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pkysifHeêj Descaries fait la mdiière de toutes les conversations savantes dans Paris et dans les provinces. Pendant plus d'un dekni^siëcle« on peut dire qu'il n'a pas paru un seul Itvre dé philosophie, qu'il n' j a pas eu une seule discussion jrtiilosophique, qui ne fût pour ou contre Descartes. De toutes pàt\»i dd clergé^ des congrégations religieuses, des académies, do terreau^ de la magistrature, du Inonde, des châteaux, des iitétis^ de la conr et de la noblesse, viennent à Descartes de iiélés disciples qui portent par-dessus les nues la nouvelle fihiiosophiey et travaillent à Téclaircir et à la répandre. Il fi'èst l^as d'ordre religieut où nous ne rencontrions des car-^ téâfens^ Il y efi a d'abord, môme parmi les Jésuites, dont I>éscarte6 avait été l'élève à La Flèche. Il avait conservé qMIqlies relations amicales avec leurs principaux Pères> ce dont lui faisaient un crime les ministres réformés de la Hollande. Parmi les Jésuites amis de Descaries, citons le P» Charlet, assistant à Rome, qui était son parent, et le P. Dinet, confesseur de Louis XIII, provincial de France, auquel Descaries écrivit sa lettre contre Voëtius et porta plainte contre le P. Bourdin. Non seulement il y eut d'abord dans la lociété un certain nombre de membres qui aimaient sa personne, goûtaient ses principes et approuvaient ses intentions, nais aussi quelques sectateurs déclarés, tels que le P. Vatier îl lé P. Mesland ; Le P. Vatier particulièrement lié avec Des- ^rtesy depuis plusieurs années, avait approuvé les Essais de philBSophie\ il se déclarait enchanté des Méditations et même de sa première explication de TEucharistie. Le P. Mesland, plein d^enthousiasme pour Descartes et pour l'union de la raison et de la foi, qui, jeune encore, s'en alla mourir dans des missions lointaines, avait travaillé à réduire les Médita-tions à une méthode plus scholastique et intelligible aux esprits communs, ce dont Descartes lui témoigna vivement sa reconnaissance. C'est au P. Mesland, et sur ses instances, que
nous verrons Descaries se décider à écrire ces deux lettres, fameuses dans Thistoire du cartésianisme, où il expose sa seconde explication de TEucharistie (1). Mais bientôt alarmé des progrès et de l'esprit de la philosophie nouvelle, l'Ordre tout entier, par Tinjonction des chefs, se prononce en faveur de Tancienne philosophie des écoles et de l'empirisme përipaléticien contre l'idéalisme de Descartes; il comprime les sympathies isolées de quelques-uns de ses membres, et il déclare au cartésianisme une guerre non moins vive qu'à l'hérésie de Luther ou de Calvin. Ce sont les Jésuites qui, par leurs intrigues à Paris et à Rome et par leurs violences, suscitèrent des censures, des arrêts de proscription et une véritable persécution contre le cartésianisme. Nous aurons à juger les armes philosophiques dont ils se servent pour le combattre et à considérer leur propre philosophie en regard de celle de Descartes.
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Mais si Descartes a contre lui les Jésuites, il a pour lui V ratoire, cette pieuse et libérale congrégation qui a rendu eirm ^n France tant de services aux lettres, aux sciences, à la phil Sophie et h renseignement. Dès l'origine, par ses tendance philosophiques, comme par ses constitutions, l'Oratoire fi opposé aux Jésuites. Dès l'origine, Tidéalisme de saint Augustin que lui avait transmis son illustre fondateur, Pierre Bérull l'avait préparé à recevoir celui de Descartess. Par les encouragements qu'il avait donnés à Descarie, pour mettre à exé cution son projet de réforme philosophique, Bérulle avait commandé plus directement encore sa philosophie h l'Oratoin Si l'Oratoire fut contraint de discontinuer à l'enseigner,
(1) Vie de Ocsanlrs^ [vai Haillcl, lomc II. livre 6, rhap. 8. -Voirie cV"»^pitre suivant.
