DÉCADENCE DE LA SCCLASTIQUE
pute toute verbale, et la science une langue bien faite suivant l'expression de Condillac.
Jean Buridan. — Signalons parmi les disciples d'Occam l'un des plus remarquables, Jean Buridan. Né à Béthune vers la lin du xme siècle, il suivit à Paris les leçons d'Occam. fut recteur en 1328, et occupa pendant un quart de siècle une situation prépondérante dans l'Université. Il est faux que Buridan ait enseigné, comme on l'a dit, à Vienne dont l'Université ne fut fondée qu'en 1365.
Buridan est l'auteur de plusieurs traités de logique et de Commentaires sur Aristote. C'est le problème de la liberté, qui paraît l'avoir surtout intéressé, et il s'y montre un vrai précurseur du déterminisme psychologique de Leibnitz. La question qui se pose n'est pas de savoir s'il y a des biens particuliers qui ne nécessitent pas la volonté, mais si, placés entre des motifs opposés et égaux, nous pouvons nous déterminer pour l'un ou pour l'autre. L'opinion de Buridan est que finalement la volonté accepte le jugement de la raison et qu'elle choisit nécessairement le bien qui lui parait le meilleur. Quant à la fable de l'âne qui se laisse mourir de faim et de soif entre deux bottes de foin et deux seaux d'eau de quantité et de qualité égales, elle a été sans doute imaginée par ses adversaires pour le tourner en ridicule.
L'excès du formalisme chez les terministes devait naturellement amener une réaction du mysticisme. Il est représenté en Allemagne par Eckhart (1260-1327) et Jean Tauler (1300-1361), dans les Pays-Bas par J. Rusybroeck (1293-1381), et en France par Jean Gerson (1364-1429).
J. Gerson. — Né dans le pays de Reims, Gerson suivit les leçons de Pierre d'Ailly, et lui succéda à trente-deux ans comme chancelier de l'Université de Paris. Il prit une part très active à l'extirpation du schisme et fut l'àrne du concile de Constance où il reçut le titre de docteur très chrétien. Des troubles politiques l'empêchèrent de rentrer à Paris, et il se retira à Lyon au couvent des Célestins où il mourut. Gerson avait fait de saint Bqnaventure son auteur favori, et ses doctrines, dispersées dans un grand nombre d'ouvrages ascétiques, offrent de nombreuses analogies avec celles du docteur séraphique. Il semble s'inspirer de Platon et de saint Augustin,
quand il nous montre l'àme humaine vivant dans une prison à trois étages :
« Supposons, dit-il, que l'âme ait été suivant ses mérites emprisonnée dans un cachot sombre et affreux qui se divise en trois étages, l'inférieur, le moyen, le supérieur. Le nom du premier étage est sensibilité, celui du second raison, celui du troisième intelligence simple. Les fenêtres de l'étage inférieur ne laissent arriver à l'àme que la lumière corporelle, celle que contemplent les brutes elles-mêmes. Par les ouvertures de l'étage moyen, pénètre une lumière plus spirituelle que l'âme reçoit si elle s'élève jusque-là. Enfin au faite de la prison, à l'étage supérieur, elle peut voir la lumière divine, qui, resplendissant aux lieux hauts s'introduit à travers les fissures de la muraille, comme l'éclair qui traverse rapidement les nuages, et disparaît aussitôt. » On a longtemps attribué, et plusieurs historiens attribuent encore à Gerson Y Imitation de J.-C, le plus beau livre sorti de la main des hommes, selon le mot de Fontenelle, puisque l'Evangile est de Dieu1. Quel qu'en soit l'auteur, il a bien compris les excès et la vanité de certaines disputes scolastiques à cette époque, et il y répondit par un ouvrage qui est resté jusqu'ici l'expression la plus admirable et la plus populaire du mysticisme chrétien.
« Tout homme désire naturellement connaître, mais qu'importe la science sans la crainte de Dieu? — • Mieux vaut éprouver la componction que d'en savoir la définition. — Qu'avezvous à faire des disputes sur les genres et les espèces? — Celui à qui la parole éternelle suffit est débarrassé d'une foule d'opinions. — A quoi servent les discussions sur les profondeurs du mystère de la Trinité, si faute d'humilité on déplaît à la Trinité? — Au jour du jugement, on nous demandera non ce que nous avons lu, mais ce que nous avons fait. »
Ouvrages à consulter
Blanc. — Histoire de la philosophie
Bouillier. — Notions d'histoire de la philosophie»
Carra de Vaux. — Avicenne.
1. D'autres historiens qui paraissent mieux renseignés attribuent Y Imitation de Jésus-Christ à Thomas A-Kempis.