CHAPITRE XXI
Accusations politiques et rcligici^ses contre les cartésiens français. — Diversité des accusations religieuses en Hollande et en France. — Accusation d'incompatibilité avec l'Eucharistie. — Importance de ce débat pour Thifttoire du cartésianisme. — Exposition do la question. <**Dqux grandes dtffioultés théologiques résultant du sentiment de De^cai^^ i^ur la maticf^ -T-Indistinction dç \% substance et des accident^ i^distii)(;tion du çqrp^ et de r^xtension )oca|e. — Comment résolues par Descartes, la première dans la réponse à Amauld, la seconde dans les deux lettres au P. Mesland. — Vaines recommandations de silence et de discrétion touchant cette seconde explication. — Histoire, texte complet, doctrine des lettres ao P. Mesland. -^ Zèle aveugle de Glerselier, Desgabets et autres, 9 (e^ f/f^ pager, commenter et à provoquer ^^ discussions dçs théplogifns. — Protestations de quçlqu^s qaftésicf^ coptre ces dangereuses Immérités. — Principides objections ie^ t^éolosiens. — Condamnation qu'en porte Bossuet tout en s'efforçant de justifier Descartes et sa philosophie. — Dissertation de Tabbé Duguet contre ces nouvelles explications. — Redoublement des accusations d'impiété contre le cartésianisme.— «Apologies, protestations des cartésiens en faveur de leur foi et de celle 4^ Qçscartes. -r Certificat de la reine Christine, -rr Tactique et intervpnjtion per^de des protestants d^ns I9 querelle. — Disgrâces attirées sur leurs auteurs et syr l'École tout entière par ces essais de philosophie eucharistique.— La doctrine de rétendue essentielle au premier rang des propositions cartésiennes condamnées.
De même que lescarlésiens de Hollande, ceux de France n'eurent pas seulement à se défendre contre des objections philosophiques , mais contre des accusations politiques cl
religieuses. Dans les deux pays se sont à peu près les mêmes objecUoDs philosophiques contre le doute méthodique , Fèvidence, la distinction de Tâme et du corps , les idées innées , les preuves de Texislence de Dieu , l'essence de Tâme et de la matière, Tinfinilé de Tunivers qui alimentent la polémique des adversaires de Descartes. Mais les accusations politiques et religieuses varient, suivant les différences du gouvernement et de la religion en Hollande et en France. En Hollande, on les accusait de ne pas être favorables h l'autorité du stalhouder, et, en France, il ne fut pas difficile de les rendre suspects à un monarque absolu, par la nouveauté de leurs opinions, leur maxime de l'évidence et leur esprit de libre examen. C'est l'accusation de jansénisme qui joue en France le rôle de celle du coccéianisme en Hollande, et qui n'est pas moins arbitrairement prodiguée, pour les rendre suspects d'une double révolte contre l'Église et contre l'état. En Hollande, nous avons vu des théologiens fanatiques comparer Descartes àYanini, et l'accuser de connivence avec les (ils de Loyola : en France, il courra plus grand risque encore par les comparaisons avec Luther et Calvin. En Hollande, c'est au nom de la Bible et du synode de Dordrecht ; en France, c'est au nom du concile de Trente que le cartésianisme est accusé d'impiété. Dans les deux pays^ il faut se défendre au sujet de l'infinité du monde et du mouvement de la terre. Rendons cependant cette justice aux théologiens catholiques qu'ils font moins de bruit contre le mouvement de la terre que les théologiens réformés.
La rupture de la vieille alliance entre le péripatétisme et la théologie ne pouvait pas ne pas inspirer quelques alarmes à des théologiens habitués à regarder Aristote comme le soutien de la foi. Ces alarmes se manifestent, surtout au sujet de l'Eucharistie. Incompatibilité avec TEucharislfe, telle qu'elle a été définie par le concile de Trente , voilà raccusatioo qui, en France et dans les pays catholiques , passa avant toutes les
aolres et mit dans le plus grand péril la philosophie cartésienne. Le péril s*accrat par la divulgation imprudente d'explications confidentielles proposées par.Descartes , par l'éclat et le développement que leur donnèrent quelques-uns de ses disciples , qui s'imaginèrent follement fermer la bouche aux théologiens en leur opposant des démonstrations cartësienes de l'Eucharistie, au lieu de se réfugier derrière l'incompré-^ hensibilité du mystère. Il n'est pas besoin de dire que la force des préjugés , que les alarmes de l'amour-propre s'ajoutèrent aux alarmes sincères de la foi. La vivacité et l'importance de ce débat dans Thisloire de la philosophie de Descartes, la place qu'il occupe dans la plupart des ouvrage
de philosophie de l'époque , les persécutions dont il fui ie^^ Je prétexte contre un certain nombre de cartésiens et contre la^» Ja philosophie de Descartes, nous obligent h ne pas le passer soos ^s silence , quoiqu'il soit plutôt du domaine de la théologie Jie que de celui de la philosophie. Nous ne toucherons 6 cett^ .Se subtile et délicate matière qu'autant qu'il est nécessaire pou .^Dr l'histoire. Nous nous bornerons à rapporter sans discuter ir^^î juger, ou du moins nous ne porterons pas d'autre jngemeiKr i3i( que celui de la vanité de toutes les tentatives, soit de FÉcok soit des cartésiens pour expliquer la transsubstantiation pi des principes de physique. Donnons-nous donc le spectacl des étranges , vaines et dangereuses subtilités où s'égarèren il faut le dire , h la suite de Descartes lui-même , un certai nombre de cartésiens et qui compromirent le succès de la ph losophie nouvelle.
