ÉCOLE ÉLÉATIQUE
qu’à un autre? Jamais la raison ne pourra rien faire sortir du néant, ni faire sortir de l’Être autre chose que lui-mème. Il est et rien ne lui manque. Si quelque chose lui manquait c’est que tout lui manquerait, c’est qu’il ne serait pas. La pensée est identique à l’Êlre, qui est son objet et en dehors duquel rien n’existe ni ne peut exister. »
Zénon d’Elée, disciple et ami de Parménide, défendit le système de ses prédécesseurs et en expliqua les conséquences, au centre même de la Grèce, à Athènes. Il ne réussit point à démontrer l’unité absolue; mais il établit surabondamment tout l’absurde de la pluralité absolue, et les sages durent comprendre que le vrai est la multiplicité dans l’unité.
AfQrmant qu’à soutenir que tout est un il y a plus de raison qu’à soutenir que les êtres sont ibulliples, Zénon développa, entre autres preuves, ses fameux arguments contre l’existence du mouvement. En voici un qui est propre à donner une idée des autres : « Imaginez une tortue qui est à vingt pas d’Achille le héros aux pieds légers, et supposez qu’Achille fait vingt pas pendant que la tortue en fait un. Voici qu’Achille ayant fait vingt pas, la tortue est d’un pas en avant sur lui. Or ce pas peut être divisé en vingt parties. Durant l’inslant où Achille les parcourt successivement, la tortue parcourt la vingtième partie du pas suivant. Cette partie qui est pour Achille la première partie du vingt-deuxième pas se peut diviser en vingt parties nouvelles. Pendant qu’Achille les traverse, la tortue parcourt la vingtième partie de la seconde partie de ce vingt-deuxième pas et
ainsi de suite sans fin. De sorte qu’en admettant la réalité du mouvement avec la divisibilité à l’infini qu’il implique, Achille qui va vingt fois plus vite que la tortue ne l'atteindra jamais : ce qui est absurde. » Un tel argument n’est pas sérieux pour nous ; mais il le fut pour les Grecs qui, môme les plus intelligents, se complurent trop souvent en des subtilités de cette sorte. N on contents de célébrer Zénon comme un maître dans l’escrime de l'argumentation, on en vint à prendre ses écrits pour les premiers modèles de cette dialectique souvent raffinée et quelquefois vide où Platon excella. C’était bien exagérer les choses. 11 est vrai que l’humeur disputeuse de Zénon devait faire école, mais c’était chez d’autres que Platon et les Platoniciens.
Les vrais continuateurs de Zénon furent ces philosophes qu’on a appelés les Mégariens :Euclide deMégare, auditeur mais non disciple de Socrate jEubulide de Milet ; Alexinus d’Elis, et enfin Stilpon, l’apôtre de l’impassibilité, dont l’enseignement moral joint à une grande vertu releva un peu cette secte d’ergoteurs.
A l’exemple de Zénon, les philosophes de Mégare abusaient de la preuve par l’absurde et, selon la remarque de Diogène de Laërte, « attaquaient les raisonnements par leurs conclusions, non par leurs principes. » Ainsi ils avaient à leur service des syllogismes dans le goût de celui-ci : « Epiménide dit que les Grétois sont menteurs ; or Epiménide est Grétois ; donc Epiménide est menteur. Mais si Epiménide est menteur, il a menti en disant que les Grétois sont menteurs ; donc.. . » On ^ oit que cela peut se continuer indéfiniment.
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