‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 3)Chapitre 23 sur 52 · ANTÉCÉDENTS DU TRACTATUS THEOLOGICO-POLITICUS. 3H · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS DU TRACTATUS THEOLOGICO-POLITICUS. 3H

réformé, il souleva des orages et compromit, dans un grand nombre d'esprits, la philosophie cartésienne, dont Meyer se vantait d'appliquer fidèlement la méthode et les principes ; enfin il provoqua une foule de réfutations, de prédications et de pamphlets, et accrédita singulièrement l'accusation de socinianisme contre tous ceux qui se disaient cartésiens.

Balthasar Bekker (1) suscita contre lui, comme Meyer, les fureurs des théologiens orthodoxes, en mettant les arguments philosophiques au-dessus de l'autorité de l'Écriture, et la raison au-dessus de la foi. 11 avait étudié la philosophie et la théologie de Descartes, d'abord à Franékère, puis à Groningue. Il obtint le grade de docteur dans l'université de Franékère, et une place de prédicateur dans les environs de cette ville. C'est là qu'il publia une défense de la philosophie de Descartes contre les théologiens (2j, oii il se proposait surtout de faire les parts réciproques de la théologie et de la philosophie, afin d'apaiser et de prévenir les querelles entre ces deux puissances. La philosophie est maîtresse dans l'ordre de la raison, la théologie dans l'ordre de la foi. Mais quelle sera cette philosophie maîtresse dans l'ordre de la raison? Ce sera la philosophie pure de Descartes, telle qu'elle est dans ses propres ouvrages, et non pas telle qu'elle a été dénaturée ou exagérée par quelques-uns de ses disciples. Or, la philosophie pure de Descartes ne contient rien de contraire à la religion. Ne voit-on pas les théologiens les plus considérés, tels qu'Heidanus, Burmanus, Clauberg, Wittichius, etc., se faire gloire d'être ses partisans et ses défenseurs ? Bekker s'attache surtout, comme tous les apologistes de Descartes, à justifier le doute méthodique, les doctrines du mouvement de la terre et de l'infinité du monde. Il invite les théologiens à ne pas s'écarter de la

(1) Né en 163i dans la Frise occidentale, mort en 1G98.

(2) De philosophia cartesiaaa aclmonitio candidu et sincera. Franekerœ, ICSS, petit iu-l.;.

modération et de la charité, à ne pas intervenir dans les débats philosophiques, et il nie hardiment à l'Église le droit d'attenter à la liberté qui est la loi de la philosophie. Par avance il plaidait ainsi sa propre cause, mais sans réussir à la gagner. Il ne put en effet travailler au triomphe de la raison, et combattre les superstitions populaires, contre lesquelles il prit la plume, à l'occasion de la fameuse comète de 1680, sans encourir quelques persécutions (1). Cependant bientôt, sans se décourager, dans un autre ouvrage plus considérable, et encore plus hardi, il entreprit de ruiner la croyance, universellement répandue, à l'influence des esprits, anges ou démons, et au pouvoir du diable sur la destinée, les actions et les pensées des hommes (2). Il passe d'abord en revue les opinions des anciens et des modernes sur les bons ou les mauvais esprits, sur l'état des âmes après la mort, sur le diable et son pouvoir. Ensuite, il recherche ce quïl y a de faux et de vrai dans toutes ces opinions, d'après le jugement de la raison. Sans nier l'autorité de l'Écriture, il affirme que c'est à la raison de l'interpréter, et de nous instruire de quelle manière il faut l'entendre, lorsqu'elle ne parle pas naturellement des choses naturelles. Or, selon Bekker, la raison ne nous informe que de l'existence de notre propre esprit et d'esprits semblables aux nôtres chez les autres hommes. On ne rencontre des anges et des démons que dans certains passages de l'Écriture qui, selon Bekker, peuvent s'entendre soit de l'action de Dieu, soit de l'action d'hommes méchants. Donc, comme l'Écriture ne contredit pas formellement le témoignage de la raison, il

(1) Examen des comètes, à l'occasion d'une comète parue en 1C81. — Publié en 1(j83 en hollandais.

(2) Le Monde enchanté ou Examen des communs sentiments touchant les esprits, leur nature, leur pouvoir, leur administration et leurs opérations et touchant les effets que les hommes sont capables de produire par leur connnunication et leur vertu, 4 vol. in-l2, traduit du hollandais en 1G9^. « Cet écrit, dit Bayle, adonné lien à tant d'antres, principalen:ent en langue flamande, qu'ils coûtent presque cent francs. » (Lettre à Minutoli. Rotterdam, le 28 août 1C92.)

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