‹ Histoire de la philosophie, les problèmes et les e̋colesChapitre 25 sur 66 · WÇWTW · texte numérisé non relu

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epwicoçoôSî***

C'est à propos de la théorie du syllogisme qu'Aristote s'ocml* de la conversion (àvTi<ïTp£<pEtv) des propositions. Convertir une prt^ position, c'est changer le sujet en attribut, et Tattribut en sojft

sans que la proposition cessa d^étre vraie, si elle Tétait auparavant. Aristote donne les règles que tous les logiciens jusqu'à Hamilton répéteront après lui.

Le jugement universel négatif se convertit simplement : t^iV {liv Iv tû ùxipy etv xaOdXou 9TtpY)Tix-^v QtviyxT^ toîc 6poic àvxiTcpéçeiv. Si aucun B n*est A, aucun A n'est B. Car supposons que quelque A (par exemple ces A qui sont G) soit B; puisque G rentre dans les B, cette partie de B qui est G devra être A, et, par suite, il sera faux qu'aucun B n'est A. Le jugement universel affirmatif se •convertit en une particulière affirmative : t^v Sa xaTi^YopixV àvTivrpé^eiv (Uv àvayxatov, où |xV xa6dXou àXX*fv {jiipei. {AncU, pr., I, 2.) Si tout A est B, quelque B est A, car supposé qu'aucun B ne fût A, aucun A ne serait B, ce qui est oontre l'hypothèse. Le jugement particulier affirmatif se convertit sans chan- ./^emeut : tûv Bi h |jipci t-^v |tèv naxaupaxix^;* àvxivrpéçtiv dtviyxr, xaxà |Jtipoc. ^uant au jugement particulier négatif, il ne peut être converti : vty ôè vTtpt^- Tix-^v oôx ivxf x3?ov. Ges lois valent pour la conversion des jugements de né- •cessité : tôv aÙTÔv 6i vp^isov ifÇti xal tirl tûv àva^xaCuv icpOTivcuv. {AruU.pr,, 1, 3.) Mais pour les jugements qui portent sur le possible, une distinction est nécessaire. Dans le mode possible, les jugements affîrmatifs se convertissent comme les jugements d'existence, mais les jugements universels négatifs ne peuvent être convertis. Gc qui caractérise le possible, nous l'avons vu, c'est qu'il s'oppose au nécessaire : s'il est possible qu'une chose appartienne & une •autre, il est possible qu'elle ne lui appartienne pas (xà cvôé)rca6si ^rip/civ suppose TÔ évS</€aOai \l^ 6i:ip/ctv), s'il est possible qu'un attribut appartienne À un tout, il est possible que cet attribut n'appartienne & aucune partie de ce tout, ou qu'il n'appartienne qu'à quelques parties de ce tout (tô tvôéxe^aitoevtC suppose t6 hU-^ta^ai {ji-y^Scvî ou [i\ itavtî). Puisqu'il en est ainsi, le jugement : il est possible qu'aucun B ne soit A, renferme implicitement le jugement affirmatif : il est possible que tout B soit A. La conversion du premier de ces deux jugements contiendrait donc implicitement la conversion simple d'un jugement affirmatif universel ; or une telle conversion est contraire aux i^les que nous avons établies. {AnaL pr,, I, 3.)

La logique» après Aristote» tend à devenir une science scolastlque* — Disciples Inunédlats d'Arlstote : Théophraste et Eudème* — Après Aristote, le temps des grandes spéculations originales est passé. 11 y a désormais un enseignement philosophique, des écoles rivales et fréquentées. Il faut être compris, se mettre à la portée de tous : le philosophe devient un professeur de philosophie ; la Scolastique commence. Sans doute les Épicuriens et les Stoïciens ont une conception originale de la destinée humaine; mais avec eux la logique devient une science formelle et grammaticale. Pour Aristote, la logique n'est pas encore séparée de la métaphysique , les lois de la pensée expriment les lois de l'existence : c'est dans la théorie ontologique de la cause formelle, de la puissance et de l'acte, qu'il faut chercher les raisons dernières des théories du concept, du jugement, du raisonnement. Après lui, le sentiment de cette unité des sciences philosophiques se perd de plus en plus. La logique est

séparée des autres parties de la philosophie, elle est un instniment, un moyen pour la recherche du vrai. On se préoccupe beaucoup plus des formes possibles du jugement et du raisoniKment que de la vérité même, qui seule cependant est le but pour lequel on juge et on raisonne. La pensée est considérée beaucoup plus dans ses rappports avec les mots qui Texpriment que dans m rapports avec la réalité dont elle doit être la connaissance. Les nécessités de renseignement achèvent de donner à la logique un caractère formel et de la perdre dans les subtilités. Il faut aux élém des catéchismes, des manuels, avec des formules faciles à retenir. L*avantage d'une science de mots, c*est qu'on mesure aisément le» progrès qu'on y fait. On est philosophe à bon compte, quand il suffît de savoir la définition des dix catégories, les formes possibles du jugement ou les dix-neuf modes concluants du syllogisme.

Théophraste et Ëudème, disciples d'Aristote , développent si logique et la modifient sur quelques points. Déjà ils considèreol le jugement moins dans ses rapports avec la théorie du concept que dans ses rapports avec le mécanisme du syllogisme (Praol Gesch. dei* Logik., t. I", p. 352); déjà par suite ils tendent àénumérer toutes les formes possibles que peut prendre le jugemeoL et à les examiner dans tous leurs rapports réciproques, sacrifiant ainsi l'intérêt vraiment philosophique à des préoccupation» grammaticales. — Aristote avait assimilé le verbe èort, il est, à tous les autres; il n'en faisait pas un terme du jugement, ma^ seulement le signe qui marque la convenance ou la disconf^ nanoe des termes véritables. Ëudème fît une étude spéciale des jof^ ments d'existence, et il soutint que dans ces jugements le verbe Eoxt est un terme véritable et joue le rôle d'attribut {xh wnv i»

TOic à-RXdïç icpoxéffeffi llLocxr^yQp^ixoLi xat 6'poc èoxtv , olov £(jt>xpàtT|C s0Ci,

SfoxpdTTjÇ oiix l'<rci). Théophraste a eu l'idée de ce qu'on devait app«' 1er plus tard quantification du prédicat; il remarque que le prédicat doit avoir une quantité aussi bien que le sujet. En effet, il est des propositions qui , si leur prédicat est de quantité indéterminée, oot un sens incertain et n'excluent pas leur contradictoire, par exemple : *aiv£a< ^^ei èittan(î[i.7|v, 4>atv(a< oux ïyns,i èictorij (i.t,v , PhaûiaS *

science, n'a pas science. Théophraste, à propos de la modalité* admettait une nécessité simple (àicXcôc) et une nécessité sous ce^ taines conditions (itpo(;$iopioTb>(;) : la qualité d'homme appartient nécessairement à tout grammairien, s'il existe des grammairiem*

d'Ap., ad Anal, pr., f. 15 a). La théorie de la conversion reste, chei

les premiers disciples d^Aristote, rattachée à la théorie du syllogisme, mais elle est modifiée par eux dans son exposition. Aristote prouvait indirectement la légitimité de la conversion simple des universelles négatives, et il partait de là pour établir les lois de la conversion des universelles et des particulières affirmatives. Ses disciples donnent, au contraire, une preuve directe de la conversion des universelles négatives. « Si A ne convient à aucun B , A est séparé de chaque B , par conséquent B est séparé de chaque A et ne convient à aucun A. » (Alex. d'Ap., ad Anal, pr., f. 11 a.) Enfin Théophraste et Eudème, affirment, contre leur maître, que tous les jugements négatifs universels peuvent être convertis, quelle que soit leur modalité, aussi bien au point de vue de la possibilité ou de la nécessité que de Texistence. Quand Aristote , dans la théorie du jugement, parle du possible et du nécessaire, il entend que ces modes expriment la nature même des choses, et non la nature de notre affirmation et le degré de notre certitude. Théophraste et Ëudème, au contraire, considèrent seulement la forme du jugement. Le possible, pour eux , c'est ce que nous n'avons aucune raison de nier; le nécessaire, ce que nous sommes contraints d'affirmer. « Soit : A peut n'appartenir à aucun B; puisque A peut n'appartenir à aucun B, dans le cas où il n'appartient à aucun, alors A peut ôtre séparé de tous les B; mais, s'il en est ainsi, B sera aussi séparé des A, donc B peut n'appartenir à aucun A. » (Alex. d'Ap., ad Anal, pri., f. 87 b.)

