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LA PHILOSOPHIE ANTISCOLASTIQUE DEPUIS LE XV^ S

tradition, et, sous prétexte crindépendance , lâcher toutes brides à la pensée orgueilleuse, tel est le caractèie presque universel des systèmes issus de la Renaissance. Les plus exagérés parmi ces nouveaux philosophes jettent par dessus bord tout enseigiiement religieux ; ils font grand état des doutes perpétués par les scotistes et les occamistes sur la démonstration de certains dogmes, et ils s'en autorisent notamment pour enseigner que tout dogme est antiraiionnel. l)'autres continuent à mettre leurs spéculations au service de croyances nouvelles, mais revendiquent hautement le droit de les choisii% et d'en construire l'édifice à leur fantaisie. Exceptionnellement, et à l'état sporadique, nous rencontrons quelques novateurs qui prétendent sauvegarder leurs croyances catholiques.

On peut appeler naturalisme, dans le sens le plus large du mot, ^) toute philosophie qui rejette le contrôle du dogme catholique, dans la mesure que nous avons indiquée plus haut (268), et cherche clans les lumières natw^elles de la raison le critère absolu du vrai et du faux.

2° La haine de la scolasiique unit entre eux les systèmes issus de la Renaissance — ceux-là même qui affirment leur soumission au dogme catholique ^).

3° L hétérogénéité des systèmes. En dehors des points de contact purement négatifs que nous venons de signaler, rien n'unit entre elles les doctrines philosophiques de la Renaissance. Livrées à elles-mêmes, elles se développent dans des directions disparates et souvent opposées : diversité des langues, décentralisation académique par l'érection incessante d'universités nouvelles, surtout effritement de la pensée et, dans un même système, m )saïque de théories parfois incompatibles, tout cela donne à la philosophie de la Renaissance une physionomie spécifique dans l'histoire.

4° Le manque d originalité et Œ unité synthétique. Bon

1) V. p. 410, une autre acception de ce mot. — -) Nouvelle preuve que la subordination de la philosophie à la théologie catholique n'est pas le caractère distinctif de la scolastique (Cf. p. 148, n. 1).

nombre des systèmes de la Renaissance ne sont que des décalques plus ou moins fidèles de systèmes anciens. Tous manquent de cette unité organique qui fait la puissance et la beauté d'une conception. La philosophie de ce temps ressemble à une folle échappée du logis, s'essayant tour à tour à une série d'entreprises stériles. Comme c'est le fait de toutes les époques de transition, l'œuvre philosophique de la Renaissance n'a pas laissé d'empreinte durable.

367. Division de la philosophie antiscolastique. — Dans les premiers temps d'admiration aveugle pour le passé, on veut restaurer les philosophiesde la Grèce, en leurs formes archaïques. Mais on ne remonte pas le cours des siècles, pas plus qu'on n'arrête la marche des idées. Au retour vers le passé, la Renaissance ajoute presque aussitôt des recherches nouvelles. On peut dire, en général, que ces premiers systèmes philosophiques de la Renaissance sont indépendants de tout dogme. S'il en est, parmi leurs représentants, qui affectent de concilier leurs spéculations avec la religion catholique, ils en font une préoccupation secondaire, et, pour tranquilliser leur conscience, souscrivent à quelques théories religieuses, qui, le plus souvent, n'ont pas d'attache avec le reste de leur philosophie.

A côté de ce premier groupe de systèmes, il en est un second pour lequel la religion constitue une partie intégrante. Mais le dogme devant lequel ils s'inclinent, n'est pas celui que reconnaît la scolastique - Tennemie commune qu'on ne saurait assez honnir et traquer ; — il est emprunté soit à la réforme protestante, soit à des religions ésotériques, soit à la philosophie même.

Cette efflorescence de systèmes qui s'entrecroisent et s'excluent, devait provoquer dans les esprits la lassitude et la défiance. Ce résultat se traduit dans le scepticisme, qui fournit l'épilogue de ce pénible enfantement d'idées.

En conséquence nous divisons les systèmes antiscolastiques de la Renaissance en trois groupes :

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