‹ Histoire de la philosophieChapitre 29 sur 41 · PLATON · texte numérisé non relu

PLATON

pensée, la région des nobles sentiments et la région des basses convoitises, et il fait voir dans la raison la puissance maîtresse dont c’est le rôle de réprimer la sensualité et de diriger le cœur.

La raison est l’organe naturel de la vérité et, quand elle connaît, il semble qu’elle se souvient. Et en effet, d’après Platon, connaître c’est se souvenir. Avant d’être jeté dans ce monde sensible où tout est ténèbres, l’homme a vécu dans le monde intelligible où tout est lumière. Lorsque des vérités relatives, et par suite, des fausses vérités, des opinions que 1e monde nous suggère, nous nous élevons aux vérités absolues, nous ne faisons que nous rappeler, et rallumer en nous, pour ainsi dire, un rayon de ce soleil des intelligences que nous avions antérieurement contemplé.

C’est soulevée parles ailes du pur et généreuxamour que la pensée prend cet essor, au delà du pays des apparences et des ténèbres, vers la sphère lumineuse des intelligibles. Là, l’être qui est le Bien suprême lui apparaît dans sa pleine réalité ; elle le reconnaît avec d’ineffables joies et elle contemple en lui les Idées, types immuables des choses, pensées éternelles de Dieu.

Dans cet être parfait, terme suprême de la connaissance et suprême objet de l’amour. Idée des Idées et Bonté absolue , Platon conçoit l’union intime d’une intelligence infaillible et d’une volonté excellente. Il ne s’en tient pas là, et étendant de Dieu à l’homme sa théorie de l’identité du vrai et du bien , il affirme, avec Socrate, que toute faute n’est qu’une erreur.

En môme temps qu’il fait de la morale une branche delà dialectique, Platon ne voit dans la politique qu’une

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large application de la morale. Ainsi, à ses yeux, l’Etat, au lieu de se réduire à une assurance mutuelle des droits inhérents à la personne humaine, doit organiser, d’abord par voie de persuasion et, quand la persuasion n’aboutit pas, par voie d’autorité, le règne de la sagesse, du courage, de la tempérance et de la justice, ces quatre parties de la vertu.

La vertu, nous formant à introduire ordre, unité et beauté dans toutes nos actions et à faire du bien même à nos ennemis, rend l’homme semblable à Dieu et assure cette harmonie universelle, dont le grand ressort est l’amour. Le monde doit son origine à un acte d’amour et l’amour le fait vivre; tout y conspire à la réalisation successive des perfections que Dieu concentre dans son immuable unité, et les âmes, qui toutes ont subsisté avant cette vie et subsisteront au delà, s’acheminent à leur sanctiOcation finale au milieu d’épreuves proportionnées à leurs fautes.

« Platon, a dit M. Fouillée, comprit que l’idée du Bien peut seule fournir la solution des deux grandes antinomies dans lesquelles viennent se résumer toutes les autres et qui portent sur ces deux questions fondamentales : existence de Dieu, existence du monde.

« Il semblait, à première vue, que la perfection de Dieu fût un obstacle à son être, et qu’elle formât avec l’existence réelle une antinomie; mais, en dernière analyse, cette perfection est la raison même de l’existence de Dieu.

« Il semblait, à première vue, que la perfection de Dieu fût un obstacle à l’être du monde, puisque le parfait se suffit à lui-même ; mais, en' dernière analyse, la

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