n^en demeura pas moins fidèle à l'esprit et à l'idéalisme de Descartes et de Malebranche, dont il ne fit que dissi muler les doctrines, sous le nom de saint Augustin. Que de défensears de la philosophie idéaliste, que de zélés cartésiens nous verrons sortir de l'Oratoire, parmi lesquels s'élève et brille d^un éclat incomparable l'illuslre auteur de la Recherche de la viritél Mais si Maiebranche fait exception par le génie dans la congrégation de TOratoire , disons-le dès à présent, sauf à le démontrer plus tard, il n'y fait exception ni par l'esprit ni par les tendances philosophiques.il n'eut qu'à s'inspirer de Tesprit de son Ordre, esprit qu'à son tour il a affermi et développé. Dans la suite de cette histoire, nous aurons à revenir sur l'Oratoire, nous aurons à raconter ce qu'il a souffert pour Descartes, à apprécier avec plus d'étendue ses tendances philosophiques, et enfin à développer ce que nous ne pouvons qu'indiquer dans ce tableau général.
La philosophie de Descartes peut encore se vanter d'illustres disciples dans la société de Port-Boyal, qui, elle aussi, avait été préparée par saint Augustin à Descartes. L'histoire du jansénisme touche par plus d'un point à celle du cartésiaoisme. Bien souvent nous trouverons l'accusation de jansénisme associée à celle de cartésianisme. Faut-il ne voir dans ce rapprochement qu'une perfide invention des ennemis de l'un et de Taulre, ou bien l'effet d'une relation réelle entre la doctrine de Descartes et celle de Jansénius, si opiniâtrement défendue par Port-Royal? Il est vrai que le jansénisme poussé à son dernier excès pourra bien devenir l'ennemi de la raison et de toute philosophie, pour ne laisser debout que la foi, la grâce efficace et la prédestination ; et il ne faut pas s'étonner de rencontrer Pascal, à Port-Royal, en compagnie de quelques théologiens ennemis de Descartes et de toute philosophie. Mais Pascal ne représente pas Port-Royal tout entier. On sait que quelques-unes, de ses
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plus hardies pensées contre Descelles, la raison et la philosophie 7 firent scandale ; on sait qu'Arnaold et Niooie n'y forent pas seuls d'avis qu'on ne pouvait les publier MOi lus modifier et les altérer. En effet» un jansénîsaie moins «zoe^rp sif, et laissant encore une pari à la raison et k la SDimee humaine , devait s'accommoder mieux de la philosophie df) Descartes que de toute autre philosophie, b cause de f ep Mt^ logies avec saint Augustin et de la tendance commune ji anéantir l'homme sous la main de Dieu. Les cart^siftns font de Dieu l'unique cause efficiente, le seul ooleur fui Mii agit en nous. Les jansénistes donnent tout k la grâoa qpi Mmi opère tout en nous sans nous, voilà, pour ainsi liire, le poiirt ^H de tangence entre le jansénisme ci le cartésianisme, qiie le ^3^ P. Boursier nous semble avoir mis hors de toute contestetion, ^. 0^ dans son livre De Vaction de Dieu sur les oréaiwu.
A la raison de cette réelle affinité dans la doctrine, ^ ^,
ajoutons celle, non moins puissante, de la commune per
sécution que les uns et les autres eurent à souffrir de la mm^ a part des mêmes adversaires. Les plus violents ennemis de^^^io Port-Royal, comme de Descartes, n'étaient-iis pas Jésuites ? Aussi les Jansénistes persécutés se mont rent-ils en général favorables au parti de Descartes^-i.^ Les théologiens de Flandres, amis ou disciples de Ja sénius, de même que ceux de France, se déclarèrent en $m^ ^^ faveur contre Aristote et ses partisans (l). D'ailleurs, quel
(1) <c Les gens de PortrRoyal qui sont en toutes choses les antipodes jésuites ont pris aussi fortement le parti de Descartes — et en effet philosophie s'accommode bien mieux avec leurs bons sentiments que ceO de l'Ecole. Vous n'ignorez pas avec quelle chaleur les théologiens de Flan dres, amis ou disciples de Jansénius, se -sont déclarés contre Aristote «C partisans.» {Bibliothèque criti^iue mttribuée à Rio/tat4 Sùmm , 4'vol. in-IbS «Me, 1709, A* vol., lettre 12.)
