‹ Histoire de la philosophie Cartésienne (volume 5)Chapitre 63 sur 77 · SI · texte numérisé non relu

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Gerdil oppose Descartes à Locke, dans un grand ouvrage, en faveur de Timmatérialité de Time (1). D'abord il insiste sur l'utilité d'une preuve démonstrative de l'immortalité de l'âme, fondée sur son immatérialité, indépendamment de la foi. Or, cette preuve il la trouve dans Descartes, dans ce puissant génie qui, en démêlant mieux, dit-il, qu'on ne l'avait jamais fait, ce qui appartient au corps de ce qui appartient à l'esprit, a fixé les limites de la matière, et prouvé l'immortalité de Tâme parson immatérialité. !I met Locke en contradiction avec lui-même en montrant que ses arguments en faveur de l'immatérialité de Dieu, prouvent également l'immatérialité de l'âme.

Gerdil n'est pas seulement cartésien , mais il est ma" lebranchiste , et môme malebranchiste excessif. Il suit Malebranche , sans nulle réserve ni restriction, dans deux ouvrages où il défend contre Locke, la vision de Dicn, le système des idées et l'étendue intelligible (2) et les causes occasionnelles. Il ne renie môme pas les plus hardies interprétations, si témérairement hasardées par Malebranche, pour accommoder les mystères avec la raison. L'explication de la transmission du péché originel parla transmission des vestiges du cerveau, explication empruntée d'ailleurs à Malebranche par Nicole dans ses Instructions sur le symbole, lui semble une des plus belles choses de la Recherche. A ce propos il rapporte non sans naïveté qu'il a ouï dire à une personne de génie , qu'il ne nomme pas, qu'un temps viendrait peut-être où on emploierait utilement la doctrine de Malebranche contre cet esprit de libertinage qui ne se manifeste déjà que

(1) Immaiérial ite de rame démontrée contre M. Locke^ par les mônies principes par lesquels ce philosophe démontre rexistence et rimmatérUlité de Dieu.

(2) Le plas considérable est intitulé : Des idées en général et des diffé' rentes manières d'apercevoir les objets; l'autre : Défense du sentiment du P. Malebranche sur Vorigine et In uature des idées contre Cexamen de Locke, Cet ouvnigo est dédié à Fabbé de Lignac. L*un et l'autre ne trou* vent à la suite do Y Immatérialité de l'âme démontrée^ édit. de Tarin^ 1747» et dans le 4« vol. des GEuvres complètes.

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trop. Il semble cependant éviter de s'expliquer sur la providence générale si vivement attaquée par Arnauld.

Maisj dans la spéculation et dans la morale, il s'inspire plus heureusement de la doctrine de la raison, avec laquelle il a combattu Tempirisme, non-seulement en métaphysique, mais dans la morale, la jurisprudence, la science de l'éducation et l'esthétique. Dans sa Défense des Éclaircissements de la Recherche, il oppose l'immutabilité de$ vérités morales aux opinions monstrueuses de tant de philosophes anciens et modernes qui nient toute différence essentielle entre le juste et l'injuste. « Le P. Malebranche, dit-il, fait voir que cette différence essentielle est une conséquence nécessaire de ses principes sur les idées; je veux dire qu'on ne peut reconnaître qu'on voit toutes choses en Dieu, sans reconnaître aussi qu'on y voit l'ordre éternel qui est la loi naturelle et la règle immuable de toutes les intelligences. »

Gerdil a composé, d'après ce principe, plusieurs ouvrages de morale,dont le plus considérable apour titre : DeVorigine du sens moral (1). C'est dans l'ordre qu'il fait consister la forme immuable de l'honnête, sur laquelle il établit nonseulement la morale, mais aussi la jurisprudence. Gomme le P. André et le P. Roche, Gerdil fait l'application de cette doctrine à l'esthétique en rattachant à la connaissance de l'ordre celle d'un beau absolu, réellement fondé dans la nature des choses .

