Lotze (1817-1881), Helmholtz, sont aussi
des précurseurs de cette philosophie psycho-physiologique et psycho-physique allemande contemporaine. Le premier est célèbre par sa théorie des signes locaux, d'après laquelle, toutes nos perceptions, ou tactiles ou visuelles, seraient accompagnées d'un signe qui nous permettrait de les connaître. Ce signe serait une perception plus faible se manifestant sous forme de cercles concentriques. Le deuxième a fait des calculs très précis sur la vitesse de l'influx nerveux et sur le temps qui s'écoule entre le fait de conscience ou psychologique, et sa manifestation dans la partie sensible ou le fait physique et physiologique. L'étude de la psycho-physique et de la psycho-physiologie a pour objet les phénomènes d'ordre physiologique et physique en tant que ceux-ci sont liés aux faits de conscience soit dans l'homme, soit dans tout l'animal. On doit dire de ces philosophes qu'ils ont trop exagéré les relations existant entre le physique et le moral.
356. Weber, Fechner, Wundt sont, en Allemagne, les principaux représentants de la psychologie physiologique. Comme le dit M. Ribot, dans sa Psychologie allemande contemporaine, le principe de la psychologie physiologique, c'est que " tout état psychique déterminé est lié à un ou plusieurs événements physiques " (Introd. p. XI). Elle " a pour objet les phénomènes nerveux accompagnés de conscience dont elle trouve dans l'homme le type le plus facile à connaître, mais qu'elle doit poursuivre dans toute la série animale ". La différence entre les deux, est que la physiologie " étudie les phénomènes
nerveux sans conscience ", et la psycho-physiologie s'occupe " des phénomènes nerveux accompagnés de conscience ". Point n'est besoin de dire que la méthode de cette nouvelle psychologie est expérimentale. Les phénomènes externes ou physiologiques, étant intimement liés avec les phénomènes internes, de conscience ou psychiques, il s'ensuit qu'en faisant varier ceux-ci on fera varier ceux-là. Alors, la méthode changeant, la psychologie n'est plus seulement une science descriptive, mais aussi explicative; et à la connaissance naturelle et directe de la conscience prônée par l'ancienne psychologie, la nouvelle oppose une connaisance scientifique, et, partant, indirecte.
Weber et Fechner ont tour à tour, à leur manière, formulé, en une loi, les rapports de variation entre les phénomènes internes et externes, ou entre la sensation et l'excitation. Les sensations, dit Weber, croissent de quantités absolument égales, lorsque les excitations croissent de quantités relativement égales. Fechner donna une autre loi qui porte son nom: la sensation croît comme le logarithme de l'excitation. Autrement dit, si l'excitation est représentée par une progression géométrique, la sensation correspondante devra être représentée par une progression arithmétique.
Le premier laboratoire de psycho-physiologie fut inauguré, en 1878, à Leipzig, par Wundt, le fondateur, ou tout au moins, le principal représentant de l'école psycho-physiologique. Pour Wundt, la raison suffisante, première et dernière de tous les phéno-
mènes de la vie mentale et spirituelle, doit être cherchée " dans la connaissance exacte de l'organisation anatomique et des fonctions physiologiques du cerveau ". Tous les faits psychologiques se ramènent à la sensation ; ils ont leur source dans les phénomènes physiologiques et physiques, ou mieux, dans l'inconscient. La sensation est une espèce de syllogisme dont les prémisses sont des actes inconscients (phénomènes physiques et physiologiques), et la conclusion, des actes conscients (phénomènes psychologiques et spirituels).
On voit que cette psychologie verse dans le matérialisme. Sans nier l'influence mutuelle du physique sur le moral, sans contester les relations qui existent entre l'interne et l'externe, il n'est ni utile, ni inofifensif, ni scientifique, de confondre l'un avec l'autre, c'est-à-dire, de ramener la psychologie à la physiologie et les faits d'ordre mental à de pures sensations.