poissant patronage le cartésianisme n*ent-il pas, k Port- Keyal, dans Arnanid et Nicole? A rnanld et Nicole sont les pins illustres, mais non pas les seuls qui, dans le sein de Port- Royal, h Tamour de saint Augustin, unirent plus ou moins celui de Descartes. Les Mémoires de Fontaine nous montrent les pleui solitaires employant leurs récréations à des discussions et à des expériences cartésiennes, et même disséquant sans pitié des animaux vivants, sur la foi de l'automatisme. Qni fut pins attaché à PoK-Boyal que fe duc de Luynes, le traducteur en français des Méditations? Absorbé par la théologie, de Sacy n'était pas très-favorable à Tétude des sciences profanes ni à la philosophie, et cependant il ne peut s'empédier d'approuver le plus cartésien de tous les écrits d'Arnauld, VExamen d'un traité sur l'essence du corps par un adversaire de Descartes, Lemoinne, doyen de Vitré, a II a lu, ditil, avec beaucoup de satisfaction Técrit contre Tanti-cartésien, et il a été bien aise que ce philosophe ail donné occasion a M. Amauld de traiter plusieurs belles choses. » Il est vrai qn'il ajoute qu'étant moins philosophe que M. son oncle, il sonhaiterait, qu'en défendant la philosophie, il en pariât en théologien (1). De Sacy ne condamnait donc pas Descartes, mais il craignait que sa philosophie ne fit négliger la théologie. En dehors de Port-Royal, le successeur d'Arnairtd comme chef du jansénisme, le P. Qnesnel , et après lui le P. Boursier, nous fournira encore une nouvelle preuve de Palliance naturelle des doctrines de Jansénius avec celles de Descaries. Enfin les sympathies cartésiennes de Port-Royal étaient tellement connues, que Jurieu se croit en droit de les accuser de n*avoir pas moins d^attacbement pour le cartésianisme que pour le christianisme lui-^méme (S). Ainsi donc,
(1) Préface historique et critique des Œuvres philosophiques d'Arnauld.
(2) PolitiqiAe du clergé de France, p. 107.
malgré les exceptions, plaçons Port-Royal immédiatemenUl ^r^i après rOratoire parmi les sociétés religieuses qui ont adoptée # m et propagé Descartes.
Nous trouverons aussi plus d'un cartésien dans la savante ^ ^3 congrégation des Bénédictins qui, de même que celle de l'Ora-ja-sr toire, ne fut point ennemie des nouveautés, et avait tou — jcwm jours montré fort peu d^attachemeni pour Aristote et la schoo rtn lastique. Voici ce que nous apprend sur ses tendances pbilo80-<:>eESo phiques un de ses membres les plus distingués, Dom Robe Desgabets : « Ils étaient restés fidèles à cette manière noble platonicienne dont nos pères ont expliqué les mystères de IM foi. Ils avaient peu cultivé les subtilités inutiles ou dange reuses, les vains raflSnements qui, de la scholastique, passeï dans la théologie et Taltèrent (1). » Non seulement, dans Traité des études monastiques^ Mabillon recommande l'étu de la philosophie, mais il laisse assez ouvertement percer s prédilections pour celle de Descartes. Il n'approuve pas qn* s^en tienne à Aristote ou même à Platon» quoiquMl mei Platon bien au-dessus d* Aristote : « Un véritable philosop ne s'arrête, dit-il, ni à Tautorité des auteurs ni à ses préj gés. Il remonte toujours jusqu'à ce qu^il ait trouvé un pri cipe de lumière naturelle et une vérité si claire qu'il va puisse la révoquer en doute (2). » Les auteurs cartésiens cheminent parmi ceux dont il recommande aux professeurs de philosophie de faire des extraits et des lectures dans l^ciis cours, et s'il y place aussi la censure de Huet, ce n'est qim^^ compagnie de la réponse de Régis. Desgabets, Le Gallois»
(t) Notice sur les (JEuvres philosophiques du rardinal de Retz, par A'"'" dée Henncquin. Paris, 1842.
