‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 2)Chapitre 30 sur 68 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Nicole. — Influence d*Arnauld sur Nicole. — Nicole moins ferme qu'Arnauld dans son attachement à la philosophie et à Descartes. — Tendance à rabattre la confiance de la raison en ses propres forces et la présomption des philosophes. — Du peu de goût de Nicole pour les Pensées de Pascal. — Discours sur les preuves naturelles de V existence de Dieu et de V immortalité, — De la partie philosopliique des Instructions sur le symbole. — Attributs de Dieu. — Nature de Thomme. — Nicole, partisan des causes occasionnelles et de la vue des vérités éternelles en Dieu. — Nicole et dom Lamy défendent contre Arnauld Tuniversalité des premières vérités de la métaphysique et de la morale. — Les pensées imperceptibles. — Système de la grâce générale, fondé sur la doctrine d'une raison universelle. — Nicole plas janséniste qu'Arnauld. — Accord avec Arnauld contse la providence générale et contre les essais de philosophie eucharistique. — Différence entre le cartésianisme de Nicole et celui d'Arnauld. — De la part d' Arnauld et de Nicole dans VArt de penser. — Ce qu'ils empruntent aux logi(iues antérieures. — Des mérites propres et du succès de cette nouvelle logique. — Divisions. — Esprit général. — Guerre à Aristote. Continuel plaidoyer en faveur de la philosophie de Descartes. — Bat pratique. — Variété des exemples. — Excellentes analyses des causes morales de l'erreur. — Réfutation de Gassendi. — Lacunes.

IJ est impossible de séparer Nicole d'Amaiild. De tous les solitaires de Port-Royal, nul, plus que Nicole, n'a subi l'ascendant du caractère, du génie et des doctrines d'Arnauld. Plus jeune de quelques années, il eut pour lui, pendant toute sa vie, les plus vifs sentiments d'amitié et d'admiration, en même temps qu'une sorte de vénération (1), Naturellement doux, timide et ennemi de la dispute, il lui sacrifia, ce qu'il aimait le mieux, la paix et le repos ou,

(1) n est né en 1G25 et mort en 1695, un an après Arnauld. Voir sa Vie par l'abbé Goujet, et l'introduction de M. Jourdain, en tête d'un choix de ses Œuvres, 1 vol. in-12. Paris, 1845.

ISICOLE.

comme il le dit si énergiquemenl, son inclination pour la mort civile. Il fut réduit, toute sa vie, à eniier et à ne goûter jamais le bonheur de ceux qui, « voyant le bouleversement et le tournoiement des choses humaines, peuvent se soustraire du milieu des hommes et trouver un petit abri contre la tempête et l'obscurité que le démon excite dans le monde (I). » Il mil sa plume au service d'Amauld, il le suivit au fort de la mSlÉe des plus vives controverses religieuses du dis-septième siècle, et, comme lui, il fut obligé de se cacher et de fuir. Nicole et Arnauld se suivent en f philosophie, de môme qu'en théologie; ils ont travaillé insembic à l'Art dépenser, comme à la Perpétuité de la foi. Mais si Nicole est aussi ferme dans le jansénisme qu'Ar- [' nauld lui-môme, il semble l'être un peu moins dans le I cartésiajiisme. Il incline S étendre à la raison, par rapport au vrai, la doctrine de l'impuissance, par rapport au ' bien, de la volonté abandonnée à elle-même. Pénétré de i faiblesse et du néant de l'homme, il veut raliattre i'orgueilîeuse confiance de la raison en ses propres forces et la présomption des philosophes, même des cartésiens. Ce que l'homme peut savoir par les sciences n'est presque rien, selon Nicole, et il est aussi heureux de tes ignorer que de les savoir. La plus grande partie de la philosophie humaine n'est à ses yeux qu'un amas d'obscurités, d'incertitudes et de faussetés, et le plus grand fruit qu'on puisse tirer des ouvrages de philosophie, est d'y apprendre que la philosophie n'est qu'un vain amusement; voilà les pensées plus ou moins sceptiques qu'il se plaît à développer dans son Traité de la faiblesse humaine. S'il fait un magnifique éloge de Descartes et de la grande révolution qu'il a opérée dans la philosophie et dans les sciences, il prend occasion d'en tirer un nouvel exemple de la faiblesse et de l'instabilité de l'esprit humain. Parmi les choses dont il le loue, il met au premier rang d'avoir montré le néant des autres pbilosophies : « On avait philo-

(I) lettre 36, :

rul., ï ïi

n-1!. Lille, nrS.

