FRANCIS BACON
porel lui-même, ont part à l'absolu et en reproduisent les trois éléments constitutifs : pouvoir, savoir, vouloir : si bien que la nalure morte elle-même n'est pas morte, que le sentiment, l'intelligence, la volonté existent, à des degrés divers, dans tous les êtres, sans en excepter même la matière inorganique^.
Tout être procédant de l'Être absolu tend à y retourner comme à son principe : en ce sens, tous les êtres finis, quels qu'ils soient, aiment Dieu; tous sont religieux, tous tendent à vivre de la vie infinie du créateur, tous ont horreur du néant, et, en tant que tous portent en eux le néant à côté de l'être, tous aiment Dieu plus qu'eux-mêmes. La religion est un fait universel qui a sa source dans la dépendance de toutes choses à l'égard de l'Etre absolu. La science religieuse ou théologie est d'autant plus excellente que la philosophie, que Dieu est plus grand que l'homme-.
Malgré ces concessions faites au catholicisme, malgré son Atheismus triumphatus, malgré son rêve de monarchie universelle pour le Saint- Père, la tentative réformatrice deCampanella parut suspecte à l'Eglise et avorta. Le mouvement philosophique, étouffé en Italie, appartient désormais aux pays éclairés ou affranchis par la Réforme religieuse : à l'Angleterre et aux deux rives du Rhin ^.
§ 51. Francis Bacon.
En Angleterre, la réforme philosophique emprunte au génie de la race saxonne un caractère très différent de ce qu'elle a été
1 Univ. phil, P. I, 1. 2, c. 5 ss. — 2 Ibid., III, 16, 1-7. — s Parmi les philosophes italiens du dix-septième et du dix-huitième siècle, le plus marquant est Giovanni Ballista Vico, mort en 1744 et célèbre par sa Scienza nuova (Naples, 1725), l'un des premiers essais d'une philosophie de l'histoire. Dans ce siècle, des penseurs de mérite, tels que Galuppi, Rosmini, Gioberti, Mamiani, Ferrari, etc. (§ 71), ont essayé de rendre à l'Ifahe son prestige philosophique de l'époque de la Renaissance (voy. Raphaël Mariano, La philosophie contempoi'aine en Italie, Paris, 1868).
en Italie. Sobre et positif, l'esprit anglais se défie tout à la fois de la tradition scolastique et des synthèses hâtives de la métaphysique indépendante. A la spéculation italienne, qui vite arrive au faîte, mais ne peut s'y maintenir et retombe découragée dans le scepticisme, il préfère la lente et graduelle ascension par la voie de l'expérience. Ce qui le frappe dans l'essor que les sciences viennent de prendre, c'est que l'École et ses méthodes n'y sont pour rien, c'est que ces conquêtes de l'intelligence se sont faites en dehors d'elle et malgré elle. Elles ne sont dues ni à Aristole, ni à telle autre autorité traditionnelle, mais à la nature directement consultée, au contact immédiat de la saine raison et de la réalité. Les vaillants chercheurs qui y avaient attaché leur nom raisonnaient sans doute, et avec non moins de virtuosité que les logiciens de l'École, mais leurs raisonnements se basaient sur l'observation des faits. Réciproquement, lorsqu'ils partaient d'une conception a priori, d'une hypothèse, ils la soumettaient, comme le fit Colomb, à la contre-épreuve de l'expérience, et ils ne la tenaient pour établie qu'après lui avoir procuré cette sanction indispensable. Ainsi, d'un côté, une philosophie oflîcielle, parfaitement impuissante et stérile; de l'autre, des progrès surprenants dans les sciences positives. La conclusion qui s'imposait au bon sens anglais, c'était la nécessité de renoncer à la spéculation a prion et à l'abus du syllogisme, en faveur de l'observation et de l'induction.
Cette conviction, émise dès le treizième siècle par Roger Bacon, se fait jour dans les écrits de son homonyme Francis Bacon, baron de Yérulam, grand chancelier d'Angleterre (1661- 1626): De Dignitate et augmentis scienliarwn'^; Novum organum scientiarum ^, etc. ^
^ Paru en anglais en 1605. — ^ Paru d'abord sous le litre de CogitcUa et visa en 1612. — ^ Œuvres complètes, éd. Montague, Londres, 1825 ss.; éd. II. G. Bohn, Londres, 1846; éd. Ellis, Spedding et Heatli, Londres, 1858-59, complétée par J. Spedding : l^he lelters and life of Francis Bacon, including