Tout A est B ; donc quelque B est A
Démonstration de la première conversion en cesare, qui est de la wxsif
figure :
Nul A est B
Tout B est B
Donc Nul Best A.
Démonstration de la seconde conversion eu dalUi, qui est de la troUièc
figure :
Tout A est A
Quelque A est B
Donc Quelque B est A.
Démonstration de la troisième conversion en darapti, qui est de U ^
slème figure :
Tout A est A
Tout A est B
Donc Quelque B est A.
Ce qui fait voir que les propositions identiques les plus pures et qui pani-*; sent les plus inutiles sont d'un usage considérable dans Tabstrait et le géo^'
Logique formelle : Bossuet. — Les Logricieiis 4^ Port-Royal : quantifleatton du prédicat. — Dans ^ Logique, Bossuet ne fait guère que résumer renseignement^ l'École, en le débarrassant des subtilités inutiles. Nous relèvcronj dans son exposé cette remarque, que les théories de la conversKii et de Topposition pourraient être attachées à la théorie du raisos* nement. Raisonner, c'est inférer ; inférer, c'est tirer une propoâti* d'une ou plusieurs propositions dans lesquelles elle est implici''^ ment contenue. Or, des rapports des propositions opposées enlï^ elles résultent un certain nombre d'inférences immédiates : o<^' savons, par exemple, que deux contradictoires ne peuYenl** vraies en même, temps. De même, qu'est-ce que convertir? ^ tirer une proposition nouvelle d'une proposition donnée: ^ homme est animal, quelque animal est homme. Après avoir doflv^ les règles de la conversion, Bossuet ajoute :
Tout ce que nous venons de dire appartient à cette espèce de raisonneœ* composé de deux propositions dont nous avons d^à parlé. C'est poonp Aristote traite cette matière à l'endroit où il parle du raisonnement;!^ comme tout ceci sert à connaître la nature des propositions, il semble niPj; de le mettre ici. [Logique, II, ix.) U sert encore & connaître la nature desp*
positions, de considérer comment les universelles et les particulières, les affirmatives et les négatives, conviennent ou s'excluent ensemble, et cela se rapporte encore ft cette espèce de raisonnement de deux propositions dont nous venons de parler. (II, x.)
Les Logiciens de Port-Royal résument d'assez mauvaise grâce les théories traditionnelles de la Scolastique, opposition» conversion, modalité, etc., et s'attachent avec une préférence marquée à des considérations d'un ordre plus purement grammatical. Des chapitres entiers de la Grammaire de Port-Royal, rédigée par Lancelot, ont passé dans cette théorie du jugement ou plutôt de la proposition. Nous ne pouvons que signaler les chapitres sur les propositions complexes (ch. v, vi, vu), composées (ch. ix et x) ; les observations pour reconnaître, dans quelques propositions exprimées d'une manière moins ordinaire, quel en est le sujet et quel en est l'attribut ( ch. xi) ; les observations pour reconnaître si les propositions sont universelles ou particulières (ch. xiii). Les Logiciens de Port-Royal s'efforcent aussi de donner une plus grande valeur pratique à la logique en ne se bornant pas à Tétude des propositions exprimées dans le langage de l'École.
Ce qui nous parait surtout intéressant dans cette seconde partie de la Logique, ce sont les deux chapitres (ch. xvii, xix) consacrés h ce qu'Hamilton appellera plus tard la quantification du prédicat. Certes les Logiciens de Port-Royal n'ont pas eu, comme Hamilton, ridée de donner aux prédicats de toutes les propositions une quantité déterminée et de renouveler par là la théorie du raisonnement. Ils adoptent les règles de l'École sur la conversion des propositions ; mais ils font dépendre ces règles de la quantité du prédicat dans les propositions affirmatives et négatives, et ils démontrent ce que doit être cette quantité dans ces deux classes de propositions.
Dans les propositions afârmatives Tidée de l'attribut n'est -paa prise selcm toute son extension, & moins que son extension ne soit pas plus grande que celle du sujet (définitions). Car si je dis que totis tes impudiques seront damnes, je ne dis pas qu'ils seront eux seuls tous les damnés, mais quMIs seront du nombre des damnés. Ainsi Taffirmation mettant l'idée de l'attribut dans le sujet, c'est proprement le sujet qui détermine l'extensiou de l'attribut dons la proposition affirmative, et l'identité qu'elle marque regarde l'attribut comme resserré dans une étendue égale à celle du sujet , et non pas dans toute sa généralité, s'il en a une plus grande que le sujet ; car il est vrai que les lions sont tous animaux, c'est^&-dire que chacun des lions renferme l'idée d'animal ; mais il n*est pas vrai qu'ils soient tous les animaux. De là on peut recueillir ces deux axiomes : !<> Vattribut d'une proposition affirmative n'est point affirmé selon toute son extension, si elle est de soi-même plus grande que celle du sujet; 2« l'extension de Vatiribut est resserrée par celle du sujet, en sorte qu'il ne signifie plus que la partie de son extension qui convient au sujet; comme quand
59a HISTOIRE DK LA PHILOSOPHIE
on dit que les hommes sont animaux, le mot d^animal ne signifie plo8 to»b animaux, mais seulement les animaux qui sont hommes.