sophé trois mille ans durant sur divers principes, et ■ il s'élève dans un coin de la terre un homnae qui change toute la face delà philosophie et qui prétend faire voir que tous ceux qui sont venus avant lui n'ont rien entendu dans les principes de la nature. Et ce ne sont pas seulement de vaines promesses, car il faut avouer que ce nouveau venu donne plus de lumières sur la connaissance des choses naturelles que tous les autres ensemble n'en avaient données. Cependant, quelque bonheur qu'il ait eu à faire voir le peu de solidité des principes de la philosophie commune^ il laisse encore dans les siens beaucoup d'ob* scurités impénétrables à l'esprit humain. Ce qu'il nous dit, par exemple, de l'espace et de la nature de la matière, est sujet à d'étranges difficultés, et j'ai bien peur qu'il n'y ait plus de passion que de lumière dans l'esprit de ceux qui paraissent n'en être pas effrayés. Quel plus grand exemple peut-on avoir de la faiblesse de l'esprit humain que de voir que, pendant trois mille ans, ceux qui paraissent avoir le plus de pénétration se soient occupés à raisonner sur la nature, et qu'après tant de travaux et malgré ce nombre innombrable d'écrits qu'ils ont faits sur cette matière, il se trouve qu'on en est à recommencer, et que le plus grand prix qu'on puisse tirer de leurs ouvrages est d'y apprendre que la philosophie est un vain amusement et que ce que les hommes en savent n'est presque rien {\) !»

Dans une lettre sur la manière d'enseigner la philosophie aux jeunes religieux, il traite encore plus, mal la philosophie en général, et s'il fait une exception en faveur de Descartes, ce n'est pas sans de nombreuses restrictions, surtout à l'égard des principes de sa physique (2). Il veut qu'on leur représente la philosophie comme peu importante et incertaine. Diminuerait-on, en la rabaissant ainsi, quelque chose de l'ardeur à l'étudier, il estime qu'il y a

(1) Chap. VII, intitulé : Qu*on est aussi heureux d'ignorer que de savoir la plupart des sciences.

2) Uttre 82, t. I, 2 vol. in.|2. Lille, 1718.

NICOLE. 2il

beaucoup moins de danger en cela qu'il n'y en a à leur laisser une curiosité inquiète qui les porte à s'y appliquer le reste de leur vie. « La plus solide philosophie n'est que la science de l'ignorance des hommes, et elle est bien plus propre à détromper ceux qui se flattent de leur science qu'à instruire ceux qui désirent d'apprendre quelque chose de certain. De quelque éloge qu'on relève celle de Descartes, il faut néanmoins reconnaître que ce qu'elle a de plus réel est qu'elle fait fort bien connaître que tous les gens qui ont passé leur vie à philosopher sur la nature, n'avaient entretenu le monde et ne s'étaient entretenus euxmêmes que de songes et de chimères. Mais quand elle flent au détail des corps et à l'explication de la machine, tout ce qu'elle nous propose se réduit à quelques suppositions probables et qui n'ont rien d'absolument certain. Aussi il y en a qui appellent celle philosophie le roman de la nature, parce que c'est comtûe un amas et un enchaînement de causes et d'effets probables, et qui est comme l'histoire du monde imaginaire, qui n'est peut-être point

dans l'être des choses Il est peut-être bon d'être en

plusieurs points sectateur de M. Descartes, puisqu'il est sans doute plus raisonnable que les autres, mais il ne faut pas que cette qualité fasse paraître qu'on en fasse profession ouverte, qu'on se fasse remarquer dans cette guerre des enfants du siècle, car, dans la vérité, les cartésiens ne valent guère mieux que les autres, et sont souvent plus fiers et plus suffisants. » Dans celte même lettre, il semble regretter d'avoir pris parti pour les cartésiens : « J'ai vu tant de vanité et de présomption pai*mi ceux qui font métier de philosophie et qui soutiennent même la pins solide, que si j^avais à revivre, il me semble que j'éviterais de faire paraître de l'inclination pour aucun de ces partis, et que je ferais en sorte qu'on ne me mît pas au nombre des cartésiens, non plus qu'en celui des autres. » Sans doute aussi il ne se fût pas moins abstenu de prendre parti en théologie, par horreur des contestations et des disputes.

Il semble donc que Nicole ait une certaine pente au scepticisme. Mais il ne va pas jusqu'au bout ; il (ïemeure fidèle à Arnauld et ne suit pas Pascal . Son dessein est de nous mettre en garde contre une confiance trop aveugle dans les forces de la raison, contre la présomption des philosophes, plutôt que d'attaquer la raison et la philosophie elle-même. Non-seulement il ne suit pas Pascal, mais il le combat, et nous le verrons, dans Y Art dépenser, traiter durement les pyrrhoniens. Autant Nicole admire les Provinciales, qu'il a répandues dans toute l'Europe par sa traduction latine, autant fait-il peu de cas des Pensées, D'accord avec Arnauld, il jugea qu'on ne pouvait les publier sans les atténuer et les corriger. Il ose avouer hautement le peu d'estime qu'il en fait, dans une lettre au marquis de Sévigné qui lui avait cité ce jugement de madame de Lafayette : « C'est un méchant signe pour ceux qui ne goûteront pas ce livre. » Quant à lui, il brave l'anathème, et ne craint pas de répondre : « Pour vous dire la vérité, j'ai eu quelque chose jusqu'ici de ce méchant signe. J'y ai bien trouvé un assez grand nombre de pierres taillées et capables d'orner un grand bâtiment^ mais le reste ne m'a paru que des matériaux confus, sans que je visse assez l'usage qu'il en voulait faire (1).