Les Stoïciens : union de la log^ique et de la gram* maire. — Jug^emenls simples : qualité, quantité, modalité. -^ Jugements composés. — Le Jugement dans ses rapports à Terreur et à la vérité. — C'est surtout avec les Stoïciens que la logique se détache de la métaphysique, pour devenir une science formelle et grammaticale. L'objet de la logique, c est le contenu de la pensée, ce qui est désigné par le mot, xo XexT^v, TÔ 9T)p.a(v6fjLsvov. Le Xex'c(5v est une pure abstraction. Des Xsxtà, les uns sont incomplets (èXXiic^), les autres complets (aurcvceX^) (Sext. Emp., adv. Math., VIII, 70) : les incomplets sont ceux qui expriment une énonciation imparfaite, comme Ypâcpet, écrit ; car nous demandons : qui écrit ? les Xsxxà complets expriment une énonciation parfaite, comme : Socrate écrit. Les jugements (èiitii^ona) sont une espèce de genre des Xexxà auxoreX^.

« Le jugement (icpdxxo".; ou i^icopia), qui implique erreur ou vérité, se compose du nom et du Terbe, dont le premier est appelé par les dialecticiens

o70 HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

rTûaiv.cas (chute), et le second xaTT,Y(!pT,{ia. » (Plut., Qumst^plat,, x, !,2.)Le8St0iciens distinguaient parmi les noms les noms propres (ôvo{jl3c) et les termes généraux appellatifs (irpooriYopia). (D. L., Vil, 68.) Chrysippe avait consacré œi traité ft Tétude des différents cas : nominatif, génitif, datif, accusatif. Les itrbes se divisent en actifs (âp6i, droits], qui appeUent un complément, romise voit, entend; passifs (ôicTia, couchés), comme je suis vu; neutres (oùSéwji, comme ^povsiv, iccpiraTtîv, réfléchir, se promener; réfléchis (ivTirtxovildw, qui ont la forme passive sans être passifs, comme '2ce{6eo6ai, se laisser penntder. On distingue encore dans les verbes les ax>{jL6ijtaTx et les 'srxpxvujLSijUci. Le verbe qui avec un nominatif fait une proposition est un au}i6s{ia, par exemple riccpiicaTcr, £u>xpix7^c 'xtpncoLxsl; le verbe qui fait une propositiM avec un cas oblique est un 'Rxp39uji6a{i3, exemple : ftcTxiiiXsi, qui appelle k datif 2^xpiT8i. Si pour constituer une proposition il faut, outre le nominitil) un cas oblique, le verbe s'appelle TXxttov r^ o-^SixSa^sTx, exemple : Platon aime. qui ? de même il y a des sXxttov f, icxpx9<S{ji6x}ta, par exemple : i&iXet, SmpéB [ifkti, de qui Socrate se préoccupe-t-il ? pour avoir une proposition complète, il faut: ZuxpiTEi 'AVAiCtioou; {liXc. (D. L., YII, 65.) Le nom désigne la substance, le verbe Taccident. La cause est un être et un corps, ce dont elle est cause est non-ètre, non-corps, c'est un simple 9U{jL686T|x<Sçt, un x^xr.yiffrja: ATtiov Ôv xal 9(ô{ia, ou 6è xïtiov oûtc ôv oûxe 9Û|i3, xXXi ffu{j.6e67^x6; xxl xx-n-j^ôarju» (Stob., Ed., 1, 336.)

Si des éléments de la proposition nous passons à la propositioD elle-même , nous trouvons la même méthode d^analyse à outrance de divisions et de subdivisions qui intéressent plus la gramnuûre que la logique. Les Stoïciens s*attachent à donner une énumératioo aussi complète que possible des diverses espèces de propositions, qu'ils distinguent non pas en s'attachant aux rapports de rélreî la pensée^ mais par Texamen des formes du langage.

« Le jugement proprement dit (xÇ(«|ii èoriv : 6 coriv xXr.Oèç f, «j/cCôo;) est ce qui est vrai ou faux, une expression complète (irpxYjix xOTOTEXéç) en elle-mèaie. niant ou affirmant, selon ce que dit Chrysippe dans se» Définitions dialeçti<i^ par exemple : il fait jour, Dion se promène. » (D. L., VU, 65.) U y a deux espèces de propositions interrogatives , rèpwTT^jjLa, auquel on peut répondre p* oui ou par non, exemple : fait-il jour ? le i:ùff{JLx, dans lequel la question ne pouvant devenir réponse, on n^ peut répondre par oui ou par non, exempt" où habite un tel? Viennent ensuite le serment (6pxix<Jv), la prière (ipxtw^'' les propositions impérative (itpoçTxxTixdv) , explicative (exOenxdv) , yocatPt (irpoffXYopfuTixdv), admirative (6xu|xxffTix(5v) , dubitative (£Ttxrop7îTix(5v), enw r8|iotov à^iii|i«Ti, la proposition semblable au jugement, celle qui à un W ment ajoute quelque chose, comme Texpression de Tétonnement, de » peur, etc., par exemple : comme ce bouvier ressemble au fils de PriainîlD' L., VII, 66.)

Quelques Stoïciens cherchaient à ramener à ràÇîwjia, au juffment proprement dit, toutes les autres espèces de propositions qui. suivant eux, pouvaient enfermer Terreur ou la vérité. Le point de départ de cette réduction était que les autres espèces de prop^ sitions diffèrent de ràÇtwjAa par une surabondance (itXeovi&tv) * particules qui modifient 1 affirmation. C'est donc à ràîlwji» q««

se rattache en dernière analyse la théorie logique du jugement, puisque les autres formes de propositions sont ramenées au jugement, en tant qu* elles participent au vrai et au faux.

Les jugements (àÇiwjixta) sont simples (àicXa) ou « non simples » (où^ àicXx). Le jugement simple est celui qui se compose de mots, mais non d*autres jugements (oûx IÇ àÇtiD|x«Ttov), comme : il fait jour. Du point de vue de la quantité, les Stoïciens divisent ces jugements simples non pas en universels et particuliers, mais en déterminés (cbptfffièva), exemple : cet homme qu'on montre du doigt est assis, o5to< xa0TjTat; indéterminés (à(5pi(jxa), exemple : quelqu'un est assis, tU xdéOrjtat; et moyens ((&^<7a), exemple : Socrate est assis : dans ce cas le jugement n*est pas indéterminé, et cependant il n'est pas pleinement déterminé, puisqu'en le prononçant on ne montre pas Socrate. (Sext. Emp., adv. Math.,\lllf 96.)Pourcequiestdela qualité, nous retrouvons dans les divisions des Stoïciens leurs préoccupations grammaticales.

Le jugement est ou simplement affirmatif (xxTriYopixdv), comme : Dion se promène , ou xaTayopeuTix^v, indicatif (tô o-uveorèç è% irTuveuç ScixTixf,; xxl KaiT7\YopifiïiaiTo« ), comme : celui-ci (qu*on désigne) se promène. Quant au jugegement négatif, il est dxocpaTixdv (proprement négatif) , si on emploie la négation ordinaire , ne peu par exemple : oO^l T.pipz èoriv ; ipvT^tixdv, si on emploie un terme tel que aucun, nul, etc., exemple : oôScU icepiicaTcî; privatif, Trepr^xi%6v, si on emploie un mot composé avec Fa privatif : àf^ikM^favôç ioxw oCvoc Les Stoïciens allaient jusqu'à reconnaître un jugement hypemégatif, 6iccpa-iro^zTtxdv , c*est celui où la négation redoublée se détruit elle-même : oO/l •f.jxipa oôx £<rct. (D. L., VII, 69.)

