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par rapport à lui que des dispositions et des participations de Tôtre. De là sa science souveraine. Il sait tout parfaitement parce qu'il contient tout en lui, parce qae seul il met tout en œuvre. Il n'y a en effet de science parfaite que de ce dont on connaît les causes* et les origines, que de ce qu'on a fait soi-même. Les seules connaissances vraies sont celles dont les éléments sont choisis, disposés par nous et contenus en nous, à Timitation de la connaissance divine. Vico ramène toutes les sciences à cette idée du vrai, et mesure sur elle leur degré de vérité. L'homme ne «ait parfaitement que les mathématiques, parce que luimôrae il les construit, comme Dieu construit l'univers (l;. Mais si Descartes ne réussit pas à confondre les sceptique [jur le doute méthodique et le Cogito, comment Vico espère-t-il les réduire au silence et les contraindre à admettre tout d'abord ses principes sur Dieu, sur le vrai et sur l'être ? Les sceptiques ne nient pas qu'il y ait des apparences et des effets ; or, selon Vico, cela suffi/ pour les contraindre à confesser qu'il y a des causes et une compréhension de ces causes, laquelle recueille en soi toutes les manières et les formes avec lesquelles les choses se sont produites, vérité première et infinie, qui est Dieu, mesure à laquelle se rapportent toutes les vérités humaines, point de départ de la vraie métaphysique. Faute d'avoir vu que la vraie cause doit contenir en elle tons les éléments des choses et qu'elle n'a besoin que d'elle-même pour produire son effet, les métaphysiciens, selon Vico, sont tombés dans les plus graves erreurs. Tantôt ils nous représentent Dieu comme opérant à la façon d'un ouvrier, tantôt ils supposent que les choses créées peuvent à leur tour être causes d'autres choses. Vico est en effet d'accord avec les cartésiens pour faire de Dieu l'unique cause de tous les mouvements de l'âme et du corps.
(I) Geomotrica ideo demonstramus qnod facimus. Pliyslca si de:nonstrare possemus , facereinus; hinc impiae curiositatis notandi qoi Deuu a priori probare siudent. (De antiquissima Italorum sapientia,)
VICO ADVERSAIRE DÉ DÊSCARTES. Bià
De Dieu, il descend au monde, aux formes et aux genres des choses. Rejetant les universaux de l'École, il considère, à la suite de Platon, les formes physiques comme des simulacres des formes métaphysiques, qui sont les idées en Dieu ou les types éternels des choses, le sceau dont les genres ne sont que Tempreinte. Quant aux qualités sensibles, comme les cartésiens, il ne leur donne d^existence que dans Tâme ; comme eux aussi il change les animaux en de simples machines. Il prétend môme retrouver l'automatisme dansTétymologie de brutum^ qui d'abord aurait signifié immobile, preuve, suivant lui, que les anciens croyaient que les brutes sont des machines mues par des causes agissant du dehors, tandis que Thomme est mû par une cause intérieure.
Entrant ensuite, comme il le dit, dans le champ des essences, il substitue, de même que Leibniz etFardella, la notion de force à celle d'une étendue matérielle inerte, et à ce qu'il appelle Tépicuréisme physique de Descartes. Si Descartes semble réussir mieux qu'Épicure dans l'explication des phénomènes particuliers, c'est uniquement, selon Vico, à cause de sa grande habileté en géométrie et en mécanique ; mais sur les principes, il n'est pas moins embarrassé qu'Épicure lui-môme. Il y a nécessité d'admettre quelque chose d'antérieur à l'étendue qui la produise et la soutienne. De même qu'il faut distinguer le mouvement et l'effort, il faut distinguer l'extension et une vertu d'extension qui précède l'étendue, mais n'est pas elle-même étendue, et, en conséquence, est indivisible. Caractériser la matière par la seule étendue, c'est la caractériser, selon Yico, comme selon Bossuet, par ce qu'elle est en acte et non pas par son essence. Or, antérieurement à l'acte, il y a l'essence, laquelle nous est connue par la métaphysique qui dépasse la physique, et qui donne la raison des choses qu'elle considère. On est donc obligé de concevoir un principe inétendu et indivisible d'extension et de mouvement, car il ne serait pas digne de la sagesse de Dieu de séparer en deux éléments ce qu'il a pu réunir en un seul.
