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Le monde organique

L'apparition de la vie est toute spontanée, et il n'est besoin, pour l'expliquer, d'aucun deus ex machina. Elle est l'eflet de la même puissance à la fois supérieure et immanente qui de la matière primitive a dégagé les groupes stellaires et les éléments du chimisme, comme attraction et aflinité. Assurément, le seul mécanisme ne la saurait produire, et si la matière n'était que matière, le flux de ses transformations serait à jamais rectiligne et centrifuge. Mais sous le processus physique il y a l'évolution de l'Idée, qui n'est le dernier mot des choses que parce qu'elle en est aussi le principe créateur.

Déjà la terre est une sorte d'organisme, ébauche naïve du chef-d'œuvre que la nature tend à réaliser. En ce sens, Schelling et son école ont le droit de parler d'une âme des corps célestes, d'une vie de la terre. Cette vie a ses péripéties, ses révolutions, son histoire, objet de la géologie, et si elle s'éteint par degrés, c'est pour devenir une source inépuisable de vie nouvelle, véritablement organique et individuelle.

Des cendres de l'organisme terrestre surgit le règne végétal. Mais la plante elle même n'est encore qu'un organisme imparfait.

sorte d'association ou de confédération dont les membres sont à leur tour des individus plus ou moins autonomes. L'individualité proprement dite ne se réalise que dans le règne animal. L'animal est décidément une totalité indivisible dont les parties sont réellement des membres, c'est-à-dire des serfs de l'unité centrale. Il affirme son individualité en assimilant sans interruption, en respirant, en se mouvant librement. Il est doué de sensibilité, voire même de chaleur interne et de voix dans ses représentants les plus parfaits. Toutefois, ici encore il y a des transitions insensibles. Si le règne inorganique se relie au règne végétal par les individualités stellaires et par les cristallisations, le règne végétal passe au règne animal dans le zoophyte. Puis l'animalité se développe par degrés. Une même idée, un même plan fondamental, mais de mieux en mieux exécuté, se poursuit à travers les crustacés, les mollusques, les insectes, les poissons, les reptiles, les oiseaux, les mammifères. Enfin, dans l'organisme humain, la plus parfaite des formations animales, l'idée créatrice trouve le foyer capable de la réfléchir dans sa plénitude. Ici elle s'arrête. Dans l'ordre matériel elle ne produit rien de plus parfait. Dans l'ordre matériel, disons-nous; car, loin de s'épuiser dans la création de l'homme, elle ne prodigue ses trésors les plus précieux que dans la sphère de Vesprit, c'est-à-dire au sein de l'humanité.

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