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ciens philosophes, voità les seules preuves légitimes de Texistence de Dieu. S^il y avait «ne idée innée de Dieu , dit Huet après €rassendi , tous les philosophes de tous tes âges et luiiBème n'en auraient-ils pas eu la même idée que Descartes ? Enfin, comme Gassendi, il déclare qu*il lui est impossible de concevoir Dieu, sans lui attribuer quelques bornes.
De là passant aux çriti.q;ies sur les prineipe^ ie Tuiûver^ ipatérie) , il açcjusç Pçspar^es d^ r^nvursçr la fqj par 39 dé8^ nition de la matière , inçQnipailj])]^ ^xeç VEucb^ri^Uq, et par sa doctrine dç Viçfinil^ fin mPRde ^ v^ipement c}i3sifwijé§ sous le <eriRe d'îqdéfini. Enfin il aQçuse toute çeUç pbJlosppbjiç m^jçanique de pprtçr à Timpiélé , parce que le^ ç^rlé^eu^ n'ayant jpias su la contenir dans ces vraieis limitç^ « l'ont |ipr pliquée ^ussi au monde mgr^l , au péché et k la jgrâce. Go-^ pendant il veut bien reconnaître que si Descartes a attaqué la foi, c'est à son insu , et lui donner quelques éloges pour le soitt qu'il a pris de ne porter aucune atteinte h la religion chrétienne en ce qui concerne Dieu et Tâme.
Le huitième et le dernier chapitre, consacré à une revue générale, et à une sorte de parallèle des vices et des mérites de Descartes et de sa philosophie , est le plus intéressant de la Censure. Huet commence par le tableau des mérites , et 1^ vérHé M ^rrachç m éloge qui , comme le rçna^rquç Régi» , est fK) contradiction avec la plupart des critiques qui pfécèdent et qui suivant. « Il est impossible , dit Régis , que hauteur y soit tombé par mégarde. J^aime mieux croire que quand il a blâmé ]U. Descartes et sa doctrine , il était poussé par quel(][ue passion d'intérêt ou d'houuçqr , laquelle ay^iut ce^ p^4f^pt qu'il a cowpos^ qetartjieie , lui a laissé la lib4)ité de auîvre les mouvements propres de sa consdence, qui lui ont fail faire cet éloge si juste et si magnifique de
M. Descartes (1). » En effet , en entendant Huet déclarer qu'il tient Descartes ponr an homme grand et éminent, ce que ne peut nier quiconque a quelque sens et quelque pudeur, et le mettre au-dessus de tous les philosophes anciens et modernes pour l'étendue et la profondeur de son génie , pour l'admirable enchaînement et la clarté de ses principes, et pour la rigueur de sa méthode (2), qui ne croirait entendre un cartésien ? Comparant ensuite le mérite de ses ourrages, il place, comme le P. Daniel, le Traité des passions au premier rang et les Méditations au dernier.
Mais, après Téloge, vient la critique. Descartes a été orgueils leux et glorieux à l'excès , intemperanter ostentator et gloxiosfAS ; c'est là , selon Huet , son vice capital. De là cette conGance excessive en ses propres opinions , qui lui fait considérer même les plus problématiques à l'égal de vérités géo-
(1} Réponse au livre qui a pour titre : Censura philosophiœ cartcsianœ; Paris, 1691, 1 vol. in-12.
