‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 3)Chapitre 11 sur 52 · LES IDÉES ADVENTICES ET LE MONDE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

LES IDÉES ADVENTICES ET LE MONDE EXTÉRIEUR

clairement, par la lumière de la raison, les unes d'avec les autres (1).»

Plusieurs cartésiens, tels que Cordemoy, Malebraiiclie, Fardella, ne se laisseront nullement convaincre par cet ar- " gument de la véracité divine, et resteront dans le doute sur ' lavérité de l'existence du monde extérieur. «Pour être pleinement convaincus, dira Malebranche, qu'il y a des corps, il faut qu'on nous démontre non-seulement qu'il y a un Dieu et que Dieu n'est point trompeur, mais encore que Dieu nous a assuré qu'il en a effectivement créé, ce que je ne trouve point prouvé dans les ouvrages de M. Descartes (2). »

Quant à nous, le tort de Descartes nous semble de faire \ intervenir extraordinairement le principe de la véracité di- \ vine, au lieu de reconnaître l'évidence immédiate du monde extérieur, dans la conscience même de la limitation du moi, par quelque chose qui le borne, et qui est le non- ; moi. D'ailleurs, la véracité divine étant le principe del'évi- I dence, dont elle est inséparable, ainsi que Descartes l'a démontré, quand il l'invoque en faveur de l'existence du monde matériel, n'est-ce pas en réalité l'évidence qu'il invoque, sous une autre forme, et qui demeure son unique argument ?

Ainsi voilà successivement arrachées au doute les trois vérités fondamentales de la philosophie, la certitude de l'existence de l'âme, de Dieu et du monde. Est-ce ainsi que les choses se passent à l'égard de notre esprit, et cet ordre est-il bien celui suivant lequel nous acquérons la certitude de ces trois réalités? Nous croyons qu'il n'y a point entre ^ elles de succession chronologique, et qu'elles se manifes- tent simultanément, indissolublement liées les unes avec ;, les autres au sein même de la synthèse confuse du pre- ^ mier fait de conscience. Comment aurions-nous conscience de notre activité propre, sans avoir par là même conscience

(1) Remarques sur le placard de Re'yius, édit. Garnier, vol. IV, p. 83.

(2) Recherche de la Vérité,

d'un non-moi qui la borne? Comment nous savoir limités, sans concevoir en môme temps ce qui n'a pas de limites? Toutefois la simultanéité de ces trois vérités n'exclut point entre elles un ordre logique qui est celui même des démonstrations de Descartes. La vérité de notre propre existence est en elfet le point de départ et le fondement nécessaire de toute autre vérité. De cette première vérité, en raison de la corrélation nécessaire de la connaissance de l'infini avec celle du fini, nous allons à Dieu, dont la connaissance ne suppose pour antécédent nécessaire que la vérité de notre propre existence , et non celle du monde extérieur. En conséquence, Descartes a eu raison de partir de l'àme, d'aller immédiatement de l'âme à Dieu, et de ne placer qu'en troisième ligue la certitude de l'existence des choses matérielles.

Des idées passons aux volontés. Comme les idées, les volontés ne sont que la pensée elle-même diversement modifiée. On objecte à Descaries que, si la nature de l'homme n'est que de penser, il suit qu'il n'a point de volonté : « Je n'en vois pas, répond -il, la conséquence, car vouloir, entendre, imaginer, sentir, etc., ne sont que des diverses façons de penser qui appartiennent toutes à l'âme (1). n La volonté, selon Descartes, est le pouvoir de faire ou de ne faire pas^ de poursuivre ou de fuir une même chose, et d'agir sur l'âme; elle a prise sur les idées et sur les passions, soit d'une manière directe, soit d'une manière indirecte (2). A tous ces pouvoirs de la volonté il ajoute le jugement qu'il enlève à l'entendement : «Car par l'entendement seul, « je n'assure ni ne nie aucune chose, mais je conçois seulement les idées des choses que je puis assurer ou nier. » C'est donc la volonté seule qui juge, c'est elle qui affirme ou qui nie les choses que l'entendement nous propose. Ainsi Descartes confond

(1) Édit. Cousin, t. VI, p. 310.

(2) Dans les Cogitationes privatœ, publiées par M. Foucher de Careil, on remarque cette pensée : « Dieu a fait trois miracles, les choses de rien, l'Homme-Dieu et le libre arbitre de l'homme. ■

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