(2) Traité des études monctstiques. Paris, 1696, 2 vol. in- 12, chap. ^'* 10.— Il recommande de suivre la métaphysiqiio de M. Cally, rartésipiitf" est accommodée à la forme srholnstiqiic.
François Lami, esprits libres el indépendanls, plus oa moius cartésiens el malebranchisles , appartiennent à Tordre des Bénédictins.
L'ordre moins important des Génovéfins se fit aussi remarquer par ses sympathies pour Descartes. Huet, dans une de ses lettres, plaisante les Génovéfins, au sujet de leur attachement poor Descartes : « Il y a longtemps, dit-il, que la congrégation de sainte Geneviève s*est déclarée cartésienne. Ils ont ora canoniser cette doctrine, depuis qu'ils ont reçu le corps de M. Descartes auprès de sainte Geneviève (1). » A cet ordre appartiennent Pierre L'Allemant, qui avait été choisi pour prononcer l'oraison funèbre de Descartes , René le Bossu qui s'est appliqué à concilier la philosophie ancienne avec la nouvelle en faveur de Descartes, dans son Parallèle des principes de la physique d'Aristote et de celle de Des-cartes (2). Chez les Minimes , nous pouvons citer le Père M ersenne, l'ami intime de Descartes , et le Père Maignan , adrersaire de la philosophie de l'École, qui a la prétention de fonder une philosophie originale, mais qui, en plus d'un points fait des emprunts h Descartes (3).
La philosophie de Descartes rencontra aussi des protecteurs et des disciples dans tous les rangs du clergé séculier, el parmi les prélats les plus renommés par leur piété el leur savoir. Il faut citer le cardinal Pierre de Bërulle qui fil h Descartes une affaire de conscience de la prompte exécution de son projet de réforme philosophique ; le cardinal d'Estrées qui le réconcilia avec Gassendi , el même le cardinal de Retz qui, sur la fin de sa vie, retiré du monde
(1) Lettre du 15 août 1700 au P. Martin, citée par M. Bartholmès dans sa thèse sur Huet.
(2) In-12, 1674.
(3) Cursus philosophieuê Magnant, 4 vol. in-8, 1652.
et de la politique, préside des conférences cartésiennes dans son château de Gommercy et y défend les vraies principes de Descartes contre les hérésies du bénédictin Desgabets. Quels plus grands évéques et quels plus grands cartésiens que Fénelon et Bossnet I Nous citerons encore dans le^*^ M ! XYIIP siècle deux illustres cartésiens et malebranchistes ,«. ^s Potignac et Gerdil. Tous les plus grands théologiens doK^fxii XVIP siècle se montrent attachés à Descartes, à cause dtKW Cidc secours qu'ils espèrent de sa philosophie contre le libertinages "S^ge et Talhéisme.
Les cartésiens sont nombreux dans la magistrature comme» M:me dans le clergé. Au banquet qui suivit les funérailles de Des — j^s« cartes, les membres du parlement et du barreau sont en ma- M^ajorité; On y remarquait Fleury, alors avocat, qui depuis fu.sitf%( Tabbé Fleury , sous-protectcur des ducs de Bourgogne e-iap el d'Anjou , Gordemoy, Glerselier, qui étaient aussi avocats av :0eBU parlement de Paris , d'Ormesson , Guédreville , Hàbert d*^^Kxle Hontmort, maîtres des requêtes. Habert de Montmbrt» d'.C:jde même que d*A1îbert , trésorier de France, portait le zèle er ^sn faveur de la philosophie nouvelle jusqu'à proposer à Des- ^Bcartes, qui la refusa, une partie de sa fortune pour faire d expériences. Il avait entrepris de la célébrer dans un poëm latin De Natura rerurriy imité de Lucrèce, qu'il n'a pas pabli mais dont Sorbière, qui dit l'avoir lu tout entier, fait le grand éloge. Le chancelier Séguier accorda aux œuvres Descartes un magniBque privilège, ce qui lui vaut les lonang^^^ de Glauberg et la dédicace de sa paraphrase des Midit lions. Au XYIII® siècle, un autre chancelier, plus illustre e core, Daguesseau professa hautement le cartésianisme , et e^^'' fil Tapplicalion aux principes de la jurisprudence.
