Histoire de la philosophie européenne
n'a pas à choisir, comme trop longtemps elle V avait cru sur la foi rie renseignement officiel, entre le monisme (U la matière et un dualisme impossible. Une étude approfondie de son passé lui a démontré à Vévidence que par delà le matérialisme et le spiritualisme dualiste, il est une si/nthèse qui les concilie sans déroger aux droits inipi-escriptihles de la raison et de la conscience, un spiritualisme vrai, concret, absolu, pour qui la matière elle-même est une modalité de r esprit.
l.ors de la publication de notre compendium [187 i), ce nouveau spiritualisme, qui comporte d\i il leiir s les formes les phis diverses, était encore iine hérésie et j)resqu'un scandale. A V heure actuelle, ilVemjwrtede haute lutte sur V ancien sous la conduite de deux penseurs et écrivains de premier ordre, dignes successeurs des Ra^aisson, des Renouvier, des Secrètan. Nous avons nommé M. Emile Bout roux et M. Henri Bergson.
En prenant congé de nos lecteurs, et sans aucun doute un congé définitif, nous serions heureux dépenser que nos efforts ont pu leur être de quelque utilité et contribuer dans une certaine mesure, si minime fût-elle, au triomphe de la bonne cause.
Un cordial merci, pour terminer, à M. Henri Dartigue, qui a enrichi le livre d'un répertoire des plus complets, et à M. Eugène Ehrhardt qui a mis au point la bihliographie et revu les épreuves.
A. ir.
Strasbourg, di^cejnbve 1912.
EXTRAIT DE LA PRÉFACE lY
Parmi les critiques que l'on nous adresse, il en est une (jui a particulièrement fixé notre attention. De ce que vouloir est pour nous le tait universel, on conclut que nous sommes pessimiste, et pessimiste à outrance. C'est à peu près comme si l'on nous qualifiait de matérialiste, parce que nous répug-nons au dualisme et que la philosophie est, selon nous comme au jugement des matérialistes, une science d'ol^servation et de faits.
Il est vrai que notre Préface de 1878 fait au pessimisme une concession importante. « Certes, dit-elle, le pessimisme a mille fois raison de prendre le maj au sérieux. Oui, la très grande majorité deà êtres intelligents ig-norent le bonheur, et il est tout aussi certain que tous, à peu d'exceptions près, veulent vivre en dépit de leurs tourments. Ils veulent quelque chose qui, nous l'accordons encore, paraît absurde. » « Mais, ajoute-t-elle, qu'est-ce que cela prouve, sinon qu'ils y sont obligés par une puissance supérieure contre laquelle c'est folie que de prétendre nous insurg-er... La puissance qui nous oblige à vivre et à vouloir vivre, c'est-à-dire à vouloir une « absurdité », c'est la Bonté môme, qui veut être, l'Idéal même, qui veut être réalité. Seulement le bien n'est réalisé que par des êtres vivants, et la vie est inséparable de l'effort, de la peine, de la douleur. De là ce fait étrange et de nature, au premier abord, à dérouter la pensée la plus sagace, de myriades d'êtres voulant la douleur, ou du moins ce qui en est inséparable, la vie. C'est que. d'une part, l'existence, c'està dire l'effort, la lutte, la souffrance toujours mêlée au plaisir, est le médium indispensable du bien réalisé, de la \eTiyx pratiquée, du devoir accompli, et d'autre part, le bien, étant l'absolu, Têtre et l'activité même, ne peut pas ne pas être et ag'ir. C'est celte énerg-ie créatrice du bien {der Wille zum Guten, dirions-nous en allemand) qui est la raison dernière, le pourquoi des choses, — Platon l'a proclamé dans l'antiquité et c'est la gloire de Kant de l'avoir affirmé à son tour, — tandis que le vouloir-vivre de Schopenhauer (der Wille zum Leàen) n'est en réalité qu'une cause seconde