Ainsi, sauf dans les cas où l'extension de I^tttribut ne dépias^ pas celle du sujet (définition — propositions réciproques), raUriix^ des propositions affirmatives n*est pas pris selon toute son eitosion, c'est-à-<iire qu'il a une quantité, qu'il est particulier. De kk possibilité de réduire à une seule les deux règles classiques sur k conversion des propositions affirmatives.
L'attribut étant restreint par le sujet dans toutes les propositions affrmstm si on veut le faire devenir sujet, il faut lui conserver sa restriction, etpcrmséquent lui donner une marque de particularité, soit que le premier sn^etfUt^ verset, soit qu'il fût particulier.
Arrivons maintenant aux propositions négatives.
La proposition négative sépare du sujet l'idée de Tattribut selon toofev extension : et la raison en est claire ; car être sujet d'une idée et et» coilv dans son extension n'est autre chose qu'enfermer cette idée ; et parconséiiiKA quand on dit qu'une idée n'en enferme pas une autre, qui est ce qu'on ap{)^ nier, on dit qu'elle n'est pas un des sujets de cette idée. Ainsi, si je dtf ^ l'homme n'est pas un être insensible, je veux dire qu'il n'est aucun des ètff insensibles, et par conséquent je les sépare tous de lui; et de là on peutiiff cet axiome : L'attribut d'une proposition négative est toujours pris générée'^ Ce qui peut aussi s'exprimer ainsi plus distinctement : Tous les sujdi '* idée qui est niée dCune autre sont aussi niés de cette autre idée; c'e«t-i# qu'une idée est toujours niée selon toute son extension. Si le triangle est' des carrés, tout ce qui est triangle sera nié du carré.
De cette quantification de l'attribut des propositions n^aiiTe^^* peut déduire immédiatement que les universelles négatives seoff vertissent simplement, et que les particulières négatives ne peufC^ se convertir.
Représentatton des jugements et de leurs nt ports par des figures. — Euler. — L'habitude de coi» dérer la méthode des mathématiques comme la méthode par estt^ lence (École cartésienne) devait amener les logiciens à représeoi^ symboliquement par des figures géométriques les rapports des e0^ cepts entre eux dans les propositions et des propositions entre d^ dans le raisonnement syllogistique. Déjà les Logiciens de f^ Royal, tout pénétrés de l'esprit cartésien, montrent que tontes b* règles du syllogisme reviennent à ce principe unique : la conclosi^ doit être contenta dans Tune des prémisses, et l'autre pvén^ doit le faire voir. Les rapports de contenant à contenu peuvenl^ figurer par des rapports dans l'espace. Ce sont des logiciens ^
mands qui ont appliqué cette idée. On fait souvent honneur à Euler de rinvention de ce schématisme mathématique ; mais le premier qui semble avoir fait usage de figures dans Tespace pour symboliser et comme montrer aux yeux les lois delà logique est diristian Weise, recteur du gymnase de Zittau, mort en 1708. (Uberweg, Logik, § 85, p. 234.) Nous ne pouvons exposer dans le détail les figures par lesquelles on a symbolisé les lois de la conversion, de la contraposition ; nous nous contenterons de reproduire ce que dit Euler de la représentation figurée des propositions.
On peut représenter par des figures les quatre espèces de propositions (A, E, I, 0), pour exprimer visiblement leur nature ft la vue. Cela est d'un secours merveilleux pour expliquer très distinctement en quoi consiste la justesse d*im raisonnement Gomme une notion générale renferme une infinité d'objets individus, on la regarde comme un espace dans lequel tous ces individus sont renfermés : ainsi pour la notion à'homme on fait un espace dans lequel on conçoit que tous les bommes sont compris ; pour la notion de mortel on lait aussi un espace où Ton conçoit que tout ce qui est mortel est compris. Ensuite, quand je dis que tous les hommes sont mortels, cela revient k ce que la première figure est contenue dans la seconde.
