‹ Histoire de la philosophieChapitre 2 sur 89 · RUE CASSETTE · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

Utilité de l'histoire de la philosophie. — Méthode de l'histoire de la philosophie. Division de l'histoire de la philosophie.

Utilité de l'histoire de la philosophie. — Des philosophes, Descartes et les Cartésiens en particulier, affectant d'ignorer le passé, ontnié l'utilité de l'histoire de la philosophie. « Ceux qui ont le moins appris de tout ce qui a été nommé jusqu'ici philosophie, lisons-nous dans les Principes, sont les plus capables d'apprendre la vraie ». D'autres, les Néoplatoniciens dans l'antiquité, les Eclectiques, Cousin à leur tête, dans les temps modernes, en ont exagéré l'importance, et tendent à réduire la philosophie elle-même à l'étude de son histoire. Les uns et les autres sont dans l'erreur.

Réduire la philosophie à l'histoire de la philosophie n'irait à rien moins qu'à condamner dans la philosophie tout progrès et dans l'histoire de la philosophie toute critique. Mais la philosophie n'est pas une science fixée à tout jamais. Sur bien des points on peut dire d'elle ce que Bacon disait de la vérité en général qu'elle est la fille du temps et non de V autorité. Quant à l'histoire de la philosophie, elle ne peut se borner à l'exposé des principales solutions données dans la suite des âges par les philosophes aux grands problèmes qui intéressent l'humanité. Ce n'est pas une science de pure érudition. L'historien de la philosophie expose et juge tout à la fois ; il fait œuvre de témoin et de critique. Avant d'être historien il doit d'abord être philosophe. Pas d'histoire de la philosophie sans philosophie.

Si l'histoire de la philosophie ne peut prétendre à remplacer

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la philosophie, elle ne lui en est pas moins très utile. « Rien n'éclaire les questions spéculatives, dit justement Mgr d'Hulst, comme l'histoire des solutions qu'elles ont reçues aux différentes époques du développement, humain. » En nous montrant comment les philosophes d'autrefois sont parvenus à établir certaines vérités aujourd'hui définitivement acquises, comment ils sont tombés dans telles ou telles erreurs, l'histoire de la philosophie éclaire notre marche dans la recherche du vrai. Les erreurs elles-mêmes peuvent ainsi nous servir de leçons. Nous voyons en même temps, à la lumière du passé, ce que certains principes contiennent en puissance, et nous pouvons les juger par les conséquences que le temps s'est chargé d'en tirer- L'histoire de la philosophie concourt donc pour une large part à nous affermir dans la vérité et à nous prémunir contre l'erreur. Faut-il ajouter qu'elle peut donner aux philosophes d'utiles leçons de prudence, et les mettre en garde contre l'esprit systématique ? Que d'erreurs sont nées d'un point de vue trop exclusif servant de principe à tout un système, ou de faits admis à la légère et soumis à une analyse insuffisante !

L'histoire de la philosophie, c'est l'histoire de l'esprit humain lui-même, de ses tâtonnements, de ses progrès, de ses défaillances, de ses défaites et de ses victoires. On comprend dès lors que l'histoire tout entière s'éclaire de l'histoire de la philosophie. On l'a bien des fois répété ; ce sont les idées qui mènent le monde, c'est la pensée qui est maîtresse de l'action. C'est donc dans l'histoire de la philosophie, de cette science qui a toujours eu pour objet les plus hautes généralités et les premières causes, qu'il faut chercher l'explication dernière des événements humains. L'histoire de la philosophie continue et complète l'histoire proprement dite. On n'est vraiment historien qu'à la condition d'être philosophe. «La philosophie d'un temps, dit M. Fonsegrive, exprime la plus haute conscience que ce temps a pris de lui-même ». On ne connaît bien une époque que lorsqu'en en connaît lus idées, c'est-à-dire, au fond, la philosophie.

Méthode de l'histoire de la philosophie. — On peut employer différentes méthodes dans l'histoire de la philosophie. MM. Janet et Séailles dans leur Histoire de la philosophie : les problèmes et les écoles, parcourent successivement les grands

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problèmes philosophiques, et exposent dans l'ordre chronologique les solutions données à ces problèmes depuis les origines jusqu'à nos jours. Cette méthode offre le double avantage de grouper toutes les connaissances philosophiques recueillies à travers les âges sur des questions particulières, et d'y montrer les progrès de la pensée humaine, ce qui peut rendre de grands services dans les études philosophiques. Mais à procéder ainsi, on morcelle l'histoire de la philosophie et on s'oblige à faire ensuite l'histoire des Ecoles pour mettre en lumière le mouvement général des idées philosophiques.

