‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 31 sur 68 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

Bosaoet philosophe. — Sos ouïrnges philDsopbiqnes. — Nicolas Cornet sdii miiilre en iliéologie et en pliiloaopliie mi rollége de Naï»rro. — Ce que BoBsuel a rcleau an ce premier eoa^ignemeut, — BossueL eartéi' Réserve et resIrictioriB à l'eiidroii du cartésianisTue. captéaiena pour t'éducwlon du daupbiii. — Mécontenlemenl ei Huel & L'occasion de la Censure. — Doutes s» sujt^t de l'élendue easeutielle. — Son jugcinent sur les explications eucliBrislEquas des carlésiens. — Ses rapports avec Malebrauche. — Vains effupla pour le ramener A son sentiment aur lu grAce. — Mauvais eiiccèa d'une confiirence arec HalebranctiB, — Seconde conférence reftiaée pur Halebrsnche. — Enceiiragements donnés & Arnauld et i Féuelea pour la réfutation do Traiié de la nalui-e et de la giiki. — Attaqui^Jndipectes. — Prévisions et alarmes au sujflt d'une grande lulie di et de la Toi, — Leitre au marquis d'Allemaus, disciple de Mnlebranclie, — Daccooiaiodeineac avec HalebranciieA l'occasion da Traiti de famoar

Comme Arnauld, Bossuet a défendu DescarLes etcomï.battu Malebranche. La philosophie n'est pas sans doute la f plus grande gluire de Bossuet, et elle n'a pas élé la grande t alTaire de sa vie. Lui-même, il a si peu prétendu à la re- I nommée philosophique qu'il n'a rien publié de tout ce E qu'il a écrit sur la philosophie proprement dite (I). Cepen-

(1) Le Trttilé du libre arbitre a été Imprimé en 171(1. Le Traité de la

connu ifsnijte de Dieu ut de soi-même ee trouva dans les papiers de Féne-

W ha, auquel Bossuet l'avuit conBâ pour l'éducation du duc de Bourgogne.

f'il tut publié pour la première lois, en ITi7, sous le lilrod'Jnrroifucfionâ

' laphilùsopliie, qui ^st celui que lui donne Bossue) , dansas lettre nu ptpe,

t l'éducaiioD du IJuuphin. Ni l'auteur du privilège ni l'éditeur n'ont

Jrdeae douter que Bossuet en est l'auteur, et qutilques-uns mSine l'at-

I tribufefeni k Fénelon. I,e Journal de Tréi-oux, avril l"S3, en donne une

] uialyae aans nommer l'uuteur et lui reproche de tomber daua les erreurs

dant, s'il n'a pas une grande originalité philosophique, il se recommande par l'admirable bon sens avec lequel il ne prend de chaque doctrine, et en particulier de Descartes, que ce qu'il y a de plus sain et de moins contestable, et par le caractère propre de clarté, de force et d'éloquence dont il marque tout ce qu'il emprunte. D'ailleurs, montrer Bossuet philosophe, et presque cartésien n'est pas sans importance pour l'honneur de la philosophie et de Descartes, au risque d'achever de le perdre dans l'esprit de ceur qui déjà ne lui pardonnent pas d'avoir admiré des poèmes et des temples païens, V Iliade^ V Enéide et le Parthénon.

Descartes et Nicolas Cornet, voilà, en philosophie, les deux maîtres deBossuet. C'est sous la direction de Cornet, syndic de la Sorbonne, grand-maître du collège de Navarre, célèbre pour avoir dénoncé les cinq propositions de

de Malebranche. Cependant cet ouvrage était mentionné dans la liste des ouvrages posthumes de Bossuet pour lesquels un privilège avait été accordé à son neveu l'évêque de Troyes qui, sollicité d'en donner enfin une édition authentique, en fit paraître une en 1741, mais moins exacte que celle de 1722, car on y a modifié, d'après les progrès nouveaux de la science, la partie anatomique, et, ce qui est plus impardonnable, on s'est permis de toucher au style de Bossuet.

La Logique a été publiée pour la première fois par M. Flpquet, en 1826, Baucé-Rusand, Paris. Elle se trouve dans une bonne édition àe^Œuvres philosophiques de Bossuet, publiée par M. de Lcns, in-12, Paris, 1B43. Enfin M. Nourrisson a publié, pour la première fois» dans son Essai sur la philosophie fie Bossuet^ des extraits faits par Bossuet lui-môme, de la Morale à Nicomaque pour enseigner au Dauphin la morale d'Âristote, et un petit traité des causes. Ce traite, auquel Bossuet renvoie deux ou trois fois dans sa Logique, est une bonne analyse des quatre causes distinguées par Aristote, auxquelles Bossuet ajoute quelques pensées platoniciennes, sur la cause exemplaire, sur la cause première et la cause seconde. Parmi les pertes connues, nous signalerons celle d'un manuscrit sur une nouvelle explication du mystère de l'eucharistie, que nous avons cité d'après l'analyse et les extraits qu'en donne l'auteur de la préface des Œuvres philosophiques d'Arnauld. Quand ses amis le pressaient , dit l'abbé Le Dieu, de donner au public la Connaissance de Dieu et de soi-même^ il répondait : « que c'étaient des choses dont il ne fallait pas seulement parler. 1\ n'y avait de grand dans son esprit que la défense de l'Église et de la religion. » {Mémoires de l'abbé Le Dieu, 4 vol. iii-8, Paris, 1856, l" vol. p. 154.)