L'Église tient pour article de foi que la substance du pai étant ôtée du pain eucharistique pourfaire place au corps de. sus-Christ, les seuls accidents y demeurent, qui sonti'étenda^» la figure , la couleur, l'odeur^ la saveur et les autres qualité^ sensibles. La physique scholastique avec les formes substan^ tielles distinctes de la matière, avec les accidents absolus qu'
se peuvent concevoir indépendamment de leur sujet, avait paru offrir quelques facilités pour l'intelligence de ce mystère, tandis qQ*il parut impossible de le concilier avec la {^jsique cartésienne qui nie les formes substantielles, les accidents absolus, identifie le corps et Télendue et change toutes les qualités sensibles en pures modificalions de retendue. IqdJstinclion de la substance et des accidents, indislinction du corps et de Teitension locale, voilà les deux grandes difficultés qu'un certain nombre de théologiens élevèrent contre le cartésianisme touchant rSucharistie. Déjà nous avons vu Descartes s'expliquer sur la première, dans sa réponse aux objections d'Arnauld, et entrer dans une voie pleine de dangers, pour lui-même et encore plus pour ses disciples , moins réservés et moins retenus que le maitre. « Il eût bien voulu sans doute , dit Baillet , se dispenser de remuer cettematière de la transsubstantiation, mais, après l'objection d' Arnauld, il ne lui était plus permis de demeurer dans le silence. Il lui fallut s'expliquer, au moins passablement , sur l'extension du corps de Jésus-Christ dans le sacrement, conformément aux principes de Tétendue essentielle, sans avoir recours aux accidents absolus.
Cependant celte explication, la seule que Descaries ait publiée, n'allait pas encore au fond des choses, et si elle répondait à Tobjection de Tindistinclion de la substance et des attributs, elle laissait subsister celle de rindistinction du corps et de l'extension locale, essentielle à la physique de Descartes. Longtemps Descartes évita de toucher à ce second point, plus délicat encore que le premier. Souvent, dit Baillet à Toccasion de cette seconde explication , on lui avait entendu répéter ce qu'il écrit dans une de ses lettres, que si les hommes étaient plus accoutumés qu'ils ne le sont à sa manière de philosopher, il: pourrait leur faire entendre une autre explication qui fermerait la bouche aux impies (1). Un de ceux qui le pressèrent
(1) C'est cette première explication qui, avec quelques légers change-
le plus de s'expliquer sur ce sujet, fut le P. Mesland y déjà très-persuadé que Texplication donnée h Arnauid, était pour le moins au^l)onne que celle de TÉcole. Cédant à ses sollicitations, Deacarteslui écrivit deux lettres , où il lui proposaitcette explicsftion, mais à la condition, s'il la communiquait à d'autres, dè^nepas lui en attribuer Tin venlion et de ne la communiquer à personne s'il ne la jugeait pas conforme à ce qui a été déterminé par TÉglise (1).
Baillet qui, sans absoudre entièrement Descartes, cherche à Texcuser, insiste avec raison sur cette recommandation de Descartes au P. Mesland. « Il eût été , dit-il , le premier è s'accuser de témérité s'il avait jamais eu la pensée de rendre cette explication publique. La crainte que ses ennemis ne pussent abuser de cette explication lui faisait souhaiter qu'elle demeurât supprimée , à moins qu'elle ne fût approuvée pa l'Église... Au lieu de toute cette circonspection, il serai mieux à désirer qu'il eût reconnu de bonne foi et sans déton l'impossibilité morale où seront toujours les philosophes d démontrer la transsubstantiation par les principes de la phy sique. Mais ce fait n'étant plus du nombre des choses ca de sa vie, les lois de Thistoire ne m'ont pas permis de le di simuler. )> Quelque fâcheuses qu'aient été les suites , no sommes , comme Baillet , disposé à l'indulgence pour
cartes , et nous ne le rendrons pas responsable des indiscri tions et des témérités de quelques disciples qui publièrent qu'il avait recommandé de tenir secret , et donnèrent, comicr^^ une démonstration géométrique, ce qu'il n'avait fait que m< destement insinuer.
menis, a été reproduite parle P. Maignan dans plusieurs de ses ouvrages «' par Rohault dans ses Entretiens de philosophie.
