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CHAPITRE VIII

l'association des idées

Sous le nom d'association des idées on désigne la loi fondamentale en vertu de laquelle les idées s'éveillent et s'enchaînent dans la mémoire et l'imagination, en l'absence des objets. Selon la remarque de Th. Reid, le terme d'association des idées manque

d*exactitu(le : ce ne sont pas seulement les idées, ce sont les volilions, les sentiments, toutes les opérations de Fesprit, qui se lient de cette manière. « Une image réveille un jugement, qui suscite un sentiment, d'où nait une résolution, laquelle à son tour évoque de nouvelles images , et ainsi de suite, de sorte que toutes les espèces de phénomènes qui peuvent se passer dans Tâme , s'enchatnent et s'appellent mutuellement. » L'histoire de cette loi est d'autant plus intéressante que , d'abord signalée par les psychologues à l'occasion de la mémoire et de l'imagination , peu à peu elle a comme envahi l'intelligence tout entière. Pour l'école associationiste anglaise, elle est le principe le plus général de l'esprit, la loi qui explique la complexité croissante des phénomènes intérieurs, permet par l'analyse de retrouver les actes élémentaires et par la synthèse leur complication progressive.

Platon : la réminiscence empirique. — Platon, le premier, a signalé la loi d'association. La raison est une réminiscence des idées, un réveil en nous de l'intelligible. Or, il y a une réminiscence empirique qui est comme l'analogue, dans le domaine de l'opinion , des procédés rationnels qui nous mettent en possession de l'intelligible. Dans le Phédon (73 d), c'est en partant des lois de la réminiscence empirique que Platon arrive à formuler les lois de la réminiscence rationnelle.

Lorsqu'un homme en voyant ou en entendant quelque chose, ou en la percevant par quelque autre de ses sens, ne connaît pas seulement cette chose dont il est frappé, mais en même temps pense à une autre chose qui ne dépend pas de la même manière de connaître (ou \i.\ \ «ôt^ iici9r/|{iY\ , àWdXkt^j ne disons-nous pas avec n^ison que cet homme-là se ressouvient (îv8{i.vif;^7;) de la chose qui lui est venue dans Tesprit?

C'est l'association des idées en général; Platon distingue ensuite deux cas particiiliers.

Je dis, par exemple, qu'autre est la connaissance d'un homme et autre la connaissance d'une lyre. Eh hien! ne sais-tu pas ce qui arrive aux amants, quand ils voient une lyre, un habit ou quelque autre chose dont leurs amours ont coutume de se servir? C'est qu'en reconnaissant cette lyre ils se remettent dons la pensée l'image de celui à qui elle a appartenu. Voilà ce que c'est que la réminiscence, comme en voyant Simmias on se rappelle Gébës. Je pourrais te citer un millier d'autres exemples.

Ici Platon signale le cas où des objets ayant été perçus en môme temps , ridée de l'un évoque l'idée de l'autre ; c'est ce qu'on appelle aujourd'hui la loi de contiguïté dans le temps.

J. HiST. Dl LA PHU.. 13

« En Toyant le portrait de Simmias ne peut-on pas se ressouvenir de Cébès? & plus forte raison en voyant le portrait de Simmias se souviendrait-on de Simmias lui-même. » C'est la loi de similarité, selon Texpression des Anglais. Platon conclut : u Ne voit-on pas d'après cela que la réminiscence se fait tantôt en pcaiani de choses semblables, tantôt en partant de choses dissemblables? «

Il faut reconnaître d'ailleurs que, si le fiait est bien observé, la formule manque encore de précision.

Ailstote : le principe de la réminiscence est rassoeiation des Idées* — Lois de rassociation r rapports par ressemblance, par contraste, par contisnité. — Aristote donne ici un exemple de son merveilleux esprit d'observation. Hamilton revendique pour lui Fhonneur d'avoir découvert les grandes lois de Tassociation (édit. des Œuvres de Th. Reid, note D), et Al. Bain est sur ce point d accord avec lui. {Psych, d'Arist.y Sens et Intellig,, appendice, tr. fr., p. 608.) Aristote distingue la mémoire (jjlvtjjjit,) de la réminiscence (àvâjiv7)(Tic). La (Aviip.T} est la mémoire passive, la reproduction spontanée des perceptions passées. L'àvà(AVT,(Ttç est la reproduction active de ces mêmes perceptions, elle suppose l'effort, la volonté de retrouver une connaissance passée. Elle n'appartient qu'à l'homme, seul capable de calcul et de réflexion. Le problème se pose donc à peu près en ces termes : Comment est-il possible de retrouver une connaissance perdue ? La solution de ce problème est dans lassociation des idées, dans les rapports qui les rattachent les unes aux autres et qui tendent à en former des séries dont les termes s enchaînent. {De Memor. et Remin., ch. n.) Les phénomènes se succèdent avec régularité ; de même les impressions, les mouvements, qu'ils communiquent à notre corps (wç ^àp e'x*^ "^^ irpà^fAotia -npô; aXXr.Xa Tfï» â^eÇ^ç, oSxwxaî al xtvT5»etç). L'âme est la forme du corps, elle n'en est séparable que par abstraction, il y a donc entre les deux termes un parallélisme continu, et les impressions de l'un deviennent en l'autre des sensations, des images. La série des phénomènes externes devient donc dans le corps une série de mouvements, dans l'àme une série correspondante de sensations et d'images. Il y a ainsi entre les faits internes un ordre de succession régulier. Les connaissances tendent à se reproduire dans l'ordre même où elles ont été acquises. Les conséquents suivent leurs antécédents soit par une consécution nécessaire (eÇ àvà-ptr^c), soit par habitude, ce qui a lieu le plus souvent (l'Ost w; InX to ttoX-j).

Dans la consécution, qui naît de l'habitude, le conséquent est ou

bien I* semblable à son antécédent {àt^' ô^o(ou); ou ^ contraire (loi •de contraste, ^ svavrCoy); ou 3^ il a été perçu en contiguïté avec lui {tî tou «tivsYY^O* ^ comprend comment ces relations entre nos idées permettent la réminiscence. Nous cherchons l'idée qui nous manque <en parlant de quelque antécédent auquel elle est rattachée. Nous allons ainsi de souvenirs en souvenirs, jusqu'à ce que nous tombions sur celui qui nous intéresse. Quand par exemple nous voulons nous rappeler un vers ou une phrase oubliés, nous nous mettons à en répéter le premier mot. Le même antécédent peut sans doute réveiller divers conséquents à différents moments, mais il réveille en général celui qui le suivait d'habitude auparavant. (De Ment, et Rem., ch. n.) On peut donc conclure avec Hamilton :

i^ Qu*Aristote a noté le rapport de succession qui dans la reproduction des mouvements internes rattache le conséquent & l'antécédent ; 2o qu'il a observé la ressemblance entre les mouvements concomitants de la reproduction et ceux qui accompagnent la production des connaissances, ainsi que leur harmonie avec Tordre des objets ; 8» qu'il a distingué dans la chaîne des représentations mentales les consécutions nécessaires des contingentes formées par l'habitude ; 4« qu'il a marqué le rapport qui subordonne la facilité du souvenir 4 l'ordre des idées ; 5» qu'après avoir distingué la réminiscence volontaire de l'involontaire, il a ramené les lois générales de la reproduction aux trois rapports de ressemblance, de contraste, de contiguïté dans l'espace et dans le temps. (Luigi Ferri, les Théories de l'association, p. 340.)

Il faut cependant reconnaître que Tassocialion des idées est une loi générale qui régit la mémoire passive aussi bien que la mémoire humaine et volontaire. Ce qui caractérise ce qu'Arîstote appelle la réminiscence ou mémoire active, c'est moins l'association entre les images que l'art de se servir de ces lois pour des uns déterminées.

Les Stoïciens : lot de similarité. — Les Épicuriens : double rôle de ]*assoclatlon« — Les Stoïciens ont une théorie purement empirique de rintelligence. Les procédés par lesquels ils expliquent la formation des idées générales, des izpoXiffyziç ou anticipations, éléments et principes du raisonnement, sont des lois d'association.

lis disent que l'entendement connaît de différentes manières les choses qu'il aperçoit... n connaît les choses sensibles par incidence; par rcfsf^mblance les choses dont l'intelligence dépend d'autres qui leur sont jointes : c'est ainsi qu'où connaît Socrate par son image, h' analogie £aitconnaître les choses qui emportent augmentation, comme l'idée de Titye et de Cyclope, et celles qui emportent diminution, comme Tidée de pygmée ; c'est aussi par une analogie tirée des plus petits corps sphériques qu'on juge que la terre a ua centre. — L'esprit pense par composition, par exemple quand ou se figure un homme demi-cheval, par opposition quand ou pense & la Tie à propos de à la mort. (D. L., VII, 52-53.)

Un texte de Gicéron confirme celui de Diogëne Laërce. Gicéron donne quatre modes de formation des npoXiJ^sic : usu, par Texpé* rience : ce sont les idées générales les plus communes» celles du blanc, du rouge, etc. ; conjunctioney par combinaison ; similitudine, par ressemblance ; collatione rationis, per analogiam, par comparaison de rapports. {Acad., II, 10, 30.) Il résulte de ces textes que les Stoïciens ont mis surtout en lumière la loi de similarité, selon Texpression moderne, et ses diverses formes : ressemblance proprement dite, analogie ou discernement des rapports dans les différences ; combinaison ; contraste.

Sans admettre de principes a prioH, antérieurs à Texpérience, les Stoïciens accordaient à l'activité le premier rôle dans la connaissance. Les opérations discursives étaient des actes de Tâme. Les Épicuriens, plus grossièrement empiriques, font reposer toute la connaissance humaine sur la sensation.

Ou doit convenir que toutes nos idées viennent des sens, et se forment par incidence (sensation), ou par analogie, ressemblance et composition , à Taide du raisonnement qui y contribue en quelque façon. (D. L., X, 32.)

Ge qu'Épicure appelle tz^oM^zk;, notions antécédentes {notitiœ rei*um; Gic, Acad,, II, 44),

C'est le souvenir d'une ou de plusieurs sensations souvent répétées. Par exemple, dans cette proposition : L'homme est disposé de cette manière, en même temps que le mot d'homme est prononcé, l'idée de la figure de l'homme se représente & l'esprit en vertu des notions antécédentes, dans lesquelles les sens nous servent de guide. (D. L., X, 33.)

