‹ Histoire de la philosophieChapitre 7 sur 54 · IV. ï · texte numérisé non relu

IV. ï

paiion des affaires (1 )i et que, dans son idéal d*utie vie Kett« reuse , exempte des soucis et des peines qu'entraîne avec elle l'union du corps et de Tâme, il ne doute pas qu'elle consistera uniquement dans la connaissance de la nature et des sciences , connaissance qui procure aux dieux comme aux hommes un* plaisir yéritable , tandis que tout le reste n*est qu'une^ affaire de nécessité (3). Mais ce pouvaient être là de bonnes espérances; cependant il ne convient pas au philosophe d'espérer, mais de réfléchir à la réalité. Or, dans la contemplation du réel , Cicéron trouve que nous devons nous adonner à la pratique avant tout. De toutes les questions de la philosophie, il n'en est pas de plus importante que celle du souverain bien, dont la connaissance doit nous donner une règle pour toutes les actions de la vie (3). Cicéron ne peut donc pas partager l'avis de Platon , que le sage ne peut être obligé de prendre part aux affaires civiles (4); il regarde plutôt l'éloignement des philosophes pour les affaires comme une sorte de mollesse et de lâcheté (5), et donne à penser si le philosophe même ne se sentirait pas malheureux dans ses recherches, s'il devait être condamné à une solitude constante (6). Évidemment les devoirs qui résultent de la société des hommes devraient être préférés à ceux qui se rapportent à la recherche scientifique, car il n'est per-

(i) De nat. D., II, i fin. Minime vero^ inquit Cottq^ nam et otiosi sumus et iis de rébus agimus , quœ sunt eiiam negotiis anteponendœ.

(a) Hortens. ap, Augu^t. de trin., XIV, g. Una igiiur essemus heati cognitione naturœ et scientia , tjuœ sola etiam deorum estvita laudanda. Ex quo intelligi potest cœtera necessitatis esse, unum hoc voluptatis. Cf. De fin. ^ V, Jifin.; De ojf.^

(3) Defin.jY.ù.

(4; Z?eo^., 1,9. ;;

SOtiHé , quelque avide qu'il puisse être de connaître la nature des choses , qui ne d&t aussitôt abandonner ses recherches, dès qu'il se présente quelque chose à faire pour la patrie , pour ses parens , pour ses amis (1). A cet égar4 clone, bien qu'il se sente ébranlé par la doctrine de Platon et des peripatéticiens, il ne croit cependant pas devoir la suivre. La tendance du peuple dont il faisait partie ^ celle (lésa propre vie, le portent plutôt à l'action qu'à la contemplation.

On comprend facilement quelle influence cette opinion dut exercer sur ses travaux philosophiques. Son zèle pour la recherche des principes de notre connais- .sanoe dut s'en trouver très affaibli, et le porter d'autant plus au doute, qu'une doctrine semblait plus éloignée de la vie pratique. Aussi les raisons sceptiques fondamentales de sqn opinion sont-elles moins visibles dans la morale qu'eii physique et en logique. Il dut, en outre, mettre partout en relief le rapport de la philosophie à la pratique ; ce qui dut le porter à confondre ou du moins à mêler les différentes parties de la philosophie] sa manière oratoire n*y contribua pas peu non plus. Nous ne pourrons donc pas , dans notre exposition de ses doctrines , en distinguer nettement les différentes parties.

Indépendamment de ses affections particulières, de la tournure propre de son esprit et de son caractère, le spectacle des disputes et des difficultés inextricables dans lesquelles les sectes des philosophes se poussaient les unes les autres, dut être incontestablement pour beaucoup dans la détermination de Cicéron à s'attacher à la nouvelle

(i) De ojf.y 1, 4^* Quis estenim tam cupidus in perspicientfa cognoscendai/ue reruni natuna , ut si et tractanti contempianti^ que rcs cognitione dignissimas subito sit allatum pericuàun dis* crimerufue patriœ^ oui suhvenire opitularique possit , noniUti omnia relinquat atque àbjiciat , etiam si dinumerare se stellas ûut meliri mundi magnitudinem posse arbitretur? attfue hoç idem inparentis^ in amicire aut periçulofecenU

100 LiVni XII* GHAPITRB II*

académie. Il le reproduit même dans lés trois parties de la philosophie y puisqu'il fait voir dans chacune comment les stoïciens sont opposes aux épicuriens, Aristole à Platon (1). Il est à remarquer qu'il n a guère meilleure opinion sous ce rapport des sciences |non philosophiques. La géométrie , dans ses idées fondamentales comme dans ses conséquences astronomiques, ne lui parait pas certaine ; il doute , avec les médecins empiriques , de Tutilité de l'anatomie (2). Cette manière d'envelopper les connaissances utiles dans le sort de la philosophie, était celle des anciens sceptiques , qui s'était glissée dans la nouvelle académie.

Mais ce sont les sciences physiques surtout qui lui sem- . blent douteuses (3). Il ne peut trop s'étonner de la témérité , de l'orgueil de ceux qui s'étaient persuadés qu'ils savaient quelque chose sur ces objets difficiles (4). Tout cela est occulte et couvert d'une si épaisse obscurité, qu'il n'y a pas de regard humain , si pénétrant qu'il soit , qui puisse plonger dans le ciel ou dans les entrailles de la terre. Nous ne connaissons pas notre corps , quoique nous puissions le disséquer pour reconnaître la disposition interne des organes; mais qui sait si ces parties n'ont déjà pas subi quelque changement ? Combien moins encore pouvonsnous connaître la nature delà terre, dont nous ne savons pas même mettre à découvert les profondeurs! Les philosophes parlent des habitans de la lune , des antipodes : quelles conjectures pleines d^incertitude! Les mouvemens des corps célestes sont niés, tandis que l'on fait au contraire mouvoir la terre; mais qui sait si cela est plus vrai que l'opinion ordinaire des astrologues? Que^dire des asser-

(i) Ac, II, 36 s; De nat. J9., 1,6.

(2) Jcad.j II, 36, 3g.

(3) De naL 2)., I, ai. Omnibus fore in rébus et maxime in pliysicisy quidnonsity citiusy quamquidsity dixerini.

(4) ^c, II5 36. Estne quisquam tanto infiatus errorcy uJtsibi se iUa scire persuaserit?

PHILOSOPHIE OSS ROMAINS. 101

tions de la philosophie sar la nature de Tâme , sur sa mortalité on son immortalité ; de ses docirines sur Texiatence et l'essence des dieux , sur leur providence, sur leur prescience ? Rien est-il plus douteux que tout cela? Combien n'est-il pas plus facile de connaître le corps que l'âme ? Un dieu seul pourrait décider quelle en est la nature, si elle est immortelle, quelle opinion des philosophes sur ce sujet est la vraie ; le vraîsemblahle seulement n'est pas même facile à trouver en pareille matière. On peut bien se persuader que les dieux existent , mais c'est difficile. Comment en effet en viendrait-on à bout si la nature avait tout produit d'elle-même ? Il semble impossible de concevoir l'idée de Dieu , puisqu'on devrait le regarder comme parfait, et que néanmoins aucune des quatre vertus ne peut être le partage de sa nature. Si l'on admet la Providence divine, comment se rendre raison du mal qui afflige le monde? Les dieux, en vérité, se seraient bien peu souciés de l'homme en lui donnant le présent funeste de la rai3on (1). Cicéron, après avoir repassé dans son esprit toutes ces incertitudes de la physique, finit par une ofaser* vation en faveur de sa doctrine de la vraisemblance, et jette quelque jour sur la méthode propre à cette doctrine. Il invite les philosophes dogmatiques à réfléchir au mauvais service qu ils rendent eux-mêmes à leurs doctrines en mettant au même rang de certitude des choses très vraisemblables et d autres à peine croyables. Mais en affirmant que le cri de la corneille ordonne d'agir ou de ne pas agir, que le soleil est d'une grandeur déterminée, comme ils affirmeraient qu'il fait jour, ils excitent les soupçons contre eux, et feraient volontiers penser qu'ils ne savent pas plus la dernière de ces choses que la première. Il n'y a pas de degrés dans le savoir, mais bien dans la vraisemblance (3). On voit que Cicéron regarde l'actualité sensi-

(i) Ac.y 38 s, ; Dejln.y V, la) Tuse.j I, 1 1; De nat.D., I, i, ^2} III, i5, 27, 32, 33.

, (a) Ac.j II, 41. ^on mihi vidcimr considerare^ cwn physica

ble comme beaucoup pins certaine que 1^ pi^euVes ^ la science (1). L'enehaineinfent dëveioppé des raisofliiettlisnfi, la vaste élendue des dtictrines qui se rattachetit les nttés aux autres, la contradiction des opinions o^|)bsëes*, terrildent défiant. Il redoute^ daAs les sentiers erronés de la science, de ne man<|uer que trop iaeilemeht le vrai (2). Le conflit des opinieiis le poUrsuit jusque dans Tétude de la morale^ quoiqu'il à'yinohtre, ainsi qu'on ràdéjidil, un peu plus résolu dans ton jugement. 11 se reeotiiMlifssftit mieux sur ce terrain ^ et pouvait déjà è*en faire uhe idée à l'avance. Aussi croyait-il que lès disputes de l'école éûr tes principaux points de k morale pouvaient se termiwelh par une sorte d*accommoden^ent à l'amiable. Il trouvait: , à la vérité) une difficulté inconciliable entre la mdraté ég^Stiquedesépicurienàet les principes des autres école^s^ inaiB, inspiré par sa hoble nature v il dut fiicitement sfe troiiie capable de tenir tête à ses adversaires-, les épièùriëitêi H Ive rejette pas lentièrement les prihcip^s des épieûrieiis datis les raisons qu'il nous donne de son douter il se sent *èb quelque sorte émU dans soh âitie par ces principes^ ^^oiqu'il ne puisse pas y adhérer, afiti de B<e pas étèr à la vertu quelque chose de son éclAt^ il ne regarde donc que ootAln.t& vraisemblables les doctrines o^oséos deb ÀtoCeienli et des autres socratiques (3). Néanmoins^ quand il réfléolut quiB

îstàvàlae ajjflrmànt^ eartim etiam rerum auctoritatemy si quœ ïthùMth'és vidéàntur^ àniittére, — Nec enim possunt dicerè , 'tdiùâ àfib fndgis minasve compréHendi , quoniam omnium réi^Hrh yki>tâ 'eà^éfihitio 'càtuprelieridéndi.