Enfin les jugements portent sur ce qui est, sur ce qui est possible, sur ce qui est nécessaire, selon le mode de l'affirmation. C'était le point de départ de rapprochements et de divisions nouvelles, le possible pouvant être nécessaire ou non nécessaire ; le nonnécessaire, à son tour, pouvant être possible ou impossible, etc.

Le jugement « non simple » (oô^ àirX($v) est composé soit d'un seul et même jugement simple répété deux fois (8t(popo\S(x&vov), soit de l'union de jugements simples différents (Sid<popa àkuLikvtoL), mais toujours avec l'addition d'une conjonction : l'exemple classique du premier genre est : s'il fait jour, il fait jour ; l'exemple du second : s'il fait jour, il fait clair.

Cest grammaticalement, d*après la nature de la conjonction qui entre dans les jugements composés, que les Stoïciens les divisent. A la conjonction si, tl, répond le jugement hypothétique {xà auvT\|i(iivov), exemple : s'il fait jour, il fait clair; & la conjonction étcsiS-fi, puisque, répoiid le jugement icxpao-uvr^fi* fiivov (adjoint, annexé) : puisqu*il fait jour, il fait clair; à xaC, et, le jugement copulatif 9U|iiccicX£Yiiivov) : il fait jour et il fait clair : & la conjonction f», ou, ré-

pond le Jugement dtsjonctif (SicCevrMvov) : ou il fait jour ou il fait nuit; à 6'.ôr.,l« jugement causal (otiTiûSeç) : parce qu'il fait jour, il fait clair ; enfin à la conjonctiDB que, fi, répond le jugement comparatif (t6 SiavacpoGv tô [xâXXov xsl x^ Stwsfflû* tb f^TTov) : il est plutôt jour que nuit, il est moins nuit que jour. (D. L., VIl,t9.)

Gomme les jugements simples se divisent en plusieurs espèces, et que les jugements « non simples » sont considérés conmie formés de jugements simples par composition, les Stoïciens s'amusaient à énumérer toutes les combinaisons possibles de jugements simple en jugements composés. Ghrysippe disait que les combinaisoss possibles de dix jugements simples (xàc h. 8ix« {jlovcdv àjiwjiiw» (r>(&itXoxdk} dépassaient un million ; mais le célèbre mathématicieD Hipparchus lui démontra qu'il n'y en a que cent trois mille quarante neuf affirmatives, et trois cent dix mille neuf cent cinquantenleai négatives. (Plut., Quœst. Sympos,, VIII, 9, 3.)

Selon la même méthode d'analyse et de comparaison, les Stmciens examinaient longuement les rapports du jugement simple e( des jugements composés à l'erreur et à la vérité. Deux jugements^ dont l'un ajoute à l'autre une négation sont contradictoires [ènasijMva) (Sext. Ëmp., adv. Math., VIII, 89), exemple : ^jJispa 6(jT(v,oj]t -Tjjxépa ioxCv, il fait jour, il ne fait pas jour. Les autres propositions opposées sont les contraires (ivavrfa, [xa^^jxsva), comme : il est jour ou il est nuit, je parle ou je me tais. De deux propositions contradictoires Tune seulement peut être vraie ; il en résulte qu'aucna jugement ne peut être à la fois vrai et faux, que tout jugement e^ vrai ou faux. Partant de là les Stoïciens soutenaient que le libre arbitre ruine le principe de contradiction, parce que, si l'on adrael avec Aristote des futurs contingents, de deux propositions, dofit l'une nie l'autre, il n'en est pas une qui soit, au moment où l'on parle, nécessairement vraie. Les Stoïciens examinaient avec leur surabondance scolasUque à quelles conditions les jugements coiS' posés (hypothétiques, disjonctifs, causals, etc.) peuvent être vrais» et c'était là le principe de règles , de préceptes et de discussions nombreuses. Prenons seulement pour exemple les propositioBS hypothétiques.

Les dialecticiens sont d'accord (Sext. Emp., adv. Math,, VIII, H2) pour diff qu'une proposition hypothétique est juste (uyiéç), quand la seconde propositK^ est une suite, une conséquence de la première (ixoXouô^) : s'il est jour, il {** clair. Mais a quelles conditions y a-t-il vraiment suite et conséquence <}i^ jugement à l'autre? Sur cette question l'accord cesse : vxxvial^ovm. «pôî »^^^ Xouç xal }iax<5iJLïva xi\^ dcxoXouOCaç sxTCOevTxi xpiTif|pia (Sext. Emp., VIII, 1|* Quanta contentio est! aliter Diodoro, aliter Philoni, Chrysippo aliter ptacet^ (^' Acad,, 11, 47.) Philon et quelques Stoïciens regardaient comme juste toute pf^ position hypothétique dans laquelle une conséquence fausse n'était pas ^

I d*une première proposition vraie. Diaprés cette règle étaient justes les propo- I sitions hypothétiques dans lesquelles les deux propositions étaient vraies ou I bien fausses (si la terre vole, la terre a des ailes), ou la première fausse, la se- , eonde vraie (si la terre vole , la terre existe). Chrysippe et ses partisans cherchaient, au contraire, avec plus de raison, dans la dépendance des deux propositions le critérium du jugement hypothétique : un jugement hypothétique est juste si la contradictoire (ivrixtCpicvov) de la seconde proposition s^oppose &la I première proposition ((itfxtT«i x^ 'h^yov^^f\ par exemple, le jugement : s*il est I Jour, il fait clair, est juste, car la contradictoire de la seconde proposition : il ne fait pas clair, est contraire {\Liytf^i) à la première : il est jour. Au contraire ' est faux le jugement hypothétique dans lequel la contradictoire de la seconde l proposition n*est pas opposée & la première, par exemple : 8*il fait jour, Dion I se promène, car : Dion ne se promène pas, n*est pas contraire à : il fait jour.

' Ces exemples suffisent k nous donner l'idée de ce que devint la ' théorie du jugement dans Técole 8toïci6nne. lis ont eu le mérite ' d'entrevoir les principes de la grammaire générale ; mais ils ont trop ramené la logique à la grammaire.

i Gallen : théorie de réquipollence. — Commen- ! tateurs grecs ; manuels latins* — Les traductions latines de Varron, de Cicéron, de Quintilien, d'Aulu-Gelle (époque d'Adrien, f vers 130 après J.-C), d'Apulée (H4-190), préparenila langue des I derniers maîtres de la rhétorique romaine, qui sera la logique du ' moyen âge. CTest dans le manuel de logique d'Apulée (3^ livre de I son traité de Dogmate Platonis) que nous trouvons pour la première I fois l'emploi des quatre lettres A, E, I, 0 pour désigner les propositions universelles af&rmatives (A), universelles négatives (E), particulières affirmatives (I), particulières négatives (0). En Grèce, la logique d'Aristote ne cesse pas d'être étudiée et commentée; mais les Péripatéticiens de Tépoque impériale subissent l'influence du stoïcisme tout en le combattant. Il en est de même du grand médecin Galien, qui appartient d'ailleurs h l'école éclectique. A propos du jugement il est revenu sur la question de sa possibilité, comme le prouve le titre d'un de ses ouvrages : Que chacun des êtres est à la fois un et plusieurs (icspl toû xâv Svxwv lxa9tov ht xe sTvat xfxi izoWA). C'est chez lui que nous rencontrons pour la première fois la théorie de Yéquipollence (l9o$uva(jL(a). Il est cependant vraisemblable que cette théorie faisait déjà partie de l'enseignement des écoles, car Apulée emploie l'expression de propositiones œquipollentes. Galien avait écrit un traité spécial icipl t&v l^oSuvafAouofôv itpoTd«u)v : par là on voit que la théorie de la conversion des jugements, qui, jusqu'alors, était donnée à propos de la théorie du syllogisme, est devenue à cette époque l'objet de recherches indépendantes. Les propositions équipoUentes sont

celles qui, sous une forme différente, ont la même valeur logique. Apulée les définit de la façon suivante : œquipollentes autemicuntur propositiones quœ alla enunciaiione tantumdem poiswU a simul verœ fiunt aut simul falsx, altéra ob alleram scilicet. A propos des équipollentes, Galien distingue entre àvctarpi^eiv, c*est la conversion au sens ordinaire du mot, c'est-à-dire Imtervention du sujet et du prédicat (A est B, B est A), et àvTtarpÉtpstv, c'est ce qu'on a appelé plus tard la contraposition : chaque terme du jugement m seulement est interverti, mais est changé en son contradictoire (A est B, non-B est non- A). Galien remarque que les àvacrcpiçov^a « sont pas nécessairement vrais ensemble, par exemple : tout AestB. tout B est A; quau contraire les àvxtorpicpovTa sont nécessairemeiA vrais ensemble, exemple : tout A est B, tout non-B est non-À.

