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Rapports de la philosophie et de la théologie

G. d'Occam hérite de D. Scot une tendance accentuée à séparer l'objet matériel de la philosophie de celui de la théologie. Comme lui, il interdit à la raison de porter ses investigations sur les vérités de foi, mais il agrandit encore, au détriment de la philosophie, ce domaine clos où l'intelligence, à ses yeux, ne peut atteindre la certitude (296). Entre le système du maître et celui du disciple, il n'y a qu'une différence de degré, non de nature. Pas plus que le premier, le second ne se cantonne dans le doute orgueilleux et suffisant, et il passe avec un bonheur non dissimulé des bégaiements de la raison, prise en flagrant délit d'impuissance, aux certitudes de la parole révélée.

328. Théodicée. ') — A la première page de la théodicée de G. d'Occam, nous trouvons une application hardie de ce scepticisme : l'existence de Dieu, son unité, son infinitude, sont indémontrables par la raison, et doivent emprunter à la révélation toute leur certitude.

Quant aux attributs de Dieu, ils ne se distinguent en rien de son essence. Ce sont des noms divers que nous appliquons arbitrairement à une chose identique : la distinction virtuelle des thomistes n'a pas plus de fondement réel que la distinction formelle des scotistes. On retrouve les mêmes influences du terminisme de G. d'Occam dans sa théorie des idées divines ^).

1) Stockl, op. cit., Il-, pp. 986 et suiv. — ") Stockl remarque que dans des matières thêoïogiques spéciales, G. d'Occam introduit des théories antirationnelles, par exemple, que Dieu aurait pu s'incarner dans un bœuf ou dans une pierre. Ainsi, G. d'Occam et ses successeurs fourniront aux adversaires de la théologie catholique l'occasion de dire que non seulement il ne faut pas chercher à démontrer par la raison les vérités théologiques, mais que celles-ci sont contraires à la raison.

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329. Les compositions de l'être contingent. — PG. d'Occam admet la composition de matière et de forme, mais, 2° il nie la distinction de l'universel et de l'individuel ^). Non seulement G. d'Occam tient que " l'individuel est la vraie substance, et que l'universel tire sa forme indépendante du travail intellectif " , mais il ajoute qu'en dehors de nous, l'universel n'a absolument aucune réalité, et qu'il n'existe à aucun titre dans la nature. Cette thèse outrancière, inspirée par les exagérations du formalisme, n'est plus seulement dirigée contre les essences communes de D. Scot [nullo modo est res extra animam qitodcitmque imive^'sale^), elle atteint même la théorie des essences semblables de S. Thomas (nulliun universale est extra animam existens realiter in suhstantiis individicis, nec est de sitbstantia vel esse earum, ^). L'universel est banni de la métaphysique et transposé dans la psychologie et la logique ^). Nous comprendrons mieux le système intégral de G. d'Occam, en étudiant à sa suite l'aspect psychologique de la question des universaux.

Que le problème de l'individ nation devienne du coup vide de sens, il est à peine besoin de le faire remarquer.

S"" De même, il va sans dire que G. d'Occam nie toute distinction réelle entre l'essence et l'existence [exisienfia et essentia idem omnino significant '^j

330. Psychologie. — En psychologie, où s'accuse surtout l'originalité de l'occamisme, nous étudierons successivement la connaissance, le vouloir, la nature de l'âme. — Notons au préalable que, suivant la simplification à outrance introduite par G. d'Occam, les facultés psychiques ne diffèrent pas réellement entre elles, pas plus qu'elles ne sont distinctes de la substance même de l'âme.

Y La connaissance ^). — a) Sa nature et ses espèces. La

') Prantl, op. cit., III, pp. 331 et suiv. — -) Quodl. V. q. 12. — s) Expos aiirea Prœdicah. Proœm. — ^) Et ideo non est universale nisi per significationem, quia est signum plurium. Log., 1. 1. c. 14. — s) Quodl. Il, q. 7. — 6) Cf. Prantl, l. cit. et Siebeck, Occani's Erkenntnisslehre in ihrer historischen Stelhmg. (Arcli. f. Gesch. d. Phil., 1897, pp. 317 et suiv.)

théorie du signe. — Toute représentation cognitive est un signe (signiim) qui, comme tel, tient la place [supponei^e) de Tobjet signifié. Ce signe, appelé aussi terme [teo^minus), est natu7-'el '), par opposition aux signes artificiels (secundum institutionem voluntariam) du langage et de l'écriture.

