VIII. — Les médecins du v® siècle
Après Anaxagore, au cours du v^ siècle, l'esprit ionien gagne du terrain, mais sans avoir de représentants remarquables | les physiciens sont raillés par les comiques, Hippon par Cratinos (1), Diogène d'Apollonie par Aristophane ; et Platon dans le Cratyle (409 h) parle des anaxagoriens. On voit revivre toutes les vieilles thèses milésiennes ; Hippon prend pour principe l'eau ; Diogène d'Apollonie l'air ; Archélaos d'Athènes admettait avec Anaxagore le Nous et le mélange primordial. Mais ces auteurs s'intéressent en général moins à la cosmologie qu'à la physiologie et à la médecine (2).
Nous possédons, sous le nom d'Hippocrate, né à Cos en 450, une série de quarante et un traités médicaux qui nous montrent l'immense importance qu'a eue la médecine dans la vie intellectuelle des Grecs vers la fin du V^ siècle. Tous les auteurs sont détachés des vieilles superstitions, et l'on connaît le magnî» fique début du traité de V Epilepsie. « Je pense que l'épilepsie, appelée aussi maladie sacrée, n'a rien de plus divin et n'est pas plus sacrée que les autres ; les hommes lui donnèrent d'abord une origine et des causes divines par ignorance. » Pourtant il naît entre eux un important conflit de méthode, concernant les rapports de la médecine avee la cosmologie philosophique. Les uns, comnle l'auteur du traité Sur Vancienne médecine, craignent avant tout pour leur art le dogmatisme et l'incertitude de la physique ; il ne convient pas d'avoir recours à de vaines hypothèses, comme celle du froid et du chaud, du sec et de l'humide comme causes de la maladie et de la santé ; de pareilles suppositions sont bonnes quand on veut traiter des mouvements célestes, dont on ne peut rien dire d'assuré ; la véritable médecine est autonome, et elle a découvert par l'observation, sans le secours de ces hypothèses, une infinité de choses dont elle
(1) Scholie à Nuées, 94,
(2) Hippon, dans Hippoltte, Réfutation, I, 16, 1 ; Diogène dans Théophraste (DiEi.s, Doxographi, 477, 5) ; Archclaûs dans Hippolyte, I, 9.
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est sûre. A cette méthode empirique s'opposent les médecîns physiologistes dont Platon a si parfaitement défini le point de vue dans un passage de Phèdre (270 c). Il n'est pas possible, pense Platon, de comprendre la nature de l'âme sans celle de l'univers, et, s'il faut en croire Hippocrate, l'on ne peut même pas, sans cette méthode, parler du corps ; il faut examiner à propos de chaque être s'il est simple ou composé, et, au cas oiî il e^t composé, faire le dénombrement de ses parties et examiner à propos de chacime d'elles les actions et passions qui lui appartiennent,