CHAPITRE 1er
NOTIONS GÉNÉRALES
364. Coup d'œil général sur cette période. — On s'accorde généralement à considérer la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, comme la fin du moyen âge, dans le sens étroit du mot. En réalité, l'effondrement de l'empire Byzantin n'est qu'un épisode de l'ère des bouleversements profonds qui déterminent à la fois la ruine de la civilisation médiévale et l'avènement des sociétés modernes. La seconde moitié du xv® et le xvi^ s. constituent un tournant dans l'histoire de l'humanité, et sont les témoins d'une révolution universelle : non seulement en philosophie, mais dans les arts et les sciences en général ; non seulement dans la culture intellectuelle, mais en politique, en religion, et dans les conditions mêmes de la vie économique et sociale. Si les événements remarquables que nous aurons à relever dans ces divers domaines sont gros de l'avenir, ils sont en même temps la continuation du passé : cette observation se vérifie surtout dans le mouvement philosophique, et c'est pourquoi l'on peut rattacher à l'époque médiévale l'ère de transition qui occupe la seconde moitié du XV® et le XVI® s.
392 LIVRE ni. LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE.
P Le fait dominant en politique est la constitution des nationalités. A l'unité de l'empire chrétien se substituent une multiplicité d'États, poursuivant des politiques diverses, suivant les nécessités de leurs intérêts égoïstes. C'est cet égoïsme national qui attise la lutte des rois contre les papes et qui met obstacle à une coalition européenne contre les envahissements des Turcs. (Cf. p. 849).
En même temps que s'affirment les libertés politiques et individuelles, la féodalité s'effrite et tombe, et les grandes découvertes maritimes déplacent l'axe de l'économie mondiale.
2" Dans l'ordre intellectuel, un souffle de renouveau se répand sur toute l'Europe. C'est la Renaissance, ou le retour vers l'antiquité.
a] L'Italie-est son berceau ; les papes et les princes se font ses protecteurs. Décentralisée en une foule de petites républiques, l'Italie semblait préparée tout exprès pour favoriser la rapide expansion des idées nouvelles et leur étonnante diversité. Mais de l'Italie le mouvement novateur se propage comme une traînée de poudre en France, en Angleterre, en Allemagne, dans les Pays-Bas.
h) Parmi les causes de la Renaissance, figurent au premier rang l'invention de l'imprimerie, qui jeta à profusion sur l'Europe les œuvres nouvelles, et l'exode de savants grecs on Italie, où les attirait une hospitalité princière ^). Quand ces émigrés de la science s'en vinrent dans les cités italiennes chanter la grandeur de la civilisation antique, ils trouvèrent un milieu propice. Car les relations scientifiques entre Byzance et Tltalie, dont on peut placer le point de départ au xiif s., s'étaient multipliées au xiv^ s., à la faveur d'un commerce devenu intense et des tentatives de rapprochement entre l'Église latine et l'Église grecque (Concile de Ferrare 143(S). Un moine latin delà Calabre, Rarlaam, apprit le grec
1) La plupart des humanisles byzantins se rencontrent en Italie avant 1453, c'est-à-dire avant la prise de Constantinople. Ce n'est donc pas la chute de leur empire, (fui a détei-tniné la première émigration des savants grecs.