Mais la meilleure réponse de Nicole au scepticisme de Pascal est un discours a contenant en abrégé les preuves naturelles de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme. » Publié en 1670, un an après les Pensées (2), ce morceau se distingue par la force, la concision, et même par une éloquence qui n'est pas ordinaire à Nicole. Son but est de combattre ce qu'il appelle la grande hérésie des temps, l'athéisme (3). Après avoir mis au premier rang les preuves par la révélation, il défend la valeur des preu-

(1) Lettre 88, t. ï.

(2) Tome U des Essais de morale. — Œuvres de Nicole, 24 vol. iii-12. Liège, nOT.

(3) « Il faut donc que vous sachiez que la grande hérésie n*est plus le luthéranisme ou le calvinisme, que c'est l'athéisme. « {Lettt^ 45.)

ves naturelles contre leslibertins qui rejettent les Écritures. C'est en effet une nécessité, selon Nicole, de recourir à ces preuves, comme à des principes communs, pour prouver l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. Il s'attache particulièrement aux preuves sensibles, non pas qu'il méconnaisse la valeur des preuves abstraites et métaphysiques, mais parce qu'elles sont plus à la portée de tout le monde. Je ne vois pas, dit-il, sans doute à l'adresse de Pascal, qu'il soit raisonnable de les décrier. Quelque ettort que fassent les athées, pour effacer l'impression que la vue de ce grand monde forme naturellement dans tous les hommes, à savoir qu'il y a un Dieu qui en est l'auteur, ils ne sauraientl'étoufferentièrement, tantelleades racines fortes et profondes dans notre esprit. La raison, dit encore Nicole, n'a qu'à suivre son instinct naturel pour se persuader qu'il y a un Dieu créateur de tout ce que nous voyons, quand elle considère les mouvements si réglés des astres, l'ordre et l'enchaînement des diverses parties de la nature. On trouve dans ce discours un excellent résumé de tout ce qu'ont dit les philosophes sur la nécessité où nous sommes de remonter de l'existence, soit de la matière, soit du mouvement, soit mieux encore des êtres pensants à un premier, principe qui est Dieu. A ceux qui se retranchent dans l'éternité du monde pour nier un Créateur, Nicole oppose la trace visible de nouveauté que porte le monde, au moins dans cet ordre, suivant ses expressions, sans lequel ni les hommes, ni les animaux ne sauraient vivre, d'où il suit que les hommes et les animaux sont nouveaux, ce qui suffit à prouver \m créateur. Ce môme caractère de nouveauté, il le découvre non-seulement dans l'état du globe, mais dans celui des inventions et des sociétés humaines.

On objecte l'incompréhensibilité de ce premier être. Mais notre raison, selon Nicole, peut au moins atteindre jusqu'à comprendre qu'il y a des choses qui sont, quoique étant incompréhensibles. Or, ce seul être incompréhensible admis, il suffit à nous rendre toute la nature compréhensible.

Ceux qui le rejettent accroissent, loin de le diminuer, cet inconvénient d'admettre l'incompréhensible; obligés d'admettre en toutes choses une succession infinie de causes dépendantes les unes des autres, sans cause première et indépendante, toutes les parties du monde leur deviennent incompréhensibles, a Ainsi, dit-il, leur esprit est obligé de succomber sous la moindre chose, en se voulant roidir contre celui sous lequel il est juste et glorieux de succomber. »

Il faut chercher dans la Seconde Instruction sur le Symbole (1), où il traite des attributs et des perfections de Dieu, non-seulement au point de vue de la foi, mais à celui de la raison, le complément de la théologie naturelle de Nicole. On peut y remarquer les trois manières dont il entend l'immensité de Dieu. Dieu est présent partout : 1° par sa présence, parce que tout est présent à ses yeux ; 2° par sa puissance, parce qu'il opère en tout; 3° par son essence, parce qu'opérant en tout, il faut qu'il soit partout, son opération n'étant pas distinguée de son essence. Et comme il est en toutes choses, toutes choses sont en lui, parce qu'il les opère, les produit et les soutient. De môme que Malebranche, Nicole n'étend la toute-puissance de Dieu qu'à ce qui ne renferme point de contradiction, d'imperfection, de péché. Dieu ne saurait faire ce qui se contredit, parce qu'en le faisant, il détruirait ce qu'il ferait; il ne saurait non plus se désavouer lui-môme, ni se démentir, ni désavouer personne. Étant parfaitement juste comme il est, il ne peut rien faire, il ne peut rien vouloir que de juste.

Après Dieu, Nicole traite de l'homme. Il prouve, de la môme manière que Descartes, la distinction de l'âme et du corps et sa spiritualité, d'oii il déduit l'immortalité. Mais, sur la question de l'union de l'âme et du corps, il semble s'éloigner de Desca'ies et d'Arnauld, et se rapprocher de Malebranche, en refusant à l'âme toute vertu

(1) Tome XV dM (Euwit.