(1) Lettre à un Père Jésuite. — Édil. Garnier, tome IV, p. 148.
sa
Peu de temps après celle lellie , le P. Mesland envoyé dans les missions chez les Sauvages , peul-élre en raison de son goûl trop vif pour la philosophie nouvelle , écrivit à Desearles tin louchant et éternel adieu (1). Mais sans doute, avant de partir, satisfait de Texplication nouvelle, sauf quelques difficultés que résout Descartes, dans une seconde lettre , il s'était empressé , dans la candeur de sa philosophie et de sa foi , de la communiquer à d'autres , et ne s'était pas fait scrupuie d'en nommer Tauleiir j peut-être Descartes lui-même en fit-il quelques confideaces à des amis et des disciples ; ce qu'il y a de certain , c'est qu'elles passèrent entre les mains de Clerselier. Il est vrai qu'à la suite d'une conférence avec l'arcbevôque de Paris , il n'osa les insérer dans son édition des lettres de Descaries ; mais ravi de cet accord prétendu entre la physique, car tésienne et l'Eucharistie, il ne cessa toute sa vie de les divulguer et de les défendre dans des lettres et traités ma- BQScrits. C'est principalement à son eële peu éclairé qu'il fant attribuer l'éclat et le retentissement fâcheux des lettres au P. Blesland. Clerselier, et avec lui Desgabets , furent les premiers à les mettre en oeuvre, et en répandirent une foule de commentaires , sans oser les faire imprimer.
.Un manuscrit de la bibliothèque impériale (2) contient plusieurs mémoires ou dissertations de Clerselier , dans lesquels il développe et justifie les lettres au P. Mesland, et répond aux objections et aux difficultés d'un certain nombre, de théologiens (3). Quelquesrunes de ces difficultés sont attribuées à Arnauld qui, sans doute, ne goûta pas aussi
(1) Voir plus bas le commencement de la seconde loltrcau P. Mesland.
(2) Grosin-12, n» 3068.
(3) Ces objections sont de M. Pastel, médecin en Auvergne ; de M. Terson , savant ministre converti au catholicisme ; du P. Viogué ; de Maleval, théologien de Marseille ; d'Honoré Fabri.
bien cette seconde explication que la première. On y troove aassi un extrait d^écrits dicté? en latin sur cette même qnestion, en 1663, par Desgabets qui se jeta dans cette polémique, avec encore plus d'imprudence et d'ardeur que son ami Glerselier. Cependant Desgabets prétend ici ne parler qu'au nom de Gierseiier, dont il se dit l'ami particulier, sans vouloir rien affirmer en son propre nom. Enfin ce même manuscrit contient les deux lettres au P. Mesland qu'on suppose écrites en 1645 ou environ, et dont il est dit : « Ces deux lettres ont servi de fondement à tout cet ouvrage. Et c'est aussi là-dessus que se sont réglés tous ceux qui depuis ont écrit de cette matière , suivant les pensées de M. Descartes , ensuite de la communication qu'ils ont eue de ces lettres. »
Ainsi, diverses copies des lettres au P. Mesland circulaient parmi les cartésiens, qui en tiraient la substance et le fond de toutes leurs explications eucharistiques. Baillet les a eues sous les yeux et en cite un fragment. Elles furent longtemps entre les mains de Pourchot , célèbre professeur de philosophie de l'université de Paris, vers la fin duXVIP et le commencement du XVIIP siècle , qui en a fait passer la substance dans son cours de philosophie (1). Bossuet apprend que des lettres inédites de Descartes sur FEucharistie sont entre les mains de Pourchot, il s'en inquiète et veut les connaître; mais les ayant lues , il les condamne et recommande qu'on se garde de les publier, dans l'intérêt de la philosophie de Descartes (2). Elles étaient oubliées depuis longtemps et on pouvait les croire perdues quand, pour la première fois, l'abbé Émery les a tex-
(1) Instilutiones philosophicœ , 5 vol. in-12, edil. quarta. Lugd., 173S. Pars prima, ptiysic. Sect. 1, cap. 1. — Qiiid de corporis ptiysici scnliant natura pliilosoplii.
(2) Voir te ctiap. sur Bossuet.
tuellement publiées dans ses Pensées sur Descaries (1), non qu'il en approuve la doctrine , mais parce qu'elle est , dit-il , désormais sans danger, étant déjà divulguée en plus de vingt ouvrages de théologie ou de philosophie. Cependant on voit qu'il y incline, avec une naïveté qui rappelle celle de Glerselier et deDesgabels, par l'indulgence avec laquelle il la traite et les espérances qu'il en conçoit. C'est, dit-il, un système plus hardi et plus complet que la première eiplicalion pour faire disparaître les difficultés de la transsubstantiation, quoique reçu moins favorablement par les catholiques. Mais il le croit susceptible de modifications et de perfectionnements qui le rendent avantageux à la foi. Déjà un de ces perfectionnements lui semble avoir été introduit par le géomètre Varignon , grand ami de Malebranche.
