PREFACE
On demande parfois, avec une pointe d'ironie : « y a t-il une philosophie belge y> ?
Si l'on entend par là une philosophie nationale, qui serait en quelque sorte l'émanation de l'âme ou de l'esprit belge, la réponse que comporte pareille question n'est pas douteuse. Il n'existe pas plus de philosophie belge qu'il n'existe de géométrie française, ou de chimie allemande.
La science ne peut revêtir un caractère national déterminé ; les frontières politiques n'entravent pas l'essor des doctrines, et une philosophie, réellement puissante, est comme l'atmosphère intellectuelle, où baigne toute une civilisation et qui enveloppe toute une époque.
Un Platon et un .\ristote ne sont pas seulement des philosophes athéniens ; leur pensée domine l'antiquité et le moyen âge, et on en retrouve la trace dans les temps modernes. La rapide expansion de la philosophie cartésienne au xvir siècle, ses ramifications dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Angleterre, prouvent bien que la doctrine de Descartes n'était pas une conception spécifiquement française, mais quelle était issue d'un besoin nouveau et général de penser. On peut dire la même chose de l'empirisme, inauguré par François Bacon en Angleterre, et qui s'est développé