NICOLE. 2iB

pour agir sur le corps. Comment un esprit n'ayant que des actions spirituelles poiirra-t-il remuer un corps et le déplacer, et comment les mouvements d'un corps pourront-ils eïciler des pensées dans l'esprit? nDe sorte que' ceux qui en parlent le plus raisonnablement se réduisent àdire que c'est Dieu qui remue le corps quand l'âme veut le remuer, que c'est Dieu qui imprime ces sentiments, ces' perceptions et ces pensées dans l'esprit, quand le corps est remué, h On reconnaît la doctrine des causes occasion-' nellcs dans son application aux rapports de i'Ume et du corps. L'âme elle-môme, selon Nicole, a besoin de Dieu pour agir. K La nouveilc philosophie, dit-il, a établi que dans toutes les actions de l'âme il y a une impression pré- ■venante (I). »

Mais le cartésianisme de Nicole se rapproche de celui «IcMalebranche par uh point encore plus important, par ^ Ja doctrine d'une raison universelle qui est en Dieu, qui Li lui-même, éclairant tous les esprits d'une même kJomière. Presque partout Nicole célèbre et invoque cettfi' "cniière divine de tous les esprits, méconnue par Amauld.' E^Hiis la Seconde Instructian sur le Symbole, il dit, sans pré-' mire l'expliquer, que c'est en Dieu que nous voyons Pputes les vérités, même les naturelles. Dans le Traitéde loumissinn à la volonté deDiev;.i\ considère ciille volonté nmelarègle de nos actions; «comme celte loi éternelle, 3«nt parle si souvent saint Augustin, qui défend de troubler l'ordre de la nature, d'attacher son amour à autre «3liose qu'à Dieu. C'est cette justice divine qui brille dans nos esprits, qui nous rend aimable tout ce qui y est con~ ftirmc, quand même nous n'y trouverions rien d'ailleurs qui attirât notre amour; c'est cette lumière qui fait que nous sommes enfants de la lumière, Celte justice, cette loi, cette vérité divine^ nous est manifestée par l'Écriture, 'ïÉïais la révélation extérieure ne sert de rien, si Dieu'u'é- ^laire intérieurement nos esprits, s'il ne luit en eux comme

!l ) [tub-uclioi

cl. 6, d'op. I

vérité et comme lumière, et s'il ne leur découvre la beauté de sa justice. Et c'est pourquoi il est dit qu'il y a une véritable lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde. » Nicole se plaît à recueillir et à citer tous les passages des Pères conformes à cette doctrine. Saint Augustin, dit-il, reconnaît que les païens eux-mêmes voient ce qui est juste et injuste dans le livre de la lumière, m libro luciSy c'est-à-dire, dans la lumière de Dieu. Il enseigne que, dans celte vie, personne n'est jamais entièrement séparé de la lumière de Dieu, et il loue les platoniciens d'avoir dit, que Dieu est la lumière des esprits (1).

Nicole, comme Malebranche, pense donc qu'il y a une certaine connaissance de Dieu et des devoirs fondamentaux de la morale, qui est commune à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, au sauvage comme au savant, au réprouvé comme à l'élu de Dieu. Arnauld se raille de ces hautes notions métaphysiques, attribuées à une infinité de barbares et de sauvages qui ne connaissent pas même le nom de Dieu et n'ont aucune idée de la justice. Pour défendre l'universalité des premières vérités de la métaphysique et de la morale, Nicole et dom Lamy, son second dans cette querelle, ont recours aux pensées imperceptibles, c'est-à-dire à l'existence dans l'âme de pensées dont on ne s'aperçoit pas, quoiqu'elles n'en soient pas pas moins réelles, parmi lesquelles ils mettent les pensées d'un grand nombre d'hommes sur Dieu et la justice. Arnauld traite fort mal ces pensées imperceptibles, dans le cinquième article des Règles du bon sens. Il soutient que la conscience de soi-même est essentielle à la pensée, et que des pensées, auxquelles on ne pense pas, sont de pures chimères. Sans doute il aurait raison s'il s'agissait de pensées qui ne sont pensées à aucun degré. Mais combien n'en est-il pas qui sont pensées faiblement, obscurément, qui ne laissent qu'une trace insensible et passent inaperçues (2)?

(1) Instruction sur le Symbole, 6* section, iii« chap.

(2) Voir, sur les pensées imperceptibles, le chap . xxii de mon ouvrage, •ar le Principe vital et l'Ame pensante.

Sur cette raison universelle, Nicole a fondé ce système de la grâce générale qui, dans la dernière partie de sa .vie, le mit aux prises avec Arnauld. Mais cette discussion ne troubla pas leur vieille amitié. Elle se passa, comme Arnauld récrit à Bossuet, entre deux amis toujours demeurés dans une union parfaite de charité et d'amitié. D'ailleurs il ne s'agissait que de questions incidentes, d'une différence dans les termes, plutôt que dans les choses elles-mêmes. De part et d'autre on demeurait d'accord touchant ce qu'on regardait comme capital dans cette question de la grâce. Nicole donne le nom de grâce générale, intérieure, surnaturelle, à cette lumière qui éclaire tous les hommes, et leur communique à tous la connaissance de Dieu avec les semences de la sagesse et de la justice. Son but est d'adoucir, comme il le dit lui-même, la dureté apparente des termes de la doctrine des théologiens de Port-Royal qui choquaient et retenaient quelques théologiens scholastiques. Mais les prétendus adoucissements de Nicole ne sont que dans les mots, et nullement dans le fond des choses. C'est à tort qu'on a cru y voir un changement et comme un remords, sur la fin de sa vie, à regard de la prédestination gratuite et de la grâce efficace. Il est vrai qu'il suppose dans tous les hommes une grâce générale, sans laquelle ils n'auraient pas le pouvoir physique d'observer les commandements de Dieu, de même que celui qui n'a pas de jambes n'a pas le pouvoir de courir. Mais il ne faut pas croire que, moyennant cette grâce, qui n*est refusée à personne, Nicole accorde à tous les hommes, sans autre secours, et parle seul bon ou mauvais usage de leur volonté, le pouvoir d'opérer le bien ou le mal, leur salut ou leur perte. Il a horreur d'une telle pensée, et il ne cesse pas de croire que si une grâce spéciale n'intervient, ce pouvoir physique nous laissera dans l'impuissance volontaire de faire le bien. En vertu de ce pouvoir, conféré par la grâce générale, nous pouvons consentir au bien, mais il est certain que, réduits à lui seul, nous n'y consentirons pas, et que nous ne ferons pas plus le bien que