N'est-ce pas là ramener toute l'intelligence à Tassociation des idées ? Avant tout des sensations, puis des idées générales (homme, animal, etc.) extraites des sensations par ressemblance, analogie, composition ; enfin une application de ces notions générales aux cas particuliers. « Par exemple, pour juger si une chose qu'on voit de loin est un cheval ou un bœuf, il faut avoir premièrement ridée de ces deux animaux. » Des sensations causées par un grand nombre de bœufs, on a dégagé par analogie, ressemblance, composition, Tidée générale du bœuf; et soit en entendant prononcer le mot « bœuf », soit en apercevant de loin un individu de l'espèce, ridée générale du bœuf et les images qu'elle résume sont suggérées en nous par association. En résumé, l'association dans la théorie d'Épicure a un double rôle : c'est par elle que des sensations se dégagent les notions antécédentes, les principes généraux, qui servent à entendre les phénomènes, à mettre Tordre entre eux ;

c'est encore par elle que se fait rapplication de ces notions antécédentes, de ces formes générales aux cas particuliers. Il est impossible de nier l'analogie de cette doctrine avec celle des empiriques modernes. Le détail en est moins parfait, le principe est le même : Texpérience fournit les idées et les règles générales, qui servent ensuite à comprendre l'expérience. Ces idées et ces lois ne sont que des habitudes qui répondent dans l'esprit à l'analogie, à la ressemblance, à la composition des sensations.

Ainsi la loi de l'association des idées n'a pa^ été ignorée des anciens, et l'on voit qu'elle joue le plus grand rôle dans la théorie de la connaissance des Stoïciens et des Épicuriens. Cependant les uns et les autres, surtout attentifs aux associations par similarité, n'ont cherché ni à les classer avec rigueur ni à les rattacher à une loi générale de l'esprit. Seul Aristote a donné du problème une solution psychologique que ses successeurs n'ont pas su reprendre et développer. Cette tâche était réservée aux modernes.

Descartes : Fassodatlon des idées dépend de Piinfon de rftme et du corps. — Théorie physiologique* — Pour l'école cartésienne l'expérience n'est qu'une connaissance confuse, qui tient à l'union de l'âme et du corps. L^association des idées, aussi bien que la mémoire (voir plus haut), se ramène aux lois de cette union. Ces deux théories se confon* dent chez les cartésiens ; et, comme la mémoire, l'association des idées est un fait â la fois psychologique et physiologique. « Toutes les plus vives et plus subtiles parties du sang, dit Descartes, que la chaleur a raréfiées dans le cœur, entrent sans cesse en grande quantité dans les cavités du cerveau... Ces parties du sang très subtiles composent les esprits animaux. » [Pass., 1'® part., a. 10.) Sous l'impulsion des objets extérieurs, les esprits animaux sont mus en diverses façons et, se répandant par différents conduits, montent vers la glande pinéale, siège de l'âme. De là les sensations. Mais il faut « remarquer que toutes les mêmes choses que l'âme aperçoit par l'entremise des nerfs, lui peuvent aussi être représentées par le cours fortuit des esprits ». {Pass., 1" part., a. 26.) L'ébranlement nerveux en se répétant modifie la matière cérébrale, y creuse une route par laquelle les esprits animaux prennent plus facilement leur cours. Or, en vertu des lois de l'union de l'âme et du corps, les esprits ne pourront rencontrer ces traces et s'y précipiter, comme dans une voie ouverte, sans que s'éveille en l'âme ime image correspondante â la sensation primitive.

m HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

Alalebranehe : les traces du cerveau; leur liai-* son avec les Idées : liaison des idées entre cdles* -^ Malebranche et Spinota développent la théorie cartésienne et rappliquent à rassociation des idées. Pour Malebranche, le corps n'agit pas sur TÀme, ni rame sur le corps : « toute leur alliance consiste dans une correspondance naturelle et mutuelle des pensées de Tâme avec les ^rac^« du cerveau. » {Rech. de la Vér., 1. m l'® part., 5.) Le problème de l'association des idées est donc double. Il s'agit de savoir selon quelles lois s'opèrent : 1° la liaison de& idées avec les traces ; 2^ la liaison des traces et par suite des idées entre elles.

Malebranche ramène à trois les causes de la liaison des tracee^ avec les idées.

La première et la plus générale est Yidentité du temps. Si l'idée de Dieu s'est présentée k mon esprit dans le même temps que mon cerveau a été frappé de* la vue de ces trois caractères Jah ou du son de ce même mot, il suffira que le» traces que ces caractères ou leur son auront produites, se réveillent afin que je pense à Dieu, et je ne pourrai penser à Dieu qu'il ne se produise dans mon cerveau quelques traces confuses des caractères ou des sons qui auront aeeom> pagné les pensées que j'aurai eues de Dieu. La seconde cause de la liaison des idées avec les traces et qui suppose toujours la première, c'est la volonté des hommes. On peut citer comme exemple le langage. Sans une volonté constante des hommes, il n'y aurait entre les signes et les idées qu'une liaison fortuite et par suite éphémère. La troisième cause de la liaison des idées avec les traces, c'est la nature ou la volonté constante et immuable du Créateur, H y a , par exemple, une liaison naturelle et qui ne dépend point de notre volonté, entreles traces que produisent un arbre ou une montagne que nous voyons, et le» idées d'arbre ou de montagne. Ces liaisons naturelles sont les plus fortes de toutes ; elles sont semblables généralement dans tous les hommes, et elles sont absolument nécessaires & la conservation de la vie. (làid.)

En résumé, les traces du cerveau et les idées sont de nature hétérogène et sans point de contact, elles ne peuvent donc agir les unes sur les autres. Mais, selon la théorie des causes occasionnelles, il n'est pas un mouvement du corps à l'occasion duquel ne se produise un mouvement de l'âme, et réciproquement. Il y a donc une liaison constante entre les traces du cerveau et les idées. Cette liaison a trois causes : la première , qui se retrouve pour ainsi dire dans les deux autres, est l'identité du temps; la deuxième, la volonté des hommes, qui, utilisant l'identité du temps, crée par exemple le langage; la troisième, l'institution divine qui aux mêmes traces fait toujours correspondre les mêmes idées.

Passons à l'association des idées proprement dite.

Cette liaison consiste en ce que les traces du cerveau se lient sf bien les unesavec les autres qu'elles ne peuvent plus se réveiller sans toutes celles qui ont

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été imprimées dans le même temps. Si un honune, par exemple, se trouTe dans quelque cérémonie publique, s'il en remarque toutes les circonstances et toutes les principales personnes qui y assistent, le temps, le lieu, le jour et toutes les autres particularités, il suffira qu'il se souvienne du lieu, ou môme d*une autre circonstance moins remarquable de la cérémonie pour se représenter tontes les autres... La cause de cette liaison de plusieurs traces est ridentité du temps auquel elles ont été imprimées dans le cerreau ; car il suffit que plusieurs traces aient été produites dans le même temps, afin qu'elles ne puissent plus se réveiller que toutes ensemble, parce que les esprits animaux trouvant le chemin de toutes les traces qui se sont faites dans le même temps, entrouvert, ils y continuent leur chemin à cause qu'ils y passent plus facilement que par les autres endroits du cerveau : c'est 1& la cause de la mémoire et des autres habitudes corporelles, qui nous sont communes avec les bêtes. {làid.)

Outre cette loi de contiguïté dans le temps, pour parler le langage des associationistes , Malebranche a entrevu ce qu'on appelle la loi de similarité; mais il n'y trouve « que la cause la plus ordinaire de la confusion et de la fausseté de nos idées ».

Nous imaginons les choses d*autant plus fortement que les traces sont plus profondes et mieux gravées, et que les esprits animaux y ont passé plus souvent et avec plus de violence ; et lorsque les esprits y ont passé plusieurs fois, ils y entrent avec plus de facilité que dans d'autres endroits tout proches par lesquels ils n'ont jamais passé ou par lesquels ils n^ont point passé si souvent.

Qu'en résulte-t-il?

Les esprits animaux qui ont été dirigés par l'action des objets extérieurs ou même par les ordres de Vàme, pour produire dans le cerveau de certaines traces, en produisent souvent d'autres, qui & la vérité leur ressemblent en quelque chose, mais qui ne sont point tout à fait les traces de ces mômes objets, ni celles que l'àme désirait de se représenter ; parce que les esprits animaux, trouvant quelque résistance dans les endroits du cerveau par où il fallait passer, se détournent facilement pour entrer en foule dans les traces profondes des idées qui nous sont plus familières. C'est ainsi» par exemple, que certaines gens qui ont la vue courte croient voir un visage dans la lune. C'est que nous regardons souvent des visages et que les esprits entrent facilement dans les traces auxquelles les idées de visage sont attachées par la nature. {Bech. de la Vér,, 1. II, 2« part., ch. lu)

En un mot , il y a dans le cerveau comme des chemins tracés. Quand les esprits, en se frayant quelque route nouvelle, coupent un de ces chemins largement ouverts, ils y sont jetés par leur élan même , et c'est ainsi que se produit l'association par ressemblance, lorsque l'on passe, par exemple, de l'idée de la lune à l'idée d'un visage. L^association par ressemblance se ramène en dernière analyse à l'association par identité de temps. Deux idées qui se suggèrent par ressemblance sont deux idées qui ont des éléments communs, dont les traces par suite se coupent en un point donné, se croisent et se rencontrent. Ce qui réveille l'idée du visage quand

je vois la lune , c'est rélément commun au visage et à la lune. Si ridée de visage reparait, c'est que Félément commun à la lune et au visage a été perçu dans le même temps que le visage, c^est que cet élément et les autres éléments du visage ont fait partie du même acte de connaissance. Malebranche entrevoit donc la réduction des lois de l'association à ce qu'Hamilton appellera : la loi de 7'édintégration,

Malebranche précurseur des doctrines associationistes* — Malebranche n'a pas seulement constaté les lois de l'association des idées, et donné de ces lois une ingénieuse explication physiologique ; il est le vrai précurseur de Vassociattonisme moderne. On retrouve chez lui les deux idées qui résument cette doctrine : complexité réelle de phénomènes qui semblent simples à la conscience, réduction de la causalité À la succession constante. C'est à propos des illusions des sens qu'il applique ce que Stuart Mill appelle la méihode psychologique , et qu'il oppose à la méthode introspective. D'où vient que nous voyons la lune plus grande à l'horizon qu'au zénith? Il semble bien qu'il y ait là une intuition simple, une donnée immédiate des sens; en réalité nous voyons la lune plus grande parce que nous la jugeons plus éloignée; et ce jugement, dont nous n'avons pas conscience, ce jugement naturel, selon l'expression de Malebranche, est un fait complexe qui résume un grand nombre d'expériences antérieures.