Quoiqu'il en soit, voici la substance de l'explication de Descaries. Le mot de corps est équivoque, tantôt on lui fait signifier une quantité déterminée de matière , et tantôt seulement la portion de matière animée par l'âme d'un homme. C'est en ce second sens qu'il faut le prendre dans le sacrement de l'Eucharistîe.Quellesque soient la quantité, la qualité ou la figure de la matière, pourvu qu'elle soit unie à la même âme, nous la tenons pour le corps du même homme. Ce point établi , dans l'assimilation des aliments du corps de l'homme par la nutrition , Descartes croit voir l'exemple d'une transsubstantiation sans miracle. Les particules de pain et de vin que nous mangeons se dissolvent dans l'estomac , circulent dans le sang, deviennent partie de notre corps et se transsubstantient naturellement. Cependant , si nous avions la vue assez subtile, nous les verrions dans le sang, les mêmes qu'elles étaient avant et nous pourrions les nommer (elles, si ce n'est
, l] [hnsrrs de DcscarU'fi sur la religion vl la morale. Paris. 181 1, iii-8
lar rapport à Tanion qu'elles onl avec Târae. Or, de même peot-oii penser qae tout le miracle de la (ranssubstantiatioii consiste, en ce qu*an lien que les parties da pain et du vin auraient dû se mêler avec le sang de Jésus-Christ pour qu'elles s'unissent naturellement avec son âme et deviennent son corps, cela se fait par la seule vertu des paroles de la consécration; et qu'au lieu que l'âme de Jésus-Christ ne pourrait naturellement demeurer jointe à chacune de ces parties, à moins qu'elles ne fussent assemblées, de manière h former tons les organes nécessaires h la vie, elle demeure jointe à chacune d'elles quand on les sépare. On trouve une exposition parfaitement claire de Thypothëse de Descartes, attribuée à Malebranche , dans un recueil de pièces sur cette question imprimé à Genève pai^ le ministre Vernel (1).
Je pense qu'on sera bien aise de retrouver ici le text( de ces deux lettres qui ne figurent encore dans aucune éditioi des œuvres ou des lettres de Descartes. Il en existe diversescopies qui présentent quelques légères variantes ; Je les repn duis d'après le manuscrit de la Bibliothèque impériale, la première :
Votre lettre du 22 octobre ne in'a été rendue que depuis hu^BBut jours, et ce qui est cause que je n*ai pu vous témoigner plus i^a^t combien je me ressens votre obligé, non pas de ce que vous avi^^^^ pris la peine de lire et d'examiner mes Méditations, car n'aya r»^ point été auparavant connu de vous, je veux croire que c'aura ^^ te îa matière seule qui vous y a invité, ni aussi de ce que vous W^s a^'ez digérées de la façon que vous avez fait ; car je ne suis pa* si
(1) Pihes fugitives sur V Eucharistie. Fii-8. (îcnèvo. 1730. « 11 y a licw? dit l'éditeur, de croire que celle pièce esl de 31alcbranchc ; Clcrselier/» communiqua à un curieux en 1678 en passant par Caen. » Nous ne sommes pas en mesure de décider si celte pièce est en effet de Malebranche. II n'.v a d'ailleurs rien à\ remarquer, sinon ime expression Irès-nelle et Irès-prôeise du sentiment de Descartes.
vain que de penser que vous Payez fait ù mon sujet, et j'ai assez bonne opinion de mes raisonnements pour croire que vous aurez jugé qu'ils méritaient d'être rendus intelligibles à plusieurs 5 à quoi la nouvelle forme que vous leur avez donnée peut beaucoup servir j maio de ce qu'en les expliquant, vous avez eu soin de les faire paraître dans toute leur force, et d'interpréter à mon avantage plusieurs choses qui auraient pu être perverties ou dissimulées par d'autres , c'est en quoi je reconnais particulièrement votre franchise et vois que vous m'avez voulu favoriser. Je n'ai trouvé pas un mot dans l'écrit qu'il vous a plu de me communiquer auquel je ne souscrive entièrement ; et bien qu'il y ait plusieurs pensées qui ne sont point en mes Méditations, ou du moins qui n'y sont pas déduites en même sorte, il n'y en a toutefois aucune que je ne voulusse bien avoir pour mienne. Aussi n'a-ce pas été de ceux qui ont examiné mes écrits comme vous que j'ai parlé dans le Discours de la Méthode, quand j'ai dit que je ne reconnaissais pas les pensées qu'ils m'attribuaient, mais seulement de ceux qui les avaient recueillies de mes discours, étant en conversation fami^ Hère. Quant à l'occasion du Saint-Sacrement, je parle de la superficie qui est moyenne entre deux corps, à savoir entre le pain (ou bien le corps de Jésus-Christ après la transsubstantiation) et l'air qui l'environne, par ce mot de superficie je n'entends point quelque substance ou nature réelle, qui puisse être détruite par