(2) Quel plus irrésistible et plus éclatant témoignage en faveur de Descartes que cet éloge de Huet ! Il faut le citer tout entier : « De eo quid sentiam si quis ex me quaerat, iterum dicam magnum fuisse et exceUentem virum : quod qui negaverit, carebit is utique vel usu rerum , vel pudore. Fuit enim ad penetrandas res a natura reconditas ingénie acri et perarguto ; adjuncta erat eximia vis qus nec obrueretur multitudine rerum nec meditationis continuatione frangeretur ; tum et ingens capacitas et amplitudo quidquid libuisset facile complectens. Eximia ad hffic perspicuitas, cum percipiendis rébus, tum disserendis. His instructusprœsidiis animum ad mathematicas primum artes magna cum laude et ad philosophise deinde studia contulit ; cujus animadversis vitiis, cum instaurandam suscepisset, repudiatis primum prsjudicatis opinionibus, a paucissimis et clarissimis principiis exorsus, universam naturam explicare instituit, quod fuitsummo philosophe dignum. Ralionis ordinem tenet et connexionem rerum. In maxima copia brevis est ; in summa brevitate et subtilitate dilucidus. Quibus postremis laudibus eum vel veterum , vel rccentiorum philosophorum aeqniparat nemo. Cap. 8.
métriques , et tous ses principes à l'égal des dogmes révélés. De là cette convictioD qu'on ne peut arriver à Dieu et à la spiritualité de l'âme par une autre voie que celle qu'il a tracée. De là etiGn l'impatience de toute contradiction , môme de la part de ses amis. Au reproche du défaut d'une habileté suffisante en dialectique , Huet ajoute le reproche plus grave du défaut de franchise et de bonne foi. N'a-t-il pas cherché à s'accommoder à la foi , aux temps et aux personnes plutôt qu'à ce qu'il croyait la vérité? Ne le voit-on pas biaiser dans la question du mouvement de la terre et de l'infinité du monde ? Ce qu'il choisit n'est pas le vrai , mais le parti le plus sûr.
Un autre grief de Huet contre Descartes , c'est Tignorance qu'il affecte et Térudition qu'il dissimule afin de paraître neuf en tout ce qu'il dit. Mais cet orgueil ne convient pas à Descartes 9 qui en réalité n'a rien inventé de nouveau; Huet prétend prouver qu'il a emprunté chacun de ses principes de métaphysique et de physique à quelque philosophe antérieur. A l'en croire , Descartes n'aurait eu que la peine de prendre dans Aristote et dans saint Augustin le doute méthodique, le critérium de l'évidence et les règles générales de la méthode ; dans Platon, Epicure et les autres philosophes dogmatiques , la distinction de l'âme et du corps ; dans saint Augustin et Glaudien Mamert; dans saint Anselme, la preuve de l'existence de Dieu ; dans Protagoras et les Gyrénaîques il aurait trouvé le principe que nous ne pouvons rien savoir de certain sur ce qui est hors de nous , mais seulement sur nos propres perceptions. Avant lui, Diogène et Gomès Pereira auraient inventé l'automatisme. Aux philosophes arabes 11 devrait l'axiome, que tout ce qui peut ôlre pensé peut être ; à l'école d'Ionie le plein de l'univers, et à Bacon la proscription des causes finales du domaine de la physique . Dès l'antiquité, Anaxagore , Démocrite , Ëpicure avaient distribué la ma-