si nous en étions privés, ou si nous étions demeurés dans la première impuissance physique. Voilà la doctrine de Nicole, qui ne porte aucun préjudice, comme on voit, à la . grâce efficace. Arnauld, il est vrai, soutient (1) que le pouvoir est inhérent au libre arbitre, et qu'à l'égard des actes particuliers, il en est tout aussi inséparable que l'idée d'une vallée de celle d'une montagne. Mais tous deux s'accordent à reconnaître que ce pouvoir physique, quelle qu'en sôit, d'ailleurs, l'origine, est absolument impuissant et stérile. Arnauld ne veut y voir qu'une suite de la^ nature, tandis que, pour Nicole, c'est un effet de la grâce générale, voilà toute la différence entre les deux adversaires. Ainsi se rattache à la philosophie de Malebranche cette doctrine de la grâce générale, et ainsi elle aggrave, plutôt qu'elle n'atténue, ce qu'il y a de plus dur dans le jansénisme.

D'un autre côté, sauf les durctos de la polémique, sauf l'accusation de mettre l'étendue formelle en Dieu, Nicole approuve les critiques d'Arnauld contre l'étendue intelligible et contre la providence générale de Malebranche. Il oppose, comme lui, la tradition, les prières, les actions de grâces de l'Égliseà cette providence générale. Loin que les lois générales du mouvement soient le principal objet de l'attache et de l'amour de Dieu, il estime au contraire qu'on peut dire de ces lois, qui ne règlent que les mouvements de la matière, ce que saint Paul dit des bœufs : Numquid de bobus cura est Deol Les actions des agents spirituels, des anges, des démons et de Dieu sur nos esprits ne peuvent être comprises dans ces lois générales; or, delà dépendent la plupart des événements et', sans elles, presque rien n'arriverait de ce qui arrive. Si les miracles visibles et publics sont rares, rien de plus commun, selon Nicole, que lesmiraclesinvisiblesetsecrets(-2).Il s'indigne même contre les facultés de théologie et contre l'inquisition de Rome qui

(1) Du pouvoir physique f tome X des Œuvres.

(2) Lettres 28 et 29 du tome II.

laissent passer de telles maximes sans les condamner: a Ce livre {les Réflexions philosophiques et théologiques) n'est pas la honte du méditatif, c'est celle des .facultés de théologie, ce sera celle de l'inquisition de Rome, si elle demeure sans rien faire (l).»

Gomme Arnauld, il blâme les théologiens étourdis qui compromettaient le cartésianisme et la loi parfeurs explications philosophiques de l'eucharistie, il les accuse de subordonner les mystères à des principes philosophiques, et non les principes philosophiques aux mystères. Enfin il traite assez durement Desgabets, dans une lettre où il s'excuse, sur le manque deloisir, de ne pouvoir le réfuter, comme l'en priait Arnauld. A son tour il invite Arnauld à conjurer cç bénédictin téméraire de tourner son esprit à d'autres spéculations : « Nous sommes si près de l'autre vie, c'est-à-dire d'un état où nous saurons la vérité de toutes choses, pourvu que nous nous soyons rendus dignes du royaume de Dieu, que ce n'est pas la peine de travailler à s'éclaircir de toutes les questions curieuses de la théologie et de Ja philosophie (2). » Ces paroles expriment bien l'état de son âme, la lassitude de toutes les querelles du monde et l'aspiration à la lumière et à la paix éternelles.

Nous en avons dit assez pour caractériser le cartésianisme de Nicole, en regard de celui d'Arnauld. Nicole conserve une certaine défiance contre toute philosophie, même contre celle qu'il estime la meilleure de toutes, c'est-à-dire contre celle de Descartes. Si, dans la Logique de Port-Royal^ il se montre à nous avec une foi plus ferme dans la méthode philosophique , avec une allure cartésienne plus décidée, c'est sans doute à la collaboration d'Arnauld qu'il faut l'attribuer. Enfin , Nicole , tout en condamnant les êtres représentatifs, la vision des corps en Dieu, la providence générale, garde, à la difl*érence

(V) Lettre 36 du tome II. LMnquisîtion , comme nous l'avons vu, a mis à l'index presque tous les ouvrages de Malebrancho et n*a pas mérité ce reproche de demeurer sans rien faire.