Malebranche, il est vrai, ne nie pas la causalité véritable; mais il ne la reconnaît qu'en Dieu, qui seul agit dans l'univers. Il en résulte qu'il doit rendre compte de l'illusion qui nous fait attribuer la causalité et aux corps qui nous entourent et à nos propres âmes. Or les arguments par lesquels il réfute notre prétendue connaissance des causes, sont les arguments mêmes que reprendra David Hume ; et, comme ce dernier, c'est dans l'idée de succession constante qu'il résout notre idée de cause. Que supposerait la connaissance des causes? « Une cause véritable est une cause entre laquelle et son effet l'esprit aperçoit une liaison nécessaire. » {Rech. de la Vér., 1. VI, 2* part., ch. ii, 3.) Or saisissons-nous jamais cette action positive, efûcace, cette production réelle d'une chose par une autre ? Est-ce dans les phénomènes physiques que je prends sur le fait l'activité des créatures?

Concevons qu'une boule soit mue, et que dans la ligne de son mouvement elle en rencontre une autre en repos, Texpérience nous apprend que cette autre

sera remuée immanquablement, et selon certaineB proportions toujours exao tement observées. (7« Entretien métaphys,)

Mais l'expérience ne peut m'apprendre que c^est la première qui meut la seconde. Serons-nous plus heureux si , au lieu de considérer les choses y nous nous considérons nous-mêmes?

Touchés intérieurement par le sentiment de leurs propres efforts, les hommes sont portés & croire que TAme est la cause véritable des mouvements du corps. (7« Entret. met.) Mais quel rapport y a-t-il entre ma volonté et le mouvement de mon. bras, entre cet acte spirituel et Tagitation des esprits animaux, lesquels vont choisir certains canaux des nerfs entre un million d'autres que je ne connais pas, afin de causer en moi le mouvement que je souhaite par une infinité de mouvements que je ne souhaite pas ? {Rech, de la Vér,, 15« Éclaircissement.)

D'où Tient donc que quelque chose semble répondre en dehors de nous à notre notion de la causalité? d*où vient par exemple que ma volonté de mouvoir mon bras soit toujours suivie du mouve* ment de mon bras? Les rapports constants que nous observons entre les phénomènes reposent « sur le fondement inébranlable des décrets divins ». (7* Entret, méiaphys.)

Dieu a voulu et il veut sans cesse que les modalités de Tesprit et du corps fussent réciproques. Voil& Tunion et la dépendance naturelle des deux parties dont nous sommes composés. Dieu a lié ensemble tous ses ouvrages, non qu'il ait produit en eux des entités lianteê; il les a subordonnés les uns aux autres, sans le» revêtir de qualités efficaces. (7« Entretien métaphys.)

En un mot Dieu seul agit, il est la seule cause; mais, souverainement sage , il n*agit pas au hasard , il conforme son action universelle à des règles générales, immuables. Dans le monde des phénomènes il faut donc ramener la notion de causalité à la notion de loi, de relation constante : c'est Tidée même des savants modernes. L'illusion de l'esprit humain consiste à transformer, comme le dira plus tard David Hume, la succession constante en causalité. « Nous jugeons, dit Malebranche en propres termes, qu'une chose est cause de quelque effet lorsqu'elle l'accompagne toujours ». {Bech. de la Vér., 1. IV, ch. x.)

Les hommes ne manquent jamais de juger qu'une chose est cause de quelque effet quand Tun et Vautre sont joints ensemble, supposé que la véritable cause de cet effet leur soit inconnue. C'est pour cela que tout le monde conclut qu'une boule agitée qui en rencontre une autre est la véritable, et la principale cause de l'agitation qu'elle lui communique ; que la volonté de l'âme est la véritable et la principale cause du mouvement du bras , et d'autres préjugés semblables ; parce qu'il arrive toujours qu'une boule est agitée quand elle est rencontrée par une autre qui la choque, que nos bras sont remués toutes les fois que nous le voulons, et que nous ne voyons point sensiblement quelle

«utre chose pourrait être la cause de ces mouyements. {Rech, de la Vér», L lU^

2» part., chap. m.)

L'origine de noire idée de cause est donc en dernière analyse, bien que Malebranche ne le dise pas , dans la loi d'association par identité de temps. Historiquement Malebranche est le précurseur de la théorie associationiste. L'idéalisme de Berkeley dérive de la théorie des causes occasionnelles, et le scepticisme de David Hume, qui lui-même a profité des idées du philosophe français^ n'est que le développement logique de l'idéalisme de Berkeley.

Spinoza* — Distinction entre l'association «npiri«» que et Fassociation intellectuelle. — Spinoza reproduit fidèlement et avec précision la théorie cartésienne : « La mémoire n'est autre chose qu'un enchaînement d'idées qui exprime la naturedes choses existant hors du corps humain, lequel enchaînement se produit dans Tâme suivant Tordre et l'enchaînement des affections^ du corps humain, » [Etk., 2* part., sch. de la prop. xvn.) Il suffit que le corps humain ait été une fois affecté simultanément par deux corps extérieurs pour que l'image de l'un suggère celle del'autre . C'est un pur accident qui diffère avec les individus.

C'est ainsi «que chacun va d*une pensée ànne autre, suivant que Thabitude a arrangé dans son corps les images des choses. Un soldat, par exemple, à Taspect des traces qu'un cheval a laissées sur le sable, ira de la pensée du cheval k celle du cavalier, de ceUe-ci h la pensée de la gueire, etc..., tandis qu'un laboureur ira de la pensée du cheval à celle de la charrue, des champs, etc.

Il faut bien distinguer « cet enchaînement, qui se produit suivant Tordre et l'enchaînement des affections du corps humain, de cet autre enchaînement des idées qui se produit suivant l'ordre de l'entendement, d'une manière identique chez tous les hommes et par lequel nous percevons les choses dans leurs causes premières. » {Eth,, 2* part., prop. xvm, sch.) Comme les objets extérieurs ne se succèdent pas toujours dans le même ordre, l'imagination « est livrée à une sorte de fluctuation », et elle se représente les événements comme des futurs contingents. Un enfant par exemple apercevra huit jours de suite Pierre le matin, Siméon le soir, puis le neuvième jour au soir Jacob au lieu de Siméon. (2* part.,. sch.| prop. xLiv). Ce qui caractérise la raison, ce qui la distingue de la pure attente empirique, c'est qu'elle perçoit les choses « comme nécessaires et sous un certain caractère d'éternité », sub specie œternitatis. Ainsi Tassociation des idées est individuelle, variable dans

le même individu ; elle dépend de la succeaMon des phénomènes dan» le temps ; elle crée rapparence du contingent. La raison est identique, immuable, elle voit dans Téternel et fait évanouir Tillusion du hasard, de laccidentel dans la conscience de la nécessité absolue.

Leibniz : rassociatlon des Idées fait le fond de Plntellif^enee animaJe# — Telle est la théorie de la grandeécole cartésienne. L'association des idées, comme la mémoire, est rattachée à des modiQcations organiques. Mais deux remarques sont nécessaires : la première, c'est que ce qu il y a de spirituel dans le phénomène ne dépend pas du corps, mais de son union avec Tàme ; la seconde, c'est que Tassociation des idées purement empirique et ne faisant que reproduire la suite des phénomènes externes ne saurait en aucun cas donner les principes qui en permettent Tintelli* gence. Leibniz fait de l'association des idées la caractéristique de Tintelligence animale. (Voy. Eszais sur V entendement, II, 33. — Monad., 26, 27, 28.) « La mémoire fournit une espèce de consécution aux âmes, qui imite la raison, mais qui en doit être distinguée. » {Monad., 26.)

L*hoiDme, aussi bien que la bète, est sujet & joindre par su mémoire et par sou imagination ce qu'il a remarqué joint dans ses perceptions et dans ses ex* périences. C'est en qnoi consiste tout le raisonnement des bêtes, s'il est permis de l'appeler ainsi, et souvent celui des hommes, en tant qu'ils sont empiriques eX ne se gouvernent que par le sens et les exemples, sans examiner si la même raison a encore lieu. (A'ouv. Ess., II, 33.)

Ces associations « non naturelles » d'idées dérivent soit de la répétition deTexpérience, soit d'une impression unique, mais très violente. « Car souvent une impression forte fait tout d'un coup l'effet d^une longue habitude ou de beaucoup de perceptions médiocres réitérées. » [Monad,, 27.)

Rôle «croissant de rassociation des Idées avee Fempirisiiie. — Hobbes : Discursus mentalis. —

Avec l'école empirique anglaise, l'association des idées prend une importance de plus en plus grande, jusqu'à ce qu'elle devienne le principe exclusif de la vie de l'esprit. Hobbes, dans un chapitre du LévicUhan (ch. m, de Consequentia sive série imaginationum), réduit la série des phénomènes psychiques, qu'il appelle discursus mentalis, à une suite de mouvements physiques qui s'enchaînent. La pensée se ramène aux images, les images aux sensations qu'elles continuent, et celles-ci aux mouvements qui les causent. L'ordre

.UN nht;.i^*s rv^prxMlwil Tordre des sensations, et celui-ci Tordre des *H\Hi>^>'«ttCvtt^ du cerveau, « qui se succèdent immédiatement dans 'ci >.^vts>A(NHi >^^ « Ainsi toutes les fois que reparaît et domine une ps^*>>^v>^ttt^wurement acquise, elle est suivie de la pensée qui Tac- ^v»>^v^^iU en vertu de la cohésion de la matière mise en mouve- Hieul^ wmme Teau sur une surface plane et polie suit la route que (^ doi^l lui trace. » La série des pensées ou discursus mentalis est a^v^ilii^re dans la rêverie, dans les songes ; régulière quand elle ^i « dirigée par quelque fin, objet d'un désir. Du désir naît la penser* du moyen propre k obtenir la chose désirée, moyen que nous »>*i>ns vu autrefois produire un semblable effet. » La recherche nuMiie de Tinconnu, qui est propre à Thomme, revient à établir une suite de pensées, en allant du conséquent à Tantécédent ou de ) antécédent au conséquent. Les principaux rapports qui dominent cette liaison des idées sont les rapports de ressemblance, de temps, d'espace, de cause à effet, de principe à conséquence, de moyen à fin, de signe à chose signifiée.

