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CHAPITRE IV Aristote et le Lycée

Aristote est né en 385 à Stagire, ville située sur la côte septentrionale de l'Egée à l'est de la Chalcidiqae. De son père, qui était médecin, il ne put subir l'influence, puisqu'il était fort jeune lorsqu'il le perdit. Il passa de longues années dans l'école de Platon, où il entra en 367. A la mort du maître, il se trouvait, avec d'autres élèves de Platon, dont Xénocrate, à Assos en Éolide auprès du tyran Hermias d'Atarnée. Il y vécut plusieurs années, non sans profiter de l'expérience politique dTIermias, qui avait à manœuvrer entre les deux puissances du jour, la Macédoine et la Perse. En 343, il se trouve à Mitylène dans l'île de Lesbos ; c'est alors qu'il fut appelé par Philippe, roi de Macédoine, à sa cour de Pella, pour se voir confier l'éducation du jeune Alexandre ; il s'acquit parmi les Macédoniens de puissantes amitiés dont celle d'Antipater ; son propreneveu Callisthènes était parmi les amis d'Alexandre, dont il fut ensuite la victime. Lorsqu'il retourna, en 335, dans Athènes où le parti national, réduit au silence après la déchéance politique de la cité, subsistait pourtant encore, ce métèque devait être connu comme partisan de la Macédoine. Il ne rentra pas à l'Académie, mais fonda au Lycée une nouvelle école, où il enseigna pendant treize ans. A la mort d'Alexandre (323), le parti national athénien que dirigeait encore Démosthènes l'obhgea à quitter la ville ; il se retira à Chalcis, en Eubée, dans une propriété héritée de sa mère, où il mourut en 322, à 63 ans- Vie bien différente de celle de Platon ; ce n'est plus l'Athénien de haute naissance, politique jusqu'au fond de l'âme qui, ne sépare pas la^philosophie du gouvernement de la cité ;

c'est l'homme d'étude qui s'isole de la cite dans les recherches spéculatives, qui fait de la pohtique eUc-même un objet d'érudition et d'histoire bien plus qu'une occasion *d'agir. De Platon l'on ne connaît que les écrits qu'il destinait au public, et l'on ignore à peu près tout de son enseignement ; d'Aristote au contraire, il ne reste que d'infimes fragments des owsTages écrits pour un pubUc étendu ; ce que nous avons de lui, ce sont des cours qu'il rédigea soit pour l'enseignement au Lycée, soit peut-être pour des leçons qu'il fit sans doute à Assos, avant d'être précepteur d'Alexandre : notes rédigées par un prcfesseiir pour lui-même, sans aucune recherche de la perfection Uttéraire, parfois simples points de repère poui' le développement oral, où ont pu même, quand ces recueils furent publiés après sa mort, se ghsser des nctes d'élèves.

Ces ouvrages peuvent se classer ainsi :

1° Ouvrages de jeunesse destinés à un large public (qu'Aristote lui-même appelle discours exotériques), les dialogues auxquels pouvait s'apphquer l'appréciation de Cicéron parlant du fleuve d'or de son éloquence. Il n'en reste que quelques fragments, rassemblés par V. Rose. C'est VEudème, dialogue sur l'immortahté de l'âme ; le Protreptique, adressé à un prince de Chj^re, Thémison, auquel répond peut-être le discours d'un élève d'Isocrate, A Démonakos ; l'auteur de ce discours se plaint de ceux qui engagent à l'étude désintéressée et détournent de la pratique des aflfaires ; enfin le traité de la Philosophie ou Du Bien, qui date de l'époque où Aristote se dégage de l'école de Platon ; il cont«iait déjà, après une histoire de la pensée philosophique, une critique de la théorie des idées, et s'achevait par une théologie astrale où était démontrée la divinité des étoiles ;

2° Les collections d'ouvrages scientifiques :

La collection logique connue sous le nom à.''Organon : les Catégories ; De V Interprétation (sur les jugements) ; Topiques (sur les règles de la discussion) ; Réfutation des Sophismes ; Premiers Analytiques (sur le syllogisme en général) ; Seconds

Analytiques (sur la démonstration) ; on peut y ajouter îa Rhétoriqus et la Poétique ;

Le recueil sur la philosophie première intitulé Les Métaphysiques ; cet ouvrage en douze livres (numérotés d'après l'alphabet grec), plus un H\Te supplémentaire (a) au premier, n'est pas d'un seul tenant. Il faut considérer à part le livre a, sorte de préliminaire à la physique, qui est de Pasiclès, un neveu d'Eudème ; le Hvre A, vocabulaire indiquant les divers sens des termes philosophiques ; les livres H, Z, 0, qui forment un traité de la substance, auquel s'ajoute I et qui est continué par M (chapitres 1 à 9, 1086 à 20) ; les Uvres, A, B, T, E, M (depuis 1086 a 20) N, qui datent d'une période antérieure où Aristote se compte encore parmi les platoniciens, bien qu'il critique la théorie des idées ; le livre K (1-8) paraît être un cahier d'élève, se rapportant à la même époque que le groupe précédent et résumant les livres de ce groupe ; enfin A est un traité théologique, traité d'ensemble sur les diverses substances qui se suffit à lui-même (il faut en excepter le chapitre 8, recherche très spéciale sur le nombre des sphères célestes nécessaire pour expliquer le mouvement des planètes et qui se réfère à l'astronome Calippe, qui réforma le calendrier attique en 330) ;

Les ouvrages sur la nature : la Physique, dont les parties les plus anciennes paraissent être les livres I, II, VII, et VIII ; Du Ciel que sa référence au dialogue Sur la Philosophie (I, 9) fait sans doute remonter assez haut ; De la Génération et de la Corruption ; les Météores, dont le IV^ et dernier livre a été quelquefois suspecté ; les Mécaniques (dont l'authenticité reste possible d'après Carteron, La Notion de Force dans le Système d' Aristote, 1923, p. 265) ;

La collection d'œuvres biologiques, très importante pour l'histoire des sciences : Des Parties des Animaux ; De la Génération dps Animaux, avec les petits traites S^ir la Marche des Animaux et Sur le mouvement des animaux ; De V Histoire des Animaux. A la collçction se rattachent le grand traité Sur

VAme et les opuscules qui y font suite Sensation et Sensible, Mémoire et Réminiscence, Sommeil, Songes, Divination par les Songes, Longueur et Brièveté de la Vie, Jeunesse et Vieillesse, Respiration ;

La collection d'oeuvres morales et politiques : VÉthique à Eudème, la première, la plus rapprochée de Platon ; VÉthique à Nicomaque ; la Politique qui trahit deux inspirations différentes : d'une part celle des livres H et 0 qui contiennent la théorie d'un État idéal, dont A, B, F sont l'introduction; d'autre part celle du groupe A, E, Z, recherches politiques positives partant d'une très vaste induction historique ; il est de la dernière époque d'Aristote, de l'époque où il décrivit les constitutions d'une centaine de villes, dont la première seule, la Constitution d'' Athènes, a été retrouvée.

Enfin, il faut ajouter quelques apocryphes qui se sont glissés dans la collection des œuvres, et cjvl sont des produits du travail de l'École, dont l'un, les Problèmes, a un intérêt de premier ordre ; un autre est la Grande Morale (1).

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