BOSSUET PHILOSOPnE ET CARTÉSIEN.

as9

Jansénius, que Bossuct acheva ses études de philosophie et de théologie (I). 11 prononça sa première oraison funèbre, en 1G63, en l'honneur « de ce docteur de l'ancienne marque, de l'ancienne simplicité, tie l'ancienne probité, » Par l'éclatant témoignage de sa pieuse et rive reconnaissance, on peut juger de la part de ce maître si vénéré dans ses dernières études, et de l'influence qu'il dut exercer sur son esprit : « Et moi, si toutefois vous me permeltez de dire un mot demoi-méme, moi, dis-je, qui ai trouvé en ce personnage, avec tant d'autres rares qualités, un trésor inépuisable de sages conseils, de bonne loi, de sincérité, d'amitié consEanle et inviolable, puis-je lui refuser quelques fruits d'un esprit qu'il a cultivé avec une bonté paternelle dès sa première jeunesse, ou lui dénier quelque part dans mes discours, après qu'il en a été si souvent le censeur et l'arbitre I » Dans la même oraison funèbre, Bossuet nous apprend encore que Cornetconnaissait à fond les opinions de l'École et la doctrine de saint Thomas: m II connaissait très-parfaitement et les confins et les bornes de toutes les opinions de l'École; jusqu'où elles couraient, et jusqu'où elles commençaient à se séparer : surtout il avait grande connaissance de la doctrine de saint Augustin et de l'école de saint: Thomas, u De cet enseignement, Bossuet a gardé une admiration pour Arislote, qui contraste avec l'injuste mépris de la plupart des autres cartésiens. Dans sa Logique, dans la Connaissance de JHeu et de soi-même, nous trouverons plus d'une trace excellente du péripatétisme, comme aussi dans le Traité du libre arbitre, nous reconnaîtrons l'influence du thomisme de fJûmet, par la préférence qu'il donne à la prémotion phy-

(1) Histoire lie Bonsuel, pgrle cardinal Bsusset, 1*'' livre. Doasuel avait fuît E<a premiiires éiudei à Dljoa, au ctriléga de Godraiia. cbeî les jésurlea ; tl vint à Paris t dïi-acpt aaB, ponr les aelicver an collée de Navnrre, tVoif lin Mémoire <ur la Phil'utopfiie 'te Hoituel, par M. PiOurriason, comptes rendus de l'^radémie des Sciences morales et politiques, avril et mui ISSÎ. Voir susîi les Éludes sur in viv 'le Bùis«el, pur M. (■loi|iiel, i TOI. in-S.)

sique sur tous les autres systèmes, imaginés pour concilier le libre arbitre avec la dépendance absolue de la créature à regard de Dieu. En outre du thomisme qu'on lui avait enseigné au collège de Navarre, Bossuet s'était nourri de la lecture de saint Augustin, qui le prépara, de même qu'Arnauld, àbien accueillir Descartes.

Nous ignorons quand Bossuet commença à connaître et à goûter la philosophie de Descartes. Mais l'époque de sa vie pendant laquelle il s'en est le plus occupé, est celle de l'éducation du Dauphin, pour lequel il composa la Zog^îiywe et le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, A Versailles, il était le centre et le chef d'une petite réunion littéraire et philosophique où dominaient les cartésiens, tels que Gordemoy, La Bruyère, Fénelon, Pellisson, l'abbé Fleury. On discutait presque tous les jours sur divers sujets de théologie et de philosophie, dans une allée du parc de Versailles, à laquelle, en souvenir de ces doctes promenades, la cour donna le nom d'Allée des philosophes (1).

D'après le témoignage de l'abbé Le Dieu, qui a été son secrétaire pendant les vingt dernières années de sa vie, Bossuet mettait le Discours de la méthode au-dessus de tous les ouvrages de Descartes et de tous ceux de son siècle. L'abbé Genest,, dans la préface de sa Philosophie en vers de Descartes vsiconie qu'il s'est trouvé, pour ainsi dire, à l'école de feu M. de Meaux qui a approuvé ses principes ou les a rectifiés par ses conseils. C'est Bossuet qui fit nommer

(1) « n ne parut Jamais à la Cour, dans les promenades publiques, qu'il ne fût environné de l'élite du clergé. C'était un bel exemple, surtout à Versailles, où cette troupe se faisait remarquer davantage dans le petit parc, dans l'allée, qu'ils avaient nommée des Philosophes, dans l'Ile royale et ailleurs. Ce vieillard, vénérable par ses cheveux blancs, dont le mérite et la dignité, joints à tant de bonté et de douceur, lui attiraient les respects des petits et des grands, dès qu'il se montrait, marchait à la tête, résolvant les difficultés qui se proposaient sur la sainte Écriture, expliquant un dogme, traitant un point d'histoire, une question de philosophie; »

{Mémoires de l'abbé Le Dieu, P' vol., p. 137.)