(2) Lettre 82 du tome !•'.

220 PHILOSOPHIE CARTESIENNE.

(i'Arnauld, la doctrine d'une raison unique, celle de Dieu même, au sein de laquelle tous les hommes aperçoivent une même Vérité- absolue et les premiers principes de la spéculation el de la pratique.

Arnauld et Nicole sont les auteurs de VArl de penser (I), L'Art de penser, plus souvent désigné sous le nom de Logique dp Port-floyal, n'a pas un grand mérite d'originalité et d'invenllon. Pour les règles du raisonnement, il reproduit Aristote ; il reproduit Descartes pour celles de la méthode. D'autres logiciens avaient déjà tenté de réduire et de simplifier la logique d'Aristote ; d'autres avaient protesté contre l'abus et l'impoitance exclusive des règles du syllogisme, à tel point que Nicole et Arnauld sont eux-mômes obligés de modérer nette réaction, et de dire quelques mots en faveur de certains termes, trop décriés, de la langue de l'école, tels que baroco, baraliploH, etc. Les auteurs de VArt de penser fi'ojil pas été non plus les premiers à vouloir donner un but pratique à la logique, et à montrer ses applications diverses à toutes les sciences. Avant Descarles et avant Bacon, ilamus avait tenté la môme réforme. Enfin, d'autres logiciens moralistes, à partir de Montaigne, avaient analysé iessophismes de l'amour-propre et de la passion, La Dialectique de Ramus, VArt de conférer àa Montaigne, le Novum Organum de Bacon, les Petits écrits de Pascal sur VArl de persuader Ei Vlisprit géométrique (2), la Logique de Clauberg, qu'Arnauld et Nicole citent avec éloge, et par-dessus tout les ouvrages de Deseartes, auquel eux-mêmes Us rappoilent tout le mérite des réflexions nouvelles de leur

(1) n est a.95GZ difficile lie déterminer eiacii^niPiit la pnrt de l'un et de l'autre. D'après une: nota d? Rucinu Ois, l'abbé Goiiji't dit. Ù'mk I& f je de Nimle, qu'Aiti&iild n travaillé aiii trois preiiiiÈruB parties, que la qua- IrlËDie tout entière e;t de lui, et ijue les dcui discours sont de Nicole. L* I» édition est île I(iti2.

(S) Ils u'étnient pai encoi^ publiés, mais Arnauld et Nicole en .ivaieM in aiauuscriU entre les nmtus.

NICOLE. 22i

bgîqne, voilà les nombreux antécédents de la Logique de ^ort-Rnyai (1).

Mais, à déraut de noureaulé, l'œuvre d'ArraiiId et de e a un singulier mérite d'élégance, rie clarté, d'intérôt de bon sens, qui, avec l'avantage d'être écrite en cançaîs, lui a valu plus do succès qu'aucune des logis qui l'ont précédée ou même suivie , Publiée en 1662, fcîenlût elle fut traduite en latin, et de nombreuses édi- 13, en l'uaeetl'autrelangue, se succédèrent rapidement. 3 éditeurs des œuvres d'Arnauld en comptaient déjà, Q 1736, dix en français et autant en latin. C'est surtout par ■t dépenser que le cartésianisme pénétra dans l'enseigoeit. A partir de la fin du dix-septième siècle, nous voyons t plupart des professeurs de l'université de Paris, et parj^culièrement le célèbre Pourchot, le suivre fidèlement, et e reproduire presque tout entier dans la partie logique de s Cursui p/iilosopkici oa Jnslituliones philosopkiie. negageured'Arnauldd'easeîgner, en cinq jours, toute la igiqueaujeuneducdeChevreuse, don^anaissanceàcctou- !, auquel il comptait d'abord ne mettre qu'un jour, mais iiilui en prit quatre ou cinq,par suite, dit il, des réflexions louvellos qui lui survinrent (2). Cette première ébauclie

On est obligé de reconnaln-e que ces rëDeiIons, qu'on appelle di ini'ci: qu'elles ne se trouvent pas dnns les logiques cominnneB, sont pas loules de celui qui a. travaillé & cet ouvrage et qu'il un a e prunié quelques-unes des livres d'un célèbre philosophe de ci

it de netteté d'esprit qu'o IDi'c. prélim.) Arnauld déc'ore 1b plus grande pnrlie de ce qu'il l'aiinlfse ci de la syiitliËse, à uu n ingenii, qui lu

ifusioti dans les autres. »

» texiuellemi'Qt enipranlé 'lions, dans le chapitre da Descartes, Régula ad rflliqué par Clereelier. La divisioD des lïeui a été prise dans la Logique de Oauberg.

(!) DflUB son introduction à la traduction de U Logique d'Arisloie,

H. Banliiqcmy Saini-Hiloire fait Irfcs-biiin remirquer que, s'il n'ft falla

que quclqneu Jours à Nicnle et à Arnauld pour nidîger celle Lnyiqut, c'est

le de longues ^ludea aniiSrieurea leur avaient permis do fuire un résumé

li inlKtaiitiel et si rapide.

aaa philosophie cartésienne.

fut accrue da double avant l'impression, et encore suocessivemeut augmentée dans les cinq éditions qui suivirent (1).