la toute -puissance de Dieu^ mais seulement un mode ou une façon d'être, laquelle ne peut être changée sans le changement de ce en quoi ou par quoi elle existe ; comme il implique contradiction que la figure carrée d'un morceau de cire lui soit ôtée, et que néanmoins aucune des parties de cette cire ne change pas. Or, cette superficie moyenne entre l'air et le pain ne diffère pas réellement de la superficie du pain, ni aussi de celle de l'air qui touche le pain, mais ces trois superficies ne sont en effet qu'une même chose, et diffèrent seulement ai^ regard de notre pensée 5 c'est à savoir, quand nous la nommons la superficie du pain, nous entendons que bien que l'air qui environne ce pain soit changé, elle demeure toujours eadem numéro, pendant que le pain ne change point, mais que s'il change, elle change aussi ; et quand nous la nommons la
superficie de l'air qui environne le pain, nous entendons qu'elle change avec l'air et non avec le pain. Enfin quand nous la nommons la superficie moyenne entre l'air et le pain, nous entendons qu'elle ne change ni avec Tun ni avec l'autre, mais seulement avec la figure des dimensions qui sépare l'un de l'autre ; si bien qu'en ce sens-là, c'est par cette seule figure qu'elle existe ; car le corps de Jésus-Christ étant mis en la place du pain, et venant d'autre air en la place de celui qui environnait ce pain, la superficie qui est entre cet air et le corps de Jésus-Christ demeure eadem nutnei'o qui était auparavant entre d'autre air et le pain, parce qu'elle ne prend pas son identité numérique de l'identité des corps dans lesquels elle existe, mais seulement de l'identité ou ressemblance des dimensions ; comme nous pouvons dire que la Loire est la même rivière qui était, il y a dix ans, bien que ce ne soit plus la même eau, et peut-être aussi qu'il n'y ait plus aucune partie de la même terre qui environne cette eau. Pour la façon dont on peut concevoir que le corps de Jésus-Christ est au Saint-Sacrement, j crois que ce n'est pas à moi à l'expliquer, après avoir appris Concile de Trente qu'il y est, ea existendi ratione quam verbis ex primei^e vix possumus ; lesquels mots j'ai cités à dessein à la fin d ma réponse aux quatrièiAes objections, afin de m'exempter d'e dire davantage. Et aussi, parce que n'étant point théologien d profession, j'avais peur que les choses que j'en pourrais écrire fussent moins bien reçues de moi que d'un autre. Toutefois, puî que le Concile ne détermine pas que verbis eocprimere non posm mm, mais seulement que vix possumus, je me hasarderai ici d vous dire en confidence une façon qui me semble assez eommodi et très-utile pour éviter la calomnie des hérétiques qui nous ob- — jectent que nous croyons en cela une chose qui est entièrement^ incompréhensible, et qui implique contradiction ; mais c'est, s'i^ vous plaît, à condition que, si vous la communiquez à d'autres, ce sera sans m'en attribuer l'invention, et mcme^que vous ne la communiquerez à personne, si vous jugez qu'elle ne soit pas entièrement conforme à ce qui a été déterminé par l'Église, i" Je considère ce que c'est que le corps d'un homme, et je trouve que ce mot de corps est fort équivoque , car quand nous parlons d'un
corps en général, nous entendons une partie déterminée de la nature, et ensemble de la quantité dont l'univers est composé, en sorte qu'on ne saurait ôter tant soit peu de cette quantité que nous ne jugions incontinent que le corps est moindre et qu'il n'est plus entier; ni changer aucune particule de cette matière, que nous ne pensions que le corps n'est plus par après totalement le même ou idem numéro. Mais quand nous parlons du corps d'un homme, nous n'entendons point une partie déterminée de matière, ni qui ait une grandeur déterminée , mais nous entendons seulement la matière qui est ensemble unie avec l'âme de cet homme, en sorte que bien que cette matière change et sa quantité augmente ou diminue, nous croyons toujours que c'est le même corps idem numéro, pendant qu'il demeure joint et uni substantiellement à la même âme, et nous croyons que ce corps est tout entier, pendant <jpi'il a en soi toutes les dispositions requises pour conserver cette union 5 car il n'y a personne qui ne croie que nous avons le même corps que nous avons eu dès notre enfance, bien que leur quantité soit de beaucoup augmentée, et que, selon l'opinion commune des médecins , et sans doute , selon la vérité , il n'y ait plus en eux aucune partie de la matière qui y était alors , et même qu'ils n'aient plus la même figure , en sorte qu'ils ne sont eadem numéro qu'à cause