaine, celle de la volonté ; la vie de l'esprit, celle de l'amour. Cette troisième vie, appelée vie de l'amour, perfectionne la morale stoïcienne où il s'était arrêté. Et cette vie troisième trouve son complément dans la morale chrétienne qui, par excellence, est la morale de l'amour. Aussi bien, c'est dans cette morale de l'Evangile qu'il alla chercher consolation et

soutien durant les dernières années de sa vie. La méthode prônée par Maine de Biran fut donc la vraie méthode psychologique, qui consiste à étudier l'homme, non plus par le dehors, comme font les sensualistes, mais par le dedans. C'est, pour parler le langage moderne, la méthode d'introspection. On doit reprocher à Maine de Biran d'avoir confondu ensemble la conscience, la raison, la volonté et ramené tout à l'effort, à l'activité, au point de nier la substance, l'essence de l'âme ou, du moins, d'en faire, comme il le dit lui-même, un insaisissable.

334. Joseph de Maistre. — Né à Chambéry, et mort à Turin (1754-1821), le comte Joseph de Maistre eut le tempérament et la justesse de vue d'un vrai philosophe éclairé des lumières de la foi. Ses principaux ouvrages sont: Considérations sur 4a Révolution française, Essai sur les principes générateurs des constitutions politiques et des autres institutions lut ma in es. du Pape, Les Soirées de Saint-Pétersbourg ou Entretien sur le gouvernement temporel de la Providence. Cet écrit est considéré comme le plus bel ouvrage de de Maistre. Ce brillant écrivain, cet illustre penseur a exagéré quelque peu le rôle de la tradition; mais, en justice, on doit dire que c'est en politique plutôt qu'en philosophie. " En ce qui concerne la philosophie de l'histoire, de Maistre ne paraît pas laisser à l'homme assez d'initiative et de pouvoir: il refuse trop facilement l'efficacité à ses desseins et à ses efforts T. "

t. K. Blanc, Dictionnaire de Philosophie, p. 788.

Quoi qu'il en soit, de Maistre n'en reste pas moins un génie perspicace dont les prévisions, parfois hardies, sur les hommes et les choses, se sont souvent réalisées. C'est lui qui n'a pas craint de dire aux admirateurs passionnés de Bacon, que leur idole " fut simplement un baromètre qui annonça le beau temps, et parce qu'il l'annonçait, on crut qu'il l'avait fait ".

335. Quelques autres. — Sous cette rubrique, nous pouvons classer les philosophes de l'Ecole traditionaliste dont le caractère général fut de réagir contre les rationalistes qui exaltèrent outre mesure la puissance de la raison humaine. Les traditionalistes allèrent juste à l'opposé et enseignèrent que la raison humaine d'elle-même est incapable d'arriver à la connaissance de n'importe quelle vérité (les traditionalistes exagérés), ou du moins, des vérités d'ordre métaphysique (les modérés), sans le secours d'un enseignement, d'une révélation. Citons Le Vicomte de Bonald (1754-1840), qui prétend que le langage a été révélé par Dieu à l'homme ; Félicité de Lamennais (1782-1854), dont YBssai sur l'indifférence proclame que la vérité certaine, dans l'ordre moral et religieux, est la révélation interprétée par l'autorité infaillible du pape, et, dans les questions simplement philosophiques, la tradition, qui n'est autre chose que le consentement universel: L'abbé Beautin (1796-1867) va jusqu'à dire que toute science est une croyanee à la parole de Dieu. Sous le titre de Spiritualistes rationalistes, nommons Destutt de Tracy (1754-1836) dont s'est inspiré

Maine de Biran; Laromiguière (1756-1837) qui fait dériver les facultés de l'âme de l'attention ; Royer-Colard (1763- 1845) qui commenta les œuvres de Reid, chef de l'Ecole Ecossaise; Caro (1826- 1887); Paul Janet (1823-1899) ;B. de St-Hilaire, le meilleur traducteur des œuvres d'Aristote; Bersot, Ravaisson (1813-1900), qui " fait de l'esprit l'unique réalité et l'universelle substance " ; A. Fouillée, célèbre par sa théorie des idées-forces ; E. N avilie, H. Bergson. Vacherot (1809-1897), dont l?ouvrage : La métaphysique et la science, représente le mieux la forme d'idéalisme qui prévalut en France au milieu du XIXe siècle, et dont le caractère fut de réagir contre le positivisme.

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