IV. — ÉCOLE ÉLÉATIQUE
Les Éléales ou philosophes d’Elée, au lieu de distinguer, à l’exemple d'Anaxagore, les divers composés et le principe simple des choses, réduisirent tout à un principe simple; au vide desatomistes ils opposèrent le plein, au mouvement l’immobilité; enfin, comme les Pythagoriciens, ils furent essentiellement idéalistes, mais avec moins d’esprit mathématique et plus d’esprit métaphysique.
L’école éléatique, s’enfermant dans la conception de l’unité absolue, afflrme l’entière plénitude de l’être et enseigne qu’il n’y a qu’une substance inflnie, éternelle, immuable, dont les choses finies, périssables et mobiles, sont des apparences trompeuses. Les sens peuvent être dupes de ces apparences, mais la raison en discerne le néant. Dieu est et il n’y a que lui.
Dès le cinquième siècle, Xénophane de Colophon à qui remonte ce système disait que si Dieu existe il a toujours existé; qu’il est nécessairement ce qu’il y a de plus puissant et de meilleur ; qu’étant ce qu’il y a de plus puissant et de meilleur, il doit être unique, et que multiplier les dieux c’est nier la divinité. Ne s’en tenant
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pas là, Xénophane affirme comme plus tard Spinoza, qu’il se déduit de la notion de l’être non-seulement que Dieu, mais encore que rien ne saurait être engendré. U L’unité n’admet ni la pluralité, ni la non existence. »
Mais ces doctrines, en partie inspirées par l’école italique, se trouvaient mêlées chez Xénophane à des idées d’un ordre tout différent empruntées à l’école ionienne. Ainsi, dans son poème sur la nature il représente l’eau comme le principe de toutes choses. A l’en croire, l’eau, durcie par le feu et l’air, a produit la terre, et les exhalaisons de la terre, se condensant au-dessus de nos têtes, forment les astres, espèces de nuages qui alternativement s’allument et s’éleignent
Mômes discordances en morale. D’accord avec les Pythagoriciens, Xénophane disait : « Avant tout il faut que les hommes sages célèbrent Dieu par de bonnes paroles et lui demandent la force de faire ce qui est juste, car c’est toujours le plus sûr. » Mais n’obéissaitil pas à] l’esprit des philosophes ioniens quand il ajoutait : « Il n’y a pas de mal à bien boire pourvu qu’on ne soit pas vieux et qu’on puisse revenir à la maison sans serviteur. »
Parménide d’Elée accentua le panthéisme dont Xénophane avait tracé une espèce d’ébauche. « Il faut choisir, dit-il : ou le néant ou l’être. Le néant ne peut ‘être ni connu ni exprimé. Reste de poser l’Être et de dire : « Il est. » Dira-t-on qu’il vient du néant? Mais encore une fois le néant est inintelligible. D’ailleurs, quelle nécessité aurait poussé l’être à sortir du néant, à un certain moment? Pourquoi à ce moment plutôt