liëre première des toarbillons et imaginé tout ce qu!W bms raconte sur l'origine dn monde. Dans Bogef Baeon v Ânloiiïé Dominis et Snellius il anrail pillé la dioptriqae et t'ej^t^ L'infinité dn monde, les tourbillonsy la disIJiaetiM des aaO'eSfdn (erres et en soleils ne sont qne les dépeuiUes de Brmo.* Ha«C ne craint pas , tant la passion l'aveiqfle y de grandir et d'exallep Bruno pour faire de Descartes uta plagiaif0« IV traMe*d6«e dé vain préjugé l'opinion si réf^mdtte de ta notveanlé de kr dM^ trine de Descartes, d'où lui vient ta plus grandcf patlie de son succès. 11 est bien inutile de nou» arrétep à velèvev toi»! ce qu^il y a de faux et de superficiet dans oettef ifitcn^étaéîen des systèmes , en vue de prouver que le génie le plus crétf*** teur qui peut-^étre ait jamais existé^ n^a rit» fait que pitler les anciens et les modernes. Btiiet wf réussit pas nnetfs à dé^ montrer ici que le cartésianisme était partout avant Descartea^ qu'à prouver ailleurs que le chriblionisœe était partout «vatfl Jésns-GhrisU
Mais l'ignorance simulée par le mettre y nedeviènt^y selon Huet, que trop réelle ctiea^ les disciples (^\l accuse ée vouloir nous ramener à la barbacie. Quel nf est pal leop mépris pour l'astronomie^ Tliisloipe et les' ttfngne»? A pleine soufifiéBrHto qu'on écrive en langue volgaivei ou autrement (|É'eii un Idtiil^ simple et grossier qui leur permette desedispenser d'interprète. Un d'entre eux n'a^t'il pas esé éerireq^eceseinlilUBlMë»petiè meilleur si le feu détruisait tous lesf peètesf et tous le» philos soplies païens (1) l Tous ces traits semblent {iartiontiët]ement dirigés contre Tauteur de la Reehevcheêe la^érM^ plus grairt" contempteur de l'érudition que Descartes hiÎHnènie. Eh
(1) fiuet fait ici allusion au passage suivant de la Recherche de la vérité : <( n y a asseï d'àtArès science^ qu'ils peuvent (les personnes de piété )' hardiment méprisé!'. Qu'ils* ediicRAmiient àu ftftt' fés pdèlés et lè% pKiltKSdphé^ païens, les rabbin^, quelques historiens, et un gMnd nombre d^éttfetii^ qui
quoi ! parce que nous ne sommes pas ignorauts ^ seronsnous donc le jouet des carlésiens; jam erffo ludibrium debemus cartesianiSy quod docH sumus l C'est ainsi qu'à la 6n de la Censurey Huet nous révèle naïvement^ grand secret de son animosité contre les carlésiens, dans son amour-propre blessé d^érudit.
Le livre de Huet ^ exalté et propagé par tous ks enmtnte de Descaries, euf un grand retenitisBeflnenIf nofi seulement en France^ mais dans toute TEurope et fut tradoil dans presque toutes les langues. Huet raconte lui-même, dans aon com-« flientaire , quel orage il excita contre lui parmi les cartésien» de France , de Hollande et d'Allemagne. Il se plafînt de fa violence avec laquelle il a été attaqué dan^ tous ce» pays ^ en ver» et en prose^ dans des leçons et dats des livres ; il se plaint des amis qui l'ont abandomé $ tels queCaliy et Bossue!^ préférant renoncer à leur ami pkUât qu'à leur iB^stèm« (1)^ Mais il n'y eut pas moins de réfutations que d'éditians de la Censure ; en moins d'une année , ndlie pari le eartéaia^ nisme n'avait laissé sans réponse le livre de Huet^Be toutes ces réfatatioBS la meilleure est celle de Régis (Sf) deatFonlenelle
font la gloire et réradilion de quelques savantSy on ne s'en mettra guère e« peine^ mais qu'ils ne condamnent pas la connaissance de la nature et de l'homme, etc. » ( Quatrième livre, chap. 6.)