En Grèce les commentaires de la logique d'Aristote ne s'interrompent pas ; il suffit de citer les Logiciens de Técole néo-platonicienne : Porphyre (mort vers 330), Proclus (410-485), Simpliciu> enfin, qui, à la fermeture de TÉcole d'Athènes, se réfugie en Per^r et dont le commentaire sur les Catégories est si précieux pour l'histoire de la philosophie. Cette perpétuelle reprise des ^)ème^ questions et des mêmes livres devait aboutir à des manuels, àde» catéchismes. C'est par les traductions latines des commentaires grecs que la logique de l'antiquité s'est répandue au moyen àgt Dès le milieu du iv"* siècle, Marius Yictorinus traduit rintraductm aux Catégories de Porphyre. Marcianus Capella composa vers ^ un ouvrage encyclopédique , fe Satiricon, dont les deux premiers livres, les Noces de la Philologie et de Mercure, sont une sorte (t roman philosophique, et dont les sept autres traitent des sept ait^ libéraux : grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, arithmétique, astronomie, musique. Le quatrième livre, de la Dûilectiiptr est un compendium, un manuel de la logique enseignée alors dao> les écoles : ce fut un des ouvrages les plus fréquemment étudiés ao début du moyen âge. Mais, plus que tout autre, Boëce a exercé uœ influence décisive sur le moyen âge, et par ses traductions devenues classiques des œuvres logiques d'Aristote, et par ses propres commentaires, et par ses manuels {de Divisione, de Definitione, Intr^ ductio ad syllogismos categoricos, etc.). C'est dans ses œuvres si importantes pour la terminologie scolastique que nous chercherons ce qu'était devenue la théorie du jugement et de la propositioii à la fin de l'antiquité.

Boc^ce : les éléments de la proposUion et ses di*

verses espèces. — Qualité» quantité» modalité, opposition et conversion des propositions. — Boëce ne fait le plus souvent que traduire les commentateurs grecs, et surtout Porphyre, comme il nous en avertit lui-même. {Deinterpr., p. 290.) Selon la tradition, il s'occupe d'abord, pour aller du simple au composé, des mots et des rapports qui existent entre la chose, la pensée, le mot et l'écriture.

La chose est conçue par l'intellect (ab intellectu concipitur)^ mais la voix signifie les conceptions de l'esprit et les idées {vox conception'es anitni intellectusque significat) ; vient enfin ce qui sert & désigner les mots eux-mêmes, c'est-à-dire les lettres, car les lettres écrites signiflent les mots. Ces quatre termes sont dans un rapport tel que les lettres signifient les mots, les mots les idées, et que les idées représentent les choses. {De Interpret,, p. 296.) Les hommes ont les mômes conceptions, mais des langues différentes : le grec, le barbare et le romain ont la même perception d'un cheval, mais des termes différents pour le désigner. 11 y a des mots qui n'ont pas de sens, et des idées auxquelles ne répond rien dans la réalité, comme les centaures, les chimères.

Il y a cinq espèces de propositions {orationum perfectarum partes quinque) : la déprécative, l'impérative, l'interrogative, la vocative, Ténonciative. Voratio enuntiativa, qui affirme ou nie, est le jugement logique proprement dit ; c'est en elle que se trouvent l'erreur ou la vérité. Le jugement simple, que les Grecs appellent catégorique (xaxT.YoptxTi), est appelé par Boëce proposiiio praedicativa {de Interpr,, p. 330) ; c'est celle qui est émise sans aucune condition : tous les hommes sont mortels, aucun homme n'est parfaite Le concept du sujet [subjectum) est toujours de moindre extension (minor) que celui du prédicat [prxdicatum], sauf dans le cas où l'attribut est un propre du sujet : exemple : homo est risibilh. Le sujet et l'attribut sont les termes du jugement [termini)]\e verbe €%t, non est, n'est pas un terme, mais le signe de la qualité du jugement. Au jugement simple s'oppose le jugement composé, qui affirme ou nie, non pas simplement, mais sous condition. C'est le jugement hypothétique ou conditionnel, qui se compose de deux propositions simples que leur dépendance relie l'une à l'autre : quse ex duabus simplicibus copulante conditione consistit (Introd. ad Syll. eateg., p. 562), exemple : s'il est jour, il fait clair. Le jugement disjonctif est une espèce du jugement hypothétique.

Considérées selon la qualité , les propositions sont affirmatives {affirmativse) ou négatives {negativœ); selon la quantité, elles sont

1. Pour ArUlote le jugrement catégorique position dans laqueUele prédicat est simpleest le jugement anirniatif, xarrjopixdç est ment afarnié ou uié du sujet. (HamUton, Lect. synonyme de xaT2oxTtx6{ ; chez ses disciples on Logic, lect. XI If.) le terme « catégorique » est appliqué à une pro-

universelles, particulières, individuelles, indéfinies [tndefimlx:it quantité indéterminée); selon la modalité, le jugement porte sur le possible ou sur l'impossible, sur le nécessaire ou le conlingenL Il y a des indéfinies dont le sujet est un nom simple {namen s» plex) : komo ambulat; d'autres dont le sujet est un nom indéfini{9^ men infinilum), ovo{xa àépicrcov, selon l'expression d'Aristoterwn homo ambulat. Avec un nomen infinitum on peut aussi former des universelles: omnis non homo ambulat; des particulières : çtuia non homo ambulat; même des individuelles : ambulat non Socrata. Kant a plus tard, dans sa théorie des catégories, utilisé cette ixdsième classe de propositions ou de jugements. (Voir Crit. dek raison pure, dans la table des jugements et des catégories, le troisième terme de la qualité.) Il y a aussi des distinctions à faire daoi l'affirmation et la négation. D'abord l'affirmation et la négatioi simples [simplex); puis l'affirmation et la négation infiniixmti infinito, dans laquelle la négation tombe sur le prédicat : est km nonjustus (afflrmatio infinita), non est homo nonjustus [negatioi^fnita). Quand le prédicat est composé de Vin privatif, tn/tu/uSjOfi a Vafflrmatio privatoria , la negatio privatoria : est injustus hm^ non est injustus homo ; enfin toutes ces formes sont elles-mêmes definitœ ou indefinitx, selon que leur quantité est déterminée ofi non. Boêce compte toutes les formes possibles du jugement, eL d'après Sjrrianus, il en reconnaît cent quarante-quatre. Il y & ^ effet quatre sortes de propositions: indéfinies, universelles, p&i^ culières, individuelles; six manières d^affirmer, soit vingl-quabt formes; autant de formes négatives, cela donne un total de quarante-huit, qui, multiplié par trois, selon la modalité des proportions (existence , possibilité , nécessité ) , donne cent quaraol^ quatre*.

I. Voici leUblean qae, selon sa coutame, Boêce donne comme exemple et résmê. -^ nous bornerons aux yingt-quetre formes affirmatives :

APnBKATlOI* SIMPLE A. ATmiUTIOll SUCPUC A DEUX AFFlRUATIOtl SIMPUE &

DKcx TKuin. Timxa com rouuik iHn:<iTO. tbois

B$t Aomo. Est non komo. Est komoJm9tut,

Egt owuùs homo. Ett omtiia non homo. EU omnis komo jmtm.

S$t quidam homo. Est quidam non komo. Est qmdam komojushO'

Ett Soeratet. Ett non Socrates. Ett Soeratet jmttut.