I. Donc la représentation d'une proposition affirmative universelle sera celle où Tespace A, qui représente le sujet de la proposition, est tout à fait renfermé dans l'espace B, qui représente le prédicat.
II. Pour les propositions négatives universelles, les deux espaces A et B, dont A marque toujours le tujet et B le prédicat, seront représentés l'un séparé de Tautre, puisqu'on dit que nul A rCest B, ou rien de tout ce qui est compris dans la notion A n'est compris dans la notion B.
IIL Pour les propositions affirmatives particulières, comme quelque A est B, une partie de l'espace A sera comprise dans l'espace B, comme on voit visiblement que quelque chose comprise dans la notion A est aussi comprise dauii la notion B.
IV. Pour les propositions négatives particulières, comme quelque A n'atftî B, une partie de l'espace A doit se trouver hors de Tespace B : la figareseooifond dans ce cas avec la précédente ; mais on remarque ici principalement qal y a quelque chose dans la notion A qui n*est pas compris dans la notion B.» qui se trouve hors de cette notion. {Lettres à une Princ, d^Allem,, I1« put 1. XXXIV.)
Kant : définition du jugement. — Formes logiques des jugements : quantité» qualité 9 relation et modalité. -^ Jugements analytiques et synthétiques.
— Kant n*admet pas la définition qu'on donne le plus souvent de jugement.
Je n'ai jamais été satisfait, dit-il, de la définition que les logiciens doimest du jugement en général, en disant que c*est la représentation d*un rapptti entre deux concepts. Je ne leur reprocherai pas ici le défaut qu'a cette àà» tion de ne s'appliquer en tous cas qu'aux jugements catégoriques et dos afi jugements hypothétiques et disjonctif s (lesquels n'impliquent pas seulement â rapport de concepts, mais de jugements mêmes] ; mais en laissant de côtés vice logique, je me bornerai à faire remarquer que leur définition ne détvmine point en quoi consiste le rapport dont elle parle. [Crit. de laRaismpvf» tr. Bami, 1. 1", p. 168.)
Ainsi Kant fait deux reproches à la définition ordinaire du ju^^ ment : 1° elle est incomplète, elle ne convient pas à tout le défiDi; 2° elle manque de précision, elle ne convient pas au seuldéfini< elle n'en marque pas le caractère distinctif. Il ne faut pas confoodic le rapport qu'établit entre nos représentations le jugement avec k rapport qui-s'établit entre elles par les lois de Tassociation de: idées. L'association des idées est purement subjective, elle vark comme les individus ; elle ne fait d'ailleurs que reproduire les diver? éléments d'une perception passée, elle ne saurait ramener les données de la sensibilité à l'unité de la connaissance. Elle me permet' trait bien de dire : quand je porte un corps, je sens l'action delà pesanteur, mais non pas : le corps est pesant. (P. 170.) Dire : k corps est pesant, c'est dire « que ces deux représentations sorf liées dans l'objet, indépendamment de l'état du sujet, et qu'ellesn* sont pas seulement associées dans la perception, si souvent qu'élu puisse être répétée. » (P. 170.) Le jugement a une valeur objectiïf- Mais il importe de bien entendre le sens de ce mot objectif. La connaissance suppose deux termes : la matière, donnée par la sensil»' lité; IdL forme, qui est comme l'apport de Tesprit. C'est l'esprit même
qui , antérieurement à toute expérience, fournit, comme les lois mêmes de son activité, les formes, les catégories, par lesquelles il ramène à l'unité la diversité (matérielle) des phénomènes. Toutes, les formes ont pour effet et pour fin de produire Funité de conscience, c*est^-dire de rendre la pensée possible. Les formes n*ont de sens qu'appliquées aux phénomènes, et d'autre part les phénomènes ne deviennent des objets d'expérience et ne prennent d'existence pour nous qu'en se coulant pour ainsi dire dans les moules de la pensée. Donc l'objectif résulte de l'application des catégories de l'entendement aux phénomènes. Or nos jugements ne sont que les diverses catégories de l'entendement appliquées aux phénomènes ; ils s'opposent donc à l'association des idées, comme l'objectif au subjectif. « Le jugement, dit Kant, n'est autre chose quune manière de ramener des connaissances données à l'unité objective de l'aperception » {Crit. de la raison pure, t. I", p. 169) ; c'est-àdire de ramener les phénomènes multiples à l'unité de la conscience, et de leur donner par là, suivant Kant, l'objectivité : c'est ce qu'il apppelle Yexpérienee. Aussi, dans la Critique de la raison pure, Kant part-il de l'étude du jugement et de ses diverses formes logiques pour découvrir les catégories primitives, les concepts purs de Fentendement.