(i) t>e ta 'ce qu*îl'dit du Aiscîpîe (iu ï^oi'tique. Âc.^ tï, 37.

^Quàihciùhqùè h)ero sententiann prôiavërit^ èarfi sicàtumà corn-

-prehétvsàm 'habebit , Ut ea, quce sensthus ; nec m'agis apptôbàbit

mène lucèrè ^ ifwtihy quoniàfri Stoidàs eà^ hiàic nmndtim ésfse

sapientem^ etc.

(^) ^c, 11^ 36. Perfides ^ ut ego istainnumçrf^lia'àoniplçç^ tens nusquam labar? nihil opiner^

PHILOSOPHIE DES E01IÀI!(S« lOS

la doctrine dTpicure fait passer d'une manière consé-' qoentesur tous les devoirs, et qu'elle fait disparaître toute vertu, il l'attaque alors sans réserve (1), et il ne lui reste plus qu'à donner son assentiment à la doctrine des stoïciens, des péripatéticicnset des académiciens, qui prescrit de soi* vre ia nature (2). Mais que signifie cette règle? Si Ton doit la suivre, il faut savoir ce qu'est la nature de l'homme, et les phtsosophes , en cherchant à l'expliquer, retombent dans des dissidences que Cicéron ne se sent pas la force de terminer. Quelquefois il s'exprime comme s'il était porté à regarder la dispute entre les stoïciens et les péripatéticiens, qui ne s'éloignaient pas de l'ancienne académie, comme une pure querelle de mots (3) ; mais il convient cependant à la fin qu'il y a une légère difTérence entre leurs doctrines, non dans les mots, mais dans la chose, différence qui consiste en ce que les péripatéliciens accordaient quelque importance aux biens extérieurs, mais une importance si légère qu'elle n'est d'aucun poids en comparaison de la vertu, tandis que les stoïciens ne voulaient reconnattre aucune importance à ce qu'on appelle biens extérieurs(4). Et alors il se trouve en suspens entre ces deux opinions. Il reproche un manque de conséquence au point de vue des péripatéliciens, particulièrement dans la forme que lui avait donnée Àntiochus, puisque tantôt ils accordaient une valeur aux biens extérieurs et corporels, et que tantôt ils les regardaient pour rien (5). Lorsqu'ils affirmaient que l'on peut être heureux sans ces biens, mais que la vie très heureuse n'est que le partage de celui qui possède aussi , outre la vertu, ces mêmes biens, ils renchérissaient sur une idée qui n'en est pas susceptible , en admettant une

(I) De qff-., I, a.

(a) Ac.f 1, 5; lo.

(3) A;>t., JU, 3; lY, ao«.; s6»

(5) Ib,, V, »7 j Tusc.y ▼, 8 , i6. . .^:^^

vie plus heureuse que la vie heureuse (1). Il n*hésite pas à dire que les péripatéticiens et les anciens académiciens pourraient bien cesser une fois seulement de bégayer» et avoir le cœur de dire clairement que la vie heureuse montera aussi dans le taureau de Phalaris (2). Il veut suivre les stoïciens , parce que leur doctrine lui semble plus conséquente et plus sublime (3) Mais il est à craindre que, se laissant inspirer par cette sublimité de leurs préceptes moraux, une ardeur passagère d*un courage capable du grand et du généreux ne Télève au-dessus de ses forces; car il est ébranlé aussi par un grand nombre de raisons que Ton dirige contre la doctrine des stoïciens. Leurs paradoxes le choquent (4), quoiqu'il les regarde comme d'origine socratique, et qu'il croie pouvoir les jus* tifier (5) ; leurs doctrines ne lui semblent pas faites pour la vie pratique ni pour la place publique; elles contredisent son expérience de la nature humaine, à laquelle cependant il ne voudrait pas accorder trop de confiance, parce qu'il ne se sent pas exempt des vices de son siècle, qui pourrait bien n'être pas très propre à servir d'unité de mesure pour apprécier la vertu (6). 11 exprime ici son doute tout-à-fait

(i) De fin. ^ IV, i6 fin.

(a) Deoff.^ III, 4^ Tuscy V, i,

(3) De fin , IV, 19.

(4) Parad» proœni.

(5) De fin. y IV, 9; De am.y 5.

(6) Tuscy V, 1. Equidem eos casus^ in quibus me fortuna vehementer exerciUt, mecum îpse considérons ^ huic incipio sententiœ dijfidere ^ interdum et humani generis imbeciUitOf teni fragiUtatemque extimescere, Vereor enim ne natura , cum corpora nohis infirma dedisset iisque et morhos insanabiles et dolores intolerabiles adjunxissetj animos quoqite dederit et corporuni doioribiis congruentes et séparât im suis angoribus et molcstiis implicatos. Sed in hoc me ipse castigo , quod ex aliorum et ex nostra fartasse mollitia , non ex ipsa vïrtiUe de t-wrtutis robore existimo* Parad,^ VI, 3,

à la manière d'un homme du monde; il douterait volontiers si la vertu existe (1 ). Ebranlé par ces réflexions et par d'autres encore, il incline à la doctrine péripatétique(2), ou bien il avoue que tantôt la morale péripatélique , tantôt la moralei^toïque , lui semble être la vraie (3). Il trouve aussi une raison pour justifier les principes stoïques da défaut de liaison interne; car, quand ils ordonnent de suivre la nature , ils ne peuvent pas pour cela défendre à l'homme de faire attention à son corps, puisque sa nature se compose de corps et d'âme (4). Il les invite à réfléchir, à la manière des péripatéticiens, que la vertu ne peut absolument pas éire sans quelque chose d'extérieur^ dont elle s'occupe et qui en forme la base (5), et compare leur doctrine à Topinion précipitée de quelques philosophes , qui , après avoir trouvé une connaissance plus élevée, plus divine, que la connaissance sensible, croient alors devoir rejeter complètement cette dernière (6).

• Nous le voyons donc aussi en morale revenir à la sensibilité, comme nous Tavons vu précédemment en physique accorder une plus grande importance à la manifestation sensible qu'aux résultats d'une recherche scientifique. Nous sommes par là conduits à ses opinions logiques, dans lesquelles il faut chercher le fondement scientifique de sa théorie de la vraisemblance. Si cependant nousjetons un coup d'œil sur l'ensemble de ses thèses logiques, nous les trouvons encore

(i) Tusc.^ 1. I. U n'excepte sans doute la vertu de Galon que pour dire quelque chose de flatteur pour Brutes. (a) De fin, ^ V, a6.

(3) Be off., m, 7.

(4) Defin.j IV, II, i3, i4«

(5) Ib., i5.

(6) L. L Ut quidam phiiosophiy cum a sensibus pr^fecU majora quœdam ac diviniora vidissenty sensus reiiqueruntf sic istiy cum ex appetitione rerum virtutis pulchritudinem ad^ spexissenty omma^ quœ prœter virtutem ipsam vidcrant^ ab" jeceruntf etc.

108 lilTRE Xllk CHAPITRE II»

beaucoup» plus {)auyre8| sans comparaison, que tôs o{»i>« BÎons en physique et en tnorale. Ce qui tient incontestà-'* blementà ce qu'il trouvait les questions logiques beaucoup moins utiles pour la yie pratique que celles d^ morale 6t même de physique. ^

Tout s'y rattache à la question du critérium de la science* Après ce que nous avons dit de sonïttachemeni àustosiblc) hous devons nous attendra à le Voir s'en rap>porter aux sens» Cependant il n ajoute pas une foi telle à leur tëhioignage^ qu'il nâit pas aussi, accordé à l'entendement un rôle spontané dans la formation de nos connais*» sàkicesv II ne voulait faire valoii^ Timpression sensible que comme une connaissance commencée (1): ses sens ne voient pt^int et ne pensent points mais Tesprit rassemble, compare et juge tout; il ne se sert du sens que Comme d^un émissaire (2)% Si Git!éron attribue quelquefois au dontraire un jugementauxsens^ ce n'est seulement que sur la doux et l'amer^ sur le proche ou l'éloigné^ sur le repos et le mouvement ^ mais non sur le Inenetlemal (S). Suivant €equ« nous avons dit tout à l'heure , il accordait aux phi« l«6opkes qut rejetaient le jugement dé6 sens, qu'il y aqueU qilêchose de plus élevé et de divin qui ne peut être connu piar l«s seASk Cela même qui est de natUre sen^ble dé* mande quelquefois à être connu par l'entendeaittnt , parce qu'il «st trop petit ou trop mobile pour ne pas échapper à l'hébétude des sens. Il était porté en outre à reconnaître à l'entendement le jugement sur les espèces générales, et snr la fef'rtàtîôti dés idées qui dbivehl nous faiire eonnattre les choses (4); mats toutes tes fonctions dont il investit l'entendement, il ne les comprend cependant que très imparfaitement, et en développe les théories d'une manière fort négligée ; il ne combat et n'approuve positivement à

'■Wb I i' Il I I r I II.. I , ■ I I ■ . .1. . I . . ,1 I , I I « I tm^„m0^

(i) De îégg.j ï, ïo. InùhoatcB ititeïli^entiœ^

(2) Tusc, ï, 10.

(3) X>efin.9 ÏI, lî.

PtalLOSèPttiS DES ROMAINS. lût,

«c «uyèt ïii la nianièréde Vôîr de î?latoA, ni celle d*Aristol»', rti Cfelle du Portique ; îl ne les expose qu^en les comptant, ^t semble ne tenir presque aucun compte de leurs diTergeikees(l). Pout» ce qui est de Téxei'cïce de Tentendementdans lit dialectique, ilobsérVé seuleïkieàt èh général qu^ilne tient pas ce qtrè lès stoïciens 6h pt'omettaient or* dinairemeiàt; il ne peut Iservir de règle daûs le jugement fiur le TFâi et le faux; la dialectique n entend rïeïi à aucnne autre vérité > q'u'à celte qui lui est propre (2). Elle se tend liném^ des pièges dont auctme solutionne peut là tiret , tels sont les raisonttemens sophistiques du 'îas et du Menteur (3). De ce côté, son scepticisme n'est établi que de la «manière 4a plus faillie.

