Critique de la sensibilité ou esthétique transcendantak
Nous savons dès à présent d'une manière générale que la connaissance résulte de la collaboration de la sensibilité et de
1 Critique, p. 28.
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reotendemeat. Mais à quelles conditions y a-t-il perception sensible, ou pour parler le langage de Kant, intuition {Anschauung)f
La sensibilité, avons-nous dit, fournil à Tenlendement l'étoffe de seg connaissances. Mais l'étoffe dont sera fait le vêtement a déjà elle-même une cerlaiue façon ; ce n'est plus absolument la matière première, celle-ci ayant passé, pour devenir étoffe, par les opérations préparatoires de la filature et du tissage. En d'autres termes et sans figures, la sensibilité n'est pas purement passive; elle ne transmet pas à l'entendement les matériaux dont il a besoin, sans y mettre du sien; elle a sa signature qu'elle imprime aux choses, ses formes à elle, on pourrait dire ses tentacules, dont elle marque l'objet perçu, de même que la trace de nos mains s'imprime à une poignée de neige; elle est en particulier ce que la faculté de connaître est en général : réceptive à la fois et active; elle reçoit du dehors un aliment mystérieux et elle en fait une intuition. Dans chaque intuition il y a donc deux éléments : un élément pur ou a priori et un élément a posteriori, une forme et une matière, quelque chose que la raison intuitive produit spontanément et un je ne sais quoi qu'elle tire d'ailleurs.
Quelle est cette forme? Quels sont ces éléments a priori que la sensibilité ne reçoit pas, mais tire de son propre fonds pour les ajouter à chacune de ses intuitions, semblable à l'appareil digestif ajoutant ses sucs aux matériaux ingurgités, pour collaborer à la formation du chyle? Ces intuitions a priori que le sensualisme n'admet pas et dont la Critique de la raison pure démontre l'existence, c'est Vespace, forme de la sensation externe, et le temps, forme de la sensibilité interne. L'espace et le temps sont des intuitions primitives de la raison^ antérieures à toute expérience^ telle est l'immortelle découverte de Kant et l'une des doctrines capitales de là philosophie critique^.
Ce qui prouve que les idées d'espace et de temps sont dues
1 Critique, p. 31-54.
à la raison et non à l'expérieDce, c'est : i"" que le petit enfant, quoique n'ayant encore aucune idée précise sur les distances, tend déjà à s'éloigner des objets qui lui^sont désagréables et à s'approcher de ceux qui lui font plaisir. Il sait donc a priori que ces objets se trouvent devant lui, h côté de lui, hors de lui, ailleurs que lui. Antérieurement à toute autre intuition il a ridée de devant , d'à câlé^ de hors rfe, c'est-à-dire l'idée de l'espace, dont ce ne sont là que des applications particulières. Et il en est de même du temps. Antérieurement à toute perception, l'enfant a le sentiment d'avant^ auprès, sans quoi ses perceptions se confondraient eu une masse indistincte, sans ordre ni suite; c'est-à-dire qu'antérieurement à toute intuition quelconque, a priori, il a l'idée du temps.
2® Autre preuve que l'espace et le temps sont des intuitions a priori: la pensée peut faire abstraction de tout ce qui remplit l'espace et le temps; elle ne saurait faire abstraction dans aucun cas de l'espace et du temps lui-même. Celte impossibilité prouve que ces intuitions, loin de nous venirdu dehors, font corps pour ainsi dire avec la raison, qu'elles lui sont innées, selon l'expression, inexacte d'ailleurs, de la philosophie dogmatique, qu'elles sont en dernière analyse la raison même. .
3"" Mais la preuve décisive de l'apriorité des idées d'espace et de temps, ce sont les mathématiques qui la fournissent. L'arithmétique est la science de la durée, dont les moments successifs constituent le nombre; la géométrie est la science de l'espace. Or les vérités arithmétiques et géométriques ont un caractère de nécessité absolue. Personne ne dira sérieusement : D'après l'expérience que j'ai faite jusqu'ici, trois fois trois font neuf, les trois angles d^un triangle quelconque égalent deux droits, etc. ; car chacun sait que ces vérités subsistent indépendamment de toute expérience. L'expérience, élant limitée à un nombre de cas restreint, ne saurait donner une vérité d'un caractère iussi absolu et aussi indubitable que le sont les axiomes mathématiques; ces
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vérités ne dérivent pas de rexpérieoce, mais de la raison : de là rautorilé souveraine qui les caractérise, de là Timpossibililé d'en douter un seul instant. Mais ces vérités se rapportent à l'espace et au temps. Donc l'espace et le temps sont des intuitions a;>non.
