‹ Histoire de la philosophie, les problèmes et les e̋colesChapitre 12 sur 66 · V«ftr fattSyM mr la f^êuamie · texte numérisé non relu

V«ftr fattSyM mr la f^êuamie

que ces mouvements sont précisément les contraires de ceux qu'il exécuterait pour attaquer ou se défendre. Le principe de Tassociation des habitudes utiles n'est que la loi de Charles Bell, expliquée dans ses origines. Les mouvements utiles à la satisfaction d'un désir ou au soulagement d'une émotion pénible unissent, en se répétant, par devenir si habituels, qu'ils se reproduisent toutes les fois qu'apparaissent ce désir ou cette émotion, même à un très faible degré, et alors même que leur utilité devient nulle ou très contestable. Beaucoup de signes naturels sont des actions, que rhabitude héréditaire nous porte à ébaucher dans les conditions où, à l'origine, nos ancêtres étaient portés par le besoin à les exécuter. Les chiens ont pris l'habitude de lécher leurs petits dans le but de les nettoyer ; cette action s'est associée graduellement avec les sentiments d'affection, et elle est devenue un témoignage de tendresse, 'qu'ils ont étendu à leur maître et à tous ceux à qui ils veulent fedre amitié. De même un homme indigné se place, sans en avoir conscience, dans l'attitude qui serait convenable pour attaquer son adversaire, bien qu'il n'ait nullement l'intention de l'attaquer en effet. Quant au troisième principe, celui de l'action directe sur l'organisme des excitations du système nerveux, il est indépendant de la volonté et en grande partie de l'habitude. Chaque lois que le système cérébro-spinal est excité, l'expérience montre qu'une cer^ taine quantité de force nerveuse est engendrée et mise en liberté. De là des mouvements, des gestes, des cris variés (rires, battements de mains, gambades» etc.) qui peuvent, par l'association des idées, devenir les signes ou indices des émotions. Ces deux principes, celui des actions habituelles et celui de l'excès nerveux, peuvent agir simultanément : les gestes d'un homme en fureur peuvent être attribués en partie h l'excès de force nerveuse, en partie aux effets de rhabitude : car ces gestes souvent représentent avec plus ou moins de justesse l'action de frapper.

Thomas Reid, Jouffroy, Adolphe Garnier, avaient compté parmi les &cultés primitives qu'il est impossible de résoudre en des élé^ ments antérieurs la faculté expressive, ou faculté de s'exprimer par des signes et de les comprendre ^. Mais si les signes expressifs ne sont que les mouvements naturels pour telles et telles actions, il n'est évidemment pas besoin, pour les produire, d'une fsiculté spéciale; et vraisemblablement il n'est pas besoin davantage d'une faculté spéciale pour les comprendre. Or, s'il en est ainsi, une clef

I. Dans son écrit le Langage et la Parole» Albert Lemoine avïiif réfuté de son cOté l'existence 4r«M laonité wlpjwéfiiHiiii laftoveUe adaÙM pw J««l&»y»

semble trouvée pour la question si controversée de Torigine du langage. Qu'un ensemble, un tout soit naturel (hypothèse de Max Millier, de Renan), cela n empêche pas qu'il ne puisse être de for* mation jusqu'à un certain point successive, et que les causes en soient susceptibles d'analyse.

On avait dit déjà et bien fait voir que les signes plus ou moins artinciels et conventionnels dont le langage est formé tirent leur origine de certains signes naturels. Nous savons de plus maintenant, parla remarque de Charles Bell, aa moins pour certains cas, ce que sont ces signes et comment ils s'expliquent : nous voyons d'autant mieux comment on peut, par la volonté, en étendre Tu sage, les développer, les transformer, en tirer un véritable langage. Les besoinB de la respiration, des impressions diverses, font pousser à Tenfant nouveauné le cri qui fait venir à son aide ; plus tard il comprendra Tusage qu'il peut en faire ; il le répétera, il s'imitera ainsi lui-même. C'est là le premier langage. De ce premier langage, modifié, étendu, naîtra, par le concours du naturel et de la volonté, ce qu'on nomme les mots d'une langue. Ces mots, enchaînés lei uns aux autres, ou modifiés, infléchis, selon des lois qui sont celles mêmes de la pensée, et dont l'ensemble est la logique, ces mots, assujettis delà sorte aux règles dont se compose ce qu*on nomme la grammaire, c'est la langue complète. Dans ces vues semblent se trouver les rudiments d'une expUcation vraiment philosophique des origines des langues. (P. Ravaisson, Eapport sur la philos, en France au dix-neuvième siècle, p. 217-218.)

Conclusion. — Il semble que les solutions contraires proposées au problème du langage peu à peu se rapprochent et tendent à se concilier en une théorie qui contienne les vérités multiples auxquelles elles répondaient. Dans l'antiquité, nous trouvons deux grandes hypothèses : d'après Tune, les mots sont d'origine naturelle (<pu<ret), et par là on entend qu'ils imitent la nature des choses; d'après l'autre, ils sont d'institution arbitraire (6i«t), et sans rapport par suite à l'essence des objets qu'ils désignent. Il y a dans ces deux théories une part de vérité. On n'admet plus avec Cralylc que la science des mots soit la science des choses : eh ce sens ses adversaires ont raison; mais il est vrai qu'à l'origine les mots répondaient à certaines qualités des objets et plus encore aux impressions qu'ils faisaient sur l'esprit des hommes primitifs : en ce sens il y a plus d'une intuition juste dans les étymologies subtiles de Platon. {Cratyle.) Dans les temps modernes on ne se demande pas si les mots imitent ou non la nature des choses; en cherchant si l6 langage est naturel ou conventionnel, on cherche surtout quels sont ses rapports à la pensée. On ne se demande plus, comme les ■ anciens : peut-on connaître les choses par l'analyse des mots? On se demande : peut-on penser sans le secours du langage, et par suite le langage a-t-il pu être créé par la pensée ? A ce problème deux solut^ns contraires sont proposées : le langage est une ré-

vélaiion divine , le langage est une institution arbitraire de Thomme. La théorie qui résulte des progrès de la philologie comparée et de la physiologie des signes naturels, comprend ce qu'il y a de juste dans les théories modernes, comme elle permet une conciliation relative des théories de l'antiquité. On ne conteste plus que le langage soit Toeuvre de Thomme; mais on s'accorde à reconnaître qu'il n'est pas l'effet d'un contrat, d'une convention, qu'il est un produit de la nature, une œuvre de la spontanéité humaine, du génie des races primitives.

Ainsi le langage de plus en plus semble devoir être considéré comme une chose vivante et s'expliquer par les lois de la vie. Son premier moment c'est l'emploi intentionnel d'un cri qui n'était d'abord qu'une sorte de mouvement réflexe. Ses premiers éléments sont les interjections qui, arrachées par les émotions, les signifient, et les onomatopées qui, imitant les bruits du dehors, désignent les objets extérieurs. Le sens des mots ainsi formés s'étend à d'autres objets par des analogies plus ou moins lointaines et dont il nous serait difficile aujourd'hui de toujours soupçonner la nature et la variété. Chaque race coordonne ces éléments selon les lois d'une logique qui a quelque chose de général et d'humain, mais à laquelle le génie de la race imprime un caractère propre.

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