Il s'applique avec plus de soin à la recberclie des élé-

mens de iiotre pensée qui résultent delà sensibilité, par la

raison ^ï'écisément tjfie sa curiosité en est ébranlée plus

fortettUtent^ et qu'il supposa en général comme certain iquè

t!ôtite \)e^^ée cotaitoence par les sens; en quoi il suivai't

1 ex^^Mijde des ^-ouveàux académiciens auxquels i\ s^atta-

ehâ , et sies attaques se dit'igent alors priticipalement coi'k-

tre les stoïciens et cbtitjt^ Autiochu^, 'qui prétendaient

tîreir de ik peit^ption sensible un savoir ce^taSh. Sa ipolé«

«iiiiqvié ictomtre les péripaléticiens sur la certitùcJlie de là

^mufiaisGHDce^de son aveu , n'était pas très forte (4). Ainsi

son doute est mn^déré. Il passe aussi très brièvement sur la

doràM!e d'Ëpicwre> que toute impres^sîon sensible est lé-

gîtiateet v^àie, observant; que les illusions des sen's 'disent

le contraire (5)» Mais si , comme les sk>fciens tà'ôcfordent ,

èes sens nons trompant quelqViefois , éotetnent pouvons-

nous distinguer la représentation vraie de là faUissè? Lë^

stoïciens supposaient qu*il y a des impressions sensibles

(i) Cf. -.ïc?^ 1,8,95 H, 46 s.

(a) Ac^ II» 38.

(3) Ib,y ag s.

(4) Ib., II, 35; />e^/i., V, îi6,

108 LIYRX XII. CHAPITRE U.

qui nous représentent la yérité des choses de telle sorte qu'elles ne pourraient pas provenir de quelque chose de faux; et ces impressions sont pour eux le criiérium de )a vérité. Mais Cicéron suit les académiciens qui affirmaient que Ton ne peut pas dire quelles sont ces impressions (!)• Quand même on accorderait, ce qui cependant ne peut être démontré y qu'une parfaite égalité des choses ne peut avoir lieu, et que par conséquent aussi les impressions de toutes les choses seraient différentes quant à leur naiure> il faudrait cependant avouer au contraire que la ressemblance des choses not^s parait souvent si grande que nous ne les distinguons pas les unes des autres, et que nous pouvons souvent être induits en erreur par cette ressemblance. Mais si cette illusion est possible, elle rend toute perception incertaine , parce qu'elle peut toujours avoir lieu (2). Il sfait très bien faire usage contre les stoïciens des armes qui lui sont fournies par^leur propre sys* tème. 11 pense que, quand même on accorderait quun homme peut parvenir, par l'art et Texercice de son esprit, à percevoir les moindres différences, la faiblesse de nos sens n'en serait que plus frappante, dès qu'ils nese- ^ ;l P^^^ soutenus par l'art (3). Les stoïciens, en ad- ^^ J^Snt la possibilité de saisir quelque chose avec tant de ^^écision qu'il ne puisse y avoir erreur, n'apcordai«nt ce savoir qu'au sage. Ils ne faisaient donc en cela que de refuser cette espèce de savoir aux hommes ordinaires, car eux-mêmes ne pouvaient dire quel est l'homme qui est ou qui a été sage ; ils regardaient, au contraire, tout le monde comme insensé, et refusaient en conséquence le savoir véritable à tout le monde (4). Cicéron n'aspire pas

(i) Ac.y II, a6, 35.

(2) /^-, 26. Negas tantam siniilitudînem in rerum natura esse. Pugnas omnino , sed cum adversario JaciU. Ne sft sane , videri certe potest ; fallet igitur sensum^ et si una fefeUerit si'^ militudo , dubia omnia reddiderit.

(3) Ib.y 27.

(4) Il dit entre autres choses , à cesujet : Nos enim defenéUmus

PHIL0S0PHX8 DEâ ROMAINS. 1 09

à un pareil degré de savoir ; mais il veut que le non-sage aussi sache quelque chose, c'est-à-dire qu'il ait une persuasion de la vérité des phénomènes sensibles, sans cependant pouvoir y croire avec une parfaite certitude. Son opinion est, qu'il y a des impressions sensibles auxquelles nous pouvons nous fier, parce qu'elles ébranlent fortement notre sens ou notre esprit ; mais sans pouvoir cependant les adopter comme parfaitement vraies (1). Telle est sa théorie de la vraisemblance. Il ne veut pas faire disparaître la différence entre le vrai et le faux; nous avons raison de tenir «pielque chose pour vrai et de rejeter autre chose comme faux ; mais nous n'avons aucun signe certain de la vérité et de la fausseté (2). Il croit pouvoir prévenir robjection, qu'il y a cependant ceci de cerCtiin , qu'il n'y a rien de certain , en tenant aussi pour vraisemblable seulement qu*il n'y a rien de certain (3 ). C'est ainsi qu'il se purge du reproche que la théorie qui donne tout pour incertain est impossible dans la vie pratique, car cette vie se conforme à la vraisemblance, et la plupart des arts qui s'y rapportent avouent même qu'ils ont plutôt pour but la conjffaNu'e que la science (4). Il ne voit d'autre différence enâ |)ol^ i-^ ta ^

etiam insipientem multa comprehendere. Dans d'autres passages, il refuse à l'homme le comprehendere, ACf If , 36. Il n'a aucun langage arrêté et sÀr.

(1) Ac,^ H, 20. Visa enim ista, cum acriter mentem sensumve pepuleruntj accipio , hisque irUerdum etiam assentior, nec per»

cipîo tamen,

{1) Ib,j 34 ^n.; De nat. Z>., I, 5. Non enim sumus iiy quibus nihil veri esse videâtur, sed ii, gui omnibus veris jfulsa quœdam adjuncta esse dicamus j tanta siniilitudine ^ ut in ifs nulla insit cerla judicandi et assentiendi nota. Ex quo existit et illud^ multa esse probahilia^ quas quanquam non percipereniurj tamenquia visum haberent quemdam insignem et illustrent ^ his sapienlis vita reçeretur. J9e o^, II, 2.

(4) Ib., 3i, 33.

110 ikVfi« Xit. CHAt'itbË it;

Qp^nQ^ ^t ce\\e des dogmatiques , si ce n*est que Cêtix-ei i;e doivent paç de tout ce qu'Us soutiennent; mais qu'il es^t vrai qMil considère au contraire beaucoup de choses comm^ yra^s^lipbl^bles , qu*il peut suivre , sans pouvoir cç^pç^c^^A^ l^ affirim^r jivepune parfaite certitude (1 ). Une tçlle dQCtrin^ it^\t tout- à-fait propre à se recommander à, l'I^xpi^me du i|:^o^de, qui recourt volontiers aux théories cle la phUosQphie^ sams en s^eruter les fondemens scientifiques ,. pe les regardant que comme des résult^t^ de la civilisaliqn générale, de Vhistoire et de sa propre expériçt\oe:. Qn voit bien que cette théorie de la vraisem- ]))aiiçe s'éloigi^e i:^^ peu de la doctrine de la nouvelle aoac\ém\e, di\ iQO^ns telle que Carnéade l'avait exposée ; car e\le n'^spir^ pas à up art dé tout rendre égalepnçnt vraise^ililahle et invraisemblablç , mais elle tient quelque c\iQs^, ppqr vraisemblable , autre chose pour invraisem* ht^bilç^ Cicérçn remarque même qu'en ce point il s'écartait de &es m^aitres; particulièrement pour ce qui est dea p,véçep(esi de la morale. Il avoue à la vérité qu il n'est pas assicz hardi pour réfuter le doute des nouveaux académie ciefts» par rapport à la morale , mais il désire les atté-

nwçr (2).

En jetant un coup d'œil sur la doctrine physique de Cicéron, nous devrons nous rappeler qu'il regardait part'\oi|lièrepient cette partie de la philosophie comme incertaine et comme trop élevée pour que l'esprit humain put l'atteindre avec certitude. Il se trouvait cependant attiré par cela même vers la recherche physique, quoique avec la conscience modeste de la faiblesse de l'homme. Car c'est un trait de son caractère^ ainsi que du caractère

(i) jicj II, 3.

(2) Jfe legg,, I, iSJin. Perturhatricem autem harum omnium repum academiam , hanc ab jércesila et Cameade recentem , exoremus^ ut sileat, Nam si irwaserit in hœc , quœ satis scite nobis instructa et composita videntur^ nimias edet ruinas. Quam, guident ego placare cupio ^ suhmovere non audeo.^

i^miosoiPÉis Bits koMAtitâ? i 1 1

romain en général , d'élre attiré par le grand, le sublime et le brillant. Il regarde les recherches physiques comme un aliment naturel de Tesprit humain, qui non seulement nous est agréable, mais encore nous élève, nous rend mo« destes et nous apprend à estimer la vie humaine à sa juste valeur (1). Aussi ses recherches philosophiques sur la nature avaient le plus souvent pour objet les questions les plus élevées de la science, la nature des dieux, ses rap^ ports au monde et Timmortalité de Tâme humaine. Ou il ne s'occupe nullement d'autres questions de physique , ou il ne fait que les effleurer en en parlant d'une manière historique. C'est ainsi qu'il ne s^arréte pas plus aux élémens, particulièrement au cinquième élément d'Aristote, ni inéme au rapport de la forme et de la matière, bien que cette questioji ait été jugée d'une grande impor* tance par les systèmes antérieurs relativement à la détermination de l'idée de Dieu, qu'aux opinions de l'ancienne philosophie ionienne et pythagoricienne sur le principe primitif. Naturellement cette légèreté avec laquelle il traite les idées fondamentales de la physique, pour ne s'occuper que des résultats, a dû avoir son influence nécessaire sur la manière d'envisager ces résultats eox*»mémes. Un principe incertain ne peut avoir que des conséquences incertaines. De plus, les résultats que Cicéron pouvait tirer de la physique, et l'opinion qu'il conserve de la nature en général, sont deux choses si éloi gQées Tune de l'autre, que l'on voit bien aussi dans cette

(i) Ac, II, 4ï» Neque tamen islas qucestiones physicorum eoo termmandas puto. Est enim animoruni ingeniorumifue naturale (juoddam quasi pahulum consideratio contemplaUoque naturce* Erigimur^ elatiores Jieri videmur^ humana despicimus^ cogi'^ taniesifue superà cUque cœlestia hœc nostra ut exigua et minima coniemnimus, Indagatio ipsa rerum tum maximarumy tum ctiofn occuUisiimarum habet oblectationem. Si vero aliquid OQcurr^t, quod verisimile videatur, humanissima completur aninuis voluptate^ Dejin,^ IV^ 5 in^

112 LIYRB XU# CHÀPITAS n«-

partie de sa doctrine, qa'en dernière analyse ce ne sont pas des raisons scientifiques, mais Tinclination el le sentiment qui produisent une solution que la conscience du peu de fermeté de son fondement scientifique ne peut empêcher. Cela devait d'autant mieux arriver , que la solution même tend , ainsi que nous le verrons , à réunir des élémens contradictoires.