G. d'Occam énumère trois espèces de connaissances, signes naturels des choses : la connaissance (intuitive) sensible d'une part, d'autre part la connaissance intellectuelle intuitive et la connaissance intellectuelle abstractive. Nous retrouvons ici le dualisme des sens et de l'intelligence, fondamental dans l'idéologie scolastique.

Mais entre la sensation, qui a pour objet les qualités sensibles, et le concept abstrait, qui perçoit une note rapportable à un grand nombre d'êtres, ou bien saisit quelque détermination sans tenir compte de son existence ou de sa non-existence-), G. d'Occam intercale une connaissance intermédiaire, le concept intuitif, qui atteint l'existence ou la non-existence concrète des êtres singuliers (Cf. D. Scot) et sert de base à la connaissance des vérités contingentes ^). Et il ajoute : - Xotitia abstractiva prsesupponit intuitivam « ^).

b) Valeur critériologique de nos connaissances. Le terminisme. — Quel rapport existe-il entre les signes et les choses signifiées, entre ces diverses connaissances et la réalité objec-

') Signum accipitiir pro illo quod aliquid facit iu cognitionem venire et natum est pro ipso supponere. Log. 1. 1. c. 1. Intentio est quoddara in auima quod est signum naturaliter significans aliquid, pro quo potest supponere. Ibid., c. 12. — ~) Notitia abstractiva potest accipi dupliciter : uno modo quod sit respectu alicujus abstracti a multis siugularibus... aliter..., secundum quod abstrahit ab existentia et non-existentia. Sent. Prol. q. 1. — 3) Notitia intuitiva est talis notitia virtute cujus potest sciri utrum res sit vel non sit... Similiter notitia intuitiva est talis qua, quum aliqua cognoscuntur quorum unum inhaeret alteri, vel unum distat ab altero loco... statim virtute illius notitiae incomplexae illarum reruni sciret, si res inhaereat vel non inhaereat, distet vel non distet,et sic de aliis veritatibus contingentibus. Quodl. VI, q. 6. — Propositio contingens potest cognosci evidenter ab intellectu, puta hec albedo est, et non per cognitionem abstractivam, quia illa abstrahit ab existentia per intuitivam. Ergo realiter difl'erunt. QîcodLV, q.5. — ^) Quodl, 1, q. 14.

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tive ? Une distinction s'impose : toute connaissance intuitive, sensible ou intellectuelle, atteint la chose réelle, telle qu'elle existe en dehors de nous ^). Retenons cette déclaration. Elle nous servira à défendre G. d'Occam contre des soupçons exagérés de subjectivisme.

Les concepts abstraits sont-ils doués do la même objectivité réelle? Non. En dehors de nous, dit G. d'Occam, ils n'ont aucune valeur, car l'abstrait et l'universel qu'ils embrassent n'existe pas dans la réalité (329). Le concept universel, ou Xinientio secundo, n'est qu'un signe fictif, un produit mental auquel rien ne correspond au dehors. La pensée abstraite a pour terme direct des représentations internes, fabriquées de toutes pièces par l'entendement ; elle a pour objet des signes et non des choses signifiées : rien ne nous autorise à reporter dans le monde de la nature réelle les lois qui régissent les phénomènes d'un monde idéal.

Mais alors quelle est la fonction des universaux, pourquoi ]^ecourons-nous à ces formes artificielles ? G. d'Occam répond : L'universel tient lieu (siipponere) dans notre esprit de la multitude des choses auxquelles on peut l'attribuer^). Par l'universel, nous concevons des réalités, comme si elles étaient communes à plusieurs, et le produit de ces concepts sert de prédicat dans nos jugements.

