LA MONADE HUMAINE
l'univers, il a choisi le meilleur plan possible, ofi il y ait la plus grande variété avec le pins grand ordre, le terrain, le lieu, le temps le mieux ménagés, ie plus d'eCFet produit par les voies les plus simples, le plus de puissance, le plus de connaissance, le plus de bonheur et de bonté dans les créations, que l'univers ne pouvait admettre. »
Toutefois il ne met pas ces vérités de la raison, fondées sur la considération de ce qui convient à la perfection infinie de Dieu, au même rang que les vérités éternelles qui sont absolument nécessaires et dont le contraire implique contradiction. Les premières n'appartiennent qu'à l'ordre de la convenance, et n'ont qu'une nécessité morale, les secondes dépendent du principe de contradiction et sont d'une nécessité géométrique ou métaphysique (1). En résumé, selon Leibniz, il y a beaucoup d'inné -dans l'âme, l'âme même tout, enlîÈre est innée à elle-même, cardes l'origine elle contient en elle-mCme le germe, les conditions, les lois de tout son développement ultérieur. C'est là ce qu'il exprime si énergiquement, en ajoutant à la vieille maxime des écoles, ni/iil est in intelleclu quod non prifis fuerit in tensu, cette grande et célèbre restriction, nisi ipse intellectus.
Sur la question de la destinée de l'âme, après et avant cette vie, Leibniz se montre beaucoup moins sobre et moins réservé que Descartes, Signalons d'abord la doctrine de l'indissoluble union de i'âme avec des organes, avant et après, comme pendant cette vie. Selon Leibniz, jamais i'âme n'a été ni ne sera séparée du corps; un esprit pur serait un déserteur de l'ordre universel d'après lequel toute âme est liée à un corps en vertu d'une harmonie préétablie. « On comprend assez avec un peu de réflexion que jelu est raisonnable et qu'un saut d'un état à un autre in- 'piment différent ne saurait ôtre naturel (3). Je ra'étonne
Ï1) Diseimrs delà conformité de la foi et île la raisùn.
métenipsycose seraic contre la r^Rle que rien ne se falc pur
hiti. Dn brusque passage âe )'ftme d'un corps dans un aiitrn ne serais
s étrange que !e déplncenttiiit d'un forpa qui d'un bond irait d'un
qu'en quittant la nature sans sujet, les écoles aient voulu s'enfoncer exprès dans des difficultés très-grandes, et fournir matière aux triomphes apparents des esprits forts, dont toutes les raisons tombent tout d'un coup par cette explication des choses dans laquelle il n'japas plus de difficulté à concevoir la conservation des &raes et de l'antmal tout entier que le changement de la chenille en papillon et la conservation de la pensée dans le sommeil (1). » L'animal tout entier, âme et corps, a de tout temps préexisté dans le germe, et survit tout entier k la mort, a Non-seulement les Ames, mais encore les animaux sont ingénérables et impérissables, ils ne sont que développés, enveloppés, revêtus, dépouillés, transformés, les âmes ne quittent jamais tout leur corps et ne passent Jamais dans un corps qui leur soit entièrement nouveau. » Si nous ne voyons pas ce corps, c'est qu'il nous échappe p«r sa petitesse infinie.
Telle est aussi la loi de l'homme et de l'âme humaine. Nous avons déjà vu que que l'ame de chaque homme a préexisté dans le germe, quoique de tout temps elle n'ait pas été ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire une Ame humaine et raisonnable. La mort venue, elle ne passe pas dans un nouveau corps, mais garde celui auquel elle était unie pendant cette vie, réduit k ce qu'il a d'essentiel, et à l'état d'infiniment petit, par la destruction de ses parties grossières. L'âme et le corps ayant passé par des évolutions progressives avant d'arriver à leur état actuel, passeront après cette vie, sans doute, par de nouvelles évolutions. Quoique Leibniz ne le dise pas expressément, il semble le conjecturer, en vertu de la loi de la continuité (2).
lieu dttas un autre, mus cependant traverser l'interralle. > (Réfutai, de Spinoza, p. 11, publiée par H. Faacber de Careil.)