Ce qu'il voulait établir a rapport aux doctrines de Dieu et de l'âme humaine. Il reconnaît l'influence qu'exerce sur notre vie morale la persuasion d'une Providence divine qui a l'œil sur les bons et sur les méchans , d'une législation suprême de Dieu dans nos âmes. Les convictions religieuses lui semblent extrêmement importantes pour le gouvernement de la Cité , et il pense avec Platon que la législation doit avant toutes choses s'occuper du culte des dieux (1). Ces doctrines se recommandent encore à son attention , parce qu*il cherche à élever les hommes à la connaissance de sa propre dignité , laquelle se manifeste particulièrement en ce que l'homme, seul de tous les êtres terrestres , a Tidée et la connaissance de Dieu , que son âme est un principe immortel, d'origine divine (2). Car ce n'est pas la forme sensible et passagère du corps qui est l'homme, mais l'esprit que chacun a reçu en partage. C'est ainsi que chaque homme est un Dieu qui meut ce corps » de la même manière que le Dieu suprême meut le monde (3). Déjà il fait entendre ici comment il est porté à concevoir l'âme humaine ; il voudrait la reconnaître comme une substance immortelle et

(0 Delegf^.,1, 75 H, 11,7.

(3) De rep,, "VI , 24. Nec enim tu «, quem forma ista déclarât y sed mens cujusque id est quisque^ non ea figura , quœ digito monstrari potest. Deum te igilur scito esse , si quidem deus est y quiviget^ qui sentit ^ quimeminit, quiprovidet^ qui tant régit et moderatur etmovet id corpus^ cui prœpositus est^ quant hune mundum ille princeps deus^ Tusc^ 1 , 2a.

l^ltliÔSOPHIË DfiS HOMAINS. 1 1 S

Jibre , qui exerce une puissance à elle propre sur le corps , et par ce moyen aussi sur les autres choses, comme un être enfin qui est d'espèce divine.

Mais ces opinions, qu'il caresse, n'ont sans doute pas des fondemens assez fermes dans sa philosophie ; elles semblent même ne les rendre que plus chancelans. On sait comment Cicéron, dans son Traité de la nature des dieux, oppose à la doctrine des épicuriens et à celle des stoïciens le doute de l'Académie , comment il voudrait accuser les épicuriens d'un athéisme déguisé , mais comment il trouve insuffisantes toutes les preuves des stoïciens en faveur de l'existence des dieux , et comment enfin il conclut en disant que l'admission ou la non-admission des dieux dépend absolument du sentiment individuel ; mais aussi il ne dissimule pas qu'il est plus porté pour l'opinion des stoïciens que pour les doutes de l'Académie ; seulement il ne regarde pas leurs raisons comme probantes , mais simplement comme vraisemblables (1). Il nous semble donc que c'est à tort que Ton a voulu révoquer en doute sa croyance en Dieu et aux dieux , en se fondant sur les doutes qu'il oppose aux raisons des stoïciens. Nous croyons qu'il est tout-à-fait de l'opinion qu'il fait exprii mer à Cotta, que l'on doit croire à la religion de ses p6 res, mais que la philosophie a le droit de ne pas s eu tenir à cette foi , et doit donner des preuves de l'existence des dieux (2). Il regarde les preuves des stoïciens comms si faibles, qu'elles semblent lui rendre douteuse une chose qui de soi ne l'est pas (3). On peut cependant recon^

{\) De nat. deor.^ III, l\OJin. Hœc cwn essent dicta , ita discessimusy ut Velleio Cottœ disputatio verior^ mihiBalbi adveritatis similitudinem videretur esse propension Cf, De'diif,, I, 5; II, 72.

(a) l>enar.Z)., ni, a , 3.

(3) iA., 4« 4[j/€rs hœc omnia argumenta, curdiisint^ rem-* (jue mea sententia minimç dubiam argumentando dubiamfct% Cf. f/;., î, I, . v

jv. 8

114 tiiTRt xti. cftAi^mË it. \

nattre qu'il accordait à ces preuves une sorte cle 6>rcé ; et si nous devions dire quelle était celle à laquelle il en reconnaissait le plus, nous nous déciderions pour celle qui est tirée de Tuccord de tous les peuples à croire des dieux (1 ). Car , quoiqu'il l^attaque également (3) , son point de inà% le ramène cependant en définitive a reconnaître une eertaine liaison entre le divin et Tesprit humain , liaison sur laquelle repose tout ce quMl y a de grand dans les choses humaines (3) , et qui se révèle en général dans l'idée du divin, qui nous est naturelle. Mais dans ces doutes, sur les raisons des stoïciens, il y a une chose particulièrement digne de remarque , qui résulte de son point de 'vue de la nature, et qui a par conséquent une grande force sur lui. (7est qu'il a l'habitude dopposer la nature au divin , en sorte qu'il y a pour lui , d'un côté , un Dieu sans nature; de l'autre, une nature sans Dieu. Cette opposition résulte à ses yeux de ce que rien dans la nature n'a lieu sans cause ^ que tout arrive en vertu de la nécessité forcée d'une série d'effets , à laquelle aucune réflexion , aucun dessein raisonnable ne pourrait rien changer. Il conçoit donc la nature comme un développement nécessaire sans raison, et oppose aux stoïciens, qui cherchaient à concevoir les événemens naturels réguliers dn monde comme un développement de la force divine et raisonnable , la conséquence que la fièvre et les maux qui affligent régulièrement le monde devraient aussi être regardés alors comme quelque chose de divin (4). Au raison-

(i) Il la reproduit plusieurs fois^ par exemple^ Tusc.j I, i3; ^ Afgg., 1,8.

(a) De nat. B., Ill, 4; cf. I, a3.

(3) 16., II, 66, Nenio igîtur vit magnas sine aHquo qfflaiu divino unquamJuiL Tusc.y I, 26..

(4) De nat. Z>., III^ 10. Il reproche ici aux stoUciens de ne pas avoir égasd k l'opposition entre la nature et là raison* Quidenim 9U j^eliuB, qmd pnestabitiusp ^mi inier naturam et rationeni

ifntçrsùj non distinguitur^

^ttiLOsonÉoii DES noniAtiifei f 1 S

H^mem qui passe de Tordre et de la beauté du mende à* Fexistc^nce d'une cause divine raisonnable ^ qui ordonne et foroM». le monde , il oppose donc l'opinion que tout a été produit eti subsiste suiwasnit do» lois. éternelles par- la ^il9m«® d^ 1« nfi|tuiw,,enie0ii8ëqi»eiiGe de la pesanteup eti dsft nxmwaïAQns» néceesaïKe» des. corps; et il aipove qu'il M embarrassé QXiirjQ l'Opioi^J» dei> stoïciens^ ei la doctrine deStca^toa (1)«.

L'in&ft^ncequie^Qeitteopîman' physique dut e&ereersur l>iii- sera mieux afq^roeiae eneore- quand ncms aurons» vu sim. opûiioa sur le divin. Il pense quelquefois-^ à la vérité^y que^ nous* ne pou^^oNQ^ ab6plud9[)e<Bi pas connaître le <ttvia, paf pe qur'i) éishappf à nos sens» el.que les perfections des Ttjvtus.que noms pouv^eAs^admettre nci peuvent pas lui étre/atfrihu4(^ (S); mais il uq peut cependant pas- reoon>* c^r.eiDiDplèteiQent y lorsqu'il conçoit: Tidée de Dieu, à k Cfm^QWoi^i d^' queiquet m^ttièpe,^ et à .diating^iev , par des careaj^H^s d^terwné^, son idée d'auAres idées. On^ne ^jatteod^paa-ài voir^ Cicérou déteraûner parfaitemenir^ces oarai^fèrejs pur ujee. défini tien seobstiq^e; seulement il les ia<dik%U4s-p»rtei>par?là', et les e^pirime STeei la retenue du doMAse- D'abord^ quoîqHi'il ne. pavle^ ordinairement, à la manièrti des anciens 9 que-duidi^viili en général ou d'une pljwalîijéi de<>I>iei|&, il recoxinaiticependant la. nécessité d admettre un Dieu suprême comme créateur* ou du moins commiç régulateur de toutes choses (3) . Il le considère alors comme up esprit qui est libre et sans mélange

»u 'i tH'nimiw-i* mnum' wwmuiu miiii»^ i iim^« *»i P^

(i) De nat. jD., III, ti, Naturœ ista sunty Salbe, naturœ non artificiose amhulantis^yju$ ak- Zétt&j quod quidèmqualc sît, jam videhimus ^ sed omnia cientis eU\ag\tantis -^moUhus- et

(2) IWc.^ I, %%• Nisi emm^y (fuietdimiti^uetm/uidintus,^ id^ quaie ^itf mttUigerepftjfSutm^y cerêft^^d^um ipsum Hdi\nnw» umvuÀnk€(»ppciPQlihcmiumcQ8JUiçUiom'OompkoHn

^jdjms^ i^., m, i^«.