Une deuxième méthode consisterait à faire l'historique non des problèmes, mais des grands systèmes qui se partagent l'histoire de la philosophie. Cette méthode aurait le mérite de montrer le développement des principales conceptions des philosophes sur l'universalité des choses, et permettrait ainsi de les juger par leur histoire. Une doctrine ne manifeste dès son apparition selon les cas ni toute sa valeur ni toute son insuffisance. 11 faut souvent attendre du temps et de l'expérience le jugement qui devra ou l'approuver ou la condamner. Toutefois il est bien difficile de ramener à un système fermé l'ensemble des connaissances philosophiques. Il y a des systèmes qui n'ont eu dans l'histoire de la philosophie qu'une durée passagère. Quant à ceux qui sont de tous les temps, comment les étudier isolément et rester en même temps fidèle à la réalité historique? D'ailleurs on n'échapperait que très imparfaitement au morcellement reproché à la première méthode.

Dans une histoire élémentaire de la philosophie, l'ordre chronologique qui est le plus simple est encore le meilleur. Nous le suivrons donc, mais sans nous y asservir. A une même époque peuvent coexister ou plutôt coexistent toujours plusieurs écoles. Nous étudierons les développements successifs de chacune d'elles, quelle qu'en soit la durée, sans l'interrompre par l'étude défe autres écoles. Un ordre chronologique plus rigoureux nuirait à l'intelligence des doctrines, et compliquerait inutilement l'histoire de la philosophie.

Division de l'histoire de la philosophie. — Sans nier le grand intérêt que mérite l'étude des philosophies orientales de jour en jour mieux connues, sans exagérer la spontanéité du génie grec, comme l'ont fait quelques historiens contemporains,

parce que dans l'Orient les spéculations philosophiques ne se sont pas dégagées des traditions religieuses et morales, et n'ont jamais pris le caractère de libre recherche qui fut celui de la spéculation en Grèce, nous commencerons l'histoire de la philosophie à l'histoire de la philosophie grecque.

Nous adopterons pour l'histoire de la philosophie, avec quelques modifications dans les dates, les grandes divisions de l'histoire générale. Nous distinguerons donc trois époques :

La première, de Thaïes (600 avant J.-C.) à l'édit de l'empereur Justinienqui ferme l'école néo-platonicienne d'Athènes (529 après J.-C). C'est la philosophie ancienne.

La deuxième, de l'édit de Justinien au commencement du xviie siècle. C'est la philosophie du moyen âge et de la Renaissance.

La troisième du commencement du xvne siècle jusqu'à nos jours. C'est la philosophie moderne.

Nous subdiviserons les époques en périodes, et les périodes en écoles. Ce qui caractérise une période, c'est l'importance accordée par les philosophes, à certaines questions, à certains problèmes, de préférence aux autres questions et aux autres problèmes. Une école, c'est la réunion sous l'inspiration d'un même maître de plusieurs philosophes qui poursuivent par une même méthode la solution des mêmes problèmes. L'Ecole n'a toute ^a réalité que dans la philosophie pythagoricienne et au moyen âge. Il y a alors vraiment des maîtres et des disciples, avec toutes les conséquences qu'entraînent ces relations. Mais ces relations étroites de maîtres à disciples n'existent qu'exceptionnellement dans l'histoire de la philosophie. Il nous suffira que des philosophes aient dans une même période les mêmes tendances d'esprit, alors même qu'ils ne se connaîtraient pas et ne subiraient l'influence d'aucun maître, pour les réunir dans une même école.

LA PHILOSOPHIE ANCIEXNE

Il est difficile d'assigner un caractère commun aux diverses parties de la philosophie ancienne. Elle est successivement physique, logique et métaphysique, morale. D'où trois périodes dans son histoire.

\) La période anté-socratique, de Thaïes à Socrate, du vne siècle au ve avant J.-C. La philosophie est surtout une philosophie de la nature.

2) La période socratique, de Socrate à la mort d'Aristote (322 avant J.-C). La philosophie est surtout une philosophie de Vidée.

3/ La période post-socratique, de la mort d'Aristote à l'édit de Justinien, de 322 avant J.-C. à 529 après J.-C. La philosophie est surtout une philosophie morale.

Ces divisions, comme toutes celles qu'on peut faire dans l'histoire de la philosophie, est-il nécessaire de le dire, n'ont rien de mathématique. Les choses de l'esprit ne comportent pas dans leurs développements des séparations et des lignes de démarcation bien tranchées. Le caractère physique et cosmologique de la première période n'en exclut pas absolument les préoccupations logiques ou métaphysiques ou morales. Pour être surtout logique ou métaphysique, la deuxième période n'est dépourvue ni de conceptions physiques ni de conceptions morales ; et la troisième bien qu'essentiellement morale ne renonce pas entièrement à l'étude des problèmes étudiés dans les deux autres.

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