HIToiDeli, p. 31, édiiion Dntens.
(î) Ernain lif Tk4o<fic4f, § î4I. • Il y a pflit-fiire vn qii«k|nn MriraHi ,
de l'univers des unimaux plus parraks ^ae l' liom me. .. Il se peut qu's vec le temps le genre humain parïii;nno à nrie plus grande p« ' que celle que aoan pouioot nous imHginer pré^eotemsab ■
L'HARMONIE PREETABLIE. 49t
Il va plus loin dans ses conjectures, et s'abandonne à une sorte ds poétique rêverie sur le séjour des âmes dans leur destinée suprême. Aprts avoir démontré le peu d'importance de notre planète relativement à l'univers entier, il ajoute : « Comme il n'y a nulle raison de croire qu'il y a des étoiles partout, ne se peut-il pas qu'il y ait un grand espace au delà de la région des étoiles ? Que ce soit Je ciel empyrée ou non, toujours cet espace immense qui environne loote cette répion pourra être conçu comme l'océan où se rendent les fleuves de toutes les créatures bienheureuses, quand elles seront venues à leur perfection dans le système des étoiles (1). »
L'évolution progressive des êtres sous la loi de la continuité , et l'union indissoluble de l'âme avec des organes, voilà les deux idées fondamentales gu'il faut remarquer au milieu de ces téméraires conjectures sur la destinée des êtres en général et de l'homme en particulier (2). La seconde semble une réaction contre le spiritualisme de Descartes, si souvent accusé d'affranchir l'âme du corps, et de faire de l'homme, dès cette vie, un esprit pur.
Il nous reste à considérer les monades, non plus en ellesmêmes, mais dans leurs rapports les unes avec les autres, et particulièrement l'âme humaine dans ses rapports avec le corps. Ce problème de la communication des substances lui paraît plus difficile que tous ceux qu'il a déjà résolus : a Après avoir établi ces choses, je croyais entrer dans le port, mais lorsque je me mis à méditer sur l'union de l'âme avec le corps, je fus comme rejeté en pleine mer, car je ne trouvais aucun moyen d'expliquer comment le corps fait passer quelque chose dans l'âme, ou vice vei-siî, ni comment une substance peut communiquer avec une
. (I) Estais de Tliéodkée. On peut rapprocher ces r&vpries de celles de ^Ddlques penseurs coiUenipnr:iLns, des vaj'iigEs que Jcfin Kaj'nard fnii Taire IrivoiB les astres dans Ciel et terre, at de la dlsserlation du !, Gmlry, sur la lieu de riminortriliié dans la Connaissance de l'Ame. F ^Jt Ch»rles Bonnet, dans en l'alingénisie philosa/i/iiiiiie, a adopté, sauf HUcèna modincadons, et dévelgppé ces dflu\ idées de Leibnii.
4o2 PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE.
substance créée (i). » Gomment en effet les faire communiquer les unes avec les autres, chaque monade étant comme un monde à part, absolument clos^ où rien ne peut entrer et d'oti rien ne peut sortir?
La philosophie cartésienne a mis Leibniz sur la voie dé l'hypothèse del'harmonie préétablie ou des accords (2). Luimôme il reconnaît combien était facile le passage des causes occasionnelles à l'harmonie préétablie (3). Descartes ayant bien reconnu qu'il y a une loi de la nature qui porte que la même quantité de mouvement se conserve dans le monde, il ne lui manquait, selon Leibniz, pour arrivera l'harmonie préétablie, que de connaître cette nouvelle loi de la nature, en vertu de laquelle, non-seulement la même quantité de force totale des corps, mais encore leur direction totale se conserve (4). « Descartes, dit-il, avait quitté la partie là-dessus, autant qu'on peut le connaître par ses écrits; mais ses disciples, voyant que l'opinion commune est inconcevable, jugèrent que nous sentons les qualités des co rps, parce que Dieu fait naître des pensées dans l'âme; a l'occasion des mouvements de la matière, et, lorsque notre âme veut remuer le corps, ils jugèrent que c'est Dieu qui le remue pour elle. Et comme la communication des mouvements leur paraissait inconcevable, ils ont cru que Dieu donne le mouvement à un corps à l'occasion d'un autre corps. C'est ce qu'ils appellent le système des causes occasionnelles, qui a été mis fort en vogue par les belles réflexions de l'auteur de la Recherche de la vérité (5). » Malebranche est encore bien plus près de l'harmonie préétablie que Descartes ; or Leibniz n'a nullement renié le lien étroit qui existe entre les causes occasionnelles et sa propre hypothèse : a Je ne trouve pas que les sentiments du P. Ma-
(1) De la nature et de la communication des substances, tome II, p. 64, édit. Dutens.