544 PHILOSOPHIE CARTESIENNE. .
C'est à ce principe simple , indivisible d'étendue et de mouvement, que Vico donne le nom de point métaphysique. Il définit les points métaphysiques : une verlu indéfinie d'extension et de mouvement, laquelle se re trouve toujours égale sous les étendues les plus diverses, el sous les mouvements les plus inégaux. En suivant les cartésiens, comment faire dériver de Dieu la réalité de la matière, sans le faire lui-même étendu et divisible? L'étendue en essence est bien en lui, mais non TéteDdue en acte, ce qui veut dire qu'il contient une vertu indéfinie d'extension et de mouvement. Telle est la théorie deï points de Vico, qui est la partie la plus remarquable de sa métaphysique. Quoiqu'il prétende la tenir de Pythagort et de Zenon et la retrouver dans la synonymie depunctwn et de momentum, il est difficile de ne pas y voir plus directement l'influence de la monadologie de Leibniz.
Nous avons signalé les traits les plus importants de In métaphysique de Vico dans ses rapports et dans sod opposition avec celle de Descartes. La principale gloire et /a grande originalité de Yico est dans la Science nouvelle, el non dans cette métaphysique incomplète qui semble ne pas avoir laissé de trace en Italie (1). La critique delà Science nouvelle nous emporterait hors de notre sujet. Nous nous bornerons à faire remarquer que la Science nouveUi est une philosophie fondée sur l'histoire et les langues, eo opposition, à ce qu'il semble, au dédain affecté par lescarlésiens pour toute espèce d'érudition. Vico a raison sans doute de reprocher aux cartésiens leur mépris pour l'histoire, mais il a tort de mettre en opposition la philosophie qui étudie l'homme en lui-même et la philosophie qui étudie l'homme en société. Gomment la philosophie de l'histoire trouvera-t-elle les lois de l'humanité, comment remontera- t^elle à ses origines , sinon avec l'indispensable lumière de la connaissance de la n^ore humaine?
(1) Voir le discours du doctear BerUoRria, Sull' Mole e le vicende deil^ filosofia italiana. Torino, t846, in-12, 100 pages.
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Quelle est cette base commune des nations q\à, suivant, lui , en est Tobjet, quel est ce sens commun qui en est la règle, sinon les tendances communes de la nature humaine et les idées universelles de la raison? Le grand mérite de Vico est d'avoir éclairé les vieilles chroniques du monde, les origines et les lois de l'humanité, avec ces lumières empruntées à la science delà nature humaine. Entre la Science nouvelle et les Méditations^ il n'y a donc pas opposition, comme il le croit, mais seulement diversité de point de vue, de même qu'entre l'homme individuel et l'humanité.
Nous terminerons ce coup d'œil rapide sur le cartésianisme italien par le cardinal Gerdil , le plus fidèle , le plus zélé des disciples de Descartes et de Malebranche que nous ayons encore rencontré par delà les monts. Le cardinal Gerdil dans ses écrits en faveur de Descartes s'autorise' de l'exemple du cardinal de Polignao (1). Mais combien ne l'emporte-t-il pas par ses connaissances, sa piété, son autorité, sinon par les grâces et par l'esprit, sur le brillant auteur de l'An^e-ZMcr^cfi? Gerdil
(1) Né en Savoie à Samoens, en 17 18* Il entra trèsjeune d^ns la congrégation des Barnabites. 11 fit son cours de théologie et de philosophie à Bologne où il eut pour maître Zanotti. Après avoir enseigné la philosophie à Macerataet à Casai, il eut une chaire de philosophie et de morale dans rnniveraité de Turin. Chargé par le roi^ CharlesEmmanoel Uf , de l'édu» cation de son petil-âls, il compo^a^ comme Bossuet et Fénelon, un certain nombre d'ouvrages pour son royal élève. Il fut nommé cardinal, en 1777, par Pie VI et résida à Rome jusqu'à ce qu'il en fût chassé par Tôccupation française, en 1708. A la mort de Pie VI, il se rendit au conclave de Venise où il aurait été élu pape sans le veto de l'Autriche qui ne voulut pas d'un candidat savoyard, devenu français par les victoires. de la république. Après l'élection de Pie VU, il retourna à Rome et y mourut en 180*2. 11 faut consulter, pour la vie et les euvrages de Gerdil, son éloge en italien, prononcé dans l'assemblée générale des Arcades en 1804, par le P. Fontana depuis cardinal. Cet éloge qui a été traduit en français et accompagné de notes par l'abbé d'Auribeau, est en tète de ses œuvres complètes. C'est sous les aiispices du cardinal Fontana qu'ont été publiées, à Rome, de 1806 à i820, les Œuvres complètes de Gerdil, en 1& vol. peti^ in-4*.!J'indique aussi une thèse en italien sur ses ouvrages et sa philosophie par l'abbé Giovanni Francesco Bosco, ia-S», de 220 pages. Turin, 1856.