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Texcellent cartésien Cordemoy lecteur ordinaire du Dauphin, c'est lui qui, en même temps, retenait le cartésien Pourchot dans renseignement public, à cause du bien qu'il en espérait. Ainsi il aimait, il encourageait le cartésianisme et les cartésiens. Le fruit que TÉglise pouvait en espérer pour établir dans Tesprit des philosophes la divinité et l'immortalité del'âme, voilà pour Bossuet, comme pour Arnauld et pour les grands théologiens cartésiens, la principale cause d'attachement â la philosophie nouvelle. Mais si Bossuet est cartésien, on comprend qu'il ne le sera qu'avec la circonspection que commande sa position officielle pour une doctrine proscrite par des arrêts du Conseil du roi, sous la réserve de son bon sens, à l'égard de certains paradoxes cartésiens, et plus encore sous la réserve de l'orthodoxie, par rapport à tous les points qui, directement ou indirectement , paraissaient pouvoir porter quelque atteinte à la foi. Il estassez singulier de voir l'éducation du Dauphin confiée à des cartésiens, alors que le cartésianisme était proscrit de l'enseignement par un arrêt du Conseil du roi. Huet lui-même, qui n'écrivit la Censure que dix-neuf ans plus tard, était encore cartésien, quand il fut choisi pour venir en aide à Bossuet (i). Mais il arrive souvent à Bossuet de dissimuler ses

(I) Cette contradiction est ironiquement relevée dans une pièce de vers qui se trouve dans la Relation fidèle de ce qui s'est passé dans Vuniversité d'Angers au sujet de la philosophie de Descartes et en exécution des ordres du Roi. L'auteur fait prédire à Descartes le triomphe de sa doctrine.

... « Louis M'en donne aujourd'hui sa parole, Puisqu'il veut, grâce à Bossuet, GrAce à l'incomparable Huet, Que ce soit moi qui pir leur bouche Donne tous les jours quelque touche, Pour de son fils faire un portrait Qui nous montre un prince parfait...

Si donc Louis paraît le chasser avec colère, c'est qu'il ne veut pas, pédantesques cohortes, que cette lumière qui doit éclairer sou fils se

doctrines cartésiennes sous les noms et Tautorité de David, de Socrate, de saint Paul, de saint Augustin, ou de saint Thomas, comme on le voit surtout dans sa lettre au pape sur Téducation du Dauphin (d).

Quelle que fût sa réserve philosophique, il ne put cependant supporter en silence l'apostasie cartésienne de Huet. Huet nous apprend lui-même qu'il y avait eu entre eux, à ce sujet , de vives quoique amicales discussions. Quand plus tard il publia la Censure^ il crut devoir, comme souvenir de leur ancienne liaison , en envoyer un exemplaire à Bossuet, en y joignant une lettre dans laquelle il exprimait la crainte qu'un présent, tellement contraire à ses sentiments, ne lui fût pas très -agréable, et en même temps l'espérance que cette diversité d'opinions ne troublerait pas l'union de leurs cœurs. Dans une réponse, qui n'est pas exempte d'aigreur, Bossuet, sans entrer dans aucune explication, se borne à dire qu'il a quelque peine de se voir attribuer de l'atlachement pour le cartésianisme par quelqu'un qui le juge si contraire à la foi. Huet, dans une nouvelle lettre, s'empressa de protester, qu'en le rangeant parmi les cartésiens, il n'avait pas plus pensé porter atteinte à l'intégrité de sa foi, qu'à celle de saint Thomas et d'autres Pères de l'Église, en disant qu'Us sont péripatéticiens, ou platoniciens (2).

Mais, d'ailleurs, le bon sens de Bossuet ne saurait s'ac-

ppofane chez vons. « (Voir V Introduction des Œuvres philosophiques de Bossuet^ par M. de Lcns.)

(1) Partisan de la liberté philosophique en tout ce qui ne touche pas la foi, il blâme rintorventiou de l'État dans des questions de pure plnlosophie, comme on eu peut juger par le passage suivant de la lettre au Pape : « Pour celles (les choses qui ne regardent que la philoeopliie), qui ne sont que d'opinion et dont on dispute, nous nous sommes eoiitenté de les lui rapporter historiquement, jugeant qu'il était de sa dignité d'écouter les deux parties et d'en protéger également les d'fenâeurss sans entrer dans leurs querelles, parce que celui qui est né pour k cofltt mandement doit apprendre à juger et non à disputer.