U 7 a autant de concepts purs de Tentendement s^appUquant a priori k des objets dlntuitlon qull y a de fonctions logiques dans tous les jugements po6> Bibles ; car ces fonctions épuisent entièrement Tentendement et en mesurent exactement la puissance. (P. 137.) On trouvera donc toutes les fonctions de Tentendement, si l*on parvient à déterminer d'une manière complète les fonctions de Tunité dans les jugements. (P. 128.) Ainsi juger c'est la fonction même de rentendement ; car penser c'est juger, ou ramener à Tuinité les diverses représentations fournies par la sensibilité, de manière à faire de ces représentations Tobjet d*une connaissance déterminée. D'un mot, le jugement est un acte qui consiste à réunir en une seule et même pensée des représentations diverses {die Vorstellung der Einheit des Bewusttseins verschiedener Vorstelltmgen oder die Vorstellvtng des Verhallnissu derselben sofem sie einen Bcgriff ausmachden. Logik., § 17).
La logique, faisant abstraction de toute différence réelle ou objective de la connaissance, n'a pas plus à s'occuper de la matière des jugements que du contenu des notions. Elle n*a à considérer que la différence des jugements par rapport à leur simple forme. (Log., § 19.) Quelles sont donc ces formes logiques du jugement, selon lesquelles nous appliquons aux phénomènes donnés les catégories de l'entendement? Si l'on fait abstraction de tout contenu d'un jugement en général et que Ton n'envisage que la pure forme de l'entendement, on trouve que la fonction de la pensée dans le jugement peut être ramenée & luatre titres* dont chacun contient trois moments. Us sont parfaitement rc- [^résentés dans le tableau suivant :
J. HiST. DE LA PHIL. 38
gUANTITÂ DBS JUOBVBNTS.
UniTcrsels.
Particuliera.
S&nguUera.
QUAUTÉ.
Affinnatifs.
Négatifs.
In46fini8 [Unendèêcke) ou linùMifs.
rsuhqx.
Caté^rique».
Hypothétiques
IMsjoBcliJis.
XODAJiîi.
ProUénuitiquos.
Assertoriques.
Apodietiqae».
[Crkique de la Retison pure, trad. Barnl, t. !•», p. 129.)
Dans tous les jugemeoU oh Ton conçoit le rapport d'un «fjeii uo prédicat, ce rapport est ou analytique ou $\itUhUique. \J»W ments sont dits analytiques lorsque Tattribut, ^ant d^o<vl* dans le sujet (mais d une manière cachée), peut en ôtre eiisv^f une analyse. Exemple : les corps sont étendua : qui dit eorpsi^ étendue. Ces jugements peuvent être appelés aussi expUf^ {erlauterungsurtheilé), parce qu'ils développent simplement le cô^^ tenu du sujet. Les jugements sont dits synthétiques lorsque r# but, n'étant pas contenu dans le sujet, y est ajouté par une iv^ tion, par une synthèse. Exemple : les corps sont pesants-^ jugements sont aussi dL^pelés extensifs [ei^eiterungsurtkeilflf ce que seuls ils ajoutent vraiment quelque chose à notre to^ sance. Les jugements analytiques sont tous a priori; en effet,? n'ai pas besoin de recourir à Texpérience pour affirmer d'unsf Tattribut qui y est contenu. Le principe rationnel d'identité es*» condition nécessaire et suffisante des jugements analytiques.**^ jugements d'expérience sont tous, comme tels, synthétiqocB.^ effet, il serait 8Ï)8urde de fonder un jugement anal}'tique sur^^ périence, puisque pour former un jugement de cette sorte je>** pas besoin de sortir de mon concept, et par conséquent der«*^ au témoignage de Texpérience. » {Crit, de la raison pure, W^^ § 4.) Quand je dis : les corps sont pesants, j'ajoute au concept sujet un prédicat qu'aucune analyse n'aurait pu en faire sortir» ^ sur l'expérience seule que se fonde la synthèse du prédica^ pesanteur avec le concept de corps; seulement les jugements d^ périence sont des jugements synthétiques a pos/erton. Mainten*"^
pg hk THÉORIE DU JUGEMENT 89S
y a-t41 des jugenoenis synthétiques a prioH? et eonment soni-ils possibles ? C'est la qv^tion même que Kant cherche à résoudre dans la Critique.