qu'ils sont informés de la même âme. Pour moi qui ai examiné la circulation du sang, et qui crois que la nutrition ne se fait que par une continuelle expulsion des particules de notre corps qui sont chassées de leur place par d'autres qui y entrent, je ne pense pas qu'il y ait aucune particule de nos membres qui demeure la même numéro un seul moment 5 encore que notre corps en tant que corps humain soit toujours le même numéro pendant qu'il est uni avec la même âme; et même en ce sens, il est indivisible ; car si l'on coupe un bras ou une jambe à un homme, nous pensons bien que son corps est divisé en prenant le mot de corps en la première signification , mais non en le prenant en la seconde ; et nous ne pensons pas que celui qui a un bras ou une jambe coupée soit moins homme qu un autre. Enfin quelque matière que ce soit, et de quelque quantité ou figure qu'elle puisse être, pourvu qu'elle soit unie avec la même âme raisonnable, nous la prenons toujours
pour le corps du inéiue hoiuuie, et pour sou corps tout entier, si elle n'a pas besoin d'être accompagnée d'autre matière pour demeurer jointe à cette âme. De plus, je considère que lorsque nous mangeons du pain et buvons du vin, les petites parties de ce pain et ce vin se dissolvant dans notre estomac, coulent incontinent de là dans nos veines, et par cela seul qu'elles s'y mêlent avec le sang, elles se transsubstantient naturellement et deviennent parties de notre corps , bien que si nous avions la vue assez subtile pour les distinguer d'avec les autres particules du sang, nous verrions qu'elles sont encore les mêmes numéro qui composaient auparavant le pain et le vin ^ en sorte que si nous n'avions point d^ garde à l'union qu'elles ont avec l'âme, nous les pourrions nom— mer pain et vin comme devant. Or, cette transsubstantiation fait sans miracle. Mais, à son exemple, je ne vois point de diffîculU
à penser que tout le miracle de la transsubstantiation, qui se fait ai Saint-Sacrement, consiste en ce qu'au lieu que les particules di pain et du vin auraient dû se mêler avec le sang de Jésus-Christ i s'y disposer en certaines façons particulières, afin que son les informât naturellement , elle les informe sans cela par la for»^ *-r?ce des paroles de la consécration *, et au lieu que cette âme de 4ésu mr r''- €hrist ne pourrait demeurer naturellement jointe avec chador^^Bue de ces particules de pain et de vin, si ce n'est qu'elles fussent fr^rrassemblées avec plusieurs autres qui composassent tous les orgaiir^^es 4u corps humain nécessaires à la vie, elle demeure jointe sur^^anaturellement à cliacune d'elles, encore qu'on les sépare. De ce~ Ue façon, il est aisé à entendre comment le corps de Jésus-ChLi- 'ist n'est qu'une fois en toute l'hostie quand elle n'est point divisée ^ et néanmoins qu'il est tout entier en chacune de ses parties qu^i2(/ elle l'est ; parce que toute la matière tant grande ou petite qa*^Jk soit, qui est ensemble informée de la même âme humaine, ^st prise pour un corps humain tout entier. Cette explication choqu^w sans doute d'abord ceux qui sont accoutumés à croire qu'afin que le corps de Jésus-Christ soit en l'Eucharistie, il faut que tous ses membres y soient avec la même quantité et figiu*e, et la même matière numéro dont ils ont été composés quand il est monté au ciel. Mais ils se délivreront aisément de ces difficultés, s'ils consi-
Soî.-»
dèreot qu'il n'y a rien de cela qui soit déterminé par TÉglise, et que tous les membres extérieurs et leur quantité et matière, ne sont point nécessaires à l'intégrité du corps humain, et ne sont en rîefl utiles et convenables à ce sacrement, où l'âme de Jésus-Christ informe la matière de l'Eucharistie, afin d'être reçue parles hommes et de s'unir plus étroitement à eux ; et même cela ne diminue en rien la vénération de ce sacrement. Et enfin, l'on doit considérer qu'il est impossible et qu'il semble manifestement impliquer contradiction que ses membres y soient ; car ce que nous nommons, par exemple, le bras ou la main d'un homme, est ce qui en a la figure extérieure, et la grandeur et l'usage, en sorte que quoi que ce soit que l'on puisse imaginer en l'hostie, pour la main ou le bras de Jésus-Christ, c'est faire outrage à tous les dictionnaires, et changer entièrement l'usage des mots que de le nommer bras ou main, puisqu'il n'en a ni l'extension, ni la figure, ni l'usage. Je vous aurai obligation si vous m'apprenez votre sentiment touchant cette explication ; et je souhaiterais bien aussi d'avoir celui du Révérend Père Vatier : mais le temps ne me permet pas de lui écrire.