L'ensemble de ces thèses constitue ce que nous avons appelé plus haut le concejjtualisme (p. 169) et, à coup sûr, c'est dénaturer la pensée d'Occam que de le ranger parmi les nominalistes. Lui-même s'insurge par avance contre cette absurde théorie qui, au mépris de l'observation psychologique, refuse à l'entendement le pouvoir d'abstraire, ou qui identifie

') Singulare... est primo cognitiim... quia res extra animam quse non est signum tali cognitione primo intelligitur. Qnodl., T. q. 3. Notitia iiituitiva est talis, quod... si Socrates in rei veritate sit albus... potesl evidenter cognosci quod Socrates est albus. Sent. Prol. q. 1. — 'i) Et ideo genus non est commune plnribus per identitatem in eis, sed per quamdam communitatem signi, quomodo idem signum est commune ad plura signata. Expos, awrea. Praedic. de génère.

l.n sei-sation et la pensée. Si le concept abstrait n'a pas de valeur réelle, tout au moins ne peut-on lui méconnaître une valeur idéale^) : Dans noire eniende ment il est des objets communs et généraux. Les déclarations de G. d'Occam ne laissent pas de doute à cet égard : l'universel, dit-il, n'est pas un mot (^rox, nomen) sans contenu pensé, un souffle creux (flatvs vocïs) -), une étiquette verbale, mais un objet conçu [intcniio, terminus), substitut (supposiiio) ''^] d'un nombre plus ou moiiis grand de réalités individuelles, suivant le degré même de son universalité '^).

Voilà pourquoi nous abandonnons la classification générale qui range la philosophie de G. d'Occam parmi les systèmes nominalistes, et, reprenant son propre langage, nous appelons

1) Sur cetie distinctioD, v. p. 169. — ^) Quarta posset esse opinio, qiiod nihil est universale ex natura sua, sed tantum ex institutioiie, illo modo quo vox est iiniversalis,. sed haec opinio non videtur vera. In l. Sent. 1. dist. 2. qu. 8. — •^) Quodlibet universale est intentio animsp, quse seeundum unam probabilem opinionem ab actu intelligendi non distinguitur ; unde dicunt, quod intentio qua intelligo homines est signum naturale significans hominem, ita naturale. sicut gemitus est signum infirmitatis vel doloris ; et est taie signum qnod potest stare pro hominihus in propositionibus menlalibus. Summatot. log. L. L c. 15. De même : intentio animée dicitur universalis quia est signum prœdicabile de multis {ibid. L. L, c. 14.) — Ailleurs : Illud quod pnedicatur de pluribus differentibus specie, non est aliqua resqiiœ sit de esse illoritm de quibus praedicatur, sed est una intentio in anima naturaliter significans omnes illas res de quibus praedicatur. Expos, aur. Prœdicah. : de génère, cité par Prantl, III, n. 789. — 4) " Ces prétendus nominalistes étaient, en fait, conceptualistes. Mais ils estimaient que nos concepts universels, tels les concepts de genres, d'espèces, de différences spécifiques, ne pourraient avoir un contenu objectif différent, que si les cboses de la nature, les genres, les espèces, les différences spécifiques étaient autant de réalités différenles. Donc, de deux choses l'une: ou bien les genres et les espèces sont autant de réalités différentes, ce qui est absurde, car tout ce qui existe est singulier; ou bien nos concepts n'ont pas d'objet intrinsèquement différent, et ne diffèrent que par leur relation tout extrinsèque avec les choses singulières de la nature; cette seconde alternative, concluaient les nominalistes, est la seule plausible. Dès lors, que devenait pour eux la science ? La science est, par définition, la connaissance de l'universel. Or, les concepts universels, génériques ou spécifiques, ont tous un même contenu intrinsèque. Ce n'est donc pas sur eux que peut porter directement la science. La science ne peut porter que sur les relations extérieures de l'objet de la pensée avec les cboses de la nature „. Mercier, Critériologie (Louvain, 1899), p. 188.

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le conceptualisme qu'il inaugure du nom diintentionalisme ou de terminisme.

