Les principauK ourrages de de Bonald
De Bonald (1754-1840) est le chef de recelé appelée iradiUoniialiste, dont le principal dogme est la création divine du langage. La révélation est le principe de toute connaissance. 11 n'y a pas d'idées innées. Toute la philosophie de de Bonald est dominée par une formule trinitaire : cause, moyen, effet. En cosmologie, la cause est Dieu; le moyen est le mouvement; Teffet est le corps. En politique, ces trois termes deviennent : pouvoir, ministre, sujet; — dans la famille, père, mère, enfant. 11 appliquait ses formules à k théologie, et concluait à la nécessité d'un médiateur. De là cette proposition : Dieu est à Thomme-Dieu ce que Thomme-Dieu esta rhomme.
L'abbé de Lamennais (1782-1854) est le fondateur du scepticisme théologique au xix* siècle. Dans son livre de V Essai sur rindifférence en matière religieuse (1817-1827, 4 vol. in-8*) il emprunte, comme Pascal, au pyrrhonisme ses arguments contre rauloritédes facultés. Erreurs des sens, erreurs des raisonnements, contradictions des opinions humaines : tout cet arsenal du scepticisme est employé contre la raison humaine. Après cette ruine de toute certitude, Tabbé de Lamennais essaye de rétablir ce qu'il a détruit sur un nouveau critérium, le consentement universel. Sur cette base, il essaye d'établir : 1® le déisme; 2^ la révélation; 3° le catholicisme.
Joseph de Maistre (1753-1821) est le fondateur de Tultramontanisme moderne, dont le livre du Pape (1819-20) est en quelque sorte r^'vangile. 11 a touché à la philosophie dans les Soirées de Saint'Pétersbourg (Paris, 1821), où il traite du gouvernement temporel, de la Providence dans les choses humaines. Très préoccupé de ridée théologique du péché originel, il est tenté de ne voir dans le mal qu'expiation et châtiment. De là le caractère cruel de sa philosophie, son apologie du bourreau, de la guerre, de rinquisition, etc. Il n'était pas sans quelque mélange d'illuminisme, et rêvait une vaste rénovation religieuse. Ce qui explique que son nom ait été souvent cité et invoqué par les Saint-Sîmoniens.
École splrttualtste. — Cette école se caractérise : 1® en ce qu'elle est entièrement indépendante de la théologie; 2* en ce qu'elle cherche dans la psychologie les principes de toute philosophie; 3** en ce qu'elle renouvelle la tradition idéaliste et spiritualiste du cartésianisme. Ses principaux représentants sont : Ro}'e^ Collard, Maine de Biran, Cousin et Th. Jouifroy.
Royer-Collard (1763-1845), beaucoup plus important comme homme politique que comme philosophe , a introduit en France la
LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU XIXo SIÈCLE 1063
philosophie écossaise. Il insiste surtout, comme Reid, sur la distinction de la sensation et de la perception, sur les principes de causalité et d'induction. Ce qu'il y a de plus original, c*est son analyse de la notion de durée. (Voy. les Fragments de Royer- CoUard dans la traduction des Œuvres de Reid par Th. Jouffroy.)
Maine de Biran (1766-1824), proclamé par Cousin le premier métaphysicien français du xix*' siècle, a passé par trois doctrines philosophiques différentes, ou plutôt par trois périodes différentes d'un môme développement philosophique.
Première période. — Cette période est signalée par l'ouvrage intitulé Mémoire sur V habitude ( 1803 ). Dans cet ouvrage, Maine de Biran appartient encore , ou plutôt croit encore appartenir à l'école idéologique ou condillacienne; mais déjà il s'en distingue. Développant l'idée déjà émise par Tracy (savoir que le mouvement volontaire est l'origine de notre notion d'extériorité), il fonde sur ce principe la distinction de la sensation et de la perception, restée si vague dans l'école de Reid. La sensation n'est que l'affection produite par les causes extérieures ; la perception est le résultat de notre activité volontaire. 11 nous montre ces deux faits se combinant dans chacun de nos sens avec des proportions diverses , la perception étant toujours en raison de la mobilité de l'organe. La perception n'est donc pas une sensation transformée. A la même distinction se rapporte celle de l'imagination et de la mémoire. Il distingue ensuite deux sortes d'habitudes : les habitudes actives et les habitudes passives. Enfin il développe cette loi fondamentale de l'habitude, « qu'elle affaiblit la sensation et fortifie la perception ».