Victor Cousin i tout fueMiiMit n'étaMlt imm on rapport entre deux idées* — La i^lupart des logieîena, I nous Tavons vu, définissent le jugement Taffirmation d'ua rapport ç^ de convenance ou de diseonvenanee entre deax idées. Dane son i^ étude sur la PhUosaptàé de Locke (leç. xzm et xnv), Vidor Qooun ^ critique cette défimiioci^ dont À vrai dire le philoeophe anglais n'a ni le mérite ni la responsabilité. Sans doute la définition des logiciens convient aux jugements abstraits et réfiéchis, tels que cemni : deux et trois font cinq» — Dieu est bon^ — la terre est ronde ; dans tous ces cas, en efi'et, le jugement suppose : i"* deux idées préexistantes; 2? une comparaison entre ces deux idées; 2^ la psFc^ption du rapport» Mais n'y a-t-il que des jingiMUcnts réfléchis? ^' Bamener tout jugement, toute eoanaissanoe à TétablisseiBeiii d'un ^^ rapport entre deux idées antérieure^nent conçues al comparées^ ^'* .c*est admettre que l'esprit humain débute par Tabstmit. Qui von^ ^' drait soutenir cette thèae psychologique? Ayant les jageneots ^^ réfléchis, il fout donc admettre comme début de la connaissanee ^ des jugements jairtfm7»/S; spontanés, qui ne font qu'exprimer mse ^ perception concrète. Dans ces jugements spontanés Tesprit ne lie ^- pas une idée avec une autre idée, il les aperçoit ensemble, il con- !* nait simultanément le sujet et Tattribut. L'en&nt ne dit pas d'abord : ^ « ce mur est blanc », après avoir comparé les idées du mur et de fat ^ blancheur ; il a une perception simultanée, concrète, du mur et de ^ la blancheur, du sujet et de l'attribut : ce n'est que peu à peu qu'il ' isolera les deux termes impliqués dans sa perception, qu'il extraira ' de ses jugements spontanés des idées abstraites et générales et ' qu'il pourra formuler le jugement logique et réfléchi : ce m,ur est f blanc. Non seulement la théorie des logiciens est incomplète, mais ' elle rend impossible tous les jugements qui affirment l'existence, comme : j'existe, les corps existent. Si ces jugements, en effet, sont le résultat d'une comparaison, avant de dire : j'existe, je dois avoir deux idées : celle du moi et celle de l'existence, les comparer, affirmer ^afin qu'elles se conviennent. Mais de ce que les idées de moi et de l'existence se conviennent, il ne résuite pas que le moi existe , mais seulement que les idées du moi et de l'existence ne sont pas en contradiction. Je dirai donc : je puis; exister, je ne dirai jamais : j'existe. Le même raisonnement serait applicable au juge-
9f6 HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
ment : les corps existent Cette conclusion n'a rien qui doive noas surprendre ; quand on part de Fabstrait, on ne peut arrÎTer qui l'abstrait : du rapprochement des idées abstraites du moi et de l'existence ne pourrait sortir l'existence réelle et concrète du moi. En résumé, s'il faut en croire Victor Cousin : I* la théorie ordh naire du jugement est incomplète ; elle conrient aux jogements réfléchis, die ne convient pas aux jugements primitifs et spontanés et surtout, parmi ceux-ci, aux jugements d'existence ; 9* cette théorie implique une grave erreur de psychologie ; elle ne poumit être admise que si l'esprit humain débutait par l'abstraction; 3^ enfln elle repose sur une sorte de cercle vicieux, car le jugement spontané est la condition de la formation des idées abstraites: l'esprit juge avant d'avoir des idées. Victor Cousin a raison de dire que l'esprit ne commence pas par des notions abstraites; mais qui l'a jamais soutenu ? La philosophie de l'École admettait qu'avant le jugement il y a une première opération, qu'on appeU la timpU appréhension ou pure représentation de l'objet, men f^ prœtentatio objectù Mais ce qui caractérise le jugement, c'est précisément la réflexion et la généralisation : tant que l'attribut n'est pu dégagé du sujet, tant qu'il est saisi dans un sujet individuel, concret tant qu'il est ainsi lui-même individuel et concret, il y a apprâieasion, sensation; il n'y a pas jugement, au sens propre de ce mot'-
Sluart Mil! : le jugement porte sur les faits el non sur les concepts. — Stuart Mill, comme Victor Gousio, combat la définition classique du jugement, mais, plus hardi que k philosophe français, il n'admet pas qu'elle convienne aux jupments réfléchis, il la déclare radicalement fausse. L'objet del> logique semblait défini depuis des siècles : il était convenu qu'elle s'occupe non pas des faits, de ce qui est, mais de la pensée, de ses lois, des conditions de son accord avec elle-même, en un mot des idées et de leurs rapports. Stuart Mill supprime les concepts; ilni^ qu'ils existent même dans la pensée, que par suite ils puissent étit l'objet d'une science'. A la logique de la conséquence, science pur^ ment formelle qui porte sur les concepts, il oppose la logîg^^ ^ la vérité, qui a pour objet les choses elles-mêmes et qui ne disling»* pas la matière et la forme. Par là, il faut le reconnaître, StoaH Mill, s'afl'ranchissant d'une tradition scolastique de vingt siècles
I. Voir le déYcloppcment de cette critique de la théorie de V. Cousin dans notre TVin''' ^ mentaire de Philotophte, Psychologie, ch. vi, § 164. P. J. i. Voyez le Problème des idées générales.
