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dogmes de la foi avec la raison, o'esl condamner la con-^ duite de tout ce qu'il y a de théologiens et de Pures... Il a J toujours été permis de faire servir tous les principes de la raison, nouveaux ou non,' certains ou douteux, à l'éclaircissement des dogmes de la foi, pourvu qu'on bâtisse toujours sur ces dogmes et qu'on ne soit pas assez téméraire pour les révoquer en doute. Non-seulement il est permis, mais il y a obligation, d'appuyer par la raison les dogmes que l'Église nous propose (1). n II s'autorise de l'exemple de saint Thomas qui s'est servi d'Aristote, dans l'intérêt de la foi, comme lui, à bieiii meilleur titre, il prétend se servir ^ de Descartes. I
Maleijranche est persuadé non pas seulement de l'ac- ' cord,.mais de l'unité. fondamentale et essenliellie des principes de la philosophie et de la fui. 11 faut, dit-il, âtre hon philosophe pour entrer dans l'intelligence des vérités de la foivplus on est fort dans les vrais principes de la métaphysique, plus on est ferme dans les vérités de la religion. Ponr établir cette grande unité, il n'hésite mGme pas à sull.ordonnerlafolàlaraison ou à l'intelligence, Onn^peut, ' suivant lui, renoncer à la raison universelle, sans renoncer à l'auleur même de ila foi. qui est la raison rendue sensible. La certitude de .la foi ne dépend-elle pas de la connaissance que la raison nous donne de l'existence de Dieu? o Ne voyez-vous pas que la certitude de la foi vient. ■ de l'autorilé d'un Dieu qui parle et qui ne peut jamais'' tr.oraper? Si donc vous u'ûles pas convaincu par la raison qu'il y a un Dieu, comment serez-vous convaincu qu'il a^l parlé? Pouvez-vous savoir qu'il a parlé sans savoir qu'il 'M est (2).7i) La foi ne peut donc se passer de la raison; cSiC' n'est pas, d'ailleurs, son but àelle-même, mais une prépa- j ration des âmes à la raison ou à rintelligence, en laquelle»! tût ou lard eile,doit se convertir. La foi est, dit-il, un doan Û$ pieu qui ne se mérite pas, mais l'intelligence ne se^l
{l| Réponse nu 3. iirn des niflexions tkéol. el pkil. <1) Cowersal. c/in't., !"Eiitratîpn.
donne ordinairement qu'au mérite. Tandis que la foi est pure grâce, il faut mériter l'intelligence par le travail et par la coopération à la grâce.
Peut-on élever plus haut la raison au-dessus de la foi ? «L'évidence, l'intelligence est préférable à la foi; car la foi passera, mais l'intelligence subsistera éternellement. La foi est véritablement un grand bien, mais c'est qu'elleconduit à l'intelligence... La foi n'est point contraire à rintelligencc de la vérité, elle y conduit, elle unit l'esprit h la raison, et rétablit par elle pour jamais notre société avec Dieu. Il faut se conformer au Verbe fait chair, parce que le Verbe intelligible, le Verbe sans la chair est maintenant une forme trop abstraite, trop sublime et trop pure pour former ou réformer des esprits grossiers et des cœurs corrompus... Mais l'intelligence succédera à la foi, et le Verbe, quoique uni pour toujours à notre chair, nous éclairera un jour d'une lumière purement intelligible (1). »
Pour ceux qui consultent la raison avec tout le respect et l'application nécessaires, la foi peut déjà, dès ce monde, se convertir en intelligence, et Malebranche fait dire au Verbe : « Je montre souvent à l'esprit d'une manière purement intelligible plusieurs vérités qui appartiennent à la foi. Car lorsque mes disciples rentrent en eux-mêmes et me consultent avec tout le respect et l'application nécessaires, je découvre à leur esprit avec évidence plusieurs vérités qu'ils savaient seulement avec certitude à cause de l'infaillibilité de ma parole (2). » Ainsi la philosophie se confond avec la religion, ou comme le dit encore Malebranche, la religion est la vraie philosophie. La distinction qu'il admet entre les vérités de la raison et celles de la foi, n'est que relative, et non absolue, elle n'existe qu'au regard des esprits vulgaires et seulement dans ce monde. C'est un état inférieur des âmes d'où, par l'attention à
(1) Traité de morale^ 2* partie, cliap. v.
(2) 3e Médit (iliotu
PROVIDENCE GÊNÊflALE.
consulter la raison, nous pouvons, dèsà présent, sortir pour nous élever jusqu'à l'intelligence qui seule ne passera pas, tandis que la foi passera.
On comprend donc l'attachement de Malebrancbe à la métaphysique et à la libre discussion philosophique. Citons, on témoignage de son amour de la liberté philosophique, ces belles paroles de sa Défense contre le P. Valois : H La liberté de philosopher ou de raisonner sur les notions communes ne doit point 6Lrc Otée aux hommes, c'est un droit qui leur est nature! comme celui de respirer (1). »
Nous terminerons ici l'esposîtion de la philosophie de Malebranche. Cette philosophie tout entière est un commenlaire, comme l'a dit Malebranche lui-même, des fomeuses paroles de saint Paul : In ipso enim vivlmus, movemur, et sumus. Nous avons vu que le commentaire renchérit sur le texte, au point de ne laisser rien à la créature, pour tout donner au Créateur. A cette tendance générale, se rattachent les causes occasionnelles et même la vision du particulier et du conlingent au sein de l'étendue intelligible, c'est-à-dire de Dieu. Mais il y a de grandes vérités dans d'autres parties de la vision en Dieu, dans la doctrine de la raison impersonnelle, par où il a surpessé Descartes, et dans la théologie naturelle, par où il a devancé Leibniz. Soyons d'ailleurs indulgents pour les erreurs de Malebranche, puisqu'il y a été poussé parle désir de placer l'homme dans la dépendance absolue de Dieu, par un excès de piété, et appliquons-lui, avec Arnauld, ce que dit saint Ambroise de la mère des Zébédées: Et si error est, pietatis tamcn error est (2). Mais nous n'en avons pas fini encore avec Malebranche; nous allons passer en revue ses principaux adversaires et ses principaux
iciples. Nous allons voir la vision en Dieu et la promce générale aux prises avec Arnauld, avec Fénelon
Rftvec Bossuet.
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