AmniUTIOR SIMPLE A TBOIS AniRMATlO innniTA. AFFIRMATIO VOmltà CC*

CDM MOMiaB wniiiTo. noMiicB mnaiTO.

Ett juttut non komo. Ett non juttut komo. Ett non juttmt non komt-

Bttjuttut omnit non komo. Ett non Juttut omnit komo. Est non juttut omnis nos^^

Ett juttut quidam non komo, Ett non juttut quidam komo, Ett nonjuttutquidamwti^

Ett juttut non Socrates, Ett non juttut Soeratet. Ett non juttut non Soerata>

Deux jugements peuvent avoir ou n'avoir pas en commun les mêmes termes : s*ils ont les mêmes termes , ces termes peuvent occuper dans les deux jugements la même place {ordine eodem), ou au contraire occuper une place différente {per ordinis commuta' tionem) : le premier cas répond àTopposition des propositions, le second à la conversion et à la contraposition. Examinons d*abord le cas où deux jugements présentent les mêmes termes dans le même ordre, c'est-à-dire Topposilion.

Boëce résume sa théorie dans le tableau suivant :

CONTRARIiB

miYEnsAUS AFFiRMATio Hffi tum dlTidunt verum et falsum, univbrsalis wioatio

tum falsœ sunt utrœque, veroB nunquam.

— 2. S5 -5* A» ^ rt p. CD ^

es •*

SUBCONTRAniiB

kRTicuLARis AFnRMATio ^® ^"'^ dlvidunt venim et falsum, particularis rboaho

tum verte sunt utrssque, falsœ nunquam.

Voici quel est le sens de ce tableau. Les propositions opposées à la fois de quantité et de qualité sont contradictoires (corUradictorùe-contrajacentes) ; de deux contradictoires Tune est nécessairement vraie, Tautre fausse {dividtmt semper verum et fcUsum), Les propositions universelles opposées de qualités sont contraires : tantôt Tune est vraie, Tautre fausse ; tantôt elles sont fausses toutes deux, jamais elles ne sont vraies en même temps. Les propositions particulières opposées de qualité sont subcontraires : tantôt Tune est vraie, Tautre iausse ; tantôt elles sont vraies toutes deux, elles ne sont jamais fausses eu même temps. Les propositions opposées par la quantité seulement sont subalternes : Tuniverselle étant vraie, la particulière Test aussi, mais non réciproquement ; la particulière étant fausse, Tuniverselle Test aussi , mais non réciproquement.

Le grand souci de Boëce, c'est d'épuiser tous les cas possibles. Il examine dans le plus grand détail les jugements opposés dans lesquels la négation tombe soit sur le sujet et l'attribut, soit sur le sujet seul, soit sur l'attribut seul; et cela quand le prédicat est un

J. HiST. DB LA PRIL. 37

caractère essentiel {homo ralionalts), un caractère non essentiel mais limité au sujet {grammaticus) , un caractère non essentiel dépassant Textension du sujet (justus) , un propre {risUnlis), m encore un terme en contradiction avec le sujet (lapis). Ainsi, aoi vingt jugements qui se forment quand on unit homo tour à tour avec raiionalis, grammaticus , justtis, risibilis, lapis, selon ks quatres formes A, E, 1, 0, Boëce compare tous les jugements quise forment quand la négation tombe soit sur le sujet et Fattribul, soit sur le sujet seul, soit sur l'attribut seul. Ceci nous donne une idée de ce qu'est devenue la logique ; c'est un formidable jeu de patient

A la théorie de l'opposition se rattache la théorie de Féquipollence {convenientia)^ c'est-à-dire des règles à suivre pour ramener des propositions opposées à un même sens, par l'addition d'uae négation. Soit les deux contradictoires : omnis homo rationalûti, quidam homo non rationalis est, tout homme est raisonnable, quelque homme n'est pas raisonnable ; je ferai la deuxième propoôtioB équipollente k la première par Taddition d'une négation : qwi» homo non rationalis non est, quelque homme non raisonnalil^ n'est pas.

Si nous examinons maintenant les jugements dans lesquels ie^ termes restent les mêmes, mçiis leur ordre étant interverti, noi^ avons la théorie de la conversion. Il y a, selon Boëce, deux sorte» de conversion : la conversion simple, simplex, et la conversion ptf opposition et par contraposition, per oppositionem et per eonif*positionem. La conversion simple se fait, ou principaliter, c^est-idire sans changer la quantité (négative universelle, particuli^ affirmative), ou per accidens, c'est-à-dire avec changement de q* lité (affirmative universelle). Dans le cas où le prédicat est m propre, l'universelle affirmative peut être convertie principaSixt: exemple : omnis homo risibilis, omnis risibilis homo. Dans la conversion per oppositionem et per contrapositionem, non seulemrf les termes du jugement sont intervertis, mais on ajoute au ju^ ment une négation qui tombe soit sur le sujet seul, soit sur l'attiibut seul. La conversio per contrapositionem est celle dans laquelle la négation tombe à la fois sur le sujet et Tattribut. C'est la pr^ mière fois que nous trouvons cette expression technique et q*' sont données les règles de la contraposition. (Prantl., Gesck, b Logik, t. P', p. 698.) Les propositions universelles affirmatives peuvent être converties simplement par contraposition : c'est le coo* traire des lois de la conversion ordinaire : generalis affirmatiof^ contrapositionem sibi ipsi convertitur, et particularis negatio s*

ip$i eanvertilur, generalis vero negatio et partieularis affirmoâi» per cantrapasiiionem sibi non eonvertuntur. Soit la proposition amnis homo animal est, tout homme est animal ; nous avons par contraposition : Omne non-animal non-homo est, tout non-animal est non-homme.

Résumé : trois périodes dans l'histoire de la logique ehez les aneiens. — Dans l'histoire de la philosophie antique, il en est du jugement comme du concept. Quand commence la réflexion de la pensée sur elle-même, il y a d*abord une période de doute et d'incertitude. Les vérités logiques les plus simples sont niées, le jugement est déclaré impossible. On oppose les concepts, on les isole ; on se heurte à la difficulté d'unir l'un et le plusieurs, un sujet unique k des attributs multiples ; on ne veut riea dire de rien. Avec Socrate une, période nouvelle commence : la théorie logique du jugement se constitue. En montrant par quels procédés logiques Tesprit forme les concepts, Socrate découvre leurs rapports. Platon cherche quelle doit être la nature de l'Être, pour qu'il puisse devenir l'objet d'une connaissance scientifique : la logicfue n'est paa séparée, pour lui, de la métaphysique, et le jugement répond aux relations intelligibles des idées entre elles. La vérité est la réalité même. Avec Aristote, la logique reste une science vivante , intimement mêlée k la réalité, objet de la pensée. Pour lui, ridée n'est plus isolée des phénomènes sensibles, mais elle leur est présente, elle est en eux l'être véritable, la cause formelle, l'actCf et le jugement exprime les rapports réels de ces formes entre elles. Après Aristote, la théorie du jugement, comme la logique ellemême, devient purement formelle. La science est arrêtée , on n*en renouvelle plus l'esprit, on multiplie les cas particuliers, les combinaisons et les formules : la scolastiquç est née.