concevait la logique, à la façon de Platon et d*Âristote, comme ane science vivante, intimement mêlée à la connaissance de la réalité et dépendant de la nature des choses. Mais en même temps , en revenant à la théorie de Protagoras, en supprimant Texistence de Tuniversel, même dans les esprits, en éliminant ainsi Tidée de la logique, il ruinait la science qu'il prétendait régénérer.
L'idée maîtresse de Stuart Mill, c'est que le jugement porte non pas sur les concepts, mais sur les faits, qu'il affirme non pas un accord entre nos idées, mais une relation entre des phénomènes.
Cette erreur de croire que ce qu'il y a d'essentiel dans la proposition est la relation des deux idées qui correspondent au sujet et au prédicat (au lieu de la relation entre les dettx phénomènes qu'ils expriment respectivement) est une des plus funestes qui aient été introduites dans la logique... Les propositions ne sont pas des assertions relatives & nos idées des choses, mais des assertions relatives aux choses mêmes. Quand je dis que le feu cause la chaleur, veux-je dire que mon idée de feu cause mon idée de la chaleur? Non; j'entends que le phénomène naturel feu cause le phénomène chaleur... (Log„ t. !•', 1. 1, ch. v, § 1 .) Nos jugements et les assertions qui les expriment n'énoncent donc pas seulement de purs modes de concevoir les choses, mais la conviction ou persuasion que les faits tels que nous les concevons existent effectivement. 11 est impossible de séparer l'idée du jugement de l'idée de la vérité du jugement; car tout jugement consiste à juger que quelque chose est vrai... Prenons le jugement : l'eau rouille le fer, et supposons que cette vérité soit nouvelle pour nous. N*est-ce pas une dérision que de dire que nous la connaissons en comparant les idées eau, fer et rouiller? Ne faut-il pas dire: les faits eau, fer et rouiller ? Et môme est-ce que comparer est le mot qui convient à cette opération mentale ? Nous n'examinons pas si les trois idées s'accordent, mais si les faits extérieurs coexistent. Si la solution du débat entre Copernic et Ptolémée eût dépendu de la question de savoir si nous concevons la terre en mouvement et le soleil au repos, ou le soleil en mouvement et la terre au repos, je suis bien sûr que la victoire serait restée & Ptolémée. [Philosophie de Hamtïton, ch. xvui.)
Ainsi le premier argument de Stuart Mill est un argument de fait : en fait nos jugements portent sur les choses et non sur nos concepts; qui dit jugement dit croyance à la réalité de ce qu'on affirme. Le second argument est un argument de droit : en droit le jugement ne peut être l'union de deux concepts, parce que la formation des concepts suppose des jugements antérieurs, et qu'expliquer le jugement par le concept, c'est expliquer la cause par reffet : c'est ce que déjà disait Victor Cousin. Si le jugement consiste à établir un rapport entre deux concepts ou entre une chose et un concept, il faut qu'avant déjuger l'esprit ait toute une provision de concepts, d'idées générales : or cela est impossible, parce que tous les concepts sont édifiés par une succession de jugements.