Arnauld et Nicole définissent la logique : l'art de bien conduire su raison dans la connaissance des choses, tant pour s'en instruire soi-imOme que pour en instruire les autres. Le titre môme d'Arl de penser indique celte extension de la logique à toutesles opérations de l'intelligence, tandis qu'on avait coutume de la restreindre dans les écoles au seul art de raisonner. Ils la divisent en quatre parties, d'après les quatre opérations de l'intelligence : généralement admises concevoir, juger, raisonner, ordonner. Les idées par lesquelles on conçoit, le jugement et les règles de la proposition qui en est l'expression, le raîscHinement et le syllogisme, la méthode qui est l'art d'ordonner les pensées pour découvrir la vérité, quand nous l'ignorons, ou pour la prouver aux autres, quand nous la connaissons déjà; telles sont les quatre grandes divisions de la Logique de Part'Iioyal. Il ne s'agit point d'en faire une analyse, mais d'en apprécier rapidement l'esprit général et les principales doctrines.

Tout le suc du Discours de la Méthode y est. pour ainsi dire, exprimé, et partout on y sent l'esprit de Descartes. Les deux discours préliminaires, admirables de sens, de sagesse' et de fermeté, sont comme un manifeste de l'esprit nouveau, dans les sciences et dans la philosophie, contre l'esprit ancien. VArt de penser tout entier semble un commentaire, une application, une défense de la maxime de l'évidence ou de la clarté des idées, à laquelle les deux auteurs ramènent toute certitude. Comme la lumière ne se distingue des ténèbres que par la lumière elle-mflme, il ne faut pas, dit Nicole, d'autres marques pour reconnaître la vérité que cette lumière même qui l'environne, et qui se soumet l'esprit et le persuade, malgré

(I) Les plus cousidémbles addkioQB ont été faites ù la i' édition, qui

qu'il en ait. Quant au pyrrhonisme, ce n'est, suivant lui qu'une secte de menteurs. A-t-on jamais trouvé quelqu'un, dit-il, qui doutât sérieusement qu'il y ait un soleil, une terre, ou qu'il ait un corps ? D'ailleurs, h tout le moins, peut-on douter que l'on doute, et par là le scepticisme n'est^il pas vaincu dans son dernier retranchement ? Cette foi si ferme dans la raison et l'évidence explique le • peu de respect des auteurs de la Logique pour les traditions de l'École, pour la vieille science scholastique et l'autorité d'Aristote. Ils font une guerre perpétuelle, et qui n'est pas toujours très-loyale,à Aristote; c'estàlui qu'ils empruntent, ou prétendent emprunter, tous les exemples de fausses définitions, d'argumentations, de démonstrations vicieuses •et de sophismes. Pas une occasion n'est perdue de tourner en dérision la science de l'École, les formes substantielles, l'horreur du vide, etc. En revanche, sans cesse ils cherchent à accréditer Descartés et la physique nouvelle, en y prenant leurs exemples de bons raisonnements, tandis qu'ils attribuent à des sophismes dal'amour-propre et de la passion les raisons de ceux qui les combattent. A ceux qui se scandalisent de cette guerre contre Aristote, Arnauld et Nicole répondent qu'on ne doit de respect à un philosophe qu'en raison de la vérité, et qu' Aristote n'a même pas droit à cette déférence que semble exiger le consentement universel , puisque le consentement en sa faveur n'existe plus dansles principaux pays del'Europe. Us se défendent néanmoins plus ou moins bien contre le double reproche de méconnaître son génie, et de ne pas lui savoir de gré de ce dont ils lui sont redevables. S'ils prennent chez lui les exemples de mauvais raisonnements, ce n'est pas, à ce qu'ils disent, qu'ils veuillent donner à penser que tout est faux dans sa doctrine, mais pour qu'ils frappent davantage, étant tirés d'un si grand philosophe. Quant à eux, ils ne veulent ni condamner généralement Aristote, comme d'abord on a fait autrefois , au commencement du moyen âge, ni en faire l'unique règle, comme on a voulu depuis : 0 Le monde ne peut durer

longtemps dans cette contrainte, et se renoiet insensiblement en possession de la liberté naturelle et raisonnable qui consiste à approuver ce qu'on juge vrai et à rejeter ce qu'on juge faux. » A cette guerre continuelle contre Aristote, se mêlent aussi des attaques contre Gassendi, dont ils jugent les doctrines dangereuses pour la morale et la religion.

Ils se proposent surtout de former le jugement. La justesse d'esprit, le bon sens, voilà ce qu'ils estiment plus que tout le reste; tandis que l'usage de toutes les autres qualités est borné, celui du bon sens s'étend à tout. La raison ne doit pas être considérée comme un instrument pour acquérir les sciences ,mais, au contraire, les sciences comme un instrument pour perfectionner la raison. Tous les hommes ne sont pas nés pour mesurer les lignes et considérer les mouvements de la matière, mais tous sont obligés d'être justes, équitables, judicieux dans leurs actions et dans leurs discoure. Or, selon VArt de penser, rien de plus dangereux et de plus commun que la fausseté de l'esprit, et rien de plus difficile à corriger. Les causes diverses qui égarent l'esprit, soit dans l'ordre spéculatif, soit dans l'ordre moral, les moyens de le ramener dans la bonne route, sont analysés avec une rare sagacité.