(2) Commentarius de reftus ad eum pertinentibus, p. 3^88, in-12. Amst.,

kH.cr

commoder, sans quelques reslrictions, de cer la in es opinions cartésiennes. Quoiqu'il avoue ne concevoir la dépendance mutuelle de deux suLstanres, aussi opposées que l'âme et le corps, que par un miracle perpétuel de Dieu, cepenilant il ne veut pas qu'on dise quç la volonté ne peut remuer le corps, et que nous nous trompons, quand nous croyons faire quelque action en nous remuant, ou en pensant qne notre volonté a quelque action réelle sur le corps et produit du mmivement : h On le pourra dire sans dillicidté, car tout le langage humain appelle cause ce qui, étant une fois posé, on voit suivre aussitôt un certain i.(îet (l). " Pour prouver l'existence des corps, il lui semliic inutile de recourir à la foi, oti même à l'argument de la véracité divine, « S'il y a des corps dains l'univers, ,■ c'est chose de fait dont nous sommes avertis par nos sens comme des autres faits(2). s Les cartésiens qui se plaisent & répéter que la chaleur n'est pas dans le feu, ni la froideur dans la glace, ni l'amertume dansTabsiolfae, parlent suivant lui, fort impertinemment, parce qa'il faut bien qu'il y ail . foelque chose eo' ces objets qui produise en nous ces seniimenls, quoique ces mots n'expliquent pas ce q,o'est .eequelqoe chose (3). Pour se mettre à l'abri du reproche de ..trop séparer l'âme du corps et de les faire indépendants l'un de l'autre, il définit leur union : n un tout naturel qui Pconslitue l'homme, » S'il pense avec Platon et Malebraniche que nous voyons en Dieu les vérités éternelles, il se rgai-de de toute hypothèse sur la manière dont nous les f'Voyon.s, et il se relranche à tenir le fond sans prétendre [pliquer 4e comment. Enfin il hésite à se prononcer en ïveiir de l'aulomatisme des bêtes, auquel il semble pré- [ Krer l'opinion commune, qui est aussi celle de l'École.

De même que le bon sens, la foi lui impose des restric- , fMootiel des réserv&s à l'égard de quelques points suspects

(1) Sr/tiié dit libre ar/.itre, cli; ii) Detù conmiiiiancn àf Dira 9) Logigiie, I" punie, cliap. i

PUILOSOPIHE CARTÉSIENNE.

aux théologiens, tels que retendue essentielle, à cause des difficultés eucharistiques, l'inDnilé du monde, rinopossibilité de la création et de la destruction des substances qui paraissent en ê!re des conséquences. Toutefois, même en ce point délicat, Bossuet n'abandonne pas Descartes, mais il cherche à l'interpréter et môme à le moiliflcr de manière à le mettre à l'abri des objections des théologiens. Les cartésiens, selon Bossuet, en définissant le corps par la substance étendue, ne prétendent le définir que par rapport à nos idées naturelles, à nos usages et au cours ordinaire des choses, ce qui n'erapèche pas de supposer que, dans le corps, il y ait quelque chose de plus profond et de plus intime, de plus foncier, que Dieu y ait mis et que nous ne connaissions pas. En disant que le corps est l'étendue et l'esprit la pensée, les cartésiens les définissent l'un et l'autre par leur acte, et non par leur essence, mais ce n'est pas à dire pour cela qu'ils constituent l'essence dans l'acte même (1). 11 écrit à Leibniz: a que toutes les fois qu'il entreprendra de prouver que l'essence des corps n'est pas dans l'étendue actuelle, non plus que celle de l'àme dans la pensée, il se déclare hautement pour lui (2), 11 On voit qu'il inclinait à placer celle essence, comme Leibniz lui-mGme, dans une force qui est le principe et le support de l'étendue. PcUisson, probablement

|l) Voir, dans la Préfar* historiqiiB et critique des Œunres phitoiophiques d'Aniauld (tome XXXVIII des Œ'ivreat, des eilraits d'un manu». dit de Boiiinel sur l'examen d'une roiivelle eiplicition de l'ouchariBlie. Cette nourolla explication est celle de Desgabels, tirde des Lerires de Des* cnrteB au P. Meslnnd. Ce manusciit, qui eût ét^ d'un Braiid intérêt pour la Théologie et pour l'Hislolrs de la pliiloaophie cartésieiinn, est mallieureosemeut perdu, ou du moini n'a Jamais êlé publié. Voici ce qu'en dit l'sbbé Le Dieu ; ■ Il a même fait eiprts un écrit particulier ponr proiirer l'onliodoiie de Descarlea sur le cny siËre de l'eucharistie vX pour r^ruier ift 1» présence ri'elle du corps et du sang ds proposée par lea disciples de ce pbilopriocipes. » {Mémoires, l" »ol-, p. MB.) (S) De lu lolérancB des relifion», Lelir'H df Jf. laibnii tl Ritionies dt il.Pellmou,ia-lî.Pub, Ibai. Cette lettre e»tdati!e du S» octobre leSl.

