DU POLYTHÉISMR ET DU GÉNIE HELLÉNIQUE
hommes I Quelle exubérance de vie ! Quelle ravissante nudité I Que de grandeurs, que de faiblesses franches et vraies I Ne sommes-nous pas bien petits en comparaison? Observez surtout ce merveilleux mélange des qualités les plus diverses. Un Eparainondas, par exemple, n’est-il pas comme une fleur de la Grèce, qui, ailleurs, n’aurait pu avoir son plein épanouissement?
Un pays où l'humanité sait si bien sentir et accroître en tout sens la force qui est en elle se trouve par làmôme prédestiné à être le paradis de ces fruits supérieurs de la culture humaine, qui s’appellent précisément de"ce beau, nom : les humanités. Il ne faut donc pas s’étonner si la Grèce est la patrie naturelle de la poésie et de l’art, des sciences morales et de la philosophie. Dans cette contrée privilégiée,! l’esprit philosophique et l’esprit poétique se développent en même temps, sans s’altérer l’un l’autre; la maturité et la jeunesse de la pensée s’allient dans une délicieuse harmonie, et, à côté de la naïveté, de la simplicité, de la fraîcheur d’imagination la plus séduisante, se déploient une ampleur de savoir, une puissance de recherche, une subtilité d’analyse qui élèvent la méthode et la critique au niveau de la force inventive et créatrice, et font que, malgré l’opposition de l’abstrait et du concret, v du générale! de l’individuel, les progrès des Grecs dans l’étude du vrai égalent leur prééminence dans la production du beau.
Par une coïncidence qui n’a rien de fortuit et qui est profondément instructive, c’est de l’époque où Solon organisa la démocratie athénienne que date chez les Grecs l’avénomcnt de la libre recherche et de la science
indépendanle. Dès ce moment, la religion populaire est battue en brèche; il se trouve des hommes qui, disent, comme Xénophane, que « si les bœufs ou les lions se faisaient un dieu, ils le concevraient sous la forme d’un bœuf ou d’un lion ; » on cherche à voir et à comprendre, et la philosophie apparaît.
PREMli:ilE PÉRIODE