(1) Préface de la quatrième édition de la Censure, 1694. Nous verrons plus tard l'accueil que Bossuet fit à la Censure de la philosophie cartésiensM,
(2) PhUosophim ctfrteiienœ adoersus CenmÊTWn Ekteiii irifiidicatio, par Fctermann. Leip^k, 1^690, 1 vol. in-4<». -- Jk>h Ëbérh SchirelitlgH Estusrâittiêiones cathedrarke tw BuetH Censiuraln pkU&tùpAiœ eâ/Tteiritjmè. BrétttsÊ,
1690 , in-8<>. — Joh. Schotani Exettuis CenstMrœ huetia/nœ, FranfequëTse,
1691, in-8<>. — - Thèses de Volder, professeur de philosophie à Leyde contre la Censure de Huet, in-S^. Amst., 1695. — De viribus mentis humanœ contra
fait jaslement cet éloge , que c'est on modèle de tout ce qu'on pourrait faire à Tavenir pour la même cause. En effet, la réponse de Régis est excellente pour la précision , la justesse et la fermeté. Reproduisant le texte entier de la Censure, il la suit pas à pas , la réfuie article par article , combat tous les faux principes 9 relève toutes les erreurs de détail , rectifie toutes les fausses interprétations. Huet avait avancé que le doute est le fondement de la philosophie de Descartes. Le doute » réplique très-bien Régis , n'est pas le fondement , mais ,ce qui est bien différent , le point de départ de sa philosophie. Son fondement, c'est le je pense^ donc je suis, qui n'est point un syllogisme^ mais une aperception immédiate de la conscience. On ne peut plus habilement débrouiller toutes les subtilités dé Huet contre l'évidence» ni mieux faire justice des reproches de mauvaise foi et d'obscurité calculée adressés à Descartes. Gomment se tromper sur son véritable sentiment au sujet du mouvement de la terre et de l'infinité du monde ? Si Descartes se sert du mot d'indéfini , c'est lorsqu'il considère seulement quelque partie de l'univers ; mais, quant à Tiinivers lui-même , il ne craint pas d'affirmer qu'il est sans bornes. Au sujet de l'érudition déployée par Huet contre la nouveauté des principes de Descartes , Ré^s se borne à faire voir que son illustre adversaire se contente d'analogies tout à fait extérieures et ne daigne pas pénétrer dans l'esprit véritable du cartésianisme ni des systèmes qu'il
Huetium, par Ëgger. Bem., 1735, in-8. — Trattato délie forze delVtntentUmento umano, par Muratori. Yen, 1735, in-8<>. — Huetius^von der schwaeheit des menschlichen verstandes, par Grosse . Francf. , 1724, in-8". — Ces trois dernières réfutations s*adressent au Traité de la faiblesse de Vesprit humain^, publié en 1723, plutôt qu'à la Censure.
(1) Réponse au livre qui a pour titre : Censura, etc. Paris, 1691 , in-12.
loi compare. Quant aui personnaliiés contre Descaries, il les écarte du débat : a Gomme cela ne regarde point le fond de la doctrine de M. Descartes , laquelle seule nous avons entrepris de défendre , nous n'y répondrons pas du tout. »
Malgré un ton général d'urbanité , la réponse de Régis contient quelques passages un peu durs pour Tévéque d*Avrancbes.aLes philosopbes, ditla C^nsur^, n'ont jamais ignoré qu'il faut de l'attention pour connaître clairement les choses. Nous en avons aussi et nous examinons la philosophie de Descartes avec beaucoup d'application et de rigueur, et nous en retirons ce fruit qu'elle mérite d'être traitée de ridicule. x> Régis répond : « que l'attention seule ne suffit pas toujours pour découvrir la vérité et que de plus il faut une certaine dose d^intelligence dont l'auteur a peut-être manqué. » « On prétend qu'il n'entend pas ce qu'il improuve,» dit aussi M*"* de Sévignéy après avoir rapporté quelques propos de salon, diaprés lesquels Huet n'aurait fait une guerre ouverte à Descartes que pour plaire à M. de Montausier (1). Huet fut piqué au vif par la réponse de Régis , comme on le voit dans la préface qu'il a mise en télé de la quatrième édition, où il se plaint amèrement du ton de Régis et semble le dénoncer aux magistrats en disant que sa réponse est plus digne de leur vindicte que d'une réfutation (2). Toutefois il entreprend dans cette préface de réfuter les objections de Régis contre le premier chapitre de la Censure.
De plus en plus envenimé contre les cartésiens, en 1698, Huet les attaqua de nouveau dans un pamphlet peu digne de lui 9 intitulé iVotiveau^ Mémoires pour servir à Vhistoire du
(1) Lettres, 15 juin 1689.