noiirells manière d'etpllqi Noire-Seigneur

d'après les entretiens de Bossuet, adhérait aussi à la doctrine àii Leibniz sur ce point important : h Notre imagination est accoutumée à concevoir l'être, même dans les choses les plus insensibles, avec Je ne sais quoi qui le soutient, qui le défend et qui lui donne une puissante inclination à s'étendre ; comme on voit clairement «ju'uoe goutte d'eau , si elle pouvait s'étendre, inondec*ait toute la terre, et que la moindre étincelle de feu, si tille ne trouvait point d'obstacle, embraserait tout l'uni- ■^ers. Ainsi, Monsieur, je ne puis que louer votre pensée, etc. I) — Avec cette intci'prétation, dont la doctrine csartésicnne lui parait susceptible, Bossuet persiste à croire «^u'il ne faut pas condamner les sentiments de Descartes ^Tjr l'essence des corps comme plus embarrassants, ou Kinoins propres que ceux de l'École à expliquer le mystère c3e la triinssiibstanliation.

Mais s'il refuse de se joindre à ceuï qui accusaient le Ciartésianisme d'incompatibilité avec le concile de Trente, il condamne sévèrement toutes ces prétendues démonslra- 'V^ions cartésiennes de l'eucharistie, imaginées ou divulguées par de téméraires disciples de Descartes. Dans .sa sollicitude pour les intérêts de la foi, et pour ceux de la jthilosophie cartésienne, il s'inquiète d'apprendre que teux lettres de Descartes au P. Mesland, contenant une ieuvelie explication de l'eucharistie, sont entre les mains ie Pourchot. Aussitôt il en demande une copie : o M. Desartes, écrit-il à Pourchol, a toujours craint d'Gtre noté jDar l'É^dise, et on lui voit prendre sur cela des précautions dont quelques-unes allaient jusqu'à l'excès. Quoi- «Jue ses amis pussent désavouer pour lui une pièce qu'il *i* aurait pas donnée lui-même, ses ennemis en tireraient •désavantages qu'il ne faut pas leur donner. »

Après les avoir lues, voici le jugement qu'il en porte: ^ Tous pouvez dans l'occasion bien assurer votre ami ^*a'elles ne passeront jamais et qu'elles se trouveront di- •"^ctement opposées à la doctrine catholique. M, Dcscar- ^^s, qui ne voulait pas être censuré, a hien senti qu'il fallait

S»hi]

^^Heu' ^^fcarti

236 PHILOSOPHIE CARTESIENNE.

les supprimer. Si ses disciples les imprimenl, ils seiotent une occasion de donner atleiote !i la réputation de leur maître. H y a charité à les en empêcher. Pour moi , je liens pour suspect tout ce qu'il n'a pas donné lui-même, et dans ce qu'il a imprimé, je voudrais qu'il eût retranché quelque;: points pour être entièrement irrépréhensible par rapport à la foi, car pour le pur philosophique, j'en fais bon marché (4). » Toutefois il croit qu'il est de l'intérêt de la vérité et de la juslire de distinguer cette explicitlion de celte que DescartF:s a exposée lui-môme dans ses écrits publics, où il se donne beaucoup de peine à expliquer, d'après sa philosophie, la couserTation des espèces du pain, la substance du pain étant ôlée : n On voit donc qu'il agissait, dans tout ce discours, suivant la commune présupposition ries catholiques. Si dans quelque écrit particulier il a proposé ou hasardé quelque autre chose, je ne m'en informe pas, et it me suffit d'avoir iDontré dans un écrit qu'il a publié, et que lui-même il appelle le plus sérieux de tons, c'est-à-dire dans les MétUtaCions méta^j/eyxiques et dans leur suite, qu'il a toujours supposé, avec tous les autres catholiques, l'absence réelle du pain et la présence aussi réelle du vrai corps de Jésus-Christ, au lieu que cette opiiuon élude, comme on l'a vu, l'uueet l'autre (3). » Ces efforts pour justiQer Descaries, ces appréhensions et ces conseils nous roontrent bien l'attachement sincère de Bossuet à ta philosophie nouvelle. Directement ou indirectement il fait la guerre à ceux qui la compromettent en abusant du nom et des principes de Descartes. 11 excite François Lamy a publier sa réfutation de Spinoza, pour laquelle il lui promet tous ses services (3j. Il ne s'alarme pas moins des témérités Ihéologiques et philosophiques de Malcbrancbe, et, après l'avoir personnellement conjuré de renoncera son sentiment sur

(I) te»ceàM. Pflsiel en noi, i>diL Laf&vre, t. Xf, p. ÎS4. , (?) Manuscrit sur l'eiamen d'une naiiTBlIc explicRtioii de l'EactMrtUh, ■ lié dliiisla pn'ftice des Œuvres ptiilosophiqtia d'Arnaiilil. ~^^—

{3) Êdît. fcefËvrev t. XI, leltrei ^^à, lia, HT, en Itltm.

