‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 3)Chapitre 10 sur 52 · LES IDÉES ADVENTICES ET LE MONDE EXTÉRIEUR. US · texte numérisé non relu

LES IDÉES ADVENTICES ET LE MONDE EXTÉRIEUR. US

physique , comme d'après la plus exacte psychologie. Mais, en parlant de l'étendue et du mouvement de ses parties, nous avons anticipé sur la démonstration de l'existence du monde extérieur que Descartes n'a pas encore donnée. Il a pris pour point de départ l'existence de sa propre pensée, puis do la pensée il s'est élevé à Dieu; quani à l'existence du monde extérieur, qui ne lui paraît ni aussi ferme ni aussi évidente que celle de l'âme et de Dieu, il ne la place qu'au troisième rang dans l'ordre de la certitude des existences.

En effet, selon Descartes, il n'en est pas de l'étendue comme de Dieu, en qui l'existence ne se sépare pas de l'essence, et nous pouvons très-clairement concevoir l'idée de l'étendue sans que rien nous oblige de conclure que l'étendue existe réellement. Comment donc démontrer la réalité de l'étendue matérielle ? Rappelons que d'abord cette réalité s'est évanouie, avec tout le reste, au sein du doute méthodique. Mais la certitude a fait maintenant place au doute, grâce an Je pense^ donc je suis ; la fiction d'un être puissant et trompeur a été elle-même anéantie par la démonstration de l'existence d'un être souverainement parfait. Quant à Tincertitude entre la veille et le sommeil, elle ne semble plus à Descartes qu'un doute hyperbolique et ridicule auquel il ne doit pas s'arrêter. Cependant il reste à examiner si, sur la foi des perceptions de la veille, nous pouvons croire à l'existence du monde extérieur. Or, voici sur quel raisonnement Descartes fonde la légitimité de leur témoignage. Puisque ces perceptions ne viennent pas de nous, elles doivent venir de quelque chose d'extérieur qui ait la faculté de les exciter cnnous, et avoirleur cause dans quelque substance distincte de nous-mêmes, en laquelle soit contenue formellement ou éminemment toute la réalité objectivement renfermée dans les idées que nous avons des choses matérielles ; or cette substance est la. matière.

Mais ne se pourrait-il pas, se demande Descartes à luimême, que ces idées vinssent directement de Dieu, et que

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cette chose que nous sentons dehors nous fût Dieu luimême (1)? Contre cette objection, à laquelle Malebranche ne trouvera de réponse que dans la Bible, Descartes invoque le principe delà véracité de Dieu. Dieu n'étant point trompeur, il est très-manifeste qu'il ne m'envoie pas ces idées immédiatement par lui-même. Il amis en nous une trèsf^rande inclination à croire que ces idées partent des choses corporelles ; si elles n'en partaient pas, comment l'excuser de tromperie à notre égard ? Nous avons une tendance naturelie à croire que certaines idées viennent des choses corporelles, il faut donc qu'elles en viennent, sinon Dieu, auteur de cette tendance naturelle, nous tromperait ; or Dieu souverainement bon ne peut vouloir nous tromper, donc les choses corporelles existent. Tel est l'argument de la véracité divine sur lequel Descartes fonde la vérité de l'existence du monde extérieur.

On pourrait objecter contre la véracité divine les erreurs des sens. Si Dieu nous trompe par les sens, en nous faisant voir ronde la tour qui est carrée, et brisé le bâton qui est droit, ne pourrait-il pas aussi nous tromper quand il s'agit de l'existence môme du monde extérieur? Mais Descartes justifie la véracité divine de ces prétendues erreurs, en montrant très-bien qu'elles consistent plutôt dans un jugement, qui dépend de nous, que dans le témoignage môme des sens. 11 reprend durement Régius d'avoir avancé, qu'il est naturellement incertain si nous apercevons véritablement aucun corps, parce que les choses qui ne sont qu'imaginaires peuvent aussi bien faire impression sur l'esprit que celles qui sont vraies ; a Certes ceux qui ont de l'entendement, et ne ressemblent pas tout à fait aux chevaux et aux mulets, encore qu'ils ne soient pas seulement touchés par les images que la présence des choses vraies imprime dans le cerveau, mais aussi par celles que d'autres causes y excitent, comme il arrive dans les songes, ceux-là, dis-je, discernent néanmoins très-

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