Cette théorie me parait un exemple signalé d'une erreur logique très fréquente, celle de TujTepov rporipov, qui consiste à expliquer une chose par une
chose qui 1a sui^posè. Lorsque je dit que la Bei^ est blandie, je ne paÊ»mtainement pas aux objets blancs comme classe ; je ne pense à aucun objet bteac, si ce n'est & la neige, et rien qu*à la neige et & la sensation de blanc qu'eOe me cause. Sans doute, lorsque j'ai jugé ou acquiescé à Tassertion que la oô^ est bUDche et que plusieuis autres eboses sont blimobes aussi, je coouseiitt graduellement & penser aux objets blancs, comme formant une classe qui comprend la neige et ces autres choses. Mais cette conception est venue après et non avant ces Jugements, et ne peut, par conséquent, être considérée eonuK leur explication, âm lieu d'expliquer l'effet parla cause, cette doctrine explii|K la cause par Feffet. {Log., i. 1«^ 1. 1, ch. v, §3.) Nous concevons un objet mentale ment comme ayant tel et tel attribut, parce que nous avons d'abord jugé qui a œt attribut dans la réalité. Un concept n'est que la gynihèse et le Hgne rmimoratifcTun ou de plusieurs jtLgements antérieurs, (PhiL de Hamilton, ch. vnuL]
Il faut donc cesser en logique d'envisager les termes comme se contenant les uns les autres : les cercles d'Euler représentent fort mal les opérations de Tesprit. Quand je dis : les hommes sodI mortels, je ne veux pas dire que l'espèce humaine fait partie du genre mortel; de même, lorsque je dis : le bœuf rumine, le nt^ tends pas dire : ce bœuf fait partie de la classe des ruminanit; f ne dis même pas que l'idée d'homme contient l'attribut mortel, ni que ridée de bœuf contient l'attribut de ruminer, j'affirme seulement qu'en fait les attributs connotés par le mot homme et rattribut mortalité, par le mot bœuf et l'attribut ruminer, sont toujouis donnés ensemble. Mais les attributs coanotés par le mot komm se ramènent, en dernière analyse, à un certain nombre de phénomènes physiques et psychiques. Quand nous disons que ThoffliDe est mortel, nous voulons donc dire que partout où ces divers phénomènes physiques et psychiques connotés par le mot horm^ se rencontrent, on est sûr que l'autre phénomène physique et psychique appelé la mort ne manquera pas d'avoir lieu. En un mot, selon Stuart Mill, le jugement porte non pas sur nos concepts, sur lenff rapports et leur enveloppement, mais sur les faits eux-mêmes; 3 n'affirme pas l'accord de la pensée avec elle-même, il afHrme l'enstence, la coexistence, la succession, la causation, la ressemblance des phénomènes. [Log*, 1. 1", 1. 1, ch. v.) Le jugement, en demièt» analyse, s'explique par les lois de l'association des idées.
Hamllton : la quantification du prédicat. — G*est en Angleterre que la logique conceptualiste de l'École a trouvé, eo même temps que ses adversaires les plus décidés, ses réformateur? les plus hardis. Hamiiton n'accepte pas la théorie classique del» proposition. Le devoir du logicien, dit-il, est d'exprimer expKf'* tementdans le langage ce qui est contenu implicitement dansl^ pensée. Or, ce n'est pas seulement le sujet qui a une quantité
LA THÉORIE DU JUaÊBTENT 999
dans la pensée, c'est aussi rattribut ou prédicat. Dire : tout homme est animal, c*e0t penser : tous les hommes sont quelques animaux, puisqu'il y a d'autres animaux que les hommes. Pour affirmer animal d'homme, il faut : i® que nous sachions que le concept homme occupe une Certaine place dans le concept animal; ^ que nous détermimons exactement la portion qu'il en occupe. Le prédicat est donc et toujours expressément pensé avec une quan*tité déterminée égale à la quantité du sujet. €'est ce qu'Hamilton appelle la quantification du prédicat. U résulte de là qu'il y a non pas quatre, mais huit espèces de propositions : 1^ les affirmatives tato-totales, dans lesquelles sujet et prédicat sont pris dans toute leur extension; exemple : Tout triangle est tout trilatéral; 2* les affirmatives toto^partielles, dans lesquelles le sujet est pris uni*^ versellement, et le prédicat partictdièrement; exemple : Tout triangle est quelque figure ; 3* les affirmatives parti^totales, dans lesquelles le sujet est particulier et le prédicat universel; exemple : Quelque figure est tout triangle; 4* les affirmatives parti-partielles, dans lesquelles sujet et prédicat sont pris particulièrement; exem*^ pie : Quelques figures équilatérales sont quelques triangles ; 5* les négatives toto^totales, dans lesquelles le sujet, pris dans toute son extension, est exclu de toute l'extension du prédicat; exemple : Aucun triangle n*est aucun carré ; 6* les négatives toto-pm^tielles, où le sujet pris dans toute son extension est exclu d'une partie seument de l'extension du prédicat; exemple : Aucun triangle n'est quelque figure équilatérale ; V les négatives parti-totales , où une partie seulement du sujet est exclue de toute Textension de l'attribut; exemple : Quelque figure équilatérale n'est aucun triangle; 8* enfin les négatives partirpartielles, dans lesquelles une partie de Textension du sujet est exclue d'une partie seulement de l'extension du prédicat; exemple : Quelque triangle n'est pas quelque figure équilatérale. Le premier avantage de cette théorie, c'est qu'elle simplifie les règles de la conversion : toutes les propositions peuvent «e convertir simplement dans leurs propres termes, puiscpe dans leur renversement les termes conservent la quantité qui leur a été assignée par l'esprit. En second lieu, les propositions se réduisent au fond à des équations entre le sujet et le prédicat , puisque l'un et l'autre sont égaux en extension. Ces prémisses posées, on devait être tenté de ramener le raisonnement à une suite d'équations et de supprimer toute diff'érence entre les syllogismes mathématiques qui enchaînent des notions égales ou équivalentes et les syllogismes proprement dits qui unissent des notions qualitatives, homme.