(2) Tolerassem si nec prœter omnem urbanitatis atque etiam
humanitatis morem , ca in me jactassct quœ magistratus potius animadversione quam nostra rcsponsionc digna essent.
carîisianisme (1). II y suppose que Descartes n'est pas mort en Suède , mais que, dégoûté de la reine Christine et de la qualité onéreuse d'oracle du genre humain , il a fait semblant de mourir^ pour se retirer incognito dans la Laponie. Cependant , comme il lui est impossible de renoncer au désir de parler et de faire parler de soi , il a formé un auditoire de jeunes Lapons qui admirent avec opiniâtreté ses rares secrets et ses coups de mattre. Dans cette mauvaise satire, Huet représente Descartes s'entretenant avec Chanut et parlant comme un niais, un intrigant, un fanfaron. Il se moque de ses propres disciples , il rit de leur simplicité, il confesse tous les torts que lui attribue la Censure. Répondons à Huet avec d'Alémbert : « Il a beau faire, on ne rëùsdit point à rendre ridicule un homme tel que Descartes , et s'il fallait absolument que dans cette occasion le ridicule restât à quelqu'un , ce ne serait pas à Descartes (2). » C'est à regret qu'on voit Leibnitz applaudir aux invectives de Huet contre une philosophie mère de la sienne et contre toute philosophie. Il lui écrit pour le féliciter ; il propose de lui communiquer plusieurs choses curieuses pour enrichir la Censure^ et il lui envoie un petit écrit où il répondait à l(i réfutation de Régis (3). Etait-ce pour complaire aux puissants du jour, ou bien par jalousie contre Descartes ?
Nous sommes préparés à entendre, mais nous n'avons pas encore entendu le dernier mot de Huet. Partout dans ses ou-
(1) Amst., 1698, petit in-12. Il est ironiqueme^t dédié au prince des cartésiens, c'est-à-dire, sans doute à Régis. Il parut sans nom d'auteur. Mais Huet lui-même se l'attribue dans ses Mémoires, où il dit qu'il inventa une espèce de roman burlesque dans lequel il exposait à la risée des lecteurs raisonnables les folies de la secte cartésienne et de Descartes lui-même.
(2) Éloge de Huet.
(3) Fragments philosophiques de M. Cousin, tom. 2, troisième édit. Correspondance de Leibnitz et de Nicaisr .
vrages de philosophie et de théologie , il insinue le scepticisme enté sur ^empirisme, comme lé plus s(âr système et le plus avantageux pour la foi, mais nulle part il n'avait fait une profession et une exposition systématique du sceptidsme. Tel est le but de son ouvrage de prédilection , le Traité de la faiblesse de r esprit humainy ou De imbecillitaterhentis humanœ^ auquel il travailla pendant trente ans et qu'il ne cessa de retoucher jusqu'à sa mort. Pour lui donner plu^ de publicité , il l'avait écrit en français, contre son habitude, puis il en avait fait une traduction latine. Mais il n'osa le publier, de peur, dit son ami d'Olivet , de s'exposer au ressentiment du vulgaire de la République des Lettres. L'ouvrage ne parut donc qu'après sa mort , en 1723, par les soins de Tabbé d'Olivet. Cette espèce de testament philosophique fit une vive sensation et une sorte de scandale parmi les philosophes et les théologiens. Le jésuite Baltus seul osa en prendre ouvertement la défense, en cherchant toutefois à en atténuer la portée. Mais nous n'avons à considérer Huet que comme adversaire de Descartes, nous laisserons donc de côté l9 Traité de la faiblesse humaine avec la Démonstration évangéliqueeX les Questions[d*Aulnayj qui ne se rapportent qu'indirectement à la polémique contre le cartésianisme.