(2) Il l'appelle aussi hypothèse de la concomîtanco.
(3) Lettre à M. de Montmort, tom. V, p. 13, édit. Dutens.
(4) Tome 11, p. 40, édit. Dutens.
l^ (5) De la nature et de la communication des substances.
L'fiARMOKlE PRÉÉTABLIR. 4S3
lebrancbe soient trop éloignés des miens, le passage des causés occasionnelles à l'harmonie préétablie ne parait pas très-diflicile (1). » La cause de l'accord est en Dieu : Cavxa consensus in Deo f/uœrenda est, d 'après Malebranche, comme d'après Leibniz (2),
Pourquoi Leibniz ne s'est-îl pas arrêté aux causes occasionnelles? C'est qu'elles lui ont paru contraires à la perfection divine et au véritable esprit de la science, Au Jieu d'exalter Dieu, elles le rabaissent en le faisant semblable à un ouvrier malhabile, sans cesse obligé de retoucher à son ouvrage pour y maintenir l'ordre et l'harmonie. La science consiste dans la recherche des causes secondes; n'est-ce pas la détruire que de faire intervenir immédiatement la cause première pour expliquer un fait qui, comme tous les autres, doit avoir sa règle et sa raison ? II rejette donc les causes occasionnelles, et il résume ainsi son jugement sur les travaux de ses devanciers : « Il faut avouer qu'ils ont bien pénétré dans la difficulté en disant ce qui ne se peut point, mais il ne parait pas qu'on l'ait levée en disant ce qui se fait ctfectivemenl, » Que se fait-il donc effectivement?
Leibniz le rend sensible parla comparaison ingénieuse de l'accord de deux horloges placées en face l'une de l'autre (3). Pour expliquer leur accord, on ne peut faire que ces trois suppositions : ou le balancier de l'une est attaché a celui de l'autre et le met en mouvement, ce qui est la voie de l'influence réciproque; ou un ouvrier habile va sans cesse de l'une k l'autre, occupé à les régler, ce qui est la voie des causes occasionnelles; ou elles ont été fabriquées avec tant d'art qu'elles conti- ■ nuent par la suite à se correspondre exactement, sans
([) Lettre da !S soflt nti, ëdîl. Dut., ton). V, p. 13. Les cartésiens ont nassi de leur côté rceonou cette parentfi. Ainsi AroBuld juge que '■ l'harmonie prâétablie convient avec tes causes occasionnelles. Coi-reapond, avec Leibni:, lettre S.
|2)Ed. Dut., U'ïol,. p. 131, . (3) On Irouve aussi cette connpiirHis.0D dans Gculinci.
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influence et sans intervention, ce qui est la voie de rharmonie préétablie, la seule vraie, selon Leibniz, la seule qui rende compte de raccord des substances et se concilie avec la perfection de Dieu. Toutes les substances s'accordent, non parce qu'elles agissent les unes sur les autres, ou parce que Dieu les met d'accord par une intervention continuelle, mais parce que toutes sont l'ouvrage d'un môme être souverain'ement parfait qui les a créées, qui les a mises en regard les unes des autres, avec une entière prévision de la série de leurs actions internes et de leur rapport exact avec la suite des actions de toutes les autres monades. Si, à la rencontre d'une première bille, une seconde se met en mouvement, ce n'est pas qu'elle soit mue par la première ou que Dieu lui-môme la meuve, à l'occasion du choc, mais c'est qu'il entre dans le plan du monde, réglé de toute éternité par Dieu, que la seconde bille se mette en mouvement h ce point précis du temps et de l'espace oh elle devait être rencontrée par la première. Considérons plus particulièrement l'harmonie préétablie dans son application aux rapports de l'âme et du corps.
