LA 'RENAISSANCE
La philosophie de la Renaissance est une transition entre la philosophie scolastique et la philosophie moderne. Ce qui la caractérise, c'est d'abord une réaction souvent dédaigneuse, toujours excessive contre l'esprit général de la philosophie scolastique. Celle-ci était chrétienne, et dans le domaine purement philosophique se réclamait surtout du moins au temps de son apogée, de l'autorité d'Aristote. La Renaissance est un retour de l'esprit païen, et oppose à l'autorité d'Aristote soit celle de Platon, soit celle de philosophes de second ordre. C'est ensuite une ardente curiosité des choses de la nature, qui provoque un grand mouvement scientifique dont le principal défaut, fut l'absence de règle et de discipline.
Bien des causes contribuèrent à créer cet état d'esprit. Ce fut d'abord la. prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Les savants grecs émigrèrent en Italie et y apportèrent les ouvrages originaux de Platon, d'Aristote, de Plotin... Dès lors on put les opposer les uns aux autres, et chacun d'eux à lui-même. C'est ainsi qu'on en appela d'Aristote à Platon, d'Aristote mal connu à Aristote mieux connu. Ce furent ensuite les grandes découvertes scientifiques: la poudre à canon, la boussole, surtout l'imprimerie qui permit de multiplier et de répandre les ouvrages avec une étonnante rapidité; la découverte de l'Amérique, qui ouvrait de nouveaux horizons à l'activité humaine. Ce fut enfin la réforme protestante de Luther, qui, en posant le principe du libre examen, encouragea l'esprit d'indépendance, et diminua le prestige de l'autorité.
Continuation de l'influence de Platon et d'Aristote. — Pomponat. — Vanini. — Telesio. — Campanella. — ■ Giordano Bruno. — Ramus.
Continuation de l'influence de Platon et d'Aristote.
— Il ne faudrait pas croire que les philosophes proprement dits de la Renaissance aient secoué le joug de toute autorité philosophique. Jusque chez ceux-là même qui font sonner le plus haut leur affranchissement, les survivances du platonisme ou de l'aristotélisme sont très frappantes. « Quiconque, dit E. Saisset, dépouillera les conceptions de ces ardents génies de certaines formes bizarres qui leur prêtent une apparente originalité, s'assurera qu'il n'en est pas un seul qui n'ait sa source prochaine ou éloignée dans les deux grandes écoles de la Grèce, celle d'Aristote et celle de Platon. On a beau s'exalter à Florence et à Rome, on a beau raffiner à Bologne et à Padoue ; on a beau courir le monde et les Universités, faire retentir Genève, Paris, Oxford, Wittemberg de ses protestations contre la routine et l'antiquité ; cette antiquité sainte dont on dissipe le prestige, c'est par une autre antiquité qu'on veut la remplacer. Le platonisme et l'aristotélisme, telles sont les deux machines de guerre dont on se sert pour miner et abattre lascolastique '.» Un grand nombre de doctrines, il est vrai, sont remises en honneur pendant la Renaissance, mais, ce sont, en effet, celles de Platon et d'Aristote qui exercèrent la plus grande influence sur les philosophes de cette époque. L'influence d'Aristote fut prépondérante dans l'école de Padoue et dans celle de Bologne, celle de Platon dans l'école de Florence. Parmi les philosophes qui se rattachent au mouvement d'idées de la Renaissance six noms nous ont paru particulièrement dignes de retenir l'attention : Pomponat, Yanini, Telesio, Campanella, Giordano Bruno et Ramus.
Pomponat (1462-1526). — Né à Padoue d'une famille noble, Pierre Pomponat enseigna la philosophie dans sa ville natale,