Deuxième période. — Dans cette seconde période, Biran fonde et développe sa propre philosophie. L'idée fondamentale de cette philosophie, c'est que le point de vue d'un être qui se connaît luimême ne peut être assimilé au point de vue d'une chose connue extérieurement et objectivement. L'erreur fondamentale des sensualistes était de se représenter les causes internes, les facultés, sur le modèle des causes externes et objectives. Celles-ci n'étant pas connues en elles-mêmes ne sont que des qualités occultes, des noms abstraits, représentant des groupes de phénomènes, qui vont se perdre les uns dans les autres à mesure que l'on découvre entre ces groupes de nouvelles analogies. L'attraction, l'affinité, l'électricité, ne sont que des noms; ainsi pour les sensualistes la sensibilité, l'entendement, la volonté et en général la causalité subjective ne sont que de purs abstraits. Mais , dit Biran , l'être qui se
sent agir et qui est le témoin de sa propre activité, peut-il se considérer lui-même comme un objet? Sans doute» Tâme considérép dans Teibsolu nous est inaccessible : c'est un x. Mais entre k point de vue des métaphysiciens abstraits qui se placent dans Fabsolu, et le point de vue des empiristes purs , qui ne voient que de§ phénomènes et des liaisons de sensations, il y a le point de vue df la réflexion intérieure par lequel le sujet individuel se sent comme tel et se distingue de tous ses modes, au lieu de s'y confondre, comme le voulait Condillac. Le fait primitif de la conscience est celui de Teifort volontaire {nisus), lequel embrasse deux term^ distincts, mais indivisiblement unis : le vouloir et la résistance (doo pas la résistance du corps étranger, mais celle du corps propre). Par le moyen de la résistance, le moi se sent limité, et par là il prend conscience de lui-même, en même temps qu'il reconnaît nécessairement un non-moi. Par la conscience intérieure de son activité, le moi acquiert la notion de cause, qui n*est ni une idée innée, ni une simple habitude, ni une forme a priori. Biran admet avec Kant la distinction de la matière et de la forme dans la connaissance. Mais la forme ne consiste pas dans les catégories vides et creuses préexistant à toute expérience. Les catégories ne sont que les différents points de vue pris dans Texpérience intérieure» dans la réflexion. Quant à la matière de la connaissance, elle est donnée par le terme résistant , qui fournit la diversité et la localisation. Il y a aussi, suivant Biran, un espace interne, différent de Tespace extérieur et objectif; c'est le lieu immédiat du moi, constitué par la diversité des points de résistance que les différents organes opposent à Faction volontaire. Le point de vue qui domine toute cette philosophie de Biran est le point de vue de la personnalité. Les écrits principaux^e cette seconde période sont les Rapports du physique et du moral et surtout YEssai sur les fondements de la psychologie, publié par Naville en 1859.
Troisième période. — La dernière période de Biran est restée incomplète, et sa dernière philosophie n'est qu'ébauchée. Du point de vue stoïcien qui caractérise la seconde période, il a passé au point de vue mystique et chrétien. Dans son Anthropologie, son der^ nier ouvrage, laissé incomplet, il distingue dans Thomme trois vies :1a vie animale, celle de la sensation; la vie humaine, ceDe de la volonté; la vie de l'esprit, celle de l'amour. La personnalité, qui pour lui précédemment était le plus haut degré de la TÎe humaine, n'est plus qu'un passage à un degré supérieur, où elle va se perdre et s'anéantir en Dieu. (Les œuvres de Biran se composent