‹ Histoire de la philosophie européenneChapitre 58 sur 100 · SPINOSA · texte numérisé non relu

SPINOSA

losophiœ Pars l et II more geometrico demonstraiœ^ et en 1670, un livre anonyme : Tractatus tlieologico-iiollliciis^ où il aborde et résout dans le sens rationaliste les questions de l'inspiration, de la prophétie, du miracle, du libre examen. Son chef-d'œuvre, Ethica more geometrico demonstrata, et quelques autres traités de moindre importance furent publiés après sa mort par les soins de son ami Louis Meyer. Son Tractatus de Deo, homine, e jusque felicitate n'est connu du public philosophique <{ue depuis 18o2 ^

Le spinosisme, tel (ju'il se formule dans V Ethiq^ie, est sorti de la définition cartésienne de la substance "^ et de l'application conséquente de la méthode du philosophe français ^ L'auteur, non content de devoir ses doctrines au pur raisonnement déductif. les expose aussi more geometrico. Prenant pour point de départ un certain nombre de définitions, il en déduit par A -|- B un système rig"oureusement lié dans ses parties. Cette méthode d'exposition n'est pas une forme indifférente et une charpente provisoire : elle fait corps avec le système et en est comme le squelette permanent. Si Spinosa traite du monde, de l'homme et de ses passions comme Euclide, dans ses Éléments, traite de la lig-ne, du plan, de l'angle, c'est que, en principe el en fait, il n'accorde pas plus de valeur à ses objets de la philosophie que le géomètre n'en accorde aux siens ^. De même qu'en géométrie les conséquences découlent inévitablement des axiomes, de même les faits moraux et physiques dont s'occupe le philosophe dérivent avec une absolue nécessité

' Edition Ed. Bœhmer. — -Principes, I. od. — ' Nous n'entendons nullement nier l'influence exercée sur Spinosa par la théologie juive du moyen âge, influence évidente et qu'il serait ridicule de mettre en doute. C'est elle qui lui fait trouver dans Descartes ce qu'il y trouve; c'est en panthéiste qu'il aborde l'étude du philosophe français. Mais nous n'en maintenons pas moins que le développement qu'il donne à son idée maîtresse, et surtout que sa méthode se soudent étroitement à la philosophie cartésienne. Nous dirons même bien plus. Ce n'est pas seulement dans les Principia lienati Descartes, cest dans VÉthi(/ue elle-même, dans VÉthique surtout, que nous trouvons I exposition systématique et authentique de la doctrine du maître, sa philophie ésotéiHque. Descartes, ne l'oublions pas, est un prudent, et son siècle une époque de réaction dans les deux Eglises. — ^ Tractatus polilicus, c. I^ §4. — Ethique, III, préface.

de la nature des choses, telle qu'elle est exprimée par leurs définitions, et il ne s'enquiert pas plus de leurs causes finales que le g-éomètre ne se demande à quelle fin les trois angles d'un triangle quelconque égalent deux droits. Ce n'est pas sa méthode qui le mène au déterminisme mathématique : il s'en sert, au contraire, parce que, de prime abord, il considère le monde en géomètre, c'est-à-dire en déterministe. Gomme pour Descartes, Platon, Pjthagore, la philosophie est, à ses yeux, une mathématique généralisée.

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