L ÉCOLE DE MILET
question capitale sur laquelle dilTèrent les premiers penseurs est celle de savoir quelle est la puissance naturelle primordiale, le principe [dç^r].
§ 5. L'École de Milet. Thaïes, Anaximandre; Anaximène.
1. Thaïes*, le chef de ce qu'on peut appeler l'école de Milet et l'ancêtre de toutes les écoles ioniennes, enseigne, vers l'année 000, que ce principe premier c'est l'eau, substratum universel dont les autres corps ne sont que des altérations, que l'eau enveloppe de toutes parts la terre, que çelie-ci flotte sur cet océan infini et en tire incessamment les éléments nourriciers dont elle a besoin.
Cette doctrine est la traduction en langage scientifique du vieux mythe aryen de l'Okéanos céleste ou fleuve de la nuée d'orage fécondant la Terre et père de toutes choses vivantes-. Elle est tout ce qu'on sait positivement de la philosophie de Thaïes. L'antiquité, d'ailleurs, nous le représente comme le premier géomcire, le premier astronome et le premier physicien parmi les Grecs. Il passe pour avoir prédit Téclipse du 28 mai 585, et pour avoir connu le phénomène magnétique ainsi que la propriété attractive de lambre frotté {rlmzQov).
2. Selon Anaximandre-', compatriote et disciple de Thaïes, auteur d'un livre De la Nature, le principe premier n'est pas l'eau, mais l'atmosphère infinie (ro anEiQov) d'où elle procède pour féconder la terre. Cette matière infinie et indistincte est la mère des cieux et des mondes qu'ils renferment [vtov ovQavwv
1 Source principale: Met., I, 3. — 2 Platon, Cratyle,i02'B. — ^ Sources: Aristotc, Met., XII, 2; Pliys. III, 4. - Simplicius, In Phys., L 6, 32. — Plularque, dans Eusèbe, Prœp. cvang., I, 8. — Hippolyte, Refut. hœres., I, 6. — Cicéron, De mit. deor., I, 10. — Schleiermachor, Mémoire sur Anaximandre (ail.), Œuvres complètes, 3» série, t. II. — Ritter et Prelli^', Hist. phil. gr. et rom., éd. III, p. 9 ss. — C. Mallet, Histoire de la philosophie ionienne, Paris, 1842.
yMi Tcov iv avToîç x6o/mv). Tout ce qui existe tient l'être de ce principe premier, et en est sorti par séparation; il est donc juste que chaque chose lui rende à l'heure fixée par le Destin la vie qu'il lui a prêtée, afin que cette vie circule et passe à des êtres nouveaux. Les antithèses du chaud et du froid, du sec et de l'humide, qui n'existent pas dans Vaneiçov, chaos primitif où tout se neutralise, s'en dégagent par degrés et forment la nature avec ses contraires, ses qualités opposées, ses éléments distincts. L'opposition primordiale est celle du chaud et du sec, d'une part, du froid et de l'humide, de l'autre; l'un concentré dans la terre, l'autre dans le ciel qui l'environne. La terre est un corps cylindrique et flotte librement dans l'éther infini, retenue en équilibre par l'égalité des distances qui la séparent de tous les autres corps célestes {âià vrv ouoiav ndviMV êMoGiaaiv). 11 y a une infinité de mondes {■d^wi) qui tour à tour se forment et périssent. C'est dans l'eau que se sont formés les premiers animaux, d'où sont sorties peu à peu les espèces supérieures. L'homme est issu du poisson. Les individus et les espèces changent incessamment, mais la substance d'où ils sont tirés, VaTtEiooVy&sl indestructible {acpd'aQvov, ad^dvarov, dvaleS-Qov)., parce qu'elle est incréée {dytvvi^Tov).. Elle enveloppe tout, produit tout, gouverne tout {TtEQit'xei dnarva y.al narra yv(jFQva). Elle est la divinité suprême (t6 S^eIov), possédant en propre une vitalité perpétuelle.
3. Anaximène^ de Milet, disciple d'Anaximandreet troisième représentant de la philosophie ionienne, appelle le principe générateur des choses l'air ou le souffle (dj^Q, nvEvua, if'vxi})- Sa doctrine, qui est celle d'Anaximandre sous une forme plus précise, peut se résumer ainsi: une matière infinie, un mouvement perpétuel de condensation et de dilatation et quelque chose
^ Plufarque, dans Ensèbe, Prœp. cvang., I, 8. — Cicéron, De naf. deor., ], 10. — Schleiennacher, Mémoire sur Diogène cVApolloine (même volume). — Hitler et Preller, ibid.