La Censure elle-même, qui contenait en germe le Traité de la faiblesse de V esprit humain ^ fut désapprouvée par tout ce qu'il y avait de plus considérable dans l'Église. Dans une lettre remarquable , Arnauld en a porté ce sévère et juste jugement : « Je ne sais ce qu'on peut trouver de bon dans le livre de M. Huet , si ce n*est le latin , car je n'ai jamais vu de si chëtif livre pour ce qui est de la justesse d'esprit et de la solidité du raisonnement. C'est renverser la religion que d'outrer le pyrrhonisme autant qu'il le fait ; car la foi est fondée sur la révélation , dont nous devons être assurés par la connaissance de certains faits. S'il n'y a donc point de faits
humains qui ne soient incertains, il n'y a rien sur quoi la foi puisse être appuyée. Or, que peut tenir pour certain et pour évident celui qui soutient que cette proposition, Je pense , donc je suis , n*est pas évidente , et qui préfère les sceptiques à M. Descartes, en ce que ce dernier ayant commencé à dou- ' ter de tout ce qui pouvait ne pas paraître parfaitement clair, a cessé de douter quand il est venu faire cette réflexion sur lui-même ; cogito^ ergo sum ; au lieu , dit M. Huet, que les sceptiques ne se sont point arrêtés là , et qu'ils ont prétendu que cela même était incertain et pouvait être faux , ce qui a été regardé par saint Augustin aussi bien que par M. Descartes, comme la plus grande de toutes les absurdités , parce qu^il n'y a rien certainement dont nous puissions moins douter que de cela. Il y a cent autres arguments dans le livre de M. Huet , mais celui-là est le plus grossier de tous, etc. (1).^
(1) Lettre 847 à M. Du Vaucel, tom. III des Œuvres complètes, p. 424. -> Dans une autre lettre, où il attaque les inquisiteurs de Rome qui ont mis Descartes à l'index et épargné Gassendi, il ajoute : « C'est pourquoi ib n'auront garde d'y mettre le livre de M. Huet contre M. Descartes, où il veuf, d'une part que cette proposition ne soit pas claire et évidemment vraie, cogito ergo êum, et il fait valoir de l'autre, autant qu'il peut, toutes les méchantes raisons des épicuriens pour faire croire que notre àmc est corporelle, et qu'elle n'est distinguée de ce que nous appelons notre corps que comme un corp^ plus subtil d'un corps plus grossier. Mais ils pourront bien , pour agir conséquemment , mettre à leur index la réponse que M. Régis vient de faire à M. Huet pour soutenir les démonstrations de M. Descartes contre les sophistiqueries de son adversaire. «(Lettre 830 à M. Du Vaucel, tom. III, p. 396.) — Il n'approuve pas plus son système théologique que son système philosophique. « Je ne saurais croire, écrit-il encore à M. Du Vaucel , que vous jugiez aussi bien que moi, après l'avoir lu, que si l'extrait de ce livre est fidèle (de concordia rationis et fidei), il est difficile d'en faire un qui soit plus impie et plus capable de persuader aux jeunes libertins, qu'il faut avoir une religion, mais qu'elles sont toutes bonnes, et que le paganisme même peut entrer en comparaison avec le christianisme. (Lettre 834, tom. 3, p. 404.)
Telles sont les tristes armes employées par les Jésuites et par Hoet contre la philosophie de Descartes , et telle est la juste et sévère condamnation qu'en porte Amauld. Dans cette polémique contre les premiers disciples de Descartes y nous ne rencontrons pas une objection qui déjà n'ait été adressée à Descartes lui-même. Une seule a pris plus d'importance y de développement et de vivacité, c'est celle de Tincompatibilité avec la foi, et particulièrement avec rEucharislie, à propos de la définition de la matière et de la négation des accidents absolus. Aussi nous a-t-il suffi de considérer Tesprit général de cette polémique , sans nous arrêter aux détails. Nous allons entrer maintenant dans la seconde période de l'histoire du cartésianisme ; nous allons le voir s'élever à un plus haut degré d'idéalisme , s'enrichir de nouveaux développements et provoquer aussi de nouvelles discussions, sor Tinfluence de l'Oratoire et de Malebranche.