BOSSUET PHILOSOPHE ET CARTÉSIEN, la grâce, il metàFénelon la plume à la main pour le réfuter. C'est en effet à l'instigation de Bossuet que Fénelon cnmpasa sa Béfutaliondu système de Malebj-anche sur ianaiure et la grâce. En même temps, dansune lettre à l'évêque de Caslorie, il ptcsse Ainanld de commencer, sans plus tarder, la lutte contre le système de la grâce. Il applaudit u livre des- Idées, parce qu'en découvrant les paralogismes de l'auteur sur ce poini, il a préparé les voies contre le sjysteme sur la nature et la grûce, mais il désire vivement que cette réfutation paraisse le plus tôt possible, car il n'a j:>u lire sans horreur ce qu'il avance sur la grâce et J3r-iiicipalement sur Jésus-Cb ri si, considéré comme cause t>c;<z;asionnelle de la distribution de la grâce (l). Amauld, ï»^!."- l'intermédiaire de l'évéque de Castorie, M, de Néerc:£i.:ssel, s'empresse d'assurer Bossuet qu'il est prfit à Taire I*^i"aïlrc celte réfutation : Prœsertim eum tu hoc postules Gf cum ipss pro sua erga te vtneratiane, nikil libi passil den^&^re (2).

"Xfoici quelques détails nouveaux, empruntés au ma- '^uscrit du P. André, sur les rapports de Bossuet et de ■^'lïfclebranche. Aussitôt après la publication du Traité de '<* w^ature et de la prace, Bossuet voulut conférer avec l'au- ^f^ i-ir pour essayer de le ramener à la âoctrine de saint Tho- ~^ sur la grâce, la seule catholique, suivant lui. Dans

C'I " Accepi Ubrum ciii est lltutuH De veris et falsis idfit. Quo llbra Kkdeo Teheiiientlsaime confuiaium aiiclorem eiim qui Traetatum de na> gratin, gallico idiomale, me quidem majicae pelucliiute, piibl Icare '-'on cess:U. Flujiis ego aucioris deteeUiB parnlogiBnios de ideia sliisquc *'d.>iis buic argumenLa co^jiinciis, eo magis loiCor <|uoil ei vinm parent ad ^veneiidum oinni lalsUuCe replalum librum De nalura et gratta... Atque ^iMidem opio quant primum edi xc pervemre sd nos imjus Iractalus pro- "^■KaiiQi conrutaiianeii, pc^que taiitucn bujiis pnrtis que de graiiu Gtiristi, latn fnlïa, tani insHna, fain nov», Uim. eiitiosa dicuntur, sed vel maxime ^Qa qna de ipsa Cliriati persona, sancTieque ejiis «.nioiEe Ëccleaiie sue "^^^liire li|cutul>eiitis scieuiiik, lam iiidigiiLi prorenintiir; qiiie mthi |ll lioiTori riiisse, isll eliain anctorî candide, ut ojioriRbal, dectariUiim -*De«st, aCqiie omnitio Tiitcor eiiisum me esse omni ope ne tam iatand» leraotiir. » (l(iS3.] Ëdit Lerèvrc, t. XI, p. 83. (I) £dk. LerÈTrR, letiru 1U6.

cette conférence, racontée tout au long parle P. André, Malebranche se borne à écouter Bossuet, sans vouloir discuter avec lui, le sachant vif dans la dispute et craignant de lui manquer de respect. Pressé de s'expliquer, il proteste qu'il ne dira rien que par écrit et après y avoir bien pensé. «C'est-à-dire que vous voulez que j'écrive contre vous, dit Hossuet, il sera facile de vous satisfaire. — Vous me ferez beaucoup d'honneur, » répondit fièrement Malebranche; après quoi on se sépara (1).

Cependant, plein de confiance dans l'ascendant de son caractère et de son génie, Bossuet voulut avoir encore une seconde con férence avec iMalebranche. Celui-ci réponditpar un refus dans les termes les plus fermes et les plus nobles : «Monseigneur, je ne puis me résoudre à entrer en conférence avec vous sur le sujet que vous savez. J'appréhende ou de manquer au respect que je vous dois ou de ne pas soutenir avec assez de fermeté des sentiments qui me paraissent, et à plusieurs autres, très-véritables et très-édifiants (2). »