Dira-t-on que ce sont des idées générales, formées par comparaison et abstraction? Mais une idée ainsi formée renferme nécessairement moins de caractères que l'idée individuelle, ridée d'homme est infiniment moins coropréhensive et plus pauvre que l'idée individuelle de Socrate, Platon, Aristote; or qui oserait soutenir que l'espace universel contient moins que tel espace particulier, le temps infini, moins que telle époque déterminée? Les idées d'espace et de temps ne sont donc pas le résultat d'une opération intellectuelle, d'une comparaison des différents espaces, d'où serait tirée l'idée générale d'espace, d'une comparaison des moments de la durée, d'où sortirait l'idée générale de temps; elles ne sont pas des résultats, mais des principes, des conditions a priori et sine quibus non de la perception. Le vulgaire s'imagine qu'il aperçoit l'espace et le temps, que l'espace et le temps sont, tout comme leur contenu, des objets de la perception. Mais le fait est qu'ils s'aperçoivent tout aussi peu que l'œil, par exemple, ne peut se voir lui-même (l'image que lui montre le miroir n'est plus l'œil lui-même). Nous voyons toutes choses dans l'espace, nous percevons toutes choses dans le temps, mais nous ne saurions voir l'espace luimême, ni percevoir la durée indépendamment de son contenu. Toute perception suppose les idées d'espace et de temps, et si nous n'avions ces idées a priori, si la raison ne les créait pas antérieurement à toutes ses intuitions, si elles n'y préexistaient comme des formes primitives et inaliénables, la perception sensible n'aurait jamais lieu.
Nous sommes fixés désormais sur les conditions dans lesquelles s'opère la perception sensible. Elle a lieu moyennant leç idées a priori d'espace et de temps, qui sont comme les organes
PHILOSOPHIE MODEUNE
i sensibilité. Ces idées ne sont pas des images 5S objets extérieurs. Il n'y a pas d'objet qui et il n'y a pas d'objet non plus qui s'appelle et l'espace sont, non des objets de la percepnières de percevoir les objets, des habitudes ntes au sujet pensant.
Vidéalité transcendantale de l'espace et du oportante conclusion de l'examen critique de ené thekel du dogmatisme. Voyez en effet ce ^n implique. S'il n'y a ni temps ni espace e la raison et de son activité intuitive, les I en elles-mêmes et indépendamment de la I, n'existent ni dans le temps ni dans l'espace, é, par suite d'une habitude instinctive et inére les choses dans le temps et dans l'espace, is les montre pas comme elles sont en ellesle elles lui apparaissent à travers ses lunettes, :'es s'appelle le temps, et l'autre, l'espace. Dparaissent! c'est-à-dire qu'elle nous donne du moins des (pavvofieva et qu'elle est incaer la chose en soi, les vooifieva. Et puisque ent les matériaux dont il a besoin que de la 1 n'y a pas d'autre canal par où ces matériaux r, il est évident qu'il opère toujours et fataleaomènes, et que le mystère caché sous le ippe à tout jamais, comme il échappe à tout
l* intelligence ou logique transcendantale^.
de connaître en général, Kant a distingué qui produit les intuitions ou idées sensibles.
et rinteliigence, qui les élabore. Dans rintelligence, '* '^•'"'
de nouveau entre la faculté de juger, c'est-à-dire de elles les intuitions suivant certaines lois a priori (Ve la faculté de grouper nos jugements sous une série c verselles ( Vernunft, raison dans le sens le plus spécii L'examen de Tentendement se sous-divise donc pour tique de la faculté de juger {Verstand) et critique à\ proprement dite {Vernunft)y ou pour parler son propj en analytique et en dialectique tramcendantales.