En faveur de Malebranche, il invoque Descartes, il invoque l'antiquité et saint Augustin. D'abord il nous montre en lui le continuateur de Descartes. Descartes avait préparé les voies à la vision en Dieu en distinguant les propriétés de l'âme de celles du corps, et en prouvant que les qualités sensibles sont des modifications de notre âme

(I) Deir origine del senso morale ossia dimostrazione che vi ha nelV uomo un nalurale criterio di approvazione o di hiasimo rigtiardante Vin» trinseca morale differenza del yiusio e delV ingiusto^ etc. Voir aussi sur le même sujet les Principes de la morale chrétienne et un Mémoire sur l'ordre, (4« vol. des GEuvres complètes.)

et non de la matière. Mais en outre, Gerdil cherche à démontrer que l'antiquité elle-même dépose en faveur de cette doctrine. Selon lui, il y a deux sortes d'anfi-malebranchistes, les esprits forts, puis les savants et les théologiens, qui ne s'éloignent de Malebrancbe qu'^autant qu'ils s'imaginent que cet auteur, emporté par la vivacité de son génie, s'est éloigné lui-môme de l'antiquité (1). Afin de justifier Malebrancbe dans l'esprit de ces derniers, il s'attacbe à montrer dans Platon, et surtout dans saint Augustin, les fondements de sa pbilosophie. Si saint Augustin n'a pas dit, comme Malebraiicbe , qu'on voit les corps en Dieu et sll ne nous y fait voir que les vérités éternelles, c'est uniquement parce qu'il ignorait, ce que Descartes nous a appris , que les qualités sensibles n'ont d'existence que dans notre âme.

A ces autorités, Gerdil en ajoute ufie autre moins illustre, mais plus récente, celle du P. Thoraassin. On accuse Malebrancbe d*étre visionnaire, pourquoi ne traite-t-on pas delà môme façon le célèbre P. Tbomassin qui a prévenule sentiment de son confrère, et démontré que nous voyons en Dieu, par une vue directe et immédiate, les propriétés de nombres et des figures, les règles du droit naturel. Il espère donc qu'on voudra bien désormais épargner à Malebrancbe les titres odieux de rêveur et de visionnaire dont on l'a chargé pour avoir soutenu et éclairci le sentiment de saint Augustin et de Platon sur la nature et l'origine de nos idées. Enfin voici son jugement général sur la vision en Dieu : « Ce système a cet avantage sur les autres qu'il est Irès^simple et appuyé sur des principes incontestables. Il est incontestable que les idées de toutes choses sont en Dieu, et qu'il peut les représenter à l'esprit par son action sur lui, au lieu que, dans tout autre système, il faut supposer, ou que Dieu crée des ôtres représentatifs, dont la nature est absolument inintelligible, aussi bien que leur

(i] Dépensé du sentiràehi du P. Malebranche sur la nature et Vmgme des idées^ contre Loeke*

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union avec Tesprit, ou que rame se modifie de façon à devenir la ressemblance parfaite de ce qu'elle aperçoit, ce qu'on ne peut éviter dans lé sentiment de M. Locke, qui admet que les idées ou perceptions sont des dispositions ou des modalités de Tàme. Or il a été démontré dans tout le cours de cet ouvrage que Tun et l'autre est également im* possible. Il faut donc avouer que le sentiment du P. Malebranche sur les idées est à tous égards le plus vraisemblable de tous ceux qui ont été proposés jusqu'ici, el peutêtre qu'en lisant avec attention les preuves qu'il en donne, on se convaincra qu'il est essentiellement vrai (4). »

Dans son Histoire des sectes des philosophes^ et dans V Introduction à Vétude de la religion (2), le cardinal Gerdil montre la même bienveillance et le même défaut de critique à l'égard des systèmes anciens, L'Histoire des sectes des philosophes n'est qu'une série de notices sur tous les philosophes anciens et modernes. Ces notices très-courtes ne prennent un peu d'étendue et d'intérêt qu'en ce qui touche des philosophes du dix-septième siècle. L'Introduction à Vétude de la religion^ dont la première partie seule a été achevée, est un ouvrage plus important. 11 s'y propose de montrer l'alliance de la vraie philosophie et de la religion, de venger l'une et l'autre contre les impostures de ceux .qui ont cherché à obscurcir ces étincelles de vérité qui rappellent l'homme à la connaissance et au culte d'un Dieu auteur de l'univers , par l'exposition des vrais sentiments des premiers philosophes sur Dieu et l'immortalité qui sont les fondements de la religion. Il prétend démontrer que tous les philosophes anciens, même les Ioniens, à l'exception d'Archélaiis, ont cru à la Providence, à la spiritualité et à l'immortalité des âmes humaines. Mais cette revue historique ne va pas au delà de

(1) Des idées en général et des différentes manières d'apercevoir les objets,

(2) Inlroduzione allô studio délia religione. Turin, 1755 (3* volume d^s Œuvres).

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