Non seulement les théologiens, les magistrats, les acad^^ miciens , mais aussi les gens du monde et les femmes eile^^ mêmes se passionnèrent pour cette philosophie engageante ^
hardie (1). On vil la {philosophie de Descartes agiter les châftei^i; et les salons, de mëmje que les cloîtres, la Sorbonnë el le^ fiçadétmies. A la ville et à la cour, à Paris et dans la province, i| y avait des cartésiens. Nul ne pouvait prendre rang pfurmi les beaux esprits qui ne se mêlât un peu de la philosophie de Descartes. Au premier rang des protecteurs et des amateurs de cartésianisme mettons le prince de Gondé, aussi griB^d,par l'esprit que par le courage, çurieui des nouvelles ^çç^pes, et se plaisant f nx entreliens des philosophes les pjqç iJlu^tres de son temps. Il s'instruisait de la philosophie if^ Çbescartes avec Régis ; il ne pouvait , disait-il , ne Pfis çi;Qire ce (^u'il lui expliquait si clairement. Il retenait troj^ joqirs Malebrançhe à Chantilly pour Tentendre causer de Çyjçp, ij entretenait un commerce de lettres avec lui et lisait S0Ç ouvrages. On voit Arnauld, dans une de ses lettres, s'inqî^étçr fort du jugement que portera le prince sur sa contro- Y^^se avec Malebrançhe, et désirer qu'on mette, sous ses yeux, 9ÇS fénonses ^n regard de celles de son adversaire pour qu'il (jse Içs pnes et les autres. L'éditeur des Entretiens de phi-* IçilBQP^ie de ^ql^ault l^s lui dédie, et le loue « d'avoir accordé rilOQçi^ur de sa prot^ection à Tillustre philosophe dont la doc- Irifiç fifi exposée dans cet ouvrage. » Déjà nous avons dit «jp'i] ^At voul}^ attirer auprès de lui Spinoza lui-même, et qu'il 11)1 fit offrir une pension de la part de Louis XIY , pour s'entretenir librement avec lui dans les allées de Chantilly, comme avec Bossuet ou Malebrançhe. Des grands seigneurs, tels ;^ue les ducs de Nevers et de Yivonne disputaient Régis au prince ^e Condé pour Tentendre exposer la métaphysique ou la physique de Descartes dans des soirées philosophiques (S). Le
(1) Lafontaine, Ft^le^es deux Rq.t8, du Rfr^firçl et de l'OEjif.
(2) Lettre de Tabbé Genest à Hégis, à la suite de ^yf> Principes (If philo- 9{tpkit en vers.
qu'elle a a'ssisté à un dtner de beaux esprits, « qdi &tec6Dîhirent après dîner fort agréablement sur la philosophie &e Y^Afi IPère bescartes. Gela me divertissait et me faisait 'sdiiveMi grossièrement de ma chère petite cartésienne que j'^fàis si 49 • \ aise d'entendre, quoique indigne (1). » Ses Lettrés dont ptir — TiOir semées d'allusions badines ou ironiques auxdodrî^ës iëîks — ^^Ks cartes: a Je vous aime trop pour que les petits esprits ne s» ^ s s cômnoiuniquent pas de moi à vous et de vous h (n'ôi (2). » -
a Eh attendant , je pense^ donc je suis^ je pensé & Vdtis 'av&^[^ "^^ve^ téii3resse« donc je vous aime (3). » Le sentiment âe'He^rte^ J **tes qui ,'eh apparence, ôte les couleurs aux objets, poui''lès pla6â^^~éer dans Yatne , lui est matière à plaisanterie sur la 'Cotilëtir dE> de Tâme : « Enfin , après avoir bien tourné, votre èiixxe ^èrs^ ^'est verte (4). » Nous avons déjà dit qu'avec *La Fohfoihe, éllefe*" *se raillait des bétes-machines, et qu'elle ne pouvait côtisën tir ^rm ri croire que sa chienne Marphyse n'eût point d'âme.