Locke distingue Fassociatlon naturelle et Tassociatlon accidentelle des idées. Il laisse un rôle à Factivité de Pesprit* — Dans le chapitre que Locke consacre à l'association des idées [Fss. sur Fent. hum,, II, 33), il se rapproche de Técole cartésienne. Il adopte Texplication physiologique par les esprits animaux et « les traces où ils ont accoutumé de couler », et il distingue nettement les rapports rationnels des relations que le hasard d'une perception simultanée établit entre les idées.

Quelques-unes de nos idées ont entre elles une correspondance et une liaison naturelles. Le devoir et la plus grande perfection de notre raison consiste à découvrir ces idées et k les tenir ensemble daus cette union et dans cette correspondance qui est fondée sur leur existence particulière. Il y a une autre liaison d'idées qui dépend uniquement du hasard ou de la coutume, de sorte aue les idées, qui d'elles-mêmes n'ont absolument aucune connexion naturelle viennent à être si fort unies dans l'esprit de certaines personnes qu'il est fort, difficile de les séparer. Elles vont toujours de compagnie, et l'une n'est pas plus tôt présente & l'entendement que celle qui lui est associée parait aussitôt ; s'il y en a plus de deux ainsi unies, elles vont aussi toutes ensemble, sons se séparer Jamais.

Locke explique par l'association des idées une foule de superstitions et de préjugés; mais il n'a jamais prétendu expliquer par elle le moi, ses facultés et tout le mécanisme de Tesprit. C'est par l'activité propre de l'esprit qu'il rend compte de la combinaison des

éléments. La composition mentale, telle qu il Tentend, se distingue nettement de Tassociation purement passive. Mais ces réserves faites, il faut signaler dans son œuvre des théories qui autorisent à voir en lui Tun des précurseurs de la doctrine associationiste.

Il n y a de primitif que les idées simples , fournies par les sens et la réflexion. Toutes les idées complexes sont composées de ces idées simples et se ramènent à trois classes : idées des modes, des substances, des relations. — Les modes simples sont composés d'idées simples de la même espèce (nombre, espace, durée); les modes mixtes sont composés d'idées simples d'espèces différentes. Les idées de ces modes mixtes, comme les idées de beauté, de justice, d'obligation, et en général toutes les idées de la théologie, de Ja morale , de la jurisprudence , sont composées de plusieurs idées simples « jointes ensemble, et que Tesprit par une sorte d'illusion considère comme une seule idée ». N'est-ce pas en germe le principe d'explication des associationistes ? Plus encore Locke se rapproche de ces philosophes quand il ne voit dans la notion de substance qu'une collection d'idées simples qui se présentent toujours ensemble et que par suite l'esprit réunit « dans je ne sais quel sujet inconnu », qu'il considère comme leur sitbstratum. L'esprit , la matière, toutes les substances particulières, sont ainsi des combinaisons d'idées simples , qui se présentent toujours ensemble et finissent par se fondre pour l'esprit en une seule idée qui les comprend toutes, mais qui n'a de sens et de contenu que par elles. Il faut remarquer cependant que Locke ne nie pas l'existence des substances; il affirme seulement que nous ne savons rien d'elles, qu elles nous restent inconnues , qu'elles se réduisent pour nous à une collection d'idées simples associées.

Berkeley : la connaissance du monde sensible expliquée par Fassociallon des Idées* — Berkeley est plus hardi que Locke. 11 ne se contente pas de montrer dans sa théorie de la Vision la part que prend l'association à l'acquisition des idées de grandeur, de forme, de distance. Pour lui les choses sensibles ne sont que des sensations associées. Il soutient que les substances matérielles n'existent pas , que tout leur être consiste dans la perception que nous en avons : esse est percipi. « Otez les sensations de mollesse, d'aquosité, de rougeur, d'acidité mêlée de douceur, et vous ôtez la cerise, puisque la cerise n'est point un être distinct de ces sensations. Une cerise n'est autre chose qu'un assemblage d'impressions sensibles ou d'idées aperçues par nos

différents sens, idées que notre esprit réunit en une même chose, c'est-à-dire auxquelles il donne un nom, parce qu'il a observé qu'elles s'accompagnaient l'une l'autre. » (Dial. de PhiL et d'Bylas, 3° partie.) Les sensations sont de pures idées, que nous recevons passivement par Faction directe de Fesprit divin ; les sensations des divers sens n'ont pas entre elles de rapports réels, de connexion nécessaire ; elles ne sont pas les modes divers d'une même réalité, d'une même substance ; mais par l'expérience et l'habitude nous associons les idées sensibles qui s'accompagnent toujours.

L'observatioii qu'un certain nombre de qualités sensibles s* accompagnent réciproquement fait qu'on les désigne par un seul nom et qu'elles sont regardées comme une seule chose. Ainsi, par exemple , tels modes de couleur, de ^oût, d'odeur, de figure et de consistance ayant été observés comme existant ensemble, sont représentés comme une chose distincte et exprimés par le nom de pomme. D'autres collections d'idées constituent une pierre, un arbre, un livre, etc. (JfViVic. de la connaiss. Hum., chap. iw, iw part.)

L'esprit humain , les idées que cause en lui l'action de l'esprit divin, les rapports constants que l'expérience montre entre ces idées qui unissent par s'associer indissolublement, voilà tout ce <pi'il £Biutpoar expliquer l'existence du monde sensible.

DaTid Hmne : Passociatlon des idées, prineipe général de la vie de Fesprit. — La notion de causalité* — Hume généralise les doctrines précédentes, et en fait un système. Le grand principe de Hume, c'est qu'il ne faut pas accepter comme primitif et irréductible tout ce que nous révèle la conscience actuelle ; bien des actes complexes, bien des idées, qui peu à peu se sont formées par l'expérience et l'habitude, nous paraissent aujourd'hui des actes et des idées simples, des données premières. « Telle est l'influence de Thabitude que, quand elle est très forte, non seulement elle déguise notre ignorance naturelle, mais elle se cache elle-même^ei paraît ne pas exister [not to take plojcé)^ uniquement parce qu'elle est à son plus haut degré. » {Bech. sur l'entend, hum., section IV, part. 1*^.) Il s'agit d'appliquer aux phénomènes internes la méthode qu'appliquent les sciencres positives aux phénomènes physiques ; il faut : 1* les décomposer en leurs éléments; 2® déterminer les lois selon lesquelles ces éléments se combinent.

« Toutes les perceptions de l'esprit (a// tke perceptions ofthe mind) peuvent être divisées en deux classes, qui sont distinguées par leurs différents degrés de force et de vivacité. » {Rech. sur Ventend.

Autn.^ section II.) Les impressions {impressions) sont « toutes nos perceptions les plus vives, comme celles de Touïe, de la vue, des sens en général, auxquelles il faut joindre Vamour, la haine, les Tolitions. » Les pensées ou idées {thoughts or ideas) sont toutes ces perceptions moins vives « dont nous avons conscience quand nous réfléchissons sur ces sensations et ces mouvements ci-dessus mentionnés. » Impressions et idées, images affaiblies des impressions 9 tels sont les éléments de la vie spirituelle. « Toutes nos idées ou perceptions plus faibles ne sont que les copies {copies) de nos impressions ou de nos perceptions plus vives. » Donc toute idée à laquelle on ne peut assigner une impression correspondante est un tout complexe, un composé artificiel, dont on doit par Fanalyse démêler les éléments et découvrir Torigine. Quelles sont mainr tenant les lois qui rapprochent ces éléments, les unissent et les combinent? « Il n*y a que trois principes de connexion entre les idées : la ressemblance, la contiguïté {contiguity) dans le temps et dans Tespace, la causalité. » {Rech. sur l'entend, Au^tz.^ section III.) <{ Tous nos raisonnements en matière de fait {conceming^mcUier of fact) sont fondés sur la relation de cause à effet. » (Section IV.) Ramener la notion de causalité aux lois de Tassociation des idées, c'est donc y ramener du même coup toute connaissance qui porte sur autre chose que sur des abstractions de Tesprit. Quelle est donc l'origine delà notion de cause ? Il n'y a aucune intuition qui puisse nous révéler « le secret pouvoir {the secret power) par lequel un objet en produit un autre ». Une bille de billard se meut; elle en rencontre une autre qui se meut à son tour. Il n'y a rien dans le mouvement de la première qui me montre la nécessité du mouvement de la seconde; je vois deux phénomènes qui se succèdent, rien de plus. Les sens ne peuvent nous donner l'idée de pouvoir ou de connexion nécessaire; serons-nous plus heureux en nous adressant à la conscience ? ne trouverons-nous pas en elle rimpression originale qui répond à l'idée de cause ? (Section VII.) Le mouvement de nos organes suit l'ordre de notre volonté , c'est un fait d'expérience; mais, loin de saisir immédiatement le rapport nécessaire qui unit le vouloir au mouvement, nous n'avons aucune idée de la connexion de la cause avec l'effet, nous ne voyons pas comment est possible la détermination d'un ébranlement organique par un acte de l'esprit. Nous constatons un fait," ou plutôt la succession de deux phénomènes, rien de plus. Mais, dira-t-on, n'avons-nous pas la conscience du pouvoir, de l'énergie, quand par un ordre de la volonté nous évoquons une idée et fixons l'esprit sur elle ? 11

semble qu'ici il n*y ait plus d^intermédiaire. — Connaître un pouvoir, ce serait connaître ce qui dans la cause la rend capable de produire Teffet, ce serait connaître à la fois FefiTet et la cause en les saisissant dans leur rapport. Or nous ne percevons aucune connexion nécessaire entre Tordre de la volonté et Tapparition d'une idée. Ici encore tout ce que nous connaissons, c'est le fait ; tout ce que nous savons , c*est qu'à Tordre de la volonté succède Tapparition d'une idée. Cette idée de cause que ne peut nous donner Tintuition, la devons-nous au raisonnement? Non encore; car il est impossible de dire a priori quels seraient les effets de tel objet donné. « Adam, avant le péché, si parfaite qu'on suppose son intelligence, n'aurait jamais pu conclure a priori de la fluidité et de la transparence de l'eau qu'elle le suffoquerait. Il est impossible que l'esprit , par l'observation la plus attentive , trouve Teffet dans la cause supposée, parce que Teffet est totalement différent de la cause, et par suite ne peut être découvert en elle. » (Section lY .) Le raisonnement ne peut pas même nous autoriser à attendre les mêmes effets après les mêmes causes. Quel est le moyen terme qui nous permettra de passer de cette proposition : « J'ai trouvé que tel objet a toujours été suivi de tel effet, » à cette autre : « Je prévois que d'autres objets, qui sont en apparence semblables, seront suivis d'effets semblables.» « Il est impossible que des surguments tirés de l'expérience puissent prouver cette ressemblance du futur au passé, puisque ces arguments sont fondés sur cette supposition même. » (Section IV.)

