‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 3)Chapitre 22 sur 52 · ANTÉCÉDENTS DU TRAGTATUS THEOLOGICO-POLITICUS · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS DU TRAGTATUS THEOLOGICO-POLITICUS

nous de mieux à faire qu'à abdiquer notre volonté au sein de Dieu? Là où tu ne peux rien, dit Geulincx, lu n'as rien à vouloir. Tel est le rapport de la morale de Geulincx avec sa métaphysique.

Ainsi les causes occasionnelles, la négation de la réalité des causes secondes, le germe de la vision en Dieu, la transformation de tous les corps et de tous les esprits en purs modes d'une substance étendue et d'une substance pensante universelle se trouvent déjà dans Geulincx, qui est à la fois le précurseur de Malebranche et de Spinoza.

Mais pendant que quelques cartésians préparent les voies à VÉthique de Spinoza, d'autres les préparent au Tractatus theologico-politicus. Tel fut Meyer. L'ouvrage de Meyer, Philosophia Scripturœ interpres (1), est un des essais les plus célèbres et les plus hardis qui furent tentés, à cette époque, sous l'influence du cartésianisme, pour soumettre les Écritures à une interprétation rationaliste. Meyer, médecin d'Amsterdam, était un des plus intimes amis de Spinoza dont il reçut le dernier soupir, et édita les œuvres posthumes. Le titre même de son ouvrage en indique clairement l'esprit. Meyer raconte, dans sa préface, qu'il a cherché un remède aux discordes fâcheuses des théologiens, et qu'il a cru le trouver dans la méthode de Descartes, dont il célèbre les avantages avec enthousiasme. Ce que Descartes a fait en philosophie, il veut le faire en théologie, c'est-à-dire, il veut tout rejeter, jusqu'à ce qu'il arrive à un point ferme et inébranlable qui puisse servir de fondement à tous les autres dogmes

(1) Philosophia Smpturœ interpres, exercitatio paradoxa; tertium édita et appendice Joachimi Camerarii aucfa, cum notis variis et prœfatione Semleri, in-S», 1776. La Haye. La ire édition est de 16G6, c'est-àdire antérieure au Tractatus theologico-politicus. — L'éditeur défehd Meyer et se défend lui-même. « La tolérance, dit-il, doit être le propre du christianisme. Faut-il, comme autrefois, anéantir les livres des adversaires? D'ailleurs, ce livre est bon pour exercer les théologiens. Meyer a pu errer dans son mode d'interprétation, mais n'a pas voulu renverser les fondonieuts de la religion. »

L'ouvrage de Meyer a été traduit en hollandais et en français.

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théologiques. Ce premier point d'où il faut partir, selon Meyer, c'est que l'Écriture est la parole infaillible de Dieu; hors delà il n'y a pas de théologie. Mais si le premier point de Meyer est parfaitement orthodoxe, il n'en est pas de même du second, c'est-à-dire, de la règle d'interprétation à laquelle l'Écriture doit être soumise. En effet cette règle infaillible, qu'aucun théologien, selon Meyer, n'a encore trouvée, n'est autre que la philosophie elle-même.

Par philosophie, il n'entend pas les opinions de tel ou tel philosophe, mais cette connaissance certaine que donne la raison exercée, attentive, délivrée de tous les préjugés : lllarum rerum veram ac indubitato certain notitiam quam ratio ab omni prœjudiciorum involucro libéra, naturalique intellectus lumine et acumine suffulta, ac studio, sedulitate, exercitatione, experimentis, rerurnque usu exculta atque udjuta, ex hmnotis ac per se cognitis principiis, per légitimas comequentias, apodicticasque demonstrationes, clare ac distincte pjerceptas, eruit, ac in certissima veritatis luce collocat {cap. 5). Une telle raison émane de Dieu, ainsi que la philosophie qui en découle et, en conséquence, elle est infaillible . Donc tout ce qui n'est pas en conformité avec elle, n'est pas et ne peut pas être la vérité. Meyer fait les plus hardies applications de ce principe, non-seulement aux passages de l'Écriture où Dieu est représenté avec des formes et des passions humaines, mais à l'interprétation même du dogme de la Trinité et à ces paroles de l'Évangile : Ceci est mon corps. Il veut prouver qu'il n'y a pas contradiction entre les vérités philosophiques et les vérités théologiques ; mais il ne le prouve qu'en changeant les vérités théologiques en des vérités philosophiques. Enfin, parmi les opinions opposées sur le principe d'interprétation des Écritures, il combat surtout celle, qui qui dominait alors dans les églises réformées, à savoir que l'Écriture est elle-même sui interpres, sous l'inspiration du Saint-Esprit.

L'ouvrage de Meyer excita les plus vives discussions entre les disciples de Descartes et les ministres du culte

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