La scolastique ii*a]oute rien d*esseuti^ A la théorie du jugement* — Formules empruntées an manuel de Pierre d*Espagne» — Fin de la seolastif* que* — Disciples de Boëce et des derniers rhéteurs latins, les philosophes du moyen âge ne font que reprendre, en les exagérant, les traditions de la scolastique grecque. Durant des siècles, la logique formelle est exposée par tous les philosophes , enseignée dans toutes les écoles. Gomme on n'est jamais las de revenir sur lea mêmes problèmes, l'originalité consiste à multiplier las distinctions ou à trouver des formules mnémoniques. Dans l'étude du

;i8Û HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

jugement le plan reste toujours le même, et c est celui des commenteûres et des manuels de Tantiquité. Pour aller du simple &n composé on étudie d*abord les mots , éléments de la proposition, leurs diverses espèces, leurs rapports à la pensée. C'est surtout dans ces études grammaticales que les Scolastiques ont innoTé. L'étude des propriétés des termes, « de propHetatibus terminorum, » prend dans la logique une place de plus en plus grande : après U renaissance du nominalisme avec Occam , la théorie des termes, de leurs propriétés et de leur rùle devient le problème logique par excellence. Les éléments du jugement étudiés, on étudie ks propositions elles-mêmes, comme les Anciens , selon leur qualité, quantité, modalité, opposition, conversion. Ce qui caractérise li scolastique, ce ne sont pas les théories du jugement, c'est bien plutôt le mode d'exposition. Pour en donner une idée, nous eropmterons quelques formules au fameux manuel de Pierre d'Espape (Petrus Hispanus, né en 1226, pape sous le nom de Jean XXI, mort en 1277), qui est resté classique jusqu'au milieu du xv* siècle et était encore commenté dans la première moitié du xvi*. Sans doute ces formules et ces vers étaient en usage dans les écoles, et Pierre d'Espagne n'a fait que les recueillir.

n 8*occupe d*abord de la yoix. « La voix est un son proféré par la boodK d'un animal {ab ore animalis prolattts) et formé par les instruments naturels.' Ces instruments sont au nombre de dix, comme on le voit par les deuxheumètres suivants :

Imtrumenta decem sunt : guttur, lingua, palatum, ^ QvuUunr et denlêâ, pariter duo labia, pulmo.

A propos du jugement logic[ue proprement dit, trois questions se poseat qum? qualis? quanta? de quelle espèce est^il ? de quelle qualité ? de quelle qatntité ? La réponse & ces trois questions est contenue dans le vers suivant :

QiUB ea vel hyp, qualis ne tel aff, « quanta par in nn.

Voici Texplication de ce logogriphe : de quelle espèce est la propositiM (91^;)? elle est catégorique (ca) ou hypothétique (hyp) ; de quelle qualité? ^ est négative ou affirmative (ne vel aff); de quelle quantité ? elle est universelle (ti), particulière ipar)^ indéfinie [in), singulière (sin). Les règles de la conversi» sont résumées en quatre vers. Déjà dans Apulée nous avons trouvé les quatre lettres A (universelle affirmative), E (universelle négative), 1 (particulière afi^ mative), 0 (particulière négative), pour désigner les quatre sortes de propositions qui surtout intéressent le logicien. Pierre d'Espagne résume cette division des propositions dans les deux vers suivants, qui sont restés en usacc-

Asserit A, rugat E, mnt unin>er»al\ter wmhm; Asserit I, negat O, sunt particulariter ambg.

Sachant le sens des quatre lettres A, E, I, 0, on peut résumer toutes ^ règles de la conversion dans les deux vers suivants :

Ftci simpliciter eonoertitur, evk per aeeid, Asto prr contm, ne fit conoersio to(a.

LA THÉORIE DU JtJGEMENT 5Sl

Traduisez : il y a trois sortes de conversion, la conversion simple {simplex), les termes sont intervertis sans changer de quantité; la conversion par accident [per accidens)^ les termes sont intervertis, mais on ajoute un signe de particularité à l'attribut devenu sujet ; la conversion par contraposition (pev contropoaitiùnem), non seulement les termes sont intervertis, mais on ajoute la négation devant les deux termes dont Tordre est renversé. Les propositions universelles négatives et particulières affirmatives {e, i, feci) se convertissent simplement : aucun homme n'est parfait, aucun parfait n*est homme ; quelque homme est juste, quelque juste est homme. La proposition universelle négative peut être convertie par accident : si aucun homme n*est parfait, quelque parfait n'est pas homme ; la proposition affirmative universelle ne peut être convertie que par accident : tous les hommes sont mortels , quelques mortels sont hommes [e, a, eva). Enfin Tuniverselle affirmative et la particulière négative peuvent être contraposées {asto). La théorie de la modalité est résumée dans quatre mots : purpurea, iliace, amabimnsy edentuli, et dans un vers qui en donne la clef :

E dictum negat, Iqtte niodum, nihil A, êed V totutn.

Donnons le mot de Ténigme. 11 y a quatre modes : IP possible ; 2» contingent ; 30 impossible ; 4» nécessaire. Chacun des mots artificiels donnés plus haut eat composé de quatre syllabes et répond aux quatre modes, dans Tordre même où nous les avons énumérés. Ainsi les syllabes Ptcr, I, A, E, initiales des quatre mots, .marquent le premier mode, le mode possible. Mais il y a deux propositions dans les modales : le mode (il est possible), le dictum (que la terre soit ronde), et chacune de ces propositions peut être affirmative ou négative, d*où résultent par combinaison quatre sortes de propositions. Soit le mode possible : !<> il est possible qu'une chose soit ; 2® il est possible qu*ellè ne soit pas ; 30 il n'est pas possible qu'elle soit; 4» Û n'est pas possible qu'elle ne soit pas. Si on se reporte au vers : E dictum negat, etc., on voit que les voyelles des mots artificiels marquent les quatre formes de chaque mode. Ainsi les quatre syllabes initiales signifient le mode possible : mais VU de pur indique cyne les deux propositions sont négatives (sed u totum) : il n'est pas possible que la terre ne soit pas ronde ; T/ à'iliace que le mode seul est négatif (Igue 7nodum): il n'est pas possible que la terre soit ronde; VA d'amabimus que les deux propositions sont affirmatives {nihil A) : il est possible que la terre soit ronde ; VE d'edentuli que le mode seul est affirmatif {E dictum negat) : il est possible que la terre ne soit pas ronde. Les secondes syllabes de chaque mot nous donneraient le mode contingent, et les voyelles de ces syllabes les quatre formes de ce mode. Mais nous n'avons pas encore épuisé tous les mystères de cette mnémotechnie vraiment ingénieuse. Si Ton considère les quatre propositions résumées dans un seul mot, elles sont vraies ou fausses toutes ensemble. Soit le laoi purpurea : il n'est pas possible que la terre ne soit pas ronde; il n'est pas contingent que la terre ne soit pas ronde ; il est impossible que la terre ne soit pas ronde ; il est nécessaire que la terre soit ronde ; il est facile de voir que ces quatre propositions ont le même sens et la même valeur logique. Les logiciens remarquaient en outre que le mode nécessaire correspond & une universelle affirmative, le mode impossible à une universelle négative, le mode possible à une particulière affirmative, le mode contingent à une particulière négative (il est contingent que Thomme soit juste équivaut & : quelques hommes ne sont pas justes). Par équivalence ou équipoUence, purpurea répond à A, iliace à E, amabimus à I, edentuli & 0. On peut donc appliquer aux modales les règles de l'opposition : en comparant purpurea (A) à iliace (E), on a des contraires, purpurea (A) et edentuli [0) y des contradictoires, etc. C'est ce qu'indique par la détail Pierre d'Espagne dans un tableau de son manuel, que nous nous dispenserons de reproduire.

La Renaissance et la Réforme détournent les esprits des pro- Uèmes de la logique formelle. Bacon et Descartes ne veulent plus qu*on se contente « d'expliquer à autrui les choses qu on sait ■ (Disc, de la Méth.) en les mettant en syllogismes ; ils n'admettent pas que la science soit faite; ils sont surtout préoccupés de trouver un art de découverte, une méthode qui donne de nouvelles connaissances et de nouveaux principes. La scolastique garde des p8^ tîsans, elle meurt lentement comme toutes les choses qui ont longtemps duré ; jusqu'à la fln du xvni* siècle elle est enseignée dam les écoles, exposée dans les manuels du baccalauréat S maiselk ne passionne plus personne. Il y a encore des logiciens et de nombreux traités de logique, mais la logique n'est plus la philosophie On cherche la vérité, au lieu de discuter sans fln sur rexpresaon que lui donne l'esprit humain. Nous ne pouvons étudier par le détail les manuels des logiciens, les différences de leur terminologie- Nous nous contenterons désormais d'exposer ce qui a pu s'ajoutera la théorie logique du jugement, sans négliger les discussions des écoles modernes sur la nature psychologique de l'acte par leqod Tesprit affirme.