Ni le corps n'agit sur l'âme, ni l'âme sur le corps, mais tous doux agissent isolément, à part l'un de l'autre, suivant une série prédéterminée d'actions que rien ne peut modifier. L'accord résulte d'un parallélisme ou d'une harmonie préétablie entre les actions de l'un et de l'autre. Les lois qui lient les pensées de l'âme produisent des images qui se rencontrent et s'accordent avec les impressions du corps sur nos organes; les effets des lois du mouvement dans les corps se rencontrent aussi tellement avec les pensées, que le corps se trouve porté à agir au temps et de la manière que l'âme veut. « Tout ce que la passion ou l'ambition fait faire à l'âme de César est aussi représenté dans son corps, et tous les mouvements de ces passions viennent des impressions des objets joints aux mouvements internes, et le corps est fait en sorte que l'âme ne prend jamais de résolution que les mouvements du corps ne s'y accor-
L'IIARMOME PRÉÉTABLIE. 4o3
3ënt. les raisonnements même les plus abstraits y trouvant leur jeu par le mojen des caractères qui les représentent à l'imagination (1). » Tel est le sens précis, rigoureux, et nullement métaphorique, que donne Leibniz à son harmonie préétablie (2). Le génie de Leibniz semble se complaire dans cette hypothèse à laquelle il trouve le double avantage de résoudre toutes les diflicuUés sur l'accord des substances et sur l'union de l'âme et du corps, et de nous donner la plus haute et la plus magnifique idée de la providence que jamais les hommes aient conçue.
Bajie reproche à l'harmonie préétablie de pécher, parce qu'elle exige de Dieu trop de puissance et de prévoyance pour régler à l'avance tous les détails, c'est-à-dire les rapports à l'inllni de chaque monade avec toutes les autres, de chaque pensée de l'âme avec chaque mouvement du corps. Il nous semble que le vice de l'harmonie préétablie n'est pas d'exiger trop do Dieu en fait de prévoyance, mais de réduire l'homme à n'être qu'un automate. Si toute la série de nos actes est prédéterminée, et en rapport avec toutes les séries d'actes également prédéterminés du corps et de toutes les monades de l'univers, n'es(,-il pas clair que nous ne sommes plus que des automates spirituels, suivant une expression échappée à Leibniz lui-mCme, c'est-à-dire des êtres qui témoignent sans doute de la perfection de Dieu, mais à un bien moindre degré que des êtres moraux et libres? Quelle que soit la clarté de celte conséquence, Leibniz, n'a jamais voulu l'avouer; non-seulement il a toujours prétendu que son système se conciliait avec la liberté, mais même qu'il lui faisait une part plus grande que tous les autres systèmes. Il est vrai qu'il s'appuie sur
(1) Tom. II, p. 83, ËdittoD Diiteas.
(S) C'ott aiosi que Leibnii Tenterid partout liii-mËine. c'est ainst que l'ont eiiteadueen AllemngDe, ea HoIlBiide et ea France ses adrereaires. lea disciples et ses principaux JDterpri:tcs. Fjdiib noua éioanom que H. Foucliar (Je Cereil lUl cru pouvoir lui lionner une autre interprétation et lui «nlfvcr toule originoliié pour l.i clii^ngiT en unt simple v^e, qu'oit rencanirtTïii partout , de l'iiariiioiiie admirable qui rîgue daus ruuirers.