En somme y dans toute la nature, il n'y a pas un seul cas de connexion que nous puissions concevoir {any one instcaice of connexion conceivable by lu). Tous les événements semblent entièrement décousus et détachés les uns des autres. Un événement suit Tautre, mais nous ne pouvons jamais observer une liaison entre eux. Us nous apparaissent en conjonction, jamais en connexion... Nous n'avons aucune idée de cette connexion, nous n'avons pas même une idée distincte de ce que nous désirons connaître, quand nous nous efforçons de la concevoir. (Sect. VU, part. 2.)

C'est dans l'expérience et l'association des idées qu'il faut cherclier l'origine de la notion de cause et du principe de causalité. « Les objets semblables sont toujours joints à des objets semblables, voilà une première expérience qui nous sert à définir la cause : un objet tellement suivi par un autre, que tous les objets semblables au premier soient suivis d^objets semblables au second, La vue d'une cause conduit toigours l'esprit, par une transition habituelle, à l'idée de Teffet ; seconde expérience qui produit une seconde

définition : la cause est un objet tellement suivi d'un autre objet que la présence du premier* fasse toujours penser au second, » (Seclion VII, part. 2.) Le rapport de causalité, que Hume avait d'abord distingué comme original, se ramène en dernière analyse à la double relation de similarité et de succession. Le principe de causalité n'est donc pas une loi a priori de la pensée; il n est rien de plus qu'une habitude de l'esprit, qui a son origine dans Texpérience et l'association des idées. Quant au sentiment de détermination qui s y joint, il n'est qu'une illusion subjective, qui sans doute caractérise l'idée de causalité, mais du même coup la fausse. L'idée de pouvoir, de force, vient tantôt de la sensation de l'effort, tantôt de la sensation qui accompagne Thabitude. Dans les deux cas elle est illusoire et n'exprime que notre tendance à prêter aux objets externes des sentiments analogues à ceux dont ils sont l'occasion en nous.

Aucun animal ne peut mettre les corps externes en mouvement sans le sentiment d*un nisus ou effort; et chaque animal éprouve un sentiment (sentiment or feelmg) au choc d*un objet externe qui est en mouvement. Ces t'Qïï9A\XoxïA q}jX sont purement animales, ^i àovLi nous ne pouvons tirer aucune iuférence a priori, nous sommes enclins à les transférer aux objets inanimés, et & supposer qulls ont quelques sentiments {feelings) analogues quand ils transmettent ou reçoivent du mouvement. Quant aux énergies qui s*exercent, sans que nous y attachions Tidée d*une communication de mouvement, nous considérons seulement notre expérience constante de la conjonction des phénomènes ; et comme nous sentons (feel) une connexion habituelle (a customary connexion) entre les idées, nous transférons ce sentiment aux objets, car rien n'est plus ordinaire que d'appliquer aux corps extet^nes toute sensation interne qu'ils occasionnent. (Sect. VII, part. 2, en note.)

Ainsi, Thabitude déterminante n'est pas plus que l'effort la cause scdsic sur le vif, c'est une sensation qui résulte et dépend de la conjonction des phénomènes, et que, par suite d'une illusion qui nous est ordincdre, nous projetons hors de nous.

■/association des idées rend compte de notre croyance t\ Pexistence du monde et du moi; de la vie affective et volontaire* — Ce n'est pas seulement le principe de causalité, c'est toute la vie de l'esprit, c'est notre connaissance du monde et du moi, ce sont les phénomènes sensibles et volontaires aussi bien que les phénomènes intellectuels que l'analyse ramène à Tassociation des idées. « C'est une espèce d'attraction (a kind of attraction), qui produit dans le monde des esprits des eBeiè aussi extraordinaires que ceux de la gravitation dans le monde des corps. » {Trcûté de la nature hum., I, s. iv.) Ici encore

J. HiST. DB. LA. PHIU 14

David Hume pose tous les principes que développeront les associa^ tionistes contemporains. Nous n'avons pas plus l'idée de la sub* stance que de la cause. Il n'y a aucune impression qui réponde à la substance : la oritiqoe de Locke sur ce point est pour Hum» déAnitIve. Nous ne connaissons que des modes, que des qualités ; les corps ne sont donc que des groupes de sensations reliées eaira elles par l'association des idées. Nous transformons un rapport constant en une réalité. L'idée de substance, comme celle de cause^ est une idée surajoutée , une illusion subjective qui répond à une habitude de l'esprit. Tout ce que nous disons des corps nous pou«vons le répéter du moi. « 11 y a des philosophes qui s'imaginent que nous avons A tout moment la conscience intime de oe que noua appelons notre moi , que nous 0enton9 son existence et sa continuité dans l'existence. » {Traité de la nat, hum,, 1. P', s. vi, part. 4.) C'est encore une illusion subjective, que l'analyse ramène à l'habi— tude et à l'association des idées. « 11 doit y avoir quelque impression qui donna naissaOiC^ à toi^te idée réelle. Or le moi ou la personne n'est pas une impression, mais ce à quoi nos impressions et idées multiples sont supposées se rapporter. » Il en est donc duf moi comme des cprpst nous transformons les rapports qui relient entre eux pos états intérieurs en une réalité substantielle. Si nous passons de la vie intellectuelle & la vie sensible, nous trouvons que l'association des idées joue le plus grand rôle dans la naissance des passions. (Voyez la Sensibilité,) Quant à la vie volontaire, elles'explique tout entière , non pas par l'idée chimérique de cauae,. mais par le rapport des volitions aux motifs qui les précèdent d'une façon constante. Des motifs semblables sont toujours suivis d'actions semblables.

David Hume n'a pas inventé de toutes pièces sa méthode d'analyse critique; il a eu dans Malebranche et dans Berkeley des précurseurs ; mais le premier il a tenté une explication générale de la vie de l'esprit par l'association des idées; il a posé le problème et donné la méthode pour le résoudre : ses successeurs n'ont pu que le continuer. Pour lui, comme pour Stuart Mill, nos intuitions en apparence les plus simples sont en fait des actes très complexes ; noscroyances naturelles sont des illusions subjectives. Étudier l'esprit, c'est lui appliquer la méthode d'anal3rse, c'est découvrir ses élé» ments primitifs et les lois qui les combinent et les composent. Il n*y a pas de pouvoir, de faculté; il n'y a que des phénomènes et desrelations constantes entre ces phénomènes* Par suite, il n'y a pas d'innéité, de lois a priori : les principe» de l'expérience dérivent de-

L'ASBûCUTIOlf DES iDÉ£8 ^11

rexpérieace. Le prinoifxe de causalité se ramène à rattente des mêmes phénomènes dans les méme«^ cireooBtâBees. La certitude est donc toute subjective ; elle repose sur les habitudes de Tesprit, sur notre impuissance à nous défaire de certaines associations d'idées. Les associatianistea u'ontrien ajouté à oette méthode ni à ces principes. On ne peut reprocher à David Hume qu'une inconséquence, c'est sa distinction des ventés de raison et des vérités -de fait.

Tous les objets dont la raison humaine se propose l'étude, dit-U fflecA. sur Vent, hum., sect. IV, part. !'•), se divisent naturellement en deux classes : la première comprend les relaiioiu d'idées {reiatUms ofideas), la seconde les choses de fait. A la première appartiennent la géométrie, Talgèbre, Taritluné tique, bref, toute affirmation ou intuitivement ou démonstrativement certaine. Que le carré de Fhypoténurfe soit égal au carré des deux côtés, c'est une proposition qui exprime une relation entre ces figures, que 3 fois 5 soit ^al à. la moitié de 30, c'est une proposition qui exprime une relation entre ces nombres. Les propositions de ce genre se découvrent par la pure opération de la pensée et ne dépendent en rien des choses qui existent dans Tunivers. N*y eûtil ni cercle ni triangle dans la nature, les vérités démontrées par BucUde n'en garderaient pas moins leur certitude et leur évidence.

Harttey : Fesprit expliqué par rassociation et eelle-ei par les vibrations cérébrales* — Le médecin D. Hartley s'efforce lai aussi d'expliquer toute la vie spirituelle par rassociation. Mais David Hume est avant tout un psychologue et un logicien, dont la méthode fait pressentir celle de Stua^ Mill. D. Hartley est un physiologiste autant qu'un psychologue. Il inaugure la méthode que reprendront Al. Bain et surtout Herbert Spencer. Parallèlement à la théorie des idées, il propose une théorie des vibrations cérébrales, et il s'efforce d'établir la correspondance intime et continue des deux termes. Les vibrations, comme les idées, s associent quand elles se sont présentées ensemble ou suc*cessivement. Hartley croit pouvoir [exprimer tous les faits intérieurs par les rapports de coexistence et de succession, et, simplifiant la théorie de D. Hume, supprime, comme relation originale et irréductible, la ressemblance. C'était revenir à la théorie de Descartes et de Malebranche en substituant les vibrations des nerfs eux-mêmes à la circulation, dans les nerfs, des esprits animaux.

Hu Reld : réaction contre Hume* — Influence de te volonté sur la soite des idées. — Pour échapper au iKepticisme de D. Hume, Th. Reld multiplie les principes primitifs, ies vérités nécessaires , irréductiUfis par l'analyse à Texpérieiice.

