XIV PREFACE
moyen nécessaire à la réalisation d'un but qui nous échappe : par delà la vie et le plaisir, but prochain de nos efforts, il y a le bien qui est la fin dernière où nous tendons à notre insu, en même temps qu'il est le principe premier qui nous oblige à vivre. Maudissez tant que vous voudrez ce principe qui veut être, cet idéal qui veut être une réalité ! Appelez ce principe des choses méchant, injuste, cruel, et le monde qu'il crée, le plus mauvais des mondes possibles ! Rien n'y fera. Vous n'empêcherez ni le bien de se faire, ni l'idéal de tendre à l'existence. Vous réussirez peut-être à dégoûter de la vie quelques individus: vous n'en dégoûterez jamais l'absolu. Ah! bien plutôt, sachons tenir compte de la réalité, et au lieu de convier les hommes aux utopies du nirvana, offrons-leur le vrai, le seul moyen d'améliorer leur sort : l'amendement moral! Si le monde est loin, hélas! d'être le meilleur des mondes possibles, il dépend de nous qu'il devienne meilleur; il ne s'agit, pour cela, que de revenir à l'idéal que nous avons délaissé et au culte du bien que nous avons mis au rebut. »
Est-ce là, nous le demandons, le langage d'un pessimiste à outrance? Assurément non. Mais si nous nous inscrivons en faux contre la philosophie de la désespérance et de l'universel suicide, nous n'admettons pas davantage la devise célèbre qu'on voudrait nous imposer. Les formules a 'priori de l'optimisme traditionnel ne sauraient prévaloir contre le cri de la conscience et l'expérience des siècles résumée dans cette devise non moins célèbre et bien plus vraie que l'autre ; Mundus totus in maligno positus est.
S'il nous était permis de désigner notre point de vue