1 1 8 linilS Jttl. CRIFITRÈ Ui

de quoi que ce soit de mortel , percevant et monvdfit tout , et lui-même doué d'un éternel mouvement (1 )• Cette opinion sur Dieu tient à la persuasion que Gicéron laisse partout apercevoir de la parenté et deTanalogie qui existe entre Dieu et Tesprit humain; ce qui précisément le porte à regarder le Dieu suprême comme Tâmedu monde, et à se prévaloir en faveur de cette opinion , de celle attribuée à Àristote, que Dieu est Thémisphère le plus excentrique, qui règle et contient en lui le mouvement des autres sphères(2) . On peut déjà voir par là que s'il appelle Dieu un esprit y cela ne signifie point une substance parfaitement spirituelle ou incorporelle. Dieu et sa nature spirituelle une fois supposés , il nous laisse libre de le eonsidérer comme feu, ou comme air , ou comme éther (3), et nous trouvons en général qu'il suit l'opinion commune de ses contemporains , opinion qui était sortie du matérialisme stoïque, et suivant laquelle le spirituel n'était considéré que comme une espèce particulière du corpo* reW4). Mais en suivant cette manière de concevoir l'esprit divin , il dut être d'autant plus incertain s'il ne reconnaîtrait pas que tout le divin doit être conçu comme soumis aux lois générales et nécessaires de la nature. Quelque habitué qu'il paraisse à opposer le divin au naturel , cependant le divin finit aussi par lui apparaître

(i) Tuscj ly 217. Nec vero deus ipse^ quiintelUgUur a nobis^ alio modo intelligi potest^ nisi mens soluta quœdam et libéra, segregaia ab omni concretione mortaliy omrda sentiens et mo^ vens ipsaque prœdita motu sempUemo.

(a) JDe rep.f VI, 17, a4; Ao.f I, 7-

(3) 7\isc,j l, ^6j 39.

(4) De fin. y ly, 5, II. Cujuscumque enim modi animal ôon* stitueriSf necesse esty etiam si id sine corporesit, utfingimusj tamen esse in animo qucedam similia eorum ^ quœ sint in cor-^ pore, Gicéron rapporte donc aussi partout la doctrine de la ciii-* quième nature d'Aristote à la nature de Tesprit. Tusç*^ I^ 10, 26, . - '

PHlLOâOPHIB DES ROMAINS* 117

<!oinme quelque chose de naturel, et il le dispose de manière à n'en faire plus qu'une seule et même chose avec la série infinie des causes et des effets» qu'il trouve in* compatible avec la liberté de la volonté raisonnable (1). On ne comprend pas bien comment la Providence des dieux est alors possible ; car » observe Cicéron, il y a trop à dire contre l'opinion que les dieux ont bien tout ar» rangé et qu'ils ont toujours eu l'homme en vue. Ils nous ont donné la raison ; mais ils devaient savoir aussi quel fatal présent il nous faisaient là (2). Le stoïcien luimême n'ose pas affirmer que tout, jusqu'aux plus petites choses y révèle la volonté de Dieu. Les dieux peuvent bien ne se soucier que du grand et négliger le petit (3).

Bien que l'on voie par là que Œcéron trouve, à la vérité , dans la philosophie des raisons]vraiaemblables de croire à une puissance divine qui régit le monde , mais qu'il rend aussi hommage à une opinion qui exclut une semblable puissance, il faut croire cependant que, suivant son inclination, il se sera attaché d'autant plus fortement à la foi religieuse de sa nation ; mais sans doute que cette foi nationale , ainsi que celle de tous les autres peuples qu'il connaît, est telle qu'il ne peut pas s'y abandonner de toute son âme. Ne doit-il pas, en sa qualité d*homme politique éclairé, juger que les religions, en général , sont uOles aux états, mais qu'il est pernicieux que le mal et le vice soient honorés comme des divinités (4) ? Il ne peut donc pas partager l'avis des stoïciens, qui espéraient s'approprier la religion du peuple avec toutes ses fables, et lui donner un sens raisonnable. En homme pratique, éclairé et spirituel, il laisse voir, au contraire, son inclination à tourner en dérision les idées populaires et les fables des poètes sur les

(i) De fàtOy 9,10.

(2) De naL P., III, a;, 3a, 33.

(3) Ib.y II, 66. Magna dii curant y pan*a negligiint,

(4) De legg.y II, ii; De nat.D.^ III, 17.

1120 UVftfiXlI. CHAPITRE II.

particulière à la question de la liberté de la volonté. On conçoit que la tendance dominante à la pratique devait le porter à défendre le libre arbitre contre toutes les attaques qu'on pouvait tirer de l'hypothèse d'un destin inflexible. Il se montre donc très porté à affirmer la liberté intérieure. Il accorderait plutôt que toute proposition n'est pas vraie ou fausse que d'accorder que tout obéit au destin ( 1 ). Néanmoins il espère n être pas réduit à cette extrémité (2); mais nous ne pouvons savoir comment il pensait y échapper , puisque son ouvrage sur le destin renferme une lacune à l'endroit même où il semble avoir exposé son opinion là dessus (3). La manière dont il s'explique sur la nécessité du sort et sur la liberté ne semble pas cependant promettre une solution fondamentale à la question. Âla vérité, il se défend bien contre ceux qui pensent que l'enchaînement naturel des causes et des effets est troublé par la liberté de la volonté, en faisant voir que la libre détermination du vouloir fait justement partie de cette nature , qu'elle est en notre pouvoir et nous obéit, mais cependant pas sans cause, car cette cause existe uniquement dans la nature du libre vouloir même; en sorte qu'il n'y a pas ici défaut de toute cause , mais seulement de la cause externe et antécédente (4). Mais s'il confesse qu'il ne justifie par là aucune autre liberté que celle qui conviendrait aussi aux atomes dans leur chute perpendiculaire, suivant l'opinion des épicuriens, il peut donc bien se flatter qu'il n'est pas nécessaire de recourir, pour la défense du libre arbitre , à l'hypothèse épicurienne , que les atomes s'écartent arbitrairement dans leur chute

(i) DefatOy 10.

(2) Ib,y 11^ 16.

(3) Entre le cap. 19 et 20.

(4) Ib, 1 1 . Motus enini voluntarius eam naiuram in se ipse continety utsit in nostra potestatej nobisque pareaiy nec idsinc causa} ejus enim rei causa ipsa natura est» Son opinion semble avoir été empruptée à Garaéade , sur lequel il se fonde.

PHILOSOPHIE DES HOMÂINS. l3l

Ae la perpendiculaire (1). Mais on lui accordera difficilement qu'il ait suffisamment défendu sa thèse contre toutes les objections ; car que Teut-il dire quand il rejette toutes les causes externes et antécédentes , si ce n'est que l'être libre peut être conçu indépendamment de Texterne et de Tantécédent ? Et qui reconnaîtra à une nature une liberté y une fois donnée pour toutes ? Ces objections Talaient la peine d'être résolues, et nous ne voyons pas comment Gicéron à pu croire avoir suffisamment défendu la liberté contre l'enchaînement éternel des causes et des effets. Il semble en dernière analyse qu'il ne croit à la nécessité morale d'admettre la liberté que parce que si les événemens étaient invariablement nécessaires, aucune actionne serait digne d'éloge ou de blâme , et que les peines et les récompenses paraîtraient injustes (2).

En jetant un coup d'œil sur la marche de toutes ces recherches physiques , on aperçoit qu'elles se rattachent à sa conviction morale. En parlant du caractère de son scepticisme en général, nous ne pouvions pas oublier qu'il hésitait entre la morale des péripatéticiens et celle des stoïciens y mais qu'il s'opposait assez résolument à celle des épicuriens. C'est ce qu'il nous reste à voir d'une manière plus précise.

Il oppose à la morale d'Épicure la dignité de la nature humaine. La nature nous a faits pour quelque chose de plus élevé que les plaisirs des sens , les jouissances corporelles, que le véritable épicurien peut seules recommander. Déjà, observe-t-il, Tamour naturel de soi n'a pas pour but la volupté ; car , si nous aimons le plaisir , ce n'est pas pour lui-même , mais pour nous (3). La science et la vertu sont pour nous , en elles-mêmes , des sources de jouissances , et ne peuvent pas être recommandées comme

(i) L. 1.; Ib.j 20* (t) lb,y la, 17.

(3) Dejin.y V, 11.

ISft £ITRBUI. CHA.P1TRB llk

siAipIes nioyens poiir atteindre la volupté corporelle. La iaat«ir« noui impose des devoirs ; elle â mis en nous ra*modir pour nos amis^ pour notre famille, pour notre {mairie ) poar rhumanité entière dont nous sommes mem* brék ( bomme un caractère de notre extraction dititie (1). En face de Dieu, c'est-à-dire en face de son propre esprit dititi \ l'honime doit être saisi de drain te et de pudetit* (2); Rien de ce qui ne rend pab bon celui qui le jiossède ne peut ébre estimé bbn ; et Socrate , véritable {Philosophe ^ aiait raison de ihaudire ceux qui avaient établi une dis* tinttibn entré l'utile et le bon > deux choses inséparable*mieht unii» par la nature (S); Le mécharlt se phtîit lui^^ tnéme par les senUtnéns vicieux qu'il nourrit au-dedans ijé i«li(4)) ledèVôtr he deit p&sétre pratiqué dans une vue d'intéréi , tuaiâ hobi devom chercher le fruit du devoir dans le devbir même (5); Dans ces propositions et dfans â'àutrés Semblables^ il attaque la recherche dès plaisirs fet l'i%dfbme d^ la morale épicurienhe; et aspire à Une meralité plus pure*

Néà^mciins, il he veut pd& se rendre k la doctrine «tbrque^ en tant qu'elle ne feconnatt pas d autre bien que le bien moral. La jouissance modérée n'est pas à rejeter (6); la douleur, fût-elle supportable et ne riût-elle pas nécessairement troubler Tâme du sage (7) , doit être ce- I^endailt regardée comme uh mal y parce qu'elle empêche la pratique de la vertu (8). La vertu luémeest impbssible

(i) De fin., L 7 j 11^ ^4$ De legg,, I, 7.

(2) De qff\^ III, 10. Cum vero jurato sententia dicerida sity meminerit deum se adhibere testeni^ id est, ut arbitror^ mentem suam, qua nihil homini dédit deus ipse divinius.

(3) Parad,y t; ï>e off,, tt, 3; hl, 3, 5.

(5) De fin,y II, 22.

(6) De sen,y i4.

(7) Fuse, y II, i8.