a écrit en trois langues, le français, l'italien, le latin, avec une égale facilité, et surjes sujets les plus divers. Ce n'est pas seulement un théologien, un philosophe, un moraliste, un jurisconsulte, mais aussi un mathématicien et un physicien. Il a publié plusieurs dissertations sur les plus hautes questions des mathématiques et de la physique. En faveur de rétendue essentielle de Descartes^ il a combattu les principes de la philosophie wolfienne sur la notion de l'étendue et de la force. Il est auteur d'une Dissertation sur l'incompatibilité de l'attractifm et de ses différentes lois avec les phénomènes {{) où, selon Montucla, se trouvent rassemblées les objections les plus pressantes et les mieux fondées contre Tattraction newtonienne. D'Alembert le juge un des plus habiles adversaires de Newton ; Mairan le loue de l'esprit géométrique qui règne en tous ses ouvra ges. Pas plus que Fontenelle et Mairan, Gerdil ne rejette les calculs de Newton, mais il repousse la cause qu'il assigne aux phénomènes, si réellement il a fait de l'attraction, comme quelques-uns des siens le lui attribuent, utic qualité inhérente à la matière : a C'est, dit-il dans la préface, uniquement contre ces sortes de charmes, de tendances, de vertus inconnues et mystérieuses désavouées par Newton, rejetées hautement par Maclaurin, que j'ose élevtr ma voix. » A cette mystérieuse et obscure attraction, il oppose la clarté avec laquelle se conçoit la tendance des corps les uns vers les autres, en vertu de la masse de la matière, par qui le mouvement se communique successivement, et sans interruption, de l'un à l'autre.
Mais les sciences philosophiques et morales, la métaphysique, la morale, l'esthétique, les principes de la jurisprudence et de l'éducation, l'histoire de la philosophie tiennent la place la plus considérable dans les ÔEuvres de Gerdil. H s'est proposé dans tous ses écrits philosophiques, particulièrement dans une suite de dissertations spéciales, de combattre l'athéisme sous toutes les formes qu'il arevôtues
(1) Paris, 1754, in-4S
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au dix-huitième siècle (i). Selon Gerdil, tous les systèmes de l'athéisme et de Tincrérdulité se ramènent à ce seul principe, qu'il n'y a qu'une seule substance qui réunît en elle tout ce qu'il y a de perfections et qui, en vertu du mouvement, qu'elle tient de la même nécessité d'où elle tient son existence, se donne sans cesse à elle-même, et reçoit cette infinité de modifications dont le monde est composé. Dans une première dissertation, il démontre mathématiquement l'impossibilité d'une suite actuellement infinie de termes soit permanents, soit successifs; il démontre, dans la seconde, que l'existence et l'ordre de l'univers ne peuvent être déterminés, ni par les qualités primitives des corps, ou la spontanéité des éléments, ni par les lois du mouvement,
La philosophie du dix-huitième siècle se plaisait à rapprocher l'homme des animaux ; Gerdil la combat dans une troisième dissertation intitulée : Essai sur les caractères distinctîfs de l'homme et des animaux. Sans dissimuler sa prédilection pour l'automatisme , il veut montrer que , même en accordant le sentiment aux animaux, il v a un abîme entre le premier des animaux et le dernier des hommes. L'intelligence des bêtes à tous ses degrés, depuis l'insecte jusqu'au singe, est renfermée dans la sphère du sensible. Supposez que la sagacité du singe augmente à rinfîni , elle pourra embrasser une plus grande variété d'objets sensibles, elle fournira plus de moyens pour les saisir, mais rien de plus. Si on ne la change pas dans son essence, elle n'aura pas fait un pas vers la connaissance de
(1) Recueil de dissertations sur quelques principes de philosophie et de religion^ in-12. Paris, 1760. Ajoutons que Gerdil a combattu dans un ouvrage spécial V Emile de Rousseau : An ti- Emile ou Réflexions sur la théorie et la pratique de i*e'ducation^ 17G3. Rousseau a dit de cet ouvrage : « Parmi tant de brochures imaginées contre ma personne et mes écrits, il n'y a que celle du P. Gerdil que j'ai eu la patience de lire jusqu*à la fin ; il est fâcheux que cet auteur estimable ne m^ait pas compris. » En«1750, il avait combattu Montesquieu dans un discours d'ouverture en latin où il soutient cette thèse : Virtutem politicam ad optimum vitss statum non minus regno quam reipublic» interesse.
l'abstrait et du vrai, qui sont le propre de rintelligenc humaine; lliomme n'est donc pas un anneau de cetl chaîne.