Yoici maintenant la seconde lettre au P. Mesland, où Descartes répond à quelques difficultés proposées et à Tadieu pour jamais que le P. Mesland lui adresse en partant pour les Missions :
J'ai lu avec beaucoup d'émotion l'adieu pour jamais que vous avez pris la peine de m'écrire ^ et il m'aurait touché davantage si je n'étais ici en un pays où je vois tous les jours plusieurs personnes qui sont revenues des antipodes. Ces exemples si ordinaires m'empêchent de perdre entièrement l'espérance de vous revoir quelque jour en Europe ; et encore que votre dessein de convertir les sauvages soit très-généreux et très-saint, toutefois, parce que je me persuade que pour l'exécuter on a seidement besoin de zèle et de patience, et non pas de beaucoup d'esprit ou de
en tant qu'unis à une môme âme (1), afin d'éviter le reproche, encouru par l'hypothèse de Descartes , de faire du corps de Jésus-Christ un corps de pain et non une vraie chair douée d'organes. Tel est le perfectionnement auquel applaudit Tabbé Emery, et qui lui en fait espérer d^autres encore. De toutes parts on vil, parmi les cartésiens, se produire des essais de philosophie eucharistique. Quelques-uns poussèrent Taveuglement jusqu'à prétendre en donner, d'après Descartes, une démonstration géométrique (2). Ils n'écoutent pas les conseils de cartésiens plus graves et plus sensés, tels que Bégis<» Arnauld, Nicole, Bossuet qui protestent contre ces dange — reuses nouveautés et gémissent du préjudice qu'elles portei^ % à la philosophie de Descartes (3). Mais plus ils 8ongagep^4 dans cette voie, et plus ils donnent des arme» à leurs adver^ — saires, et plus ils provoquent les objections et les accu8alioH;L.i$ des théologiens, loin de les mettre de leur parti. Le grai grief théologique contre l'explication au P. Mesland, c'i qu'elle laissait subsister la substance du pain et du vin, la faisant seulement animer par l'âme de Jésus-Christ, s^si qu^ils fussent changés au vrai corps de Jésus-Christ. A^ J première eiplication de Descartes, on avait objecté que ci n'était pas le pain qui se changeait au corps de lésus-Chrfs/,
(1) Démonstration de la possibilité de la présence du corps de Jésus-Chritl dans V Eucharistie conformément au sentiment des catholiques. On trouer cette pièce dans les Pièces fugitives sur VEucharistie.
(2) Brève opusculum quo geometrice demonstratur possibilitas prŒsen^ corporis Christi. Il fut réfute par M. David, ecclésiastique du diocèse de Bayeux. Paris, 1729, in-12.
(3) Voltaire , dans le Philosophe ignorant , se moque de ces explicaliiW cartésiennes de l'Eucharistie . « Celui-là prétend me faire toucher au doigt la transsubstantiation, en me montrant par les lois du mouvement comment un accident peut exister sans sujet , et comment un corps peut être en deux endroits à la fois. Je me bouche les oreilles et je passe plus vite encore. »
mais son corps en pain, à la seconde on objecta qae c'était le pain qui devenait le corps de Jésus-Christ, sans aucun changement réel et physique, et par le seul fait de Tunion avec Jésus-Christ.
Bossuet prit )a plume pour combattre ces singulières applications du cartésianisme à la théologie, dans l'intérêt non seulement de Torthodoiie, mais aussi de Descartes et de sa philosophie bien entendue. Il ne veut pas qu'une philosophie, qui lui est chère et dont il attend les plus grands avantages pour la religion, porte la peine des témérités de quelques esprits brouillons. Il contesterait volontiers Tauthenticité des [Lettres au P. Mesland, du moins déclare-t-il tenir pour suspect tout ce que Descartes n'a pas lui-môme publié. En faveur de Descartes, il Tait remarquer que cette seconde explication ne cadre pas avec la première, la seule qu'il ait avouée, précisément en ce point essentiel qu'elle laisse subsister la substance du pain et du vin qu'il s'applique à exclure dans sa réponse à Ârnauld, et enfin sans lui-même mettre en avant aucune de ces explications qu'il condamne, il se contente de montrer que la doctrine de Descartes sur la matière est susceptible d'un sens qui ne la rend ni plus ni moins compatible que toute autre doctrine philosophique avec les décisions du concile de Trente (1).
Après Bossuet citons Tabbé Duguet, qui, dans un traité tbéologique plein de force et de bon sens , a combattu ces explications cartésiennes fort goûtées dans l'Oratoire (2). 11 conjure ses frères de TOratoire de se mettre en garde contre une philosophie curieuse et indocile, qui n'est propre qu'à faire perdre la foi, en prétendant tout expliquer, même
(1) Voir le chapitre sur Bossuet.
(2) IHssertations théologiques et dogmatiques. Paris , 1727, in-12. — Voir la seconde dissertation sur rEucharistie.
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curiewes pour servir à V histoire du cartésianisme , publié par Bayie, l*émotion causée par ie livre du P. Valois (1). Les cartésiens effrayés redoublent leurs protestations de foi, de piété et de soumission au concile de Trente.