PHILOSOPHIE DESHÔMànrS. 12$

8*il n'y à pas de biens extérieurs entre lesquels elle puisse choisir, et une nature antérieure à la vertu , dont la Yèirtti prôcèâè et qui tenâ à la conserver et à là perfeetionner (1). Le sage ne peut donc pas être tiènreux sans lé secours de la fortune (2). Une intolérable assertion des stolciëïis , c'est que le sage seul est bon, que tous les autres "ndécliàtis au même degré et qiite tons les vices sont égàtix y cotume si tous les biens qui sont mis en péril par une fantè ou par une autre étaient d*un égal prix ; comme si Ton ne devait pas distinguer entre ceux qui isont opinià'trémeht déraisonna^bles , qui se Font les esclaves du Vice f qui font le mal avec beaurouj» de réflexion, et ceuk qui hé s6n\; entraînés à rinjusticè que par un mouvement subit àè ï'âmè , qui est ordinairement de courte <Jureé (s). Sur ce point , et sur d'autres encore qui s*y rattaclientjKiicéroh combat la doctrine des stoïciens, parce qu'elle lui semble contraire à la sagesse pratique qu'il xîlierche , puisque le sage, auquel ses préceptes s'àdressèhi, hé se trouve Aulle part, et qu'il n y a personne à qui Ton puisse attribuer lé bien oii dont on puisse l'exiger (4). Il adopté en conséquence avec plaisir là division stoïqile dés devoirs, eh devoirs moyens et en devoirs parfaits^

(i) Be. fin, IV y i55 V, a3, «4- (a) Ib.^ V> îiB; Fusc.^ V, îS-, i6.

(3) De fin., IV, ^8; De off.>, !> 8//t.; cf. De fin., lY, ao.

(4) i>eam\, 5. Sedhôv pnhtum sentio^ nisi ih honù oHlic/- *îb»i es^e Ho¥i passes nèque id ad vivum rèsecô , ut iUl^ ^iliœc ^gubùlàis dhsenmt ; fi)ruisse vere, sed ad €Oinmwtem nH&tatem fMrum, NGgahtenim quefnçaêun virum honum esse y nisisorpientem. Sit ita sune. Sed éam sapientiam interpretantur^ ^uatii adhitc mortalis nemo est consecutus. Nos autem ea, quœ sunt in usa vitaque communia non ea , quœ finguntur aut optantur, spectare de&eTnxts. On vuit, par le fartasse vere, i'inccrtitude de Cicéron^ et comment il ^ pu s'exprimer autrement dans d'autres temps; mais il faut s'en tenir à ce qu'il donne comme son opinion prédominante propre.

12i LIVEB XIX. CHAPITRE II.

pour se mettre en quelque sorte à l'unisson avec la doctrine stoïque, dont plusieurs principes ont cependant pour lui de la vraisemblance. Il dit donc qu'il lui semble, à la yérité , que le sage parfait peut seul agir parfaitement bien , accomplir son devoir d'une manière parfaite , mais qu'il ne veut traiter que des devoirs imparfaits, qui peuvent être pratiqués par l'homme de bien , lequel n'a que peu de ressemblance avec le sage. La vertu existe aussi dans un pareil homme, quoique pas dans une parfaite mesure (1).

Plus donc il s'éloigne des stoïciens , plus il se rapproche de la morale péripa té tique , qui tout en affirmant des biens corporels et extérieurs, qu'ils ne devraient avoir presque aucun poids dans la balance en opposition à la vertu , considère sans doute ces biens comme quelque chose de différent des biens moraux, mais ne laisse cependant pas que de les signaler comme quelque chose qui devrait être en soi de quelque prix et valeur pour nous (2). La santé , la fortune, l'honneur, Tamitié, la patrie lui semblent désirables, quoiqu'il puisse s'élever à la force de la vertu, qui considère tout cela comme inutile pour le bonheur, et qu'il fût sûr de trouver encore le souverain bien an-dedans de lui-même dans le taureau de Phalaris. Mais ayant dû remarquer que les péripatéticiens croyaient peu à cette force de la vertu, il put aussi ne pas ajouter une foi entière à leurs principes. Il accuse quelquefois la mollesse des péripatéticiens d'avoir porté atteinte à la dignité de Ja vertu. Aussi avons-nous déjà remarqué qu'il ne pouvait pas être pleinement de Jeur avis sur la préférence qu'ils accordaient à la vie sbientifique par rapport à la vie active. Mais ses attaques contre les péripatéticiens ne se bornent pas à cela; en fait, il les dirige contre les fondemens de la morale d'Arisiote lorsqu'il déclare

(i)i?eoir.,iii,3,4.

(2} De fin,, V, 23; De off., III, 3.

PHILOSOPHIE i>Êâ AoMàiNS. i$^

<}u*il ne ^eut être de son avis sur Vidée de k Vertu. TI considère, avec lesstoïciens, les passions elles mouvemens de l'âme comme des vices ; croyant devoir aspirer au plus haut degré du courage , à la fermeté absolue de l'âme.! qui trouve en elle toute consolation, il ne comprend pas que la vertu puisse consister dans la modération de ces sortes d'états , dans le milieu entre le trop et le trop peu dans les mouvemens de notre âme (1). Il demande s'il est possible^ dès qu'une fois Ton s'est abandonné aux mouvemens de l'âme y de les régler ou de les modérer (2). Si les péripatéticiens en font l'éloge comme des mobiles d'action et de toute espèce de vertu pratique , il soutient au contraire qu'ils ne font en cela que de parler habilement d'une chose déraisonnable en soi , que la définition stoïque y qui présente au contraire les passions comme des désirs violens opposés à la nature et à la raison g leur donne le nom qu'elles méritent (3). Ceci est tout-à-fait d'accord avec toutes ses idées sur la vertu ; car il peasait avec Zenon 9 contre les péripatéticiens, qu'il n'y a aucune véritable vertu de nature ou par habitude , mais que la vertu n'a son siège que dans la raison (4) , et qu^en conséquence les vertus ne pouvaient pas être conçues comme distinctes en réalité les unes des autres , qu'on ne pouvait les concevoir ainsi que par forme de discours et pour se

(i) Tusc, ly, 17. Quocirca mollis et enervata putanda est peripateticorum ratio et oratio^ qui perturbari tuiimos necesse esse dicuntf sedudhibent modum (fuemdaniy quem ultra prO'^ gredi non oporteat. Modum tu adhibes vitio? etc.

(2) Ib.yWy ïS'yJDeoJjf.^ly a5.

(3) Tusc.ylVj 198.

(4) Ac.y I, 10. Cumque superiores (se* peripatetict) non om^^ nem virtutem in ratione esse dicerenty sed quasdam virtutes natura aut more profectas j hic {se. Zeno) omnes in ratione ponebat. D'autres vertus, que celles qui sont fondées sur le sçns moral ; sont aussi reconnues. DeJin.yYyiS,

^2$ tiVRÉX!!- CHAPITRE li*

conformer aropiniou géoéralemeot reçue (l). Quand, o^ dit que Thomme doit yivre co^form^ment^ à. la. u^l^^.y cela sig^nifie c^u'à 1^. yérité U najLaf!^ corpor^Up., qonii^e fondement dç V^^^i^enç^ Iiums^n^ „ nf; 4pifi psi» ^t^e. ^ gligée , mais que Ton dpit, ç^jj^îi4^i^Js aspirer à, l^ g^çffiction interne ou, à la xertu, çofi^ine à. la cbp^.Q es^nti^Ue (^2);, car , dans la natur^ h^umaine , le pren^ier rôle ap^artic;at. à râ^e , tout le reste doit Iq^ob^ir (3) ; i»w&,4ftP* lî^WS^ le premier rang appartient aussi à 1^ r,a^spi^. <son^f|^ \ \^ partie qui peut erre formj^^ par la yQ)oi).t4 Uux^afn^* Qç quje la nati^^e fori^^ en, elle doit obéir à la r;aifk0n^^çqipii9fl iji est; évidfsnt que pou^ ^&ssyci% 4P9nQr à, tp|^tf^«, i^ps^act^Q^if^ morales une i:ai^n yr^em^lable ; Iq 4^^ 'Wf^^F/^li 49ili an cpn traire. éti;e sot^mis. à. 1a, raison (4), \\ aiiil^ de tp«}t,(^^ que Cicéron, ni^ pçat x;iejji. adlmeUre. qqqf^f^p. ^Sf^ Wii W soit fondé sjji^ la. i;çfle&i,oo d^ la ta^^n, ^tr q;»'ilf 4f>ifi ];enyoyer 4e3. t^end^pces n^turellfss 49>rân^e ^la,r^s(^

Quiconque maii^t^enja^ suiyra avec qji^lq^q atf qp^%l^ manière 4ont Çicérgn s.çfrpr.qe d'unir la,n4pf^les|jOJ4it&à,I% morale péripatétique^djeyra, s'apercevoir qp!iis^fpvq(i{q^ sur ce poiiit une manière de.pçnsf^r, à l^i., qpf,4tf4^^W^^ fondée sur la si^vérûé scij^ntifiqu^ 4e rencl^{Uf|ffT\iiyt4fr<^ ]^ensées que sur un, ^ç^pme^t nçitiopal, ql s|ir.d£S. ii^i^^fllflr tions persoi^nelles dç ri^pmme* D^UJ^chQsçia,qpi,rei^pi^ chèrent d'embrasser entièrement , soit l'opinion des péripatéticiens , soit celle des stoïciens sur le bien ; elles le conduisirent d'une manière presque insensible à une tput autre idée touchant ce qui doit servir de règle à L'homme dans sa vie. Ce fait ^st naturellement très remarqua* ble dans les idées les plus générales sou^ le^qu^lesla ii[xo*

(i) -A?,, i. 1.; De offi., II, 10.

(2) De off., m, 3.