A tous les systèmes athées et matérialistes^ à Liocke lu. même dont les principes sur la connaissance Jiumaine .' . semblent enfermer les conséquences les plus pemicieu-pour la morale et la religion, la seule philosophie qu'oppole cardinal Gerdil est celle de Descartes et de MalebraDcb- Dans son admiration il ne lesséparepasl'unde l'autre; . Recherche de hi vérité lui parait le complément naturel c Discoursde la Méthode et des Méditations . Après tan t d'ill ustrtémoignages, que nous avons déjà rapportés, en faveur c la philosophie de Descartes et des secours qu'elle appor' aux vérités essentielles de la religion et de la morale, \ok encore celui du cardinal Gerdil : a Quelque grand que sor Descartes par tant de sublimes découvertes, il l'est pln> encore par sa Méthode et ses Méditations; ce sont des chefsd'œuvre de raison et des ouvrages dignes de rsntiquité (4). » Il dit ailleurs : «Il est étonnant que la prévention contre le père de la nouvelle philosophie ait tant pu dans l'esprit de quelques docteurs chrétiens que, par attachement à leurs préjugés et à leurs erreurs philosophique^ qu'il a combattus avec tant de force, et dont il a enfin trionv phé si glorieusement, ils n'aient pas craint de l'accuseï d'impiété pour avoir fourni à la religion une nouvelle arra» invincible contre les athées, ajoutant aux preuves qu or. avait déjà de l'existence de Dieu, une démonstration si belK et si lumineuse que jusqu'ici on n'a rien su y opposer qut d'absurde et de puéril. Quelle gloire pour ce grand philosophe que les premiers principes sur lesquels il établit s^ métaphysique dans ses Méditations, servent aussi de fondement inébranlable aux deux vérités capitales de la religion, l'existence de Dieu et l'immatérialité de l'âme (2) !
Gerdil tient surtout à justifier la doctrine de Bescartes
( I) Histoire des sectes des philosophes^ !•* vol. des œuvres complètes. {'2) ImmatéiHalité de Pâme démontrée contre M, Locke^ in-4, Turin 1747, p. 230.
L£ CAftOINAL 6ERDIL. S49
de toute parenté avec celle de Spinoza, lulneompatibilitédes prmcipes de Descartès et de Spinoza, est le titre de la quatrième dissertation du recueil que nous avons déjà cité. On ne peut mieux se moquer que le cardinal Gerdil de ceux qui, dans leur zèle aSecté contre Descartes, exagèrent d'un ton pathétique toute Thorreur du spinozisme qu'ils prétendent en être la funeste conséquence : « Il est beau aux auteurs de certaines pièces fugitives pleines dlmpiété de vouloir nous éloigner, par esprit de religion, d'une philosophie qui a fourni au cardinal Polignac les armes victorieuses avec lesquelles il a triomphé de Lucrèce et de ses sectateurs. » Il ne confond pas cependant avec ces écrivains, qu'il ne nomme pas, des auteurs de bonne foi qui, tout en rendant justice aux sentiments de Descartes, penchent à croireque Spinozas'est appuyésur ses principes poussés trop loin. Ce sont eux qu'il se propose de réfuter, car il s'est pleinement assuré, en lisant Spinoza, que rien n'est plus éloigné des principes de Descartes que le monstrueux système de cet auteur. On ne peut en efTet mieux mettre en relief les oppositions fondamentales entre la méthode et la doctrine de ces deux philosophes. La définition que Descartes donne de la substance n'a rien de commun avec celle de Spinoza, et au fond n'est que celle des scolastiques. Dans la notion de substance, il n'enferme que l'idée d'une existence propre, et il n'exclut que l'inhérence en un autre sujet. L'indépendance qu'il lui donne est au regard d'un sujet d'inhérence, et non de la cause efficiente, now ut a causa efficiente, sedutasubjecto inhœsionis, Spinoza au contraire y enferme l'idée d'une existence non-seulement propre, mais nécessaire^ et exclut non-seulement l'inhérence en un autre sujet, mais aussi la dépendance qui convient à un effet par rapport à sa cause. Est-ce donc d'après Descartes, qui les sépare si profondément, que Spinoza a imaginé de réunir la pensée et l'étendue en un môme sujet? Ces incompatibilités et d'autres encore sont sans doute très*réelles, mais n'en laissent pas moins subsister, à notre avis, les semences de spinozisme signalées par Leibniz.