Tout autour de M"® de Sévigné, aux Rochers en Bretagiv "^le, à rhôtel Carnavalet à Paris, on discutait avec une grande \^^l^ vaciié pour ou contre Descartes. Tantôt c'est l'abbé de 'a Mousse qui disserle sur les petites parties avec l'évéque de Léon « qui est cartésien à brûler, » tantôt c'est une lon(SL ^^ discussion, où Gorbinelli intervient par lettres, de son fil»* <ït
Cl) Édit. (le 1818.— Lettre 1026.
(2) Edit. Montmerqué, tome 2, p. 107-
(3) Ibid., tom. 6, p. 460.
(4) Éd. 1818. Lettre 581.— C'est aussi une allusion aux opinions dc^*' gabets , qui prétendait déduire du sentiment de Descartes sur les quai sensibles que l'âme même et toutes ses facultés sont le propre objet ^^ sens. « Au moins n*accorderai-je, lui répond un de ses adversaires, •1"' l'âme soit l'objet des sens, que quand j'aurai vu des âmes vertes dont '<* Révérend Père nous a parlé il y a quelque temps.» {Fragm. de phihf. ^'"' tt'ftiemie, par M. Cousin : Le cardinal do Holz rarlésion.;
du Père Damai e, en faveur des idées innées conlreM. de Monlmoron , qui soutient que toutes les idées viennent des sens : «Nous avons eu ici une petite bouflëe d*hombre et de rêvera. Le lendemain, altra scena^ M. de Montmoron arrive. Vous savez qull a bien de Tosprit ; le Père Damaie qui n*est qu'à vingt lieues d'ici, mon fils qui , comme vous le savez encore, dispute en perfection les Lettres de Gorbinelli, les voilà quatre, et moi je suis le but de tous leurs discours, ils me divertissent au dernier point. M. de Montmoron sait votre philosophie et la conteste sur tout. Mon fils soutenait votre Père, le Demaie le soutenait aussi, et les lettres s'y joignaient, mais ce D*est pas trop de trois contre Montmoron. 11 disait que nous ne pouvions avoir dldées que de ce qui avait passé par noB sens. Mon fils disait que nous pensions indépendamment de nus sens : par exemple , nous pensons que nous pensons, voilà grossièrement le sujet de la dispute (1). » En 1680, au moment de la plus grande vivacité de la persécution contre De^cartes , M""® de Sévigné empêche Gorbinelli de se rendre à des assemblées cartésiennes, de peur de se compromettre : « Je n'ai pas voulu qu'il ait été à des assemblées de beaux esprits, parce que je sais qu'il y a des barbets qui rapportent à merveille ce qu'on dit en l'honneur de votre Père Descprtes (2). » Dans toute la France il y avait de ces assemblées, de ces dîners de beaux esprits dont parle W^^ de Sévigné , et de ces salons où on discutait avec plus ou moins de profondeur les grandes questions philosophiques mises à la mode par Descartes.
Si , du salon de M°^ de Sévigné, nous passons à celui de la marquise de Sablé, Tune des femmes les plus spirituelles du
(1) Édit. Montmci-qué, loinc tî, j). 't60.
(2) Tomo 6, p. 18*2.
XYII^ siècle, chez laquelle vient de nons introduire M. Cousin, (1), nous trouvons qu'on y agite les pius^ vites et les plus graves questions soulevées par la philosophie cartésienne, telles que celles-ci : est-elle ou n*est-elle pas ^iE^^a
compatible avec TEucharistie , conduit-^lle ou ne conduit ^ '^
elle pas à Spinoza? Avec la duchesse du Maine, entourée ^^*^ du cardinal de Poiignac, de Malézieux, de Tabbé Genest, «.:9^^ le cartésianisme régnait à la petite cour de Sceaux. Le^-^X^Itraducteur de rAnli-Lucrèce, Bongainville, dans son épflreî^** *' dédicatoire, la compare à la reine Christine : a On sait quel ^ a-^< est votre attachement pour le cartésianisme. L'histoire de laiE^ ' '< philosophie moderne ne manquera pas de vous comparer SaS "^ i cette reine philosophe qui fit Thonneur et l'étonnement diKP EiIq siècle passé. Descartes peut se glorifier de vous avoir toates^^-^es deux pour disciples. Christine a vu ce grand homme , vous k^ os Tavez retrouvé dans le cardinal de Polignac. » H"® de Lannay, dans ses Mémoires^ dit de cette princesse : « Son ca téchisme et la philosophie de Descartes sont deux sysièmet^^es qu'elle entend également... Elle croit en elle de lamém»^^=»e manière qu'en Dieu et en Descartes (2). » IMP^^de Laana' ^bj elle-même, sa confidente, n'était pas moins attachée à Duj "^ cartes et à Malebranche pour lequel elle nous raconte qa^ell^K le s'était passionnée, dès le couvent, en étudiant la Becherehe la Vérité (3).