On objectait à G.d'Occam : La science est donc illusoire, puisqu'elle s'occupe de l'universel, c'est-à-dire d'un néant. — Oui, répond-il, si l'on veut dire que l'objet de la science n'est pas cette chose chimérique qu'on appelle la réalité universelle, mais le terme universel. Cependant, o.^ terme est rapportable à une multitude plus ou moins grande d'êtres individuels, indépendants les uns des autres, et ainsi la science reste en contact avec la réalité. ^)

c) Genèse de nos connaissances. Critique des species. La connaissance n'est pas l'intussusception d'une image (species) ressemblante de la chose connue, mais un acte immanent (actus intelligendi), devenant un signe de la chose. Dès lors, la species intentionalis , soit sensible, soit intellectuelle, est un rouage inutile qu'il faut supprimer de la psychologie. Frustra fit per pliira, qiiod potest fieri per pauciora. Et puisque la fonction est illusoire, illusoire aussi est l'intellect agent ou la faculté à laquelle on attribue cette fonction.

G. d'Occam entend Y espèce dans le sens dénaturé que nous avons relevé ailleurs ; il guerroie victorieusement contre les fausses conceptions du processus cognitif. Mais ses critiques laissent debout la saine notion de l'espèce intentionnelle ; luimême ne comprend pas autrement que S. Thomas la genèse de nos états représentatifs, puisqu'il admet une action du dehors sur l'intelligence. C'est si vrai que les termes intellect passif et actif désignent, pour lui, l'état de passivité et d'activité de l'âme vis-à-vis de l'objet connu. ^)

2° La volonté. A la suite de D. Scot, G. d'Occam donne à la volonté un rôle prépondérant dans notre vie psychique. A ce

1) StOckl, Op.cit.,\i. %4. — •-) Intellectus agens et possibilis siint omnino idem re ac ratione. Tamen ista nomina vel conceptus eonnotant diversa : quia intellectus agens signiiieat animam, connotando intelleetionera piocedentem ab anima active ; possibilis autem significat eamdem animam, connotando intellectionem receptam in anima : sed idem omnino est eificiens et recipiens. In l. Sent. II. q. 25.

356 LIVRE m. LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE.

titre, elle intervient même dans les opérations discursives de l'entendement, - avec qui, d'ailleurs, elle se confond, suivant la théorie générale des facultés. G. d'Occam proclame l'autodétermination absolue de la volonté, confond l'acte spontané avec l'acte libre ; comme le vouloir est l'essence même de l'âme et que l'essence d'une chose ne comporte ni augmentation ni diminution d'elle-même, G. d'Occam tient pour impossible toute variation dans le degré de liberté. C'est dire que, pour lui, la question du primat du vouloir sur le connaître devient oiseuse et vide de sens. Reportée dans la vie divine, l'autonomie absolue du vouloir fait de la liberté de Dieu l'arbitre souverain du bien et du mal moral. Et s'il ny a ni Ijien ni mal en soi, l'inspection de notre nature ne peut rien nous apprendre sur la moralité, et l'intelligence devient impuissante à nous renseigner sur les prescriptions de la loi divine. Par une nouvelle brèche, G. d'Occam livre la psychologie au ^ scepticisme « .

3° La nature de F âme. Sur les questions principielles, c'est le disciple de Scot qui parle. Outre le principe intellectif, l'homme possède une forme de corporéité (pp. 319 et 320) et une âme sensitive. Quant à l'âme intellectuelle, la raison ne peut, par la seule mise en œuvre de ses puissances, démontrer son immatérialité et sa spiritualité.

331. Logique. — G. d'Occam donne à la logique un regain de faveur, il fait siens les cadres prolixes des Summulœ de P. Hispanus. Il exproprie la métaphysique de toutes les questions qui se rapportent à l'universel, ei les attribue à la logique formelle, qu'il appelle omnium artium aptissimum instrumentnm ').

333. G. d'Occam, Roscelin et Abélard. — Très souvent les historiens de la philosophie médiévale rapprochent ces trois docteurs, pour établir entre eux des analogies, ou même pour

1) Voir l'exposé détaillé de la logique de G. d'Occam chez Prantl, op. cit.

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conclure h Tidentité des solutions qu'ils donnent au problème des universaux.