(3) De Jîn.^y ^ rjt,

(4) Ib., i3j Deqff,^ \ ^8,2^,

t^ttitôso^niE DBS ROMÀi!fâ« f si

i'ate se présente à ses yeux. Si les philosophes grect avaient dit qu'il n'y a que le bon qui soit beau, Cicéron disait au contraire que l'honnête seul est bon (1), et il re« garde la proposition comme tout-à-fait équivalents à celle des Grecs. Telle est sa manière constante de s'exprimer; quand nous parlerions du bien moral , il parle de Vhonnéte et ne cherche qu*à faire voir que Vhonnéte ne signifie que ce qui est vraiment digne d'éloge , dAl-il ne pas étra loué, en un mot, la vertu (2). La vertu se révèle à ses yeux , surtout par l'éclat de son mérite (3). Quand il veu| montrer comment nous sommes portés par la nature à ce qui est mpralement bon, il donne comme preuves lea exemples que nous voyons, daiis la jeunesse ambitieuse , l'émulation qui règne parmi les jeunes gens de même Age pour se faire distinguer aux premiers rangs, les travaux auxquels elle s'assujettit dans la vue d'en retirer quelque gloire (4). A l'honnête, il oppose le déshonnêle comme le mal, que nous devons éviter (5). Le véritable honneur est pour lui l'égal de la vertu ; il le distingue , à la vérité, de la renommée ^ mais il reconnaît cependant raffinlté qui les unit (6). C'est pour cette raisoB qu41 trouve aussi

(i) Forn^ule du premier paradoxe : Ôrt ^ovo^ àyoSjljy t\ x^ov« Çuod honestum sity id solum honum esse.

(2) De Jin^^ II , i4« Houestum igûur ^d irUelUgimu^^ quçd taie est y ut detracta omni utilitate sine ullis prœmiis friiçtibjuS'^ que ver se ipsum possit laudaj-i, Ib.^ i5; De qffi, I, ijSn, Çuod etiam si nobilitatum non sity tamen honestum s^t, quod" que vere dicimus , etiai^i si a nullo laudetuVy natura esse lau" dabiie. De fin. y V, 21. Itaque omnis lionosy omnis admiratio y omno studium ad virtutem et ad eas actiones , quai virluti s^nt consentaneœ y reJertuTy eaque omnia y^ quœ aut ita in animis suntaut ita geruntur, uno nomine honesta dicuntur, /t.. a3.

(3) Dejin.y V, 11 fin,

(4) Defin.y V, 22 in.

(il) L.L}i^Pj^.,IH, a.

(6) De fin»^ V, 24 in.

1?8 ttVBBXlt. tUkvrtMM

une si grande ressemblance entre le bien moral et la con« Tenance, la décence, qu'il les présente souvent comme tout-à-fait synonymes (1) ; on peut bien y voir une dilTérence , mais il n'est pas facile de la rendre (2). Partout le décent suit l'honnête ; mais il se distingue particulièremont en ce que nous gardons dans nos actions un certain respect envers les autres hommes, en songeant à ce qu*ils pensent de nous, et en évitant tout ce qui pourrait les choquer (3); aussi remarque-t*on que la moralité tend à polir les mœurs. Cette idée de la convenance rend très nettement cette direction de ses préceptes moraux. Il veut partout prendre en considération ce qui est d'accord avec notre position et nos rapports avec les autres hommes, ce qui leur est agréable et mérite leur éloge (4); et Ton ne peut pas méconnaître qu'il s'éloigne ici de cette forme sévère de la morale stolque, qui plaçait la sagesse beaucoup trop au-dessus des hommes pour qu'elle ait dû recommander d'en faire sa règle de conduite. En quoi il est aussi très remarquable qu'il fit sa morale pour les conditions élevées dont il attendaitdes lecteurs, et qu'il devait en conséquence approprier tout son point de vue à leurs rapports (5). Comme lui-même aimait beaucoup la gloire , il

(i) Defin., II, i4* Quia decety quia rectum^ quia honestum est.

(a) De qfflf I, 27 • Qualis autemdifferentia sit honesli et dc'corifjacilius intelligij quant explanari potest.

(3) De off.y I, 28. Adhibenda est igiiur quœdam reverentia adversus homines et optimi cujusque et reliquonim. Nam negli" gère, quid de se quisque sentiat, non solum arroganiis est, sed etiam omnino dissoluti. Est autem , quod différât in hominum ratione adhibenda inter justitiam et verecundiam. Justitiœpar^ tes sunt non vioiare homines , verecundiœ non ojffendere^ in quo maxime perspicitur vis decori.

(4) Ib., 35.

(5) Comp. De ojjflj I, 4a, Les remarques de Ganre, dans sa traduction du Traité des devoirs , contiennent là«de$»ii$ de bons renseignement.

l>MltOSOPIIlÈ DÈS R0Mim*5* 1 29

voulut aussi lui donner de la dignité et en faire un mobile pour le bien. Il ne pouvait partager l'opinion dcsphilosor phçs grecs qui ne philosophaient qiie pour leurs écoles, et qui par conséquent ne cherchaient leur satisfaction que dans la vie retirée de la pensée scientifique ou dans la suffisance à lui-même du sage. Si donc Platon pensait que le sage ne se mêlera de l'administration publique que par nécessité, par la raison de quelque chose de plus digne à faire pour lui-même , Cicéron observait au contraire que le chef de TËtat doit être soutenu par la gloire, et que le désir de la célébrité doit lui faire accomplir de grandes choses (1).

On n'attend pas de nous que nous entrions dans de plus grands détails sur la morale de Cicéron, tant ,parce qu'elle contient peu de choses qui lui soient propres, que parce qu'il n'est pas parti de principes philosophiques , mais seulement de l'observation de la vie. En général, les préceptes particuliers de Cicéron devaient se ressentir des efforts que faisait l'homme d'Etat pour être utile an peuple Romain et aux hommes de sa classe , et il ne faut pas attendre d'un homme politique des règles d'action trop strictes. Ce n'est qu'à cette condition aussi que ses principes sur l'honnête et sur le respect des convenances devaient avoir de Tinfluence. A la vérité , il ne veut pas seulement recommander une action qui n'ait pour but que Jalégalité,au contraire la véritable moralité prescrit encore à ses yeux beaucoup de choses qui ne peuvent ni être commandées ni punies par la loi (2). Il reconnaît, à la vérité , qu'il faut tâcher d'avoir l'assentiment du peuple i

(i) De rep.y V, 7. Le fragment n'est pas très clair; il est évi* dent, néanmoins, qu'il contient une polémique contre la doctrine de Platon.

(a) Dejin.y II, 18 ; Z>e o^, III, 17. Ici se rapporte la manière dont il dislingue la lex îia*urœ et le jus civile. Comp. là- ^dessus Delegg,y I, 5; III, no fin. Cependant Toppositioa est prise par Cicéron dAn;^ uq $es3 difli'rwVUt '♦

130 tiVftE Xll. CHÀt»ITR* tt.

ainsi que l'approbation de sa conscience (1 ) ; maïs îl ne voudrait cependant pas trop s'écarter des sentiers battus de la vie , de ce que les rapports de la soeiété semblent cxi«er dût-il en cela n'être pas tout-à-fait d'accord avec la stricte moralité. C'est ainsi qu'il pense avec Panétius que l'avocat peut prêter le secours de son éloquence à une affaire injuste; il fait cependant là-dessus quelques réflexions , parce qu'il écrit ici en philosophe ; mais néanr moins, par respect pour son prédécesseur stoïcien, il se confirme dans une opinion qu'il avait souvent suivie (2). Cicéron pense donc aussi que nous pouvons bien faire, par amour pour nos amis^ beaucoup de choses qu'il ne serait pas honnête d'entreprendre pour nous-mêmes ; nous pourrions même, dans des circonstances périlleuses, dévier un peu du sentier de la justice en faveur de l'ami (3). Ces livres sont remplis de semblables règles de prudence, quoiqu'il ne voulût pas accorder en général que l'utilité pût jamais se trouver en conflit avec la moralité.

Il fut conduit, par le compte qu'il tenait de l'expérience de la vie, à recommander, plus que ne le faisaient ordinairement les philosophes, de considérer, dans Taction, la nature propre de chacun. Lorsqu'il donne des préceptes de convenance, il dit aussi que chacun doit prendre égard , dans sa vie , à sa nature propre ; il ne voit rien , dans cette nature propre , qui soit un peu défectueux ou un peu opposé à la nature générale de l'homme ; il ne la considère pas précisément non plus comme une limitation de la nature en général, quoiqu'il reconnaisse qu'elle peut

(i) Tusc.y II, 1^ fin. Nullum theatmm virtutî conscientîa majus est,

(2) De oJSr.y II, il

(3) De am., i6. Quœ in nostrîs rébus non satts koneste, in anUcqrumfiunt honesUssime* Ib.y l'j» Ut etiam si quafartuna accident y uî minus justœ amicorum voluntates adjuvandœ sint^ in quitus eorum aut caput agatur autfama^ deCi'ncmirAm sit ie via , modo ne summa turpUudç sequaUir.

MllÔSÔFfilfi BSi &OM AtM S 131

qtt&lt[Qefois nous empêcher d'aspirer à quelque chose de ' plusélevé, parce quecela répugne à notre nature et qu'il ne peut être obligatoire de tenter Timpossiblé ; il s'en tient plutôt tout simplement à ce que les natures des hommes doivent être distinctes les unes des autres par des caractères propres y et qu'en conséquence de cette différence originelle, chacun a aussi son rôle particulier à jouélr dans le monde s'il veut avoir une vie réglée et ne pas tomber dans une imitation ridicule (1). C'est à cela , suivant lui , que se rapporte le précepte de se choisir un genre de vie conforme à sa nature; l'un s'appliquera donc à la philosophie , Taiitreà la guerre, un troisième à l'éloquence , et ainsi chacun a une ou plusieurs choses quî^ d'après son opinion, soient dignes d'un homme libre. Il n'approuve pas l'aveugle imitation du genre de vie paternel , ni l'ambition indiscrète de faire ce que tout le monde loae (2). Il reconnaît aussi, il est vrai, l'influence des circonstances e^itérieures sur le choix d'un état de vie, mais il a plus d^égard encore à la nature propre , parce que les circonstances extérieures sont plus variables que la nature^ d'où il suitqu^il est plus rationnel d'arranger sa Tite* en partant de celle-ci qu'en se soumettant à celle-là (3). C'est ainsi qu'il croit apercevoir comment , dans la grande sphère de la vie morale , doit se distinguer une multitude de directions particulières , dont rtme peut être assignée à l'un, l'autre à l'autre, comme sa tâche morale. Lorsqu^il étend cette idée au point de tenir Tun plus capable de se distinguer dans telle yertu, l'autre, dans telle autre (4), on voit alors comment,' en ce point , il passe de la morale stoîque à la morale péripatétique ^ ce qui pet^et d'expliquer aussi