L'association des idées ne peut donc avoir pour lui qu'un rôle secondaire. 11 remarque avec raison que

La mémoire, le jugement, le raisonnement, les passions, les affections, en un mot toutes les opérations de Tesprit sont excitées occasionnellement dans une suite de pensées. De sorte que si nous admettons que la suite de nos pensées n*est qu'une suite dldées, il faut que le mot idée désigne toutes ces opérations diverses... Des suites de pensées, les unes sont irrégulières, aucun principe ne les gouverne ni ne les ordonne ; les autres sont réglées et dirigées vers un but par un effort actif de Fesprit. Ces deux sortes de suites de pensées ne laissent pas de se mêler le plus souvent dans Fentendement le mieux réglé. (Essai sw* les foc, intelL, Essai IV, chap. iv.)

« Toutes les hypothèses qui expliquent la suite régulière des pensées humaines par le mouvement des esprits animaux, les vibrations des nerfs, Tattraction des idées ou par quelque autre cause irrationnelle, mécanique ou contingente, ne me semblent pas mériter l'attention. » [Ibid,) Th. Reid accorde le plus grand empire à la volonté sur la suite et la disposition des pensées. Il n'explique pas la vie intellectuelle par les lois nécessaires de l'association, par une sorte d'attraction fatale ; « au cours naturel et sans ordre des idées » il oppose la suite réfléchie, l'ordre voulu, sans chercher dans le premier le principe du second.

Nous semblons en user avec les pensées qui se présentent en foule à notre imagination, comme un grand prince avec les courtisans qui se présentent & son lever et qui tous aspirent au bonheur d'attirer son attention. Les unes s'écoulept avec la foule et sont bientôt oubliés ; mais celles qui excitent de quelque manière notre intérêt, nous les retenons, nous les considérons, et nous les disposons dans un ordre qui se rapporte & quelque dessein.

Par l'habitude , une suite de pensées qui a coûté d'abord beaucoup d'efforts et de réflexion, finit par se présenter d'elle-même à l'esprit et par devenir comme spontanée. C'est ainsi que s'expliquent les différences de talents, d'aptitudes, de manières de voir qui distinguent les hommes. Mais l'origine première de ces suites d'idées, ce n'est pas quelque chose de propre, d'irréductible, un ensemble de lois fatales, « c'est la volonté mettant en œuvre les facultés de l'intelligence ».

Dugald Ste\%'art* — Distinction des associations par rapports accidentels et par rapports néces* saires* — L'association principe de lliabitade* —

Dugald Stewart, disciple de Th. Reid, décrit avec soin le phénomène de Tassociation des idées. Mais il ne croit pas qu'il soit possible d'énumérer tous les principes d'association, de réduire par

suite tous les rapports qui s'établissent entre nos idées , à une ou deux lois, comme Ta fait Hume. La raison qu'il en donne repose sur un malentendu : « Il n'y a pas, dit-il, une relation entre les objets de notre connaissance qui ne puisse servir à les unir dans notre pensée, par conséquent toute énumération , quelque étendue qu'on lui donne, peut difficilement être complète. » D. Hume pourrait répoudre que les objets de la connaissance importent peu; que par exemple, quels que soient les objets auxquels elles répondent, les idées qui se sont présentées ensemble ou successivement se suggèrent lune l'autre. Dugald Stewart tente d'ailleurs lui-même une distinction et une classification des rapports selon lesquels les idées s'associent.

Parmi les relations sur lesquelles se fondent les associations d'idées, les unes s'offrent d'elles-mêmes k l'esprit, tandis que d'autres exigent au contraire, pour être aperçues, un effort d'attention. Du premier genre sont les relations de ressemblance et d'analogie, de contrariété, de contiguïté, soit dans le temps, soit dans l'espace, et celles qui naissent de la coïncidence accidentelle des 8on8 de différents mots. Ces relations lient entre elles nos pensées , lorsque nous les laissons suivre leur mouyement naturel, sans effort ou presque sans aucun effort de notre part. Du second genre sont les relations de cause et d'effet, de moyen et de fin, de prémisses et de conclusion et quelques autres qui règlent la suite des pensées d'un philosophe livré & une recherche qui l'occupe fortement.

Cette distinction des rapports accidentels purement subjectifs et des rapports logiques et nécessaires qui ont une valeur objective, a été adoptée par la plupart des psychologues français de l'école spiritualiste ^ Dugald Stewart montre encore que l'action de la volonté sur la suite des idées est indirecte, qu'elle se réduit à profiter des lois de l'association qui ont la plus grande influence sur l'esprit, le caractère et la conduite. Enfin, 'au lieu d'expliquer la liaison des idées par l'habitude, « il croit plus philosophique de résoudre le pouvoir de l'habitude en faculté d'association que de résoudre l'association en habitude ». L'habitude ne lui semble pas « un fait irréductible et non susceptible d'analyse » ; la facilité qu'elle donne vient précisément de ce qu'en vertu de la répétition les idées, les sentiments et les mouvements tendent à s'associer d'une manière de plus en plus irrésistible.

Dans les cas où il s'agit d'habitudes purement intellectuelles, les effets de la pratique se résolvent complètement dans le principe d'association ; et il me semble plus précis et plus satisfaisant d'établir ce principe comme une loi de

1. Noos aroDi discuté cette théorie dins notre Traité élémentaire de phUoiOphie» § 84.

2il - HISTOmi Dfi LA PMiMOPHIE

notre eonstitutlon, que de le dégnifer sons te nom d'habitude, qni t'api^lMfae également au corps et & Teepiit. {Élém, de la j^kUo*. de Vesprit humain, 1. 1, p. 2, tr. fr.)

HaindDton ramène Unà/e» les loto de Passeeiatloii à une Ici unique* ^ Hamilton s'efforce de BîmpUâer la théorie de raesociatîon. II ramène d'abord tous le» rapports selon les^ quels se lient les idées à deint r la simultanéité et la reseemblance on affinité; puis ces deux lois elIetHmémes à une seule loi, qu'il appelle loi de M rédintégration ou de la totalité, dont il donne la formule strÎTante : « Deux idées (jm ont fait partie précédemment •du même aete intégral de cognition se suggèrent naturellement. » La conscience s'exerce suivant une double loi : loi de suecession, loi de variation. Cette variation successive étant continue, il y a entre les modes ou actes de l'esprit une loi de dépendance ou de consécution déterminée [law of dépendance or determined eonêeciUion) : chaque modification conséquente dans le mouvement mental est l'effet de son antécédent immédiat. Cette loi de dépendance implique une loi de relativité et ^^intégration : les pensées dépendent Tune de Tautre en tant seulement qu^elIes sont les unes acn autres comme des parties à un même iout« Mais ce tout est de deux espèces : subjectif ou psychologique, — objectif ou logique. De là la distinction entre les connexions extrinsèques ou contingentes et les connexions intrinsèques et nécessaires. Celles-ci s'expliquent d'elles-mêmes, puisqu'elles résultent de la nature de Tesprit et qu'elles se fondent sur Fimpossibilité logique de séparer les termes qu'elles réunissent Mais les consécutions subjectives, les associations proprement dites ne peuvent s'expliquer par la connexion nécessaire des idées ; elles reposent sur Tunité de l'acte de l'esprit dont elles ont fait partie. Les idées sont liées l'une à l'autre quand elles ont fait partie du même acte intégral de cognition. Pour les associations par simultanéité, il semble qu'il n'y ait pas de difficulté : les idées acquises en même temps sont comme les parties d'un même tout, les éléments d'un acte de l'esprit, qui se rétablit dans son intégrité (loi de rédintégration). Pour les asso-. dations par similarité, la théorie semble moins facilement applicable- Comment dire que deux idées dont le rapport est la découverte de quèlqtw chose de nout^au pour l'esprit^ ont été comprises dans un même acle deTintelligence? Ici le moyen terme qui rapproche les deux idées, c'est l'élément qui leur est commun, élément qui a été mêlé À chacune d'elles comme une partie à son tout ; et par suite, t'est cet élément commun, cet acte identique qui, recons-

tituUni à. U tiÂB iH i$^x idées différeatm^ les rappFOchje. L'asso^- «ialion pttr mmilariié ae raqaè^e deiie bi«ji aussi i^ la loi de rédia^ tégmtion»

lA tradiUoa A4M0el)ati<Hitete : Thomas Itroum^ ~-

L*éeole écoauiise,. Eeid, Du(« Siewart, Hamiltod, tout en étudiant (les lois de Tassociation et en lui faisant une part dans rexplication des phénomènes, se refusaient à y voir la loi unique et exclusive •des faits intellectueli;, et ils ^ient ofppméfg A la théorie afisocîationiste de Dav. Hume* Cetta théorie cependant nWait pas cessé d*aToir ded représentante. Le naturalise Éraame Da^rwia (1731- 1802), l'ancêtre et le précurseur de C!h. Dartrin, le savant Joseph Priestley (1733-J-804) acceptaient les idées psychologiques de D, Hartley. L*école écossaise elle-iîiéme, avec Th. Ërown (1778-1820), disciple de Eeîd, ami et successeur de Dugald Stewart, revient aux explications 4e Técole associationisfe. La doctrine âe Browfi marque « la transitioa entre Le déclin de cette école à la fin cfù xvui® siècle et sa restauration par James Mîll dans le pi*emier quart du XIX' ». (Luigî Ferrl, la Psychologie de V association, p. 80.) Brown ne voit plus seulement, comme ses maîtres, dans les lois de l'association les lois de la reproduction de nos pensées; il lui donne un rôle dans la production de nos connaissances, il lui attribue la (brmation d'un certain noftibre de facultés qu'il ne reconnaît pas comme prînritives. Le mot « association » lui semblant mal choisi, il le remplace par celui de « suggeâtion », et il distingue «ne suggestion simple ci une suggestion rrfaf«jé. Toutes les facultés intellectuelles se ramènent à ces deux principes. La suggestion simple, c*est l'association contingente, accidentelle (tel lieu me rapi)elle tel individu); la suggestion relative, c'est la perception des rapports, la fondement des idées générales et du raisonnement (exemple r à proposdii trîangie rectaagle, je pMsa du carré de Thy^ poténuse à sa proportion avec leâ carrés des deux autres côtés).