Or, il suffit de comparer les doctrines de G.d'Occam à celles de Roscelin, pour voir que l'on a tort de les grouper sous l'étiquette commune de «nominalismo" ^). Sauf la négation du réalisme outré, ces deux systèmes n'ont rien qui les rapproche. Le pseudo-nominalisme de Roscelin pèche par défaut d'idées, mais si on le place dans son cadre historique,, on peut le considérer comme une étape du réalisme modéré (195). Le pseudo-nominalisme de G. d'Occam, au contraire, fruit d'une critique approfondie de formules intégrales, est une affirmation non équivoque du conceptualisme. Nous concluons de là qtie le nominalisme outré na pas eu de représentants dans la scolastique. Pour le rencontrer, il faut chercher dans des philosophies non spiritualistes , supprimant toute diversité de nature entre la sensation et la pensée.

Ce n'est pas non plus sans réserves qu'on peut assimiler le pseudo-conceptualisme d'Abélard (213) au terminisme de G. d'Occam. Abélard prépare la formule du thomisme, G. d'Occam la combat ; le premier n'affirme pas la valeur 'réelle des universaux, parce qu'il ne soulève pas formellement ce point de discussion ; le second nie leur valeur réelle, de propos délibéré, pour mieux revendiquer leur objectivité purement idéale.

333. Conclusion. — C'est le terminisme conceptualiste et la. théorie du signe, en même temps que la prépondérance de la logique, la scientia rationalis, qui constituent les éléments spécificateurs de la philosophie de G. d'Occam.

Ces éléments ont-ils altéré la synthèse de G. d'Occam au point qu'il faille la ranger parmi les doctrines antiscolastiques, comme une affirmation du subjectivisme ? Nous ne le croyons pas. Pas plus que D. Scot n'a voulu être panthéiste, G. d'Occam n'a prétendu renverser les assises du dogmatisme médiéval.

A) Ueberwegs, op. cit,, p. 305, appelle G. d'Occam " der Erneuerer des Nominalismus „.

358 LIVRE m. LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE.

La connaissance intuitive, à ses yeux, possède une entière objectivité. Et si des critiques rigoureux ont pu dire que la conception occamiste de la science et de l'universel porte l'idéalisme dans ses flancs, il est juste de reconnaître que G-. d'Occam n'a pas formulé ces conséquences dangereuses, dont plusieurs de ses disciples feront le credo d'une philosophie nouvelle (Chap. III, § 3). Quant à ses autres théories, elles partent des données communes, bien que de plus en plus s'altère la pureté doctrinale. De tout ceci nous concluons : G. d'Occam reste scolastique, mais ses innovations sont malheureuses et les tendances générales de son système accusent la lente déperdition des forces de la scolastique.

§ 3. — Le paHi des occamistes ou des terministes

334. Puissance de l'école terministe. Mesures prohibitives. —

Les doctrines de G. d'Occam trouvent un puissant écho dans les écoles philosophiques de l'Université de Paris au xiv^ et au xv"" s. Du vivant même de son fondateur, l'occamisme ^) constitue un parti qui rallie de nombreux suffrages. Pour en avoir d'irrécusables témoignages, il suffit de relever, et la longue série de ceux qui souscrivent à la philosophie du venerabilis inceptor, et les tentatives nombreuses faites par les autorités pour endiguer la marche du flot montant.

L'occamisme a un succès de nouveauté et de réaction, et toutes les prohibitions officielles sont impuissantes à l'enrayer ; leur inefficacité démontre, une fois de plus, que les idées se combattent par des idées et non par la force des décrets. L'histoire de ces décrets jette un jour nouveau sur les doctrines de l'occamisme après G. d'Occam. Enumérons-les brièvement, afin de rechercher l'esprit qui les inspire.

1) Les Reg. procur. nat. Angl. pour 13il emploient le terme Occhaniste : •' ... statutura facultatis contra novas opiniones quorumdam, qui rocantur Occhaniste „. Chart. II. 507, n. Gerson parle des controverses entre formalistae et terministae, P. Nigri se sert même du terme conceptistae.

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