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d'être ingrat, etc. (4). » Que de vives et éloquentes protestations, dans la prose et les vers de Yoltaire, contre celle triste doctrine de Locke (2) ! Combien ne s'est-il pas heureusement inspiré de cette croyance à une justice naturelle et à une raison commune dans sa critique historique, dans sa guerre contre l'intolérance et la superstition, contre les iniquités de l'ancienne société ! Malheureusement Voltaire a plutôt réussi, parmi les philosophes de son école, à décréditer les idées innées, et à les couvrir de ridicule, qu'à faire admettre cette exception au principe de la table rase en faveur d'une justice naturelle et universelle.
Cette raison commune non-seulement nous enseigne, selon Voltaire, qu'il y a une justice, mais encore qu'il y a un Dieu. Il faut savoir gré à Voltaire de n'avoir pas moins tenu Ferme pour l'existence de Dieu que pour celle d'une justice naturelle, deux vérités singulièrement compromises au sein de la philosophie de la sensation. II est impossible de mieux mettre l'athéisme aux prises arec le bon sens et de revêtir de formes plus vives et plus» saisissantes la démonstration tirée de l'art de la nature, ou la nécessité de conclure d'un admirable ouvrage à l'existence d'un admirable ouvrier. Il n'y a pas de nature, il n'y a que l'art qui partout révèle un artisan infini , voilà ce qu'il oppose admirablement à ceux qui voulaient metlre la nature à la place de Dieu (3).
Tout en rejetant les preuves métaphysiques, cependant, il admet comme complément de la preuve tirée de l'art de la nature, celle deClarke, qui est, dit-il, pour ainsi dire, la plus métaphysique des preuves physiques. Il y voit une belle démarche de l'entendement humain, un élancement divin de la raison, dont la portée est supérieure à celle qui se tire uniquement de l'ordre du monde (4). Mais toute sa théo-
(1) Dictionnaire philosophique t art. Loi naturelle.
(2) Voir la Philosophie de Voltaire, par M. Bersot, in-12, 1847.
(3) Dialogue entre un Philosophe et la Nature.
{^) Traité de métaphysique et Lettre au P. Tourr.emine, de 1735.