une notion de la liberté qui ressemble beaucoup à celle de Spinoza qui prétend laisser à Dieu la liberté souveraine, parceque la nécessité, à laquelle il est soumis, n'est autre que celle de sa propre nature. Ainsi Leibniz veut-il faire consister notre liberté uniquement dans Tindépendance h regard des causes extérieures, dans la faculté de tout tirer de son propre fonds, ou, suivant son expression, dans la spontanéité d'action accompagnée de la conscience, sans distinguer si cette spontanéité est libre ou nécessaire. Voie ^la définition en vertu de laquelle il veut prouver l'accord de l'harmonie préétablie avec la liberté : Libertas est sponta" neitas inteUigentis^ itaque quod spontaneum est in bruto vel alia substantia intellectus experte, id in homine vel in alia suIh stantia intelligente al tins assurgit et libéra appellatur (1). Sans doute celte spontanéité nécessaire d'action pourra très-bien se concilier avec l'harmonie préétablie, mais nullement avec la notion de la vraie liberté qui exclut la nécessité interne, non moins que la nécessité externe. Qu'importe que nous soyons indépendants à l'égard du dehors, en serons** nous plus libres, si nous sommes nécessités par le fait môme de notre nature? La nécessité venant du dehors est, il est vrai, incompatible avec la liberté, mais à bien plus forte raison la nécessité interne qui la tarit dans sa source, et l'anéantit immédiatement dans son essence même. Donc la nécessité interne, qui est la condition de l'harmonie préétablie, est incompatible avec la liberté. . Une harmonie préétablie, une harmonie admirable règne sans doute entre les agents, les lois, les diverses classes d'êtres de l'univers, mais elle suppose, loin de l'exclure, l'action réciproque des substances ainsi que les lois générales qui les régissent. Comment ne pas croire à la réalité de cette action réciproque, si clairement attestée par la
^ (1) Tantum vero abest ut hoc libertati prœjudicet ut potius, si quid
unquam, illi maxime faveat. . . Prœterea cum jux ta hoc systema quidquid in anima confit, ab ipsa sola pendeat, et status sequens non nisi ab ipsa et statu ejusprseteritooriatur, quâ, quaeso, ratione ipsi majorera tribuere independentiam potuerimus ? (Tom. I, p. 163, édit. Dutcns.)
L'HARMOME PRÉÉTABLIE.
conscience à l'égard de cette substance qui seule tombe directement sous notre observation? Quoi que disent Leibniz ou iSlalebranche.et Hume, et tous les advei'saircs plus modernes de l'idée de cause, entre la volonté de lever mon bras, et mon bras qui se lève, il y a plus qu'un rapport de succession, il y a un rapport de causalité. Il faut ou nier notre propre causalité, ou admettre, ce qui en est inséparable, qu'elle produit quelque elTel, et sur nous-m&mes et sur ce qui n'est pas nous, sur notre corps, et, par son intermédiaire, sur les autres corps. L'ignorance du comment ne porte pas préjudice à la certitude du fait hii-mème qui suffit à ruiner les hypothèses contraires, l'harmonie préétablie, comme les causes occasionnelles. ■ Au moins, dans cette erreur commune, le cartésianisme "a-t-il l'avantage d'être conséquent avec ses principes sur la nature des substances. Autant de la doctrine de l'étendue essentielle et de la passivité absolue des substances créées, se déduit naturellement la négation d'une action réciproque, autant paraît-il étrange de voir sortir la même 1 conséquence du principe opposé de l'activité essentielle V des substances. Qui n'admirerait qu'ayant si bien réformé [fia notion cartésienne de la substance, Leibniz en garde nmoins les conséquences? Comment comprendre que Lces forces essentiellement actives n'agissent pas plus que les substances inertes du cartésianisme? Qu'était-il besoin fetAe rendre aux créatures la force et la causalité, pour les ^convertir de nouveau, par l'harmonie préétablie, en de simfjples automates? On a soutenu, il est vrai, que l'harmonie l.préétablie présupposait la monadologie, loin d'être en LeontradictioQ avec elle. Sans doute, à prendre la monadol-Xogie dans son entier, et en admettant que les monades ont T'en elles la série prédéterminée de toutes leurs actions, ^■et qu'elles ne peuvent agir les unes sur les autres, l'har- . monte préétablie pourra s'en déduire. Mais c'est cela même qu'il est difficile d'accorder avec la conception t'iile la monade. Est-il possible en effet de concevoir une force autrement que comme un principe de mouvement?
Or qu'est-ce qu'un principe de mouvement qui ne meut pas, sinon une véritable contradiction ?
Élevons-nous maintenantaVec Leibniz jusqu'à la monade des monades qui seule contient en elle la raison suffisante de l'univers.