Dk>bbes : le jugement ne porte ni sur les choses

ni sur les Idées, mais sur les mots. — Hobbesqi

Rdon l'expression de Leibniz, « était plus que nominaliste, *

donne une théorie paradoxale du jugement et qui est la conK-

quance de sa théorie du concept. Si les idées générales ne sodI

que des mots institués arbitrairement, le jugement ne porte nistf

les choses ni sur les idées, il porte sur les mots qu'il unit, etii

est vrai ou faux « suivant que nous assemblons bien ou mal le»

noms des choses, selon les conventions que nous avons faites «

notre fantaisie, touchant leurs significations. » (3* obj., 4*obj.snr

la ^ Médit.) Dans toute proposition, ce qui est signifié, dit Hobl*^

c'est la croyance de celui qui parle que le prédicat est un nom »

la chose dont le sujet est aussi un nom ; et lorsqu'il Test réefr

ment, la proposition est vraie. Ainsi la proposition « tousl^

hmnmes sont des êtres vivants » est vraie , parce que êtres viv^

est mi nom de tout ce dont homme est aussi un nom. La propos

lion « tous les hommes ont six pieds de haut » n'est pas yr^<

parce que haut de six pieds n'est pas un nom de toutes les chose*

I. CmmditUauêartium - adusumeandidato- 2* éd., auetore G. GuiUer, l^'*'^,-* rum Baeealaureatus artiumque magisterii, siensi facuUate artlvmmagi9tro,rva,

{bien qu'il le soit de quelques-unes) dont homme est un nom. On peut accorder à Hobbes que le sujet et le prédicat étant Tun et Tautre des noms de choses, Tun de ces noms ne pourrait pas, sans contradiction avec sa signification, être affirmé de l'autre, s'ils étaient les noms de choses entièrement différentes. (St. Mill, Zo- <]ique, t. I", 1. I, c. v, § 2.) S'il est vrai que tous les bœufs ruminent, il est vrai que tous les individus appelés bœufs sont du nombre de ceux appelés aussi ruminants. Mais est-ce à dire que la proposition n'affirme rien de plus que cette convenance du sens de •deux mots?

Admettre cette théorie, c'est admettre, comme Hobbes l'avoue lui-même, que la vérité et la fausseté sont arbitraires et n ont •d*autre mesure que la volonté des hommes. « On peut conclure de là que les premières vérités furent arbitrairement établies par les premiers qui donnèrent des noms aux choses ou qui les reçurent des autres. S'il est vrai, par exemple, que l'homme est un être mvant, c'est par la raison qu'il plut aux hommes d'imposer à la fois «cesdeux noms à la même chose. » (Hobbes, CalculouLogique, IIl, 8. Stuart Mill réfute la doctrine de Hobbes en montrant que les mots •sont des signes, qu'ils n'ont peis d'existence par eux-mêmes, et que des mots on est contraint de passer aux choses qu'ils signifient, aux expériences qu'ils résument. Le nominalisme de Hobbes serait le plus bizarre des réalismes.

DescarCes et Hlalebranche : le jugement est un acte de la volonté libre» — C'est k propos de l'erreur (4*" Médit.) que Descartes donne sa théorie du jugement. L*inteUigence €8t faite pour la vérité. Gomment l'erreur est-elle possible? Si l'erreur vient de l'esprit, l'esprit est un instrument faussé qui ne peut servir à distinguer ce qu'il confond. La solution de Descartes, 45'est que le jugement, et par suite Terreur, ne dépend pas de l'intelligence. Une idée par elle-même n'est ni vraie ni fausse ; l'idée de centaure, par exemple, n'est pas fausse, si je ne la pose point comme réelle. Or l'entendement est purement passif, il conçoit seulement les idées sans négation ni affirmation ; « par l'entendement seul je n'assure ni ne nie aucune chose, mais je conçois seulement les idées des choses que je puis assurer ou nier. » (4* Médit.) Quel est donc le principe de l'affirmation et, par suite, du jugement ? C'est la liberté.

La liberté consiste seulement en ce que nous pouvons foire une chose ou ne la faire pas, c'est-ù-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir une même

chose, ou plutôt elle consiste seulemeat en ce que, pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que T entendement nous propose, nous agissons ^ telle sorte que nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous yceetraigne. » [4^ Médit)

Ce n'est donc pas Tenlendement qui doit porter la responsabilité de Terreur; il sait ou il ignore, il ne se trompe jamais. L'erreor vient de la disproportion qui existe entre Tintelligence, qui ^ limitée, et la liberté, qui est infinie. Sans cesse nous affirmons âc delà de ce que nous savons.

u Si je m*abstiens de donner mon jugement sur une chose , lorsque je neia conçois pas avec assez de clarté et de distinction, il est évident que je faislua et que je ne suis point trompé. » Ainsi l'erreur dépend du jugement, et le jof^ ment lui-même de notre libre volonté. Nous sommes donc responsables de v» jugements et par suite de nos erreurs, « car la lumière naturelle nousenseigtt que la connaissance de Tentendement doit toujours précéder la déterminaties de la volonté ; et c'est dans le mauvais usage du libre arbitre que se rencootit la privation qui constitue la forme de Terreur. »

Malebranche reproduit les idées de Descartes :

(( Le jugement, de la part de l'entendement, n'est que la perception durtppK^ qui se trouve entre deux ou plusieurs choses... L'entendement ne fait àx» qu'apercevoir, et il n'y a que la volonté qui juge et qui raisonne, en se repoMfi' volontairement dans ce que l'entendement lui représente... U faut prioeipil^ ment remarquer que, dans l'état où nous sommes, nous ne connaissons lo choses qu'imparfaitement, et que, par conséquent, il est absolument néeeaaxB que nous ayons cette liberté d'indiCTérence par laquelle nous pouvons imb» empêcher de consentir. » {Recherche de fa vérité,, L I®', ch. n.) Hais il ne faulp» oublier que, pour Malebranche, n la volonté n'est autre chose que rimpre^N^ continuelle de l'Auteur de la nature, qui porte l'esprit de l'homme vers le bîes en général. » {Recherche de la vérité^ 1. IV, ch. i, § 3.)

Si c^est Dieu qui veut en nous, n*est-il pas responsable de noi jugements, donc de nos erreurs? Malebranche explique rerreur. comme le péché. Tout mouvement réel et positif vient de Di^i mais nous pouvons suspendre ce mouvement, nous arrêter à de faux biens. L'erreur vient de nous, parce que nous nous conteo tons d'une connaissance imparfaite, au lieu de nous livrer à TiiB' pulsion divine qui nous porterait à la vérité. L'objection est toujours de savoir comment un être sans force par lui-même peutsusr pendre le mouvement qui lui est imprimé.

Spinoza : fatalité du jugement» — Descartes commence sa philosophie par le doute : le doute est un acte de liberté, Ta^ tention volontaire de l'esprit, en présence d'une connaissance in»' parfaite. Spinoza ne peut admettre ce rôle du libre arbitre dansl* connaissance. Tout dérive avec nécessité delà nature divine. H ï*^

veut pas qu'on commence par le doute, il ne veut pas même qu*on cherche un critérium de la vérité.

(( Gomme la lumière se manifeste elle-môme et les ténèbres, ainsi la Yérité est & elle-même son critérium, et elle est aussi celui de Terreur {sic veritas norma sui et fahi), {Ethique, part. II, prop. 43, sch.) Celui qui a une idée Traie sait en même temps qu'il a une idée vraie, et il ne peut douter de la vérité de la chose qu'elle représente. » {Eth„ part. II, prop. 43.) Le jugement u*est plus un acte libre, puisque la certitude fait partie intégrante de l'idée vraie. Être certain et savoir qu'on l'est sont une seule et même cbose, car si déjà on n'était certain d'une chose, comment saurait-on qu'on l'est? La conscience qu'on prend de la certitude ne suppose- t-elle pas qu'on la possède ?(£M., part. II, prop. 43, sch.) Rien de plus faux que d'imaginer l'idée « comme une sorte de peinture des choses » (part. II, prop. 48), u comme une figure muette tracée sur un tableau. » (Sch. de la prop. 49).