(i)Z>eo^.,I,3i.

pourquoi il n*a pas eu assez d'égard à la différence ehite le choix d'un état de vie et celui des principes moraux (l). On pourrait peut-être s'attendre à voir un homme tel que Cicéron , qui avait passé sa vie dans les affaires publiques et qui setait acquis de la célébrité , que de son expérience , trouver beaucoup de choses nouvelles et vraies dans ses réflexions philosophiques sur la république et les lois. Mais si l'on fait attention qu'autre chose est le talent de trouver, dans des circonstances données, le praticable, et d'employer les moyens propres à le réaliser, autre chose de tirer de la donnée les lois générales de Taction ; si Ion fait attention combien de difficultés , de scrupules, doit rencontrer un homme d'Etat qui n'a pas encore entièrement renoncé à la vie des affaires, lorsqu'il veut faire connaître toute son opinion sur la république et son gouvernement , combien il peut être facilement empêché par là de dire franchement et sans déguisement aucun ce qu'il y a de plus spécial , de meilleur et de plus instructif dans son expérience, alors on sera moins surpris que les ouvrages de Cicéron sur la république et les lois répondent peu à une semblable attenté. £t cependant on a lieu d'être étonné quand on voif çpmment , à la vérité, ilsemble promettre sur la république des recherches, fruits de son expérience personnelle et de la tradition des ancêtres, et qui doivent surpasser de beaucoup les travaux sjualogues des Grecs (2), et combien peu Cicéron nous révèle ou veut nous révéler, dans ces ouvrages, d'opinions à lui propres, de réflexions indépendantes et originales. Le côté philosophique de cette partie de ses œuvres nous semble plus faible encore qu'il ne Test en général dans tous les autres écrits de Cicéron. A la vérité nous n'avons que des fragmens de son traité de la république , mais ils

(i) C'est ce que Garve a expliqué longuement clans ses remar^ ques sur le Traité des devoirs^ p. i65 s.

^2) Derep,^ I, 22; a3^

ÎV

t>flILOSÛ!>Btlfi DES ROMAtlHS. l33

âuflSsent#pour en faire connaître le caractère philosophique ; il le présente comme une imitation de Platon , mais cependant d'une exécution plus yaste; comme aussi dans son Traité des lois il avait le même modèle sous les yeux. En beaucoup d'endroits son exposition sent l'idée platonique de la justice ; mais en y regardant plus attentivement, on reconnaît cependant, à n'en pas douter, que son opinion de la république s'est moins formée d'après la doctrine de Platon que d'après une manière de voir généralement répandue, qu'Aristote avait le premier émise, mais qui avait éprouvé un grand nombre de variations en passant par les historiens et les philosophes, particulièrement par les philosophes de l'école stoïque. Ces changemens , quant à leurs traits généraux» nous sont principalement connus par Polybe (1), avec lequel Cicéron a aussi cela de commun ^ qu'il indiquait comme le cà té nouveau dans sa manière; l'entreprise de développer les règles du gouvernement, en prenant pour modèle la république romaine (2). Mais en donnant cette république même comme modèle (3), et en voulant faire voir, par l'histoire de son développement, quels sont les fondemens sur lesquels doit s'élever la meilleure des cités, il flatta sa na«

(i) Pofyb.y VI, 5. Kuhner (M. Tullii Ciceronis in philoso^ phiam ejusque partes mérita. Hamh.j i8!25), p. a64> ^67, 271, renvoie aussi à Polybe. Cependant , Gicéron ne parle que rarement de Polybe , deux fois seulement dans les fragmens sur la république, II, i4, et IV, 3, mais de telle manière que Ton peut rexnarquer qu'il connaissait bien les parties de Fouvrage de Polybe qui appartiennent à son objet. Deux autres passages, De qff.y III ^ 32; Ad Att.^ XIII, 3o, se rapportent aussi à cette partie) cf. Polyb.^ VI, 58. Gicéron nomme deux stoïciens qui s'étaient occupés d'une manière spéciale de la politique , Dion, vraisemblablement un contemporain de Chrysippe {Diog. L,^ VII, 190, 192), etPanétius. Comp. Diog. Z», VU, i3it ' (2) Derep.y II, 11; 3o.

(3) Ib,, I, 46; Delegg., I, 6, u, 10.

134 LiYM XII. GSAnTU n<

tion et son patriotisme, pliis peut-être qa'il n'en pouvi^it répondre dan^ son désespoir profond du salut de la république romaine. Toutefois il ne se montre pas si aveuglément admirateur de la constitution romaine, qu'il n'y trouve beaucoup à reprendre. Il a bien pu, à la vérité, la la peindre* en beau; mais* cependant il devait encore y trouver beaucoup de choses dignes d'occuper le zèle .et les lumières de l'homme d'État. Aussi le trouvons^nous encore, dans cette partie de ses investigations, inclinant dans un sens contraire , et il est impossible de ne pas voir que sans doute il dut trouver, là aussi, de quoi s'exercer.

Si nous nous rappelons les doctrines antérieures 4es philosophes grecs, nous aurons peu à faire pour donjaer à connaître ses opinions générales. Des constitutions {mres, celle qui lui plait le moins, eal; U démocratie, parce qu'elle ne permet aux hommes distingués qu'un degré élevé en dignité (1); celle qui lui plait le plus au contraire , c'est la royauté, parce qu'elle met au même niveau la foule des passions, en les aoupoettant à la domination d'une raison unique (2\ Il trouve néanmoins que dans toutes les constitutions pures il y a en général une tendance à la dégénération du gouvernement, et en particulier un vice propre à chacune d'elles ; car, dans la royauté, les simples citoyens ne jouissent d'aucune véritable liberté, du droit commun et du vote général. Il en est de même pour la multitude du peuple dans l'aristocratie. Dans la démocra* tie, au contraire, l'égalité générale, qui ne permet aucune distinction à ceux qui en méritent , doit paraître déraisonnable (3). Son idéal de la république est donc un mélange des trois formes principales de gouvernement (4). 11 met cette idée en rapport avec la constitution romaine ,

(i) Derep.j Ij ^6, 27.

(3) Ih., 37, 28, 3i.

(4) Ib.y 29, 45.

PHILOSOPHIB DES ROMAINS. tSS

et trouve réunis dans celle-ci les trois élémens de la souveraineté : lelément royal dans les consuls, Télénient aristocratique dans lesénat , Télément démocratique dans la part que prend le peuple , soit immédiatement , soit par les tribuns, au gouvernement deTÉtat (1). Il vante aussi rétendue de la république romaine en comparaison de la petite république que Platon avait peinte pour modèle, et justifie la domination du peuple romain par la force des armes sur les autres peuples, au moyen des mêmes raisons qui lui servent à justifier, avec Platon et Aristote, Tesclavage (2). Considérant toujours ce qui se passe dans la république romaine, il préfère la royauté élective à la royauté héréditaire (3) , et vante comme un grand acte de prudence de la part des ancêtres, d*avoir restreint le pouvoir consulaire à un an, afin qu'il ne devint pa^ dangereux aux autres. Tout en louant ainsi en général la constitution romaine , il trouve cependant à blâmer quelques institutions ou usages particuliers; mais c'est de peu d'importance. Quoique la puissance tribunitienne lui eût donné plusieurs fois tant à faire, il a néanmoins des éloges pour elle, parce que, bien qu elle doive receler quelque chose de mauvais., elle produit néanmoins le bien inestimable de donner au peuple un guide qui sera plus facile à contenir que le pouvoir désordonné de la multitude (4). On voit qu'il pense plus à restreindre le pouvoir du peuple qu'à l'augmenter. Il va plus loin encore. On peut remarquer, en effet, dans son livre des Lois, plusieurs passages dans lesquels il donne des conseils sur la manière dont on peut reconnaître au peuple une apparente liberté en lui enlevant de fait son pouvoir. Comme Platon , il approuve que

(0 De rep,, II, 23, 32, 33.

(2) II, 3ojIII, 24,25.

(3) /è.,II,'t2.

ii) De legg,, Ml, 10.

le souverain trompe le peuple (1). Ces conseils ne sont peut-être pas restés inobservés ; ce n'est pas toutefois à la royauté des deux consuls dont parlait Cicéron, qu'ils ont servi, mais bien à la domination plus sévère d'un César. Si Ton devait avoir égard aux résultats de nos recherches sur la philosophie de Cicéron , on pourrait bien se sentir porté à lious accuser d'avoir été trop long , relaiivement à la fin que nousnous proposons dans cet ouvrage ; car il ne marque point un pas, proprement dit, dans l'histoire de la philosophie. Ce que nous pouvons citer de sa manière de voir, ne présente simplement qu'une répétition des doctrines plus anciennes, la tentative de les réunir et de les approprier à son propre caractère et à celui de ses concitoyens; en quoi il devait arriver que, principes et conséquences perdissent souvent de leur rigueur scientifique. Mais cette forme émoussée leur a donné d'autant plus d'action sur les tenips suivans, dont la civilisation s'est formée de la littérature latine. A cet égard, nous devons regarder les écrits philosophiques de Cicéron comme les fondemens, non seulement de la philosophie romaine postérieure , mais aussi en partie de la philoso' phie des pères de l'Eglise latine du moyen âge, et même de la philosophie qui s'est répandue parmi nous après la renaissance des lettres; s'ils ont été peu estimés par les philosophes profonds, ils ont eu au contraire une grande influence sur la civilisation générale , et nous ne devons jamais oublier quelle influence puissante, quoique secrète, la culture générale exerce sur le développement de la philosophie (2). Mais celui qui veut entendre l'histoire

(i) Par exemple, De legg,j III, 12, 17.

(2) C'est sous ce peint de vue que Herbart, dans son mémoire sur la philosophie de Cicéron, dans les Arcliiv. pliil., etc., de Kœnigsb., année 181 1, 1*^ cali., a recommandé les ouvrages de ce philosophe comme une introduction populaire à l'étude de la philosophie. Discours plein de fjrce , et qui renferme beaucoup de choses dignes de réflexion.

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