(1) Frctgments de philosophie cartésienne, Rapport du cartésianiême et tpinozisme. Voir aussi rarticlc qu'il lui a consacré dans la Revue des Mondes du !«»• janvier 1854.
(2) Ces passages sont extraits d'un portrait de la duchesse du Maine c^v avait été supprimé dans les premières éditions des Mémoires de If"» DeloMU^Sf- F^a Harpe le premier l'a signalé et cité dans sa Correspondance littêraùre.
(3) « M''* de Silly m'ouvrit un nouveau champ. Elle faisait une espècf H'rludp de la philosophie de Deseartes. Je me livrai avec un extrême plai^*'
Les femnaes cartésienne abondent au XVIl^ siècle. On vit h ToaloDse une dame de la ville soutenir publiquement, et avec le plus grand succès une thèse cartésienne, sous les auspices de Régis (1). M^^^ Dupré , nièce de Desmaret Saint- Sorlin, savante en grec et en latin et auteurde quelques poésies, avait reçu le surnom de cartésienne, tant elle mettait d*ardenr à étudier et à défendre Descartes. M^'^ de La Vigne, autre femme poète, n'était pas moins connue pour son cartésianisme. Dans le Recueil de vers du P. Bouhonrs, il y a une pièce où Tombre de Descartes remercie M^'^ de La Vigne de son zèle pour sa philosophie, et des disciples qu'elle lui gagne par ses grâces et son esprit. En parlant à Timagination, au cœur, à la piété, Malebranche répandit encore davantage, parmi les femmes, le goût de la philosophie de Descartes. G*est une femme, M'^® de Wailly, sa parente, qui présidait diaque semaine à des conférences où se rendaient les plus zélés malebranchistes, pour expliquer et défendre les ouvrages de leur maUre. Dans les Lettres du P. André, il est souvent question de dames malebranchistes.
Parmi toutes les femmes un peu lettrées, la philosophie et le cartésianisme étaient devenus une sorte de mode dont le P. Daniel plaisante dans son Voyage du monde de Descartes. Il fait dire par Aristote à Descartes, que la mode d'être philosophe ne serait pas plus durable, parmi les dames françaises, que toutes les autres modes, et qu'il n'y a rien de plus commun dans les ruelles que le parallèle de M. d'Ypres et de Molina, d' Aristote et de Descartes. Au témoignage du P.Daniel, ajoutons celui de Molière. Qui sont ces femmes sa-
à celte entreprise. Je lus encore avec elle la Recherche de ta vérité et me passionnai du système de l'auteur. » Mémoires, 3 voL in-12. Londres, 1755, tome 1, p. 19.
(i) Mémoires du P. ?ficerpn, art. Hécis.
vaiilos dont il sait si bien se moqaer ? Sans doute, coniHieles Précieuses RidieuleSy elles aiment les petits vers et le beau langa^, mais elles visent phis haut , à la physique et à la métaphysique ; elle» parlent des tourbillons, de la substance étendue, elles traitent le corps déguenillé, en un mot, ce sont des cartésiennes que Molière tourne en ridicule. En faut-il davaAtage pour attester à quel point le cartésianisme était alors la préoccupation universelle, non seulement des esprits d*élite, mais de toutes les intdligonces un peu cultivées. Jamais peut-être , à aucune époque de son histoire^ pas plus aujourd'hui qu*aux temps passés, la philasophie proprement dite n'a compté autant 4e prosélytes , ni autant de curieui e d'amateurs parmi les hommes du monde et tous les espri cttHivés de toutes les «lasses de la société.