Pour écarter de la philosophie nouvelle tout soupçon d'im^ piëtô, on relève ou on imagine une foule de circonstances édifiantes dans la vie et la mort de Descartes. On lui attribue même des conversions, et quelles conversions ? Celle d'une reine, celle de Christine de Suède. Des cartésiens obtinrent même de celte illustre convertie^ qui sans doute ne dut pas prendre la chose bien au sérieux, qu'elle leur délivrdtun certificat attestant qa' après Dieu, Descartes était l'auteur de sa conversion au ca-* tholicisme. CommentaccuserDescartesde conformité avec Luther et Calvin, en présence de ce royal témoignage et de cette glorieuse conversion ? Voici ce certificat dont les cartésiens firent grand bruit et qu^ils placèrent dans la plupart de leurs apologies et de leurs préfaces : a Nous, etc., certifions que le sieur Descartes a beaucoup contribué à notre glorieuse
Pbrîs, 1682. — L*autciir anonyme donne ce livre comme le complément de «dut du P. Valois.
(1) Ce recueil est presque tout entier composé de pièces relatives à ce ^rand débat sur l'Eucharistie et au livre du P. Valois ; on y trouve une dépense de Bemier au nom de la philosophie de Gassendi, une défense de Descartes et de Malebranche par un de leurs disciples. Malebranéhe lui-même a répondu au P. Valois à la fin de sa 2^ édition du Traité de la nature et de la grâce. On voit aussi dans ce recueil de Bayle de quelle façon les calvinistes intervenaient dans le débat. Une foule de thèses, de dissertations, d'ouvrages en sens contraire ont été publiés sur cette question * De irritis conatihus Cartem aUorumque ad conciUandam cum philoaophia transauhatantiationem, tel est le titre d'une thèse soutenue à Altorf en 1723. Je citerai encore Apologie de Charles Lafont pour la philosophie nouvelle sous forme de lettre. Lyon, 1673, et la Présence réelle de V homme en plusieurs lieux démontra' possible, par l'abbé de Lignac.
conversion, et que la Proviilence s'est servi de lui et de noire illustre ami, le sieur Ghanut, pour nous en donner les pre-* miëres lumières, en sorte que sa grâce et sa miséricorde achevèrent ensuite de nous faire embrasser les vérités de la religion catholique, apostolique et romaine, que le sieur Descartes a toujours constamment professée, et dans laquelle il est mort avec toutes les marques de la vraie piété que notre religion exige de ceui qui la professent. En foi de quoi nous avons signé les présentes et y avons fait apposer notre sceau royal. »
D'un autre côté, les réformés de France et de Hollande travaillaient, non sans succès, à envenimer la querelle, et cherchaient à en tirer parti contre le Concile deTrente et la foi catholique. Wittichius, Claude, Jurieu, Bayle, la plupart des ministres ne manquaient pas de donner raison à Descartes loadiaiit Tessence de la matière, mais aussi en même temps à ses adversaires touchant rincompatibilité de sa doctrine aree le Concile de Trenle. Ils proclament les cartésiens vainqueurs comme philosophes, mais vaincus comme catholiques. Il est clair, dit Bayle^ par Descartes, que l'étendue est l'essence de la matière, et il n'est pas moins clair, par le P. Valois, que cette doctrine est incompatible avec la doctrine catholique; donc il est clair que le Concile de Trente a décidé une fausseté quand il a parlé de l'essence réelle (l).x> Jurieu, fort de cette incompatibilité vraie ou prétendue, élève des doutes sor la foi des théologiens de Port-Royal attachés à Descartes.
Ces malheureux essais de philosophie eucharistique, d'après les principes de Descartes, attirèrent sur leurs auteors et sur l'école tout entière de fâcheuses disgrâces, et fournirent le principal prétexte d'une véritable persécution contre
(1) Préface du Recueil des pièces curieuses pour servir à l'histoire du cartésianisme.
le cartésianisme. Desgabets, Le Gallois, Gally, Maignau, d'autres encore, furent frappés de censure et soumis à des rétractations. Quoiqu'il se fût borné à développer la première eiplication de Descartes, Rohault fut inquiété sur son lit de mort, et contraint à faire publiquement une profession de foi catholique. Aussi, au premier rang des propositions cartésiennes condamnées, nous verrons toujours figurer celle de l'étendue essentielle, tandis que, par opposition, les accidents absolus semblent devenir le palladium de la foi.
Si l'on ne connaissait ce débat eucharistique , il serait difficile de comprendre l'importance et la vivacité que prend tout à coup cette question , en apparence inoffensive, de Fessence de la matière. Les théologiens durent s'alarmer de nouveautés dangereuses pour la foi et surtout de «çitQ prétention de faire passer toua les mystères par le erible des principes de la philosophie de Deseartes. L*état, de concert avec les théologiens, s'alarma aussi de c^t esprit d'innovation et de libre examen qui se répandait à la suite du cartésianisme. De là une persécution ^ui fit un certain nombre de confesseurs, sinon de martyrs, de Deseartes et de Malebraqche. Mais, avant d'en raconter tes principaux incidents, concluons Thistoire de ces débats, clans lesquels le cartésianisme a « malheureusement dépensé tant d'efforts et de subtilités d*esprit , par ces paroles de Séoéque : <c Quid boni est nodos operose solvere in quos \icaU non descendere (1) ? »
(1) Sciiec, de lieneficiis, lih, 5, cap. 12.