V. — LES SOPHISTES
L’éveil de l’aclivité philosophique parmi les Grecs avait suscité, à côté de cette phalange de vrais philosophes qui étudiaient pour connaître et enseignaient pour instruire, toute une nuée de faux philosophes qui étudiaient pour paraître savoir et enseignaient pour flatter et s’enrichir. Le mot de sophislc, qui désignait d’abord tous ceux qui professaient la sagesse, ‘ servit peu à peu à désigner plus particulièrement les spéculateurs qui, substituant le métier à la vocation, firent de la philosophie une[marchandise dont la cupidité trafique, un marchepied où l’ambition s’appuie, enfin une source d’honneurs et de revenus.
On les voyait aller par les villes de la Grèce et de l’Italie attirant autour d’eux les jeunes gens les plus riches et battant monnaie avec la vérité ou l’erreur, selon qu’il y avait profit à soutenir l’une ou l’autre. Leur but n’était pas de dire faux ; il n’était pas non - plus de dire vrai ; il était de bien dire et d’être goûtés. Adorateurs et prédicateurs du succès, ils enseignaient et ils possédaient l’art de paraître sans être : on les suivait avec d’autant plus de satisfaction qu’ils se piquaient de déniaiser les esprits, s’entendaient merveilleusement