L'idée est un mode d'un attribut divin; elle a en dernière analyse son fondement dans la substance divine, et elle participe de la réalité de Tétre absolu : elle est active, vivante, elle s'affirme ellemême. C'est à tort qu'on admet d'une part l'idée représentée par l'entendement, d'autre part rafllrmation posée par un acte de la volonté libre. L'idée, en tant qu'idée, enveloppe l'affirmation ou la négation. Or la volition n'est pas autre chose que l'acte de nier ou d'affirmer : « La volonté et l'entendement sont donc une seule et même chose. » (Coroll. de la prop. 49, part. II.) Le principe de l'erreur des Cartésiens, c'est qu'ils imaginent la volonté comme un pouvoir réel et indépendant, distinct de l'entendement. Il n'y a que des volitions, et la volition, c'est l'idée se posant elle-même, ridée en tant qu'elle enveloppe l'affirmation. La volonté est une abstraction, elle n'existe pas plus en dehors des volitions que la pierréité en dehors de telle ou telle pierre. (Sch. de la prop. 48, ibid.) Si le jugement est fatal, d'où vient qu'on puisse douter, refuser son adhésion?

Je nie, répond Spinoza, que nous ayons le libre pouvoir de suspendre notre jugement. Le doute ne résulte pas de Topposition de l'entendement et de la volonté, mais de l'opposition de deux idées. Quand nous disons qu'une personne suspend son jugement, nous ne disons rien autre cbose sinon qu'elle ne perçoit pas d'une façon adéquate l'objet de son intuition. La suspension du jugement c'est donc réellement un acte de perception et non de libre volonté. [Sch. de la prop. 49.)

Mais dans ce cas l'erreur ne compromet-elle pas l'intelligence humaine? U y a dans toute erreur une part de vérité qui en est la ;ause occasionnelle, et c'est à vrai dire cette vérité relative qui est :out ce qu'il y a de positif dans l'erreur.

Les imaginations de l'Âme, considérées en elles-môme^, ne conlienneut rien

d'erroné; en d'autres termes, FAme n'est point dans Terreur en tant qu'eOr imagine, mais bien en tant qu'elle est privée d'une idée qui exclut l'existé» des choses qu'elle imagine comme présentes. (Sch. de la prop. SI, pari t L'erreur consiste donc dans.la privation de connaissance qu'enveloppe Uc» naissance inadéquate des choses, c'est-à-dire les idées inadéquates etconloRi (Prop. 35, ibid.)

L'erreur, en un mot, ne compromet pas rintelligence, parte qu^elle « n'est rien de positif », parce qu'à parler rlgoureusemcÉL en tant qu'erreur, elle n'existe pas.

Théorie moyenne de Locke : le jusement ni o* tièrement volontaire ni entièrement néeessalie — Leibniz : théorie de la conversion. — Entre les théories de Descartes et de Spinoza, entre les théories de la nécessité et de la liberté, Locke adopte une théorie moyenne.

Avoir des idées, percevoir leurs rapports et les affirmer, Toilà toutletnni de la pensée... La connaissance n'est autre chose que la perception delaliiii* et de la convenance ou de Topposition et de la disconvenance qui se troimeDto deux de nos idées. {E^sai sur Vewtend. humain, 1. IV, ch. i^r, § 2.)

Il faut que l'homme conçoive des idées avant de les unir ou 1^ les séparer par le jugement, c'est la théorie de tous les ancie» logiciens.

La vérité n'est que la conjonction ou la séparation des signes suiTant^* les choses mêmes conviennent ou disconviennent entre elles. Il faut enteoi^ ici par la conjonction ou la séparation des signes ce que nous appelons aab^ ment proposition : de sorte que la vérité n'appartient proprement qu'aux l*** positions. (L. IV, ch. v, § â.)

Locke distingue deux sortes de propositions, les mentales et ^ verbales, qui répondent aux deux sortes de signes, les idées et te mots :

Les mentales, où les idées sont jointes ou séparées dans notre entendeatfL sans l'intervention des mots, par l'esprit qui, apercevant leur convenaiia«( leur disconvenance, en juge actuellement ; les verbales, qui sont des nij* signes de nos idées, joints ou séparés en des sentences affirmatives ou nci^ tives...Et la vérité consiste & joindre ou séparer les signes selon que !« ^ qu'ils signifient conviennent ou disconviennent. (L. IV, ch. v, § 6.)

Quelle est maintenant la nature de Taffirmation? Est-elle, conm' le soutenait Descartes, un acte de la volonté libre, ou une su» nécessaire de la perception? Entre Descartes et Spinoza Loc» prend une position moyenne.

Gomme la connaissance n'est non plus arbitraire que la perception* 5 vois pas que l'assentiment soit plus en notre pouvoir que la connaifiÉ****

Lorsque la eonrenance de deux idées se montre à mon esprit ou immédiatement ou par le secours de la raison, je ne puis non plus refuser de Tapercevoir ni éviter de la connaître que je puis éviter de voir les objets vers lesquels je tourne les yeux, et que je regarde eu plein midi ; et ce que je trouve le plus probable après l'avoir examiné, je ne puis refuser d'y donner mon consentement... Nous pouvons cependant arrêter les progrès de notre connaissance et de notre assentiment en arrêtant nos perquisitions, et en cessant d'employer nos facultés à la recherche de la vérité. En un mot, la connaissance n'est ni entièrement nécessaire ni entièrement volontaire... Il ne dépend pas d*un homme de voir noir ce qui lui parait jaune... Il en est justement de même à l*égard de notre entendement ; tout ce qu*il y a de volontaire dans notre connaissance, c*est d'appliquer quelques-unes de nos facultés à telle ou telle BSpèce d'objets... Mais ces facultés une fois appliquées à cette contemplation, notre volonté n'a plus la puissance de déterminer la connaissance dans l'esprit l*une manière ou d'autre. Cet effet est uniquement produit par les objets mêmes jusqu'où ils sont clairement découverts. Un homme ne peut s'empêcher ie voir ce qu*il voit, ni éviter de connaître qu'il aperçoit ce qu'il aperçoit eCfoc^ tivement. (L. IV, ch. xin.)

Leibniz accorde à Locke que

La vérité est toujours fondée dans la convenance ou disconvenance des Idées, mais non généralement que notre connaissance de la vérité est une per^ eeption de cette convenance ou disconvenance. Car lorsque nous ne savons la vérité qu'empiriquement pour l'avoir expérimentée, sans savoir la connexion des choses et la raison qu'il y a dans ce que nous avons expérimenté, nous n'avons point de perception de cette convenance ou disconvenance, si ce n'est qu'on entende que nous la sentons confusément sans nous en apercevoir. {Nouveaux Euais, 1. IV, ch. !«', § 2.)

Pour ce qui est de la nature de l'affirmation^ Leibniz accepte les idées de Locke.

Nous ne croyons jamais, dit-il, ce que nous voulons, mais bien ce que nous voyons le plus apparent ; et cependant nous pouvons nous faire croire indirectement ce que nous voulons, en détournant l'attention d'un objet désagréable pour nous appliquer à un autre qui nous plait ; ce qui fait qu'en envisageant davantage les raisons d'un parti favori, nous le croyons enfin le plus vraisemblable. (L. IV, ch. xx, § 16.)

Leibniz donne même un argument nouveau contre la théorie de Descartes. Sans cesse nous partons de principes que nous nous souvenons d'avoir établis; il n*est pas de longue démonstration dans laquelle la mémoire n'intervienne. « Toute croyance consistant dans la mémoire de la vue passée des preuves ou raisons, il n'est pas en notre pouvoir, ni en notre franc arbitre, de croire ou de ne croire pas, puisque la mémoire n'est pas une chose qui dépend de notre volonté. » (L. IV, ch. i", § 8.)

Nous trouvons en outre dans Leibniz un retour intéressant aux questions de la Logique formelle. C'est ainsi qu'il montre qu'on

peut par le moyen des propositions identiques démontrer les règles de la conversion données par les logiciens (§ i).

Soit les trois sortes de conversions :

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