C'est à peu près à cette époque, en 1687, que Bossuet écrivait à un disciple enthousiaste de Malebranche une lettre célèbre, si dure et si ironique à l'endroit de son maître, si pleine d'alarmes et de sombres prévisions sur l'avenir de l'Église. Il le conjure à plusieurs fois, au nom de la paix de l'Ègliï^e, de lui procurer une entrevue avec son maître. « Tant qu'il n'écoutera que des flatteurs, ou des gens qui, faute d'avoir pénétré le fond de la théologie, n'auront que des adorations pour ses belles expressions, il n'y aura point de remèdes au mal que je prévois.... S'il veut du secret, je le lui promets ; s'il veut des témoins, j'y consens. » Il le raille au sujet de son engouement pour leur patriarche : a Tout vous plaît de cet homme, jusqu'à son explication de la manière dont Dieu est l'auteur de l'action du libre

(1) Si Bossuet n'écrivit pas contre Malebranche, il usa de son crédit pour faire saisir, à Pans et à Rouen, des exemplaires des Méditation» chrétinnes et du Traité de la nature et de ta grâce,

(2) Correspondance inédite y publiée par Tabbé Blampignou, p. 132.

arbitre, comme de tous les autres modes, quoique je ne me souvienne pas d'avoir lu uucun exemple du plus parfait galimatias.... Pour l'amour de votre maître, vous donnez tout au travers du beau dénoùmeal qu'il a trouvé aux miraclus dans la volonlé des anges, et vous n'en voulez pas même apercevoir tout le ridicule; enfin, vous recevez à bras ouverts toutes ses nouvelles inventions. C'est assez qu'il se vante d'avoir le premier pensé d'e.vpliquer le déluge de Noé par la suite des causes naturelles, vous l'embrassez aussitôt. Quand il me plaira, par celte voie, je rendrai tout natnrel. jusqu'à la résurrection des morts et à la guérison des aveugles-nés. a

Ces hardiesses de Malebranchc lui paraissent l'indice d'un grand danger qui -menace l'Église, à la suite de la liberté de juger, introduite par l'abus de la maxime cartésienne de l'évidence : « Je vois, non-seulement en ce point de la nature et de la grâce, mais en beaucoup d'aulrcs articles très-importants de la religion, un grand combat se préparer contre l'Église, sous le nom de la philosophie cartésienne. Je vois naître de ses principes. à mon avis mal entendus, plus d'une bérésie; et je prévois que les conséquences qu'on en tire contre les dogmes que Dos pères ont tenus, la vont rendre odieuse, et faire perilre â l'Église tout le fruit qu'elle en pouvait espérer, pour établir dans l'esprit des philosophes, la divinité et l'immortalité de l'âme. De ces mômes principes mal entendus, un autre inconvénient terrible gagne sensiblement les esprits, car sous prétexte qu'il ne faut admettre que ce qu'on entend clairement (ce qui, réduit à certaines bornes, est trèsvéritable), chacun se donne la liberté de dire : J'entends ceci, et je n'entends pas cela; et sur ce seul fondement, on approuve ou on rejette tout ce qu'on veut, sans songer qu'outre nos idées claires et distinctes, il y en a de confuses et de générales, qui ne laissent pas de renfermer des vérités si essentielles, qu'on renverserait tout en les niant. II s'introduit sous ce prétexte une liberté de juger qui l'ait que, sang égard à la tradition, on avance témérairement

itO PHILOSOPdiE CAUTËSIE.NNE.

lûut ce qu'on pense, et jamais cet eicès n'a paru, à mon avis, davaalage que dans le nouveau eystème, car j'y imuve à la fois les inconvénients du Icutes les sectes, et parliculièrement du pélagianisme (I). w Mais il Tant bien remarquer avec quel soin Bossuet répète qn'il n'attribue ces conséquences pernicieuses qu'aux principes de Descartes mal entendus. Le disciple de Malebranche auquel il s'adresse avait cru pouvoir se servie du Discours sur l'histoire universelle pour autoriser la doctrine de la providence générale de son maître. De là de nouveaux reprocbes de Bossuet qui seplaintd'avoirété si mal compris. Nous savons aujourd'bui, grâce au P. Adry, qne ce mal eb ranch iste était un grand seigneur, le marquis d'Allemans, dévoué à la philosophie et aux lettres, et qui,* jusqu'à sa mort, fut le disciple leplusUdèle, l'admirateur le plus enthousiaste et l'ymi le plus intime de Malebranche (9). Pour défendre l'auteur du Traité de h nature et de la grâce, il avait en efTct envoyé à Bossuet, avec lequel il était lié, un mémoire, ot il prétendait justifier, par le Discours sur l'histoire universelle, la doctrine de la providence générale. Lui-même il parle de ce mémoire dans une lettre h Malebranche: nJe lui fais assez bien voir, dit un peu trop légèrement le noble marquis, qu'il n'a su ce qu'il dit dans son Discours sur PhiS' toVeuiiftiwïeWe, ou qu'il faut qu'il soit de votre sentiraent(3}.u Quelques années auparavant, Bossuet, dans l'oraison funèbre de Marie-ThérÈse, avait lancé cette invective indirecte contre la providence générale de Malebranche : «Que je méprise ces philosophes qui, mesurant les con-

(I) Édii. UfÈvre, t. XI, p. 109.