La cartésianisme se répendait partout en France pa' d'bxoelleiits livres à Tudage du monde, par les académies, par les conférences partîculièresdes plus habiles eartésiens o^ se pressait une foule d'èUte. Une foule de traités de philosophiB' ^Mk en langue française résumaient , éclairdssaient et metlaiec^ ^bI à la portée 4es gees du monde les principes de ia pliilo80c:=v(H phie de Descartes. Tendis que les Hollandais publient des l lton«s, des E^ercUaUoms, des thèses «ccommoâéea & la sch«(astique en usage dans les universités^ de longs comme» — ^ taires en tatin, desoatéchismespar demandes et par vèpana^^ss, les cartésiens de France publient en français des expositiocr^^ des abrégés claies et élégants , des entretiens , des di(|logu^S9y des méditations , qui ne «'adressent pas seulement anidoGC^f et aux étudiants , mais aux gens du monde. Par la Okétbode et par la clarté , par l'élégance et Télévation , par la gréce et par Tespril, plusieurs de ces ouvrages doivent hvoîr leur place dans Thistoire de notre littérature : citons les Discours sur le discernement de Vâme et du corps de Cordemoy , les Entretiens de physique de Rohault, le
Système de philosophie de fiégis , VArt àe penser âe Porfftoyal , le traité de teijnisteifit:e de Dteti de Fétfrelan , là Connaissance de f)ieu et de soi-mêtnè de Bossuét ^ la Rtcheirche de la Vérité de Male'branch^ , les Dialo^és sur la pluralité des mondes de ForrtetteUé. Quelques-uns , lùaîs sans succès , îmaginèrènl même de rtiellre éii vers fratiçais la |Aîlôsophîe de DeséÀYtes. Je cïtétéi Le Laboureur, bdillif de Montlâo'rènéy , qui , dans un poème sur Gharlemagtte , îartdébftér le'cartésianfsitiè par un ange (1) , étralbé Gfétiêst , qui a tnis ëti rtmes plùtôl qu'yen vers 1è!s Principes de Déscàrtës.
Dans là préftiière partte du XVli« rfiètte , dfe WutèS parts
coihifiénYîërit à se formelr des réuniôtis sdenVifiifbes particû-
1tëi*és qui sont, cotïime les avant-couleurs dé 1* Académie des
séiefifcés , foïl'dôe en 1666. L'éditeur des tfàvatix d'une de ces
èodé'tés savantes qui se Réunissait, toutes tels seUiâihés, (5héz
Y"Âl)bé iiduràélot, en mentionhe jusqu'à Hix ou douâse autres
dans Paris seulement (2) , vers 1660. Or, toutes cesréuYiions
de ^àVanls, fohdéës'plus ou m'oins en ôppo^tion avec feispril
iiù'ctén et avec la science *îiliY)tio1)ile de l'Ëcolé , étaient en gé-
ù'éràl favorables à Deàcaftes. 'On y faisait des expéKences pour
èbriâritaér les prinféipés de sa physiqtie, on y diâtifttait et fèf o-
t&U Tés objections contre sa doctrine. Non contents dé ëés té'a-
tttons ën'lrë savants, les cartêsiéns-instituérent des ôonféfteuces
putiliqùës où ils démontraient le cartésianisme aux gekis du
monde et, pouirâitisi dire, à tout venante ftohatilt lëtiait dans
èa tùaisôn dés ôonférences philosophiques, une tofis pat se-
'hifthië, h des heures et h des jours réglés, et cUaCuh pouvait
'llbrëfiient y assister. Gterselfer nous apprend (3) qù*à ceâ con-
(1) Ce poème a été publié en 1664. Boileau le tourne en ridicule à la fin de sa IX<> Epitre.
(2) Conversations académiques de C académie de M. Vàhbé Bourdelot, publiées par le siëiir Le Gallois en forme d'entretiens.
(3) Préface des Œuvres posihiunos do Rohaull.