Aux règles ils joignent les exemples les plus propres à les graver dans l'esprit. Le choix des exemples est un des attraits et une des nouveautés de leur logique. Ils n'ont pas voulu, disent-ils, d'une logique toute sèche, avec les exemples ordinaires d'animal et de cheval, que personne n'aurait lue ou, du moins, que personne n'aurait retenue, comme il arrive à tant d'autres. Aussi rien de plus varié que leurs exemples, empruntés à presque toutes les sciences, à la métaphysique, à la rhétorique, à la morale, à la physique, à la géométrie, à la théologie elle-même, et pris de préférence dans les questions qui divisaient alors les esprits et les tenaient en suspens. Presque tous, directement ou indirectement, sont une piquante critique des préjugés qui retiennent aux erreurs anciennes,et s'opposent

2iS

aux vêrilés nouvelles. Dans ces branches si diverses de coQDaissances auxquelles ils touchent tour à tour, ils prodiguent les sages observations el les excellents préceptes, ils l'ont preuve de solidité et de justesse. On reconnall l'auteui' des Essais de morale dans l'analyse des causes qui égarcat nos jugements moraux sur les vrais biens et sur les vrais maux, sur nous-oiSmes et sur les autres. Le germe ■ des meilleurs développements de la Recherche de la vérité est contenu dans les chapitres sur les idées confuses en naorale, sur les sophismes, sur les mauvais raisonnements que l'on commet dans la vie civile et dans les discours ordinaires.

règles des propositions et des syllogismes tirées

rd'Aristote et des anciennes logiques, sont éclaircies,

[ réduites et sîmplitiées avec beaucoup d'art, et appré-

1 càées à leur juste valeur. Ni ils ne les érigent en un spécl-

I âque infaillible contre l'erreur, ni ils ne les tiennent en

riio injuste mépris, comme il coramençaità êlretie mode,

ious l'influence de la révolution philosophique qui s'ac-

l'Complissait. Ils convienucnt que celui qui ne serait pas

Leapable de reconnaître la l'aiisseté d'un raisonnement par

Li$s seules lumières de la raison, ne le serait pas d'entendre

I les règles que l'on en donne, et encore moins de les appli-

ler; mais ils estiment néanmoins que ces régies sont

('Utiles en quelques rencontres , h l'égard de quelques

(érsonnes, et merveilleusement propres à exercer l'esprit,

*|uand on ne les considérerait que comme des vérités spé-

fulativcs.

La première partie de la Logique (I) contient une escel-

(I) On trouve dsDs VEticyrlijpéiIîr, i l'arlirle Logique, une juste péciaiion de \'Arl du penser ;• Lti métliode de Descartes adonnénaise à la L/iyiqite diie l'Art de pmiei: Cel ouvrage conserye toujours sa f^pulation. Le temps qui dâiruU tout ne Tnit (in'iifreranr de plus en plus B^ttime qu'un en taii. Si est estimable surtout par le soin qu'on a pria de A d^ager de plusieurs questions TrlTolea. Les matières qui avalent de ïntililâ parmi Ira iDgicicn.s au temps qu'elie Tut Uâu, y sont Iraiiéea in langage plus intelligible qu'elles ne l'avaient étù ailleurs. II. lï

lente réfutation de la doctrine de Hobbes et de Gas-' sendi, sur la nature et l'origine des idées, et la défense des idées innées de Descartes. Aux règles de la méthode, données dans la quatrième partie, on peut reprocher de s'appliquer presque exclusivement à la géométrie. Il n'est question de l'induction, qu'à propos des sophismes et des mauvais raisonnements dans la vie civile. En général Arnauld, l'auteur des Éléments de géométrie^ a plutôt çn vue dans la méthode, la démonstration et la déduction que l'induction et la généralisation, qui cependant n'importent pas moins pour l'exactitude du jugement et la justesse d'esprit. Il est fâcheux que sur ce point les auteurs de la Logique de Port-Royal ne se soient pas plus inspirés du Novum Organum, A part cette lacune et quelques exemples vieillis, VArt de penser^ ce supplément, comme dit le P. Poisson, à la logique de Descartes (1), est encore aujourd'hui, comme au temps de Rollin, un des livres les plus propres a à donner aux jeunes gens de l'estime et du goût pour la philosophie (2). »

Elles y sont exposées plus utilement par l'application qu'on y fait des règles à diverses choses dont l'occasion se présente fréquemment, soit dans l'usage des sciences ou dans le commerce de la vie civile; au lieu que les logiques ordinaires ne faisaient presque nulle application des réglés à des choses qui intéressent le commun des honnêtes gens. Beaucoup d'exemples qu'on y apporte sont bien choisis, ce qui sert à exciter ratteiition de l'esprit et à conserver le souvenir des règles. On y a mis en œuvre beaucoup de pensées de Descartes en faveur de ceux qui ne les auraient pas aisément ramassées dans ce philosophe. £

(1) Remarques sur h Discours de la méthode, avis au lecteur.

{2) Traité des études, liv. VU, art, 2.

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