II. Philosophie de la naturel 1. Le monde inorganique
Ainsi que la pensée reproductrice de l'homme, la pensée créatrice commence par ce qu'il y a de plus abstrait, de plus vague, de plus insaisissable, Vespace et la matière, pour aboutir, à travers une longue série de progrès, à ce qu'il y a de plus concret, de plus parfait, de plus accompli : l'organisme humain.
Comme Vètre qui figure en tête de la logique, l'espace existe et n'existe pas, la matière est quelque chose et n'est rien. Cette contradiction est le principe même de l'évolution physique, le ressort qui la met en jeu : elle se résout dans le mouvement qui divise la matière en unités distinctes (Fiir sicli sein) et en fait le système
^ Encyclopédie, § 245 ss. — Nous tenons compte, dans ce résumé de la Philosophie de la nature, des modifications, peu importantes d'ailleurs, que l'école lui a fait subir.
sidéral. La formation des corps célestes est comme un premier pas que fait la nature dans la voie de l'individuation. La tendance individuatrice, qui la traverse comme un immense désir, se manifeste comme attraction. La gravitation universelle est l'unité idéale d'où procèdent les choses et où elles tendent, s'affirmant au sein de leur séparation. Elle est l'individualité, Tâme, le ciment du monde, et c'est elle qui en fait un organisme, une vivante unité [universum).
La matière primitive et informe, berceau commun des corps célestes, correspond à ce que la logique appelle l'être indéterminé. La distribution de cette matière, son organisation en monde sidéral, répondent aux catégories de la quantité. Enfin, la gravitation universelle réalise l'idée de proportion.
Le cosmos astronomique est une société élémentaire, qui préfigure la collectivité humaine. Mais les lois qui la régissent ne sont encore que des lois mécaniques; les rapports que les astres soutiennent entre eux se résument dans l'attraction. Aussi la science qui a pour objet cette phase primordiale de l'être, l'astronomie, s'occupe des dimensions des astres, de leurs distances, de leurs rapports extérieurs, plutôt que de leurs qualités essentielles, de leur composition, de leur physiologie.