Marnes Mîll ; ftâsocflatloiis fiHiéparables s opposi* tion de la naéthode psycholoslq^ue et de la métliodc

iHtalttve. «^ L'cBwre de iaine« Mill, dit son fils, réalise la tâche que Birown avait proposée au psychologue, en lui montrant dans la décanbpoBitioD clûmique le modèle de l'analyse qui doit retrouver daM les phénomènes complexes de Fesprit les éléments qni \m -composent. Nous atons déjà rencontré cette doctrine cfaits Hume ; <iuÛ0 la grande origioalité da James Mill, c'est ^'il croit avoir

trouvé dans Vassociation inséparable le principe des illusions subjec* tives qui composent les croyances du sens commun et servent de fondement aux doctrines de Técole intuitive. En premier lieu, quand deux idées par la fréquence ou la force d'association sont intimement unies, elles se suggèrent irrésistiblement : voilà de quoi expliquer bien des principes soi-disant irréductibles et innés. En second lieu :

Les idées qui se sont trouvées si souvent jointes que, toutes les fois que Tune existe dans l'esprit, les autres existent immédiatement & côté d'elle, paraissent se combiner, se fondre ensemble pour ainsi dire, et de plusieurs idées n'en former qu'une seule, complexe en réalité, mais qui semble non moins simple que celles dont elle se compose.

Cette sorte de synthèse chimique intellectuelle explique, par exemple, la formation de ce que nous appelons les objets extérieurs, qui ne sont que des combinaisons inséparables de sensations. La volonté elle-même se ramène comme Tintelligence à l'association : la fin est toujours la recherche du plaisir, la fuite de la douleur; les moyens varient selon les expériences faites et les associations établies entre la fin et les circonstances qui permettent de l'atteindre.

•lohn Stuart Mill : lois de Fassociatlon. — Illusions de rintuitlon. — Théorie psychologique de la croyance à la matière et de la croyance à Tesprit.

— John Stuart Mill, reprenant Tœuvre de son père, la développe, retend, la renouvelle. Avec lui Tassociationisme n'est plus une doctrine anglaise, elle devient un des grands systèmes de la philosophie. Voici quelles sont suivant lui les lois de l'association des idées :

10 Les idées des phénomènes semblables tendent & se présenter ensemble à Fesprit. 2» Quand les phénomènes ont été ou expérimentés ou conçus en contiguïté intime l'un avec Fautre, leurs idées ont de la tendance k se présenter ensemble. Il y a deux espèces de contiguïté : la simultanéité et la succession immédiate. 3^ Les associations produites par contiguïté deviennent plus certaines et plus rapides par l'effet de la répétition. Quand deux phénomènes ont été très souvent réunis et ne se sont jamais, dans aucun cas, présentés séparément, soit dans l'expérience, soit dans la pensée, il se produit entre eux ce qu'on appelle Tassociation inséparable, autrement, mais moins justement dite indissoluble. 4^ Quand une association a acquis cette sorte d'inséparabilité, quand la chaîne qui unit les deux idées a été ainsi fermement rivée, non seulement Fidée évoquée par la sensation devient, dans la conscience, inséparable de Fidée qui la suggère ; mais les faits ou phénomènes qui répondent à ces idées, finissent par sembler inséparables dans la réalité : les choses que nous sommes incapables de concevoir séparées, nous semblent incapables d'exister séparées, et notre croyance à leur coexistence, bien qu'elle soit en réar

lité on produit de Texpérience, nous parait intuitive. {Philos, de Hamilton, chap. XI.)

Étant donné l'esprit humain, tel qu'il se connaît aujourd'hui, ensemble complexe, synthèse d'éléments si bien fondus qu'elle semble une unité indivisible, il s'agit, à l'aide de ces lois, de dis* soudre par l'analyse cette masse compacte de faits cohérents et de retrouver les phénomènes primitifs dans leur simplicité. Stuart Mill accomplit cette œuvre de décomposition avec une subtilité admirable. Le monde extérieur, le moi, les lois de la pensée, les prin* cipes des sciences mathématiques et des sciences positives, les idées morales, toutes ces intuitions simples en apparence, sous le tranchant de son analyse, se décomposent en leurs éléments, révélant du même coup les lois de leur cohésion.

I^a croyance À l'existence du monde extérieur s'explique par l'association des idées. Le monde extérieur semble avoir une existence indépendante de nos sensations, et être aperçu par une intuition immédiate. Le problème est ici de montrer que cette croyance n'est irrésistible que par la puissance même des associations inséparables qui la produisent dans l'esprit. Aux sensations que j'éprouve dans l'instant présent s'oppose la multitude des sensations que je pourrais éprouver dans d'autres circonstances. « Je vois un morceau de papier blanc sur une table, je passe daAs une autre pièce et, quoique j'aie cessé de voirie papier, je suis persuadé qu'il y est encore. » [Exam. de la Philosophie de HamiUon,iv, fr., p. 215.) Traduisez : il y a là pour moi une possibilité de sensations dans des circonstances données; et ce qui caractérise cette possibilité de sensations, ce qui la distingue de toute sensation actuelle, c'est qu'elle est pei^manente. « Ces possibilités diverses sont tout ce qui m'importe dans le monde; mes sensations présentes ont généralement peu d'importance et de plus elles sont fugitives, » Vous saisissez ici le mécanisme mental qui finit par opposer à la sensation actuelle, passagère, la substance permanente. Ajoutez que ces possibilités de sensations sont des groupes coordonnés de sensations des divers sens (exemple, rose : odeur, couleur, forme, etc.), et que par là encore elles se distinguent et se séparent de la sensation particulière. Ce que j'appelle un corps, c'est un groupe de sensations coordonnées : c'est entre ces groupes que l'expérience nous montre des successions constantes. Le feu par exemple (groupe de sensations) fait fondre la cire (autre groupe de sensations).

De \k vient que nous ne rattachons pas nos idées de causalité, de force,

218 HISTOIRE DE LA l^fltLOdOPfllE

d'activité à nos sensations actuelles, mais à des groupes de possibDitéa de sensations... On arrive ainsi & considérer les sensations, bien qu'elles solenf le fondement de tout, comme une espèce d'accident qui dépend de nous, et les posfliUiités comme beaucoup plus réellee q«e les seiiflations afituelles; bien plu», comme les réalités mêmes dont les sensations ne sont que les représentations, les apparences ou les effets. (Ëxam, de la philos, de Ramiltùn, p. Î17.)

Gomme nous Yéaliflons les gfoup6» de senfiaboos dans des corpSf QOUB rattachons Tensemble die iouiee nos seasations à ua9 sdi>6tance matérielle ^omrne à ton principe et à sa cause. Ainfii la croyance au monde extérieur n'est pous le résultat d'une intuition immédiate I primitive , irréductible; Tanalyse psychologique la résout en une illusioa nécessaire qu'expliquent et qulmpoaent lea lois de l'association.

Ce qui caractérise la notion de Te^rit comme celle de la matière, c'est ridée « de quelque chose dont ,1a permanence contraste avee le flux perpétuel des états de contcience que nous 7 rattachons ».

• La croyance que mon esprit existe, alors même qu'il ne sent pas, qu'il ne pense pas, qu'il n'a pas conscience de sa pfopM existence, se réduit à la «ro^anee d^tmepoisibiliU permanente de ees étais.... L*e0prit n'eet ainei qu^unt série de sentimentA, qu'une chalae de faits de conscience, auxquelles il faut -aussi ajouter des possibilités de faits de conscience qui ne sont pas réalisées, mais qui pourraient Têtre dane certaiAeê conditions (p. 22$).

Ce qui explique que Tesprit se distingue et se détache des faits de conscience, qui seuls dans cette hypothè&e sont réels, c'est que Tétat de conscience actuel n'a qu'une importance minime, comparée À la masse imposante des faits passés que renouvelle la mémoire. Le mécanisme est le même que dam la formation de l'idée de matière. L'association des idées coordonne les états de conscience en une sorte desut^stance, que nous appelona « moi », et leur donne ainsi une cohésion qui suffît à tout expliquer. Stuart Mill reconnaît cependant qu'ici sa théorie laisse à désirer, qu'elle ne rend compte ni du souvenir, ni de la prévision, qui supposent Tidentité du suyet qui se souvient et prévoit.

Si nous regardons l'esprit comme une série de sentiments, nous sommes obligés de compléter la proposition, en l'appelant une série de sentiments qui se conmait elle-même comme passée eià Tenir ; et nous sommes réduits à l'alteriMir tive de croire que l'esprit ou moi est autre chose que les séries de sentiments ou de possibilités de sentiments ; ou bien d'admettre le paradoxe que quelque chose qui, par hypothèse, n'est qu'âne série de senUttents, peut se connattBt soi-même en taat que série.

Théorie pftyclMlosiqae des prineif^o» »oMâBmnt

L*AS90CIÀTION Z^ÏS IDÉES 219

vtMofameinm -^ Principes spéculatifs. — Principes pnUlqiie«* -^ Les lois de la pensée, les principes soinlisant ralionnelfl et a priori s'expliquent aussi bien que les notions de la matière et de Fesprit par les lois de Tassociation. Le problème est \e même. Nous sommes en présence de notions ou de vérités qui semblent primitives, irréductibles, saisies par une intuition immé* diate ; il s'agit de les résoudre par Fanalyse en éléments simples, -et de montrer selon quelles lois ces éléments se combinent en produisant l'illusion d^une connaissance a priori. La grande objection que font à Femptrisme ses adversaires, c'est la nécessité etTuniver- «alite des principes rationnels. Mais « s'il y a dans notre nature un -sentiment que les lois d'association soient évidemment capables de produire, c'est le sentiment de la nécessité. » Quand deux idées se sont toujours présentées ensemble, quand elles ne se sont jamais présentées l'une sans l'autre, leur association devient inséparable, et nous ne pouvons concevoir l'une sans que l'autre immédiatement apparaisse. Quant à rmirersalité des vérités nécessaires, c'est-àdire à la présence de ces associations dans tous les esprits, elle s'ex* pUque par ce fait qu'il y a dans l'expérience de tous les hommes quelque chose de commun qui leur impose les mêmes principes. Ainsi Stuart Mill ne nie pas que les hommes croient découvrir en eux des principes universels et nécessaires, mais il ramène cette •croyance à une iUnsîon.

