LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE
de 4 vol. publiés par Cousin en 1840, et de 3 vol. d*œuvres inédites publiées par Naville en 1859.)
Victor Cousin (4792-1867), disciple de Royer-CoUard et de Maine de Biran, fonda lui-même une école qui a porté le nom d*écoIe éclectique. Sa maxime principale, empruntée à Leibniz, était que « les sy tèmes sont vrais par ce qulls affirment, et faux par ce qu'ils nient» . Attachant une grande importance à ce qui avait été trouvé antérieurement, il dut faire une grande part à Thistoire de la philosophie, dont il est en France le véritable fondateur, quoiqu'il ne faille pas oublier M. de Gérando. Il donna une classification des sytèmes, qu*il réduit à quatre principaux : l'idéalisme, le sensualisme, le scepticisme et le mysticisme. Tout en recommandant Téclectisme, il essaya de dégager de Tétude des systèmes une philosophie personnelle. Son principal effort fut de trouver un moyen terme entre TEcosse et TAllemagne : Tune niant toute métaphysique avec Hume, Brown et Hamilton; l'autre fondant une métaphysique a priori sur la notion d^absolu. Il crut qu'il y avait une voie moyenne qui était de fonder la métaphysique sur la psychologie. En psychologie, il se servait des arguments de Kant contre l'empirisme de Locke. Mais lui-même, pour échapper au subjectivisme de Kant, proposa la théorie de la raison impersonnelle. Il crut que la raison n'est subjective qu'à l'état réfléchi, mais qu'à l'état spontané elle saisit immédiatement l'absolu en se confondant avec lui. Toute subjectivité expire dans l'acte immédiat et spontané de la raison pure. Cette théorie rappelait celle de l'intuition intellectuelle de Schelling, et essayait de s'en distinguer en maintenant toujours le point de départ psychologique. Néanmoins Cousin était alors sur la voie de l'idéalisme absolu. Il y entra plus avant encore dans ses leçons de 1828, où se reconnaît manifestement l'influence de Hegel, qu'il avait beaucoup vu en Allemagne et dont le premier il prononça le nom en France. Dans ce cours, il ramène toutes sciences aux idées, qui doivent, suivant lui, contenir l'explication de toutes choses. 11 y a trois idées fondamentales : l'Infini, le Fini, le Rapport de l'Infini et du Fini. Ces trois idées se retrouvent partout et elles sont inséparables : un Dieu sans monde est aussi incompréhensible qu'un monde sans Dieu. La création n'est pas seulement possible, elle est nécessaire. L'histoire n'est que le développement des idées. Un peuple, un siècle, un grand homme, sont la manifestation d'une idée. Le cours de 1828 a été le point culminant de l'investigation spéculative chez Cousin. Depuis il s'est éloigné de l'idéalisme allemand et a refondu sa philosophie dans un sens cartésien en maintenant
toujours la méthode psychologique comme base de la philosophie. Tel est le caratère de son livre le Vrai, le Beau et le Bien (Cours de 1817, publié etrécriten 1845), ouvrage d'une grande éloquence, surtout dans la partie esthétique. A partir de ce moment, il entendît la philosophie plutôt comme une lutte contre les mauvaises doctrines que comme une science pure. Il recommanda 1 alliance arec la i:eligion, et fit une part de plus en plus considérable au sens commun. En un mot, il retourna d'Allemagne en Ecosse. £q général, l'importance considérable de Cousin en France et même en Europe s'explique moins par l'originalité philosophique qae par son originaUté personnelle, qui était éclatante, par son influence sur un très grand nombre d'esprits, par sa curiosité inGnie et en tous sens. En outre, ses travaux sur l'histoire de la philosophie, el particulièrement sur le moyen âge, ont rendu les plus grands services. Les œuvres philosophiques de Cousin se composent surtout de ses Cours, 2 séries : 1815-1820 et 1828-1830, et de ses fragments philosophiques, 5 vol. in-8**, 1866.
Théodore Jouffroy (1796-1842), le plus célèbre des disciples de Cousin, se distingue de son maître par un esprit de méthode et de précision que celui-ci n'avait jamais eu. Il n'est jamais sorti da point de vue psychologique, et son œuvre principale a été d'établir avec une grande force la distinction de la psychologie et de la physiologie confondues dans l'école de Cabanis et de Broussais. Il a particulièrement appliqué la méthode psychologique à l'esthétique et à la morale*.
De nombreuses protestations s'élevèrent contre la philosophie de Cousin, devenue presque exclusivement la philosophie de renseignement depuis 1830. Sans parler des écrivains encore vivants, ni des écoles socialistes, plus politiques que philosophiques, nous citerons seulement deux philosophes, qui ont essayé de fonder de nouvelles écoles philosophiques : Lamennais et Aug. Comte.
Lamennais. — Ce philosophe, que nous avons déjà rencontré sous le nom de l'abbé de Lamennais, après avoir rompu avec l'Eglise par le livre célèbre des Paroles d^un croyant, essaya une philosophie nouvelle purement rationnelle. Cette doctrine contenue dains YEsquisse d'une philosophie (1841-1846, traduction allemande) est
1. Les principales œuyres philosophiques de (1836) ; Premiers et Nowfeaux 3iéian04v{iS33-
Jouffroy sont : sa Préface à la Traduction des 1842); Cours d^esthétique (1843); Com% dt
Esquisses morales de Dug. Stevart (1826); sa droit nature (1835). Préface à la Traduction des Œuvres de Reid