animal. Les sucesseurs d'Hamilton (Boole, Stanley Jevons) ont tenté cette réforme radicale de la logique classique. (Voir les Logicim anglais par Liard.)
Conclusion* — De cette longue histoire dégageons les diverse théories sur la nature du jugement. — a. On peut dire d'abordavee Hobbes que la proposition ne fait que rapprocher des mots, seloB les conventions du langage. Dire : Thomme est mortel, c'est dire simplement qu'homme et mortel sont des noms de la même chose; qui dit homme dit mortel. C'est la théorie nominaliste sous sa forme la plus violente. — b. Mais il est difficile de ne pas remarquer avec Stuart Mill que les mots ont un sens, qu'ils résument notre expérience passée, que par suite rapprocher les mots, qu*on le veuQle ou non, c'est rapprocher les choses : qu'affirmer , par exemple, mortel d'homme, c'est tout au moins établir une liaison entre dm ordres de phénomènes , ceux qui constituent l'homme , ceux qui constituent la mort. Cette théorie est la théorie empirique du jugement. -*- c. Le point de^ue de Stuart Mill n'est pas celui des logiciens. Si le jugement exprime, non un rapport entre nos idées. mais des relations entre les faits, toute l'ancienne logique est condamnée, car elle repose sur l'enveloppement réciproque des concepts. L'esprit, répondent les logiciens , est en possession d'idées générales dont l'extension est plus ou moins grande, et par suite peut être comparée : mortel a plus d* extension qu^homme. I^ propre de la logique est précisément de donner une sorte d'ex& tence, au moins dans l'esprit, aux idées générales, et de montrer comment la pensée unit ou sépare ces idées en restant d accord avec elle-même. « Les concepts sont les signes et non les imag^ des choses. En d'autres termes, le concept est ce que l'esprit substitue aux choses sensibles pour les rendre intelligibles; c'est us équivalent, un symbole. L'esprit est comme le commerçant quii pour rendre ses opérations plus faciles, remplace par des billets le lourd métal de la monnaie : les concepts sont le papier-mono&i^ de la pensée... La logique est la mathématique de la qualité. > (Brochard, liev. philos., 1881, t. II.) Cette théorie traditionnelle des logiciens peut être appelée la théorie conceptualiste du jugement, qui se définit l'affirmation d'un rapport de convenance ou de disconvenance entre nos idées. — d. Mais quel sens a cette union des concepts dans le jugement ? n'est-^Ue qu'un jeu malb^matique de l'esprit? Quel est son rapport à la réalité ? Ici nous dépassons la logique, nous touchons aux questions dernières
qu'elle pose. Le jugement, selon Kant, répond à la fonction de l'entendement : il consiste à appliquer aux données de la sensibilité les formes a priori qui sont les lois de la pensée. Les formes logiques du jugement ne font qu'exprimer la fonction de Teniendement, dont toutes les formes ont pour résultante la forme suprême de l'unité de conscience. C'est la théorie critique du juge* ment. Le jugement n'exprime pas les rapports des noumènes, des réalités métaphysiques ; mais il ne porte pas seulement sur les phénomènes et leurs relations empiriques, le jugement exprime les lois nécessaires de la pensée dans leur rapport aux phénomènes. — e. Enfin, selon Platon et Aristote, les fondateurs mêmes de la logique, le jugement ne porte ni sur les mots, ni sur les phénomènes, ni sur les notions seules, il n'exprime pas seulement les lois nécesaires de l'esprit ; il porte sur la réalité elle-même, il unit dans la proposition les concepts que la nature unit dans l'être, il reproduit le véritable mouvement de la pensée qui vît en tout, c'est la théorie métaphysique du jugement.