Les sciences mathématiques, aussi bien que les sciences positives, •dérivent de l'expérience. Les figures de la géométrie ne sont pas •des constructions a priori, elles ont leur origine dans les formes réelles, dont certains traits sont ou exagérés ou omis. Les axiomes «ont des vérités expérimentales. Deux lignes droites ne peuvent •enclore un espace. Pourquoi? parce que je n'ai jamais vu deux lignes droites enfermer un espace, et que je ne trouve dans mon expérience passée aucune image qui me permette de résister à ■cette association inséparable. {Philosophie de Hamilton, p. 319.) Toute science en dermère analyse repose donc sur l'induction. Quel est maîntenant le fotidemeAt de l'induetion ? C'est, dAi Stuart Mill, la prévision, l'attente du retour des mêmes conséquents après les mêmes antécédents. Le fondement de l'induction, c'est donc le principe de causalité ; entendez : le principe des uniformités naturelles ou des suceessioiiB confluantes. Ge principe est-il <x priori? Non. Il s^explique coimne tous les prineipefl par l'association des idées. « Nous apprenons par l'expérience qu'il y a dans la nature an OTdre de suecessiet! fevariafeîe et que ehaqwê fait y es* toujours

précédé par un autre fait. Nous appelons cause Tantécédent invariable, effet le conséquent invariable. » En vertu de la loi même d'association des idées, Timsigination tend à reproduire les phénomènes dans Tordre où ils ont frappé nos sens. C'est la première forme de Tinduction, Tinduction per enumerationem simplicem : de ce qui a été on passe à ce qui sera, sans critique, sans hésitation. De là ces jugements pratiques : le feu brûle, Teau désaltère. Mais chaque fait qui confirme une loi particulière dépose par cela même en faveur de la loi de causalité, qui recueille ainsi à elle seule autant de témoignages favorables que toutes les autres ensemble. Ainsi peu à peu lassociation qui unit dès le début les idées de Tantécédent et du conséquent et qui tend à les suggérer ensemble, devient une association inséparable, irrésistible, une loi universelle, nécessaire.

11 faut remarquer le grand rôle que jouent dans toutes ces explications les lois de Toubli, selon l'expression de Stuart Mill. Ce qui ne m^intéresse pas disparait presque aussitôt de la conscience. Je ne me souviens pas par exemple d'avoir tourné les pages du livre que je lis. C'est ainsi que les faits de conscience qui ont créé l'association sont oubliés, et que, l'association restant seule, elle semble une loi primitive.

Il en est de la vie pratique comme de la vie spéculative. Les idées morales de vertu, de désintéressement, les sentiments moraux, comme le remords, sont des groupes complexes d'idées et de sentiments combinés selon les lois d'association.

Les choses origiaairemont iiidiCTérentes, mais qui tendent à la satisfaction de nos désirs primitifs, ou qui y ont été autrefois associées, deviennent en elles-mêmes des sources de plaisir, plus précieuses que les plaisirs primitif» par leur stabilité, par l'espace de temps pendant lequel Thomme peut en jouir et môme par leur intensité.

C'est une forme des lois de l'oubli. Nous aimons la vertu comme l'avare Targent, par une illusion fondée sur les lois d'association.

Originairement il n'y avait aucune raison pour désirer et pratiquer la vertu que la tendance à produire le plaisir, et surtout à mettre à l'abri de la douleur» Mais grâce k cette association la vertu peut être regardée comme un bien en elle-même et peut être aussi vivement souhaitée que tout autre bien.

Ce qu'on aime, c'est le plaisir; dès l'enfance à l'idée de vertu s'attache l'idée de récompense; on oublie que dans la vertu on voulait le plaisir, et on se prend à aimer la vertu pour elle-même.

Herbert Spencer : théorie évolutionniste de l'as*

soclatlon. — Stuart Mill est le logicien et le psychologue de Técole associationiste : Herbert Spencer en est le naturaliste et le physiologiste; il reprend les h3rpothè8e8 de D. Hartley. Il étudie Tesprit dans ses rapports avec l'organisme et avec la nature entière. Deux grandes lois scientifiques dominent sa psychologie : la loi de la persistance de la force, et la loi de l'évolution (transformisme). La conscience suppose un changement incessant d'états, une différenciation continue; elle est l'intuition d'une différence. Une sensation ne peut être aperçue que par opposition à une autre sensation , à laquelle elle succède et dont elle se distingue. Mais avec le seul changement je ne pourrais ni me souvenir ni prévoir. Pour que la pensée soit possible, il faut que la sensation laisse un résidu après que la cause extérieure a cessé d'agir. Ce résidu, cette copie affaiblie de la sensation primitive devient un terme de comparaison qui permet la perception des ressemblances.

Différence, reBsemblance, ce sont là les deux processus contraires par lesquels la conscience subsiste : ce sont là les actions centrifuge et centripète, grâce auxquelles son équilibre se maintient. Pour qu'il puisse y avoir des matériaux pour la pensce, il faut qu*& chaque moment la conscience soit différenciée de son état. Et pour que le nouvel état qui en résulte devienne une pensée, il faut qu'il soit intégré avec les états précédemment expérimcntt's. (Prwic. depsych., 6«part., xxvii.)

c< Cette perpétuelle alternance est la caractéristique de toute conscience , » et c'est par elle que s'explique la composition de l'esprit. L'intelligence est l'assimilation et l'intégration continues, suivant des rapports fixes, d'états de conscience incessamment diversifiés. H. Spencer est amené par cette théorie à réduire les rapports selon lesquels s'associent nos idées à la différence et à la ressemblance, d'où il fait dériver par une analyse ingénieuse les rapports de contiguïté, de coexistence et de succession.

Mais pour entendre le progrès qui ainsi élève l'intelligence par complications successives, il faut considérer l'esprit dans son rapport avec l'organisme et le milieu externe. La pensée est accompagnée d'un changement dans le courant nerveux ; il y a entre les deux termes équivalence. A chaque sensation répond donc une modification cérébrale ; aux liaisons entre les sensations des liaisons entre les éléments nerveux. Le progrès de l'intelligence est ainsi un perfectionnement graduel du système cérébro-spinal, un ajustement graduel du dedans au dehors, et en même temps une correspondance de plus en plus parfaite entre le mécanisme cérébral et les phénomènes extérieurs qui l'ont peu à peu construit. En

un mot, les rapports des phénomènes extérieurs deviennent les rapports des éléments nerveux qui à leur iour ne se distinguent pas des rapports de nos pensées. Les lois de l'esprit ne sont que les lois des phénomènes peu à peu organisées (tons le système ner* veux. « La force de Ja teadance que lantéeédent d'un changement psychique quelconque a d*étre suivi par son conséquent est proportionnée à la persistance de lunion des choses externes quUI» représentent. » {Prmc. de p$yck., t. P% p. 439 de la trad. fr.) Gomme le système nerveux se transmet par l'hérédité, les haJbitudes peu à peu se fixent dans l'organisme dont elles ont modifié la struc* ture. Ainsi le progrès de Tintelligence ne s'entend que par révolution, que par l'adaptation de plus en plus parfaite des êtres vivants k leur milieu. « Si les animaux les plus élevés n'ont acquis que par des modifications accumulées pendant un passé sans bornes leur organisation bien intégrée, très définie et très hétérogène, si le système nerveux développé de ces animaux n'a atteint que peu à peu sa structure et ses fonctions complexes, il s'ensuit nécessairement que les formes compliquées. de conscience, corrélatives de ces structures et fonctions complexes, ont dû naître par degrés. ^ (Princ, depsych.j 3® part., t. !•', p. 296, trad. fr.) L'hypothèse de la table rase est fausse : il y a quelque chose d*inné à l'individu, ce sont les acquisitions de la race, fixées dans la structure du système cérébro-spinal. En résumé, H. Spencer accorde que tout acte d'intelligence est une association. Mais il ne s'enferme pas comme St. Mill dans la conscience subjective, et il nie que l'expérience individuelle puisse expliquer la vie de l'esprit. Ce sont les expériences de la race « qui par une répétition infinie, dans d'innombrables générations suc* cessives, ont établi certaines séquences à l'état de relations orga* niques ». Faisant sortir l'esprit du monde par évolution, H. Spen-> cer ne peut plus définir le monde par l'esprit, le réduire comme St. Mill à une possibilité permanente de sensations. H. Spencer revient au réalisme, mais à un réalisme « transfiguré » , suivant lequel les faits psychiques et les faits physiques} en parallélisme constant, sont les symboles d'un double aspect de la réalité, qui en elle-même reste inconnaissable. En résumé, St. Mill a donné la méthode psychologique, les grands procédés d'explication; H. Spencer, avec un esprit de synthèse plus puissant, les a transformés» amplifiés, coordonnant les lois de l'esprit aux lois des choses, l'association à révolution universelle.

Conclusion» -^ L'histoire de la loi d'associaiion des idées

ooufi a montré comiBeai peu h peu elle s'est élevée du rang de loi de la reproduction des phénoonônes internes au rang de loi générale de Teaprit. Aujourd'hui rempirâme se confond avec Tassociâr tionisme. Il est facile de voir les «ervicee qu'a rendus l'éeole anglaise de Locbe et Huim à Spencer. Son «ouvre est d'appliquer à Vesprii humain les procédés de l'analyse et de la synthèse scientifiques. Elle considère Tesprit comme un objet parmi les objets, et il y a dans ce point de vue, de l'accord même des idéalistes de l'école de Kant , quelque chose de vrai. Reste à savoir si l'esprit n'est qu'un objet comme les autres, et si le bit de se connaître luimême ne lui confère pas une place à part parmi les objets ; en second lieu, si, par cela même qu'on considère l'esprit comme un objet, on n'introduit pas dans l'examen qu'on en fait certaines notions, certaines formes a prtiin (espace, temps, causalité), qui sont les conditions mêmes de toute pensée. Enfin nous avons vu plus haut que, si Herbert Spencer explique par l'expérience toutes les lois du Connaissable, il met en même temps à part, sous le nom d'Inconaaîssable, une notion mipérieure qui n'est autre que celle de Tabeolu. Malgré toutes ces réserves, l'école anglaise n'en a pas moins la gloire d'avoir appliqué à l'esprit les méthodes de la science, d'avoir en tout cas montré par quel progrès, par quelle suite d'expériences l'esprit détermine, fixe et précise ses données.

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