(!) Makbranohii, en coiiipagnia (lu P. Salmon, aïaît passé an été dans Bon chili>nu aux environs de La Rnchelle. L'abbé BUmpignon a publia un cei'IaJQ nombre de lelires du lUHrquii d'-Allemans et dit Mfll^branche. Salnt-Binipn ricppu, dans ses Mémvires, qu'il fit coniiaissniice ûb Malebrancbe cbM le marquis d'Allemans. > Le goùl des mËmus tcicnces, ditil, l'avaii fitii iiiLime de MU. d'Alt>:mans pËre et fils, et c'éiaii cljez lui qae ]'étBis dfivenule Isur. ■ [Mémoire», t. XI, p. MB, l'dit. Clidruei.)

[A) L'abbé Blumpignon, Coi-reapondaiics inédile, p. SI).

seils de Dieu à leurs pensées, ne le font auteur que d'un certain ordre général, d'où le reste se développe comme il peut()} I»

Néanmoins, comme le remarque l'auteur de la Vie ti'Amauld, les attaques de Bossuet contre Malebranche furent toujours indirectes, ou confidentielles et par lettres. Aucun évêque, aucune Faculté de théologie ne s'éleva publiquement contre la philosophie de Malebranche ; Bossuet qui, comme on vicntde le voir, l'avait censuréesi fortement, en parlant à l'auteur lui-même, et dans quelques-unes de ses lettres, ne la combattit par aucun écrit public, et il ne voulut pas même consentira ce que sa lettre à M. de Néercassel fût publiée. Peut-être eût-ii craint de blesser l'archevêque de Paris, Harlav de Cliampvallon, «t les jésuites, qui protégeaient alors Malebranche, à cause de la lutte où il était engagé contre Amauld.

Cependant, sur la fin de sa vie, il se montra moins sévère à l'égard de Malebranche, quoique celui-ci n'ait jamais désavoué aucune de ses doctrines. Si même nous en croyons l'abbé Gosselin et le cardinal Bausset, il serait allé le trouver pour lui offrir son amitié (2). Dans la troisième édition de 1709, du Recueil de ses réponses à amauld, Malebranche a lui-même intercalé un passage à la /têporise aux Réflexions, oil il fait allusion à celte récon- «2iliatîon, et cherche à en tirer avantage pour sa doctrine. « Je crois pouvoir dire que ce prélat, si connu par son savoir et par sonz6!epourdéfendrelapurelédelafoi,areconnu la solidité, ou du moins la catholicité de mon Traité, après l'avoir sérieusement examiné, ce que je sais certainement -^u'il afait; car, quoique j'aie eu l'honneur de le voir sou-

{1} Pour que Malebranche ne pHt a'y tromper, raconte le P. André, il lai sdreBEik un eiempJaire de son dEscoars, Mnlebranthe, qnoiqiiB prs- Anid^ment bli'ssé, sut se contenir et ne s'huiuiiia pas, 11 bHii mCme voie SoEsuet et le remerciiL ironiqnement de l'honneur qu'il lui avati Tai: en pirlanl de lui publiquement.

(S) Histoire rie llo^suel. par le cardin:il BansaM, reviif' par l'abW GosleSn, Puis, 181>0, 1" vol., p. SB.

It. U

vent, pendant plusieurs années, jusqu'à sa mort, et que je lui aie communiqué quelques ouvrages, avant que de les faire imprimer, il ne m'a jamais dit la moindre parole qui marquât quelque mécontentement de mon Traité. » Il est très-possible que Malebranche exagère la portée de cette réconciliation avec Bossuet, en l'interprétant comme un retour aux doctrines du Traité de la nature et de la grâce, Bossuet était mort et ne pouvait plus protester contre cette assertion. 11 est plus probable que Toctîasion de cette réconciliation, comme nous l'apprend le P. André, fut le Traité de V amour de Dieu^ oh. Malebranche prenait parti pour l'opinion de Bossuet, dans celle autre guerre, dont nous parlerons plus tard, contre Fénelon et le pur amour (i).

(I) Bossuet fut ravi d'avoir un second d'un si grand mérite dans sa lutte contre Fénelon. 11 était déjà revenu de bien des préventions contre Malebranche ; mais le Traité de V amour de Dieu, dit le P. André, acheva de le convertir. « Sa conversion fut éclatante. Il alla le premier voir le P. Malebranche, Ini offrit son amitié et lui demanda la sienne. Leur réconciliation ne put être cachée et leur fit d'autant plus d'honneur qu'elle fut sincère. Depuis ce temps-là, M. de Meaux et le P. Malebranche furent amis jusqu